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18 Brumaire ?

par René MERLE, le 2 juin 2017

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Dans un article récent de Marianne, Jacques Julliard parle de 18 brumaire à propos de la transformation du jeune candidat en monarque absolu

La com­pa­rai­son avec le jeune Bonaparte ne manque pas d’inté­rêt, même si la dif­fé­rence dans l’assomp­tion est évidente : en 2017, point de gre­na­diers dis­per­sant les repré­sen­tants du peuple, point d’usur­pa­tion vio­lente d’un pou­voir chan­ce­lant. Pour Bonaparte, l’aval popu­laire vint au len­de­main du coup d’État, pour Emmanuel Macron, il le pré­céda électoralement. Mais, tous les com­men­ta­teurs en ont convenu, dès le soir de son élection, le nou­veau pré­si­dent assu­mait le poten­tiel d’abso­lu­tisme dont est grosse une fonc­tion pré­si­den­tielle que ses pré­dé­ces­seurs n’avaient pas réussi à incar­ner.

Sans doute donc la com­pa­rai­son est-elle plus per­ti­nente dans la marche au coup d’État que dans son brus­que dérou­le­ment.

L’avè­ne­ment des deux hommes n’a pas tenu seu­le­ment à leur com­mune déter­mi­na­tion, car elle n’en lais­sait pas moins appa­raî­tre des fra­gi­li­tés : c’est Bonaparte recu­lant devant l’obs­ta­cle, et sauvé par l’énergie de son frère ; ou, dans un autre regis­tre, c’est l’empor­te­ment de pré­di­ca­teur exalté du can­di­dat et sa joie pué­rile au soir du pre­mier tour…

L’opé­ra­tion Bonaparte, comme l’opé­ra­tion Macron, ont été mises en place par des forces poli­ti­ques, économiques et média­ti­ques qui ont trouvé en deux jeunes ambi­tieux l’assomp­tion de leurs inté­rêts.

L’opé­ra­tion Bonaparte fut finan­cée par des ban­quiers (et non des moin­dres) dési­reux d’assu­rer une pro­fi­ta­ble sta­bi­lité économique et poli­ti­que ; elle fut orga­ni­sée par une cama­rilla de poli­ti­ques « modé­rés », issus de la gauche comme de la droite du temps, réso­lus à affer­mir le règne de la nou­velle bour­geoi­sie ; elle fut portée par une cam­pa­gne d’opi­nion dénon­çant la menace de l’anar­chie et les dan­gers « extré­mis­tes », roya­lis­tes et néo-jaco­bins.

La com­pa­rai­son est ten­tante avec l’opé­ra­tion Macron, portée par des déci­deurs économiques, par des « élites » poli­ti­ques d’hori­zons divers fusion­nant dans un consen­sus néo-libé­ral, par une média­ti­sa­tion super­be­ment orga­ni­sée et la dénon­cia­tion de la menace extrê­miste.

Le résul­tat en est qu’une can­di­da­ture ne repré­sen­tant ini­tia­le­ment qu’un quart des suf­fra­ges expri­més a pu au second tour neu­tra­li­ser la libre déci­sion d’une grande majo­rité d’électeurs, et qu’aujourd’hui, une fois les élections pas­sées, la figure « jupi­té­rienne » de l’Élu nous des­sai­sira de notre pou­voir de déli­bé­ra­tion citoyenne, dans l’assomp­tion iné­vi­ta­ble de sa toute puis­sance.

Sauf…