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Avec Barnier, les conséquences du Front Républicain, ça continue !

mardi 1er octobre 2024, par Jacques COTTA

La déclaration de politique générale du premier ministre Michel Barnier devant l’Assemblée nationale a été sans surprise. Le premier ministre s’est d’ailleurs montré talentueux pour parler plus d’une heure trente pour ne rien dire, ou presque.

Pour les grandes lignes qui constituent ses « priorités », il a fait preuve d’un talent certain dans le maniement de la langue de bois digne des vieux dinosaures de la Ve république. Sous les têtes de chapitre « niveau de vie », « services publics », « sécurité », « immigration » et « fraternité », c’est Marine Le Pen, prenant la parole juste après le premier ministre, qui a mis le contenu propre à la politique du Rassemblement national, conforme en réalité à celle de la coalition gouvernementale qu’elle déclare vouloir respecter, « pour qu’elle fasse se preuves ».

C’est en quelques mots seulement que Michel Barnier a défini sa perspective d’avenir, « la dette, la façon de la réduire, et les moyens pour y parvenir ».

Il annonce ainsi sans le dire explicitement les « réjouissances » qui attendent les millions de Français qui à chaque occasion manifestent leur volonté de balayer cette politique et son personnel avec.

La dette, évaluée à 3228 milliards d’euros par le premier ministre, doit être réduite dit-il pour 2/3 par des efforts d’économie sur le fonctionnement de l’état, et donc de ses services publics, pour 1/3 par des mesures fiscales. Il s’agit de respecter « nos promesses faites à nos partenaires », de réduire le déficit à 5% du PIB en 2025, de revenir en 2029 aux 3% décidés à Maastricht. Il s’agit donc de répondre à marche forcée aux impératifs fixés par l’union européenne, au détriment des besoins vitaux des Français.

« Faire mieux avec moins », formule magique des gouvernements successifs confrontés à l’échec de leur politique européiste capitaliste, fait peau neuve.

Oui, « mieux, avec moins », mais où ?

  • Moins d’enseignants, là où déjà des milliers d’enfants n’ont pas de professeurs.
  • Moins d’hospitaliers, là où les urgences et le Samu sont d’ores et déjà exsangues, où des services entiers sont fermés faute de médecins, où des centaines de malades sont hospitalisés dans les couloirs d’hôpitaux ?
  • Moins de magistrats, là où déjà il faut attendre des mois pour voir traitée la moindre affaire dans n’importe quel tribunal sur le territoire national ?
  • Moins de policiers, de gendarmes, là où la sécurité est pourtant annoncée comme une priorité ?
  • Moins de gardiens de prisons, alors que la construction de nouveaux établissements pénitenciers est annoncée ?

« Mieux avec moins » ?

  • Mieux dans la santé en général où une coupe sombre de 44% du budget est prévue, la plus forte amputation depuis des décennies.
  • Mieux pour la prise en charge des maladies, lorsque le directeur de la CNAM prévoit un programme d’économies qui devrait atteindre 1,56 milliard d’euros pour 2025.

« Mieux avec moins ».…

Tout cela ne tient pas, c’est évident.
Michel Barnier pour sa première intervention devant les parlementaires déclare la guerre aux Français. Et pour mener cette guerre il dégage sa méthode. « Toutes les alliances seront les bienvenues », notamment avec les « partenaires sociaux avec qui des discussions sont engagées ». En d’autres termes, il propose aux organisations syndicales un accord pour faire passer sa politique, car il sait d’ores et déjà que les résistances au plus profond de la société s’organisent et menacent en cas d’agression de se manifester.
Michel Barnier, son gouvernement et Emmanuel Macron avec, sont sur une véritable poudrière.
Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’il en appelle au général De Gaulle pour remettre sur le tapis le vieux projet de « participation » et « d’intéressement » porté en sont temps par Jacques Chaban-Delmas. Une référence qui fait office de mauvais présage. C’est en effet sur la « participation » entre autre, cette tentative d’instaurer l’alliance capital-travail, que De Gaulle mis en minorité décidait en 1969 de démissionner. Mais il est vrai que Macron n’est pas De Gaulle et que même mis en minorité, il n’envisage pas de tirer les conséquences qui s’imposent.

Nous avions eu un premier aperçu du "Front républicain", aux présidentielles d’abord avec l’appel de la gauche à voter pour Emmanuel Macron, le soir du second tour des législatives ensuite, avec le retrait des candidats de la gauche en faveur d’une centaine de macronistes ou républicains. Il s’agissait de faire obstacle au Rassemblement national par des combines, des arrangements, plutôt que par le combat politique à proprement parler tel qu’il devrait être mené, sur une orientation claire,« pour regagner l’électorat RN, justice sociale, morale et décence commune. »

Ainsi, plus d’un tiers des élus de la coalition macroniste doivent leur « victoire » à l’appel à voter du Nouveau Front populaire en leur faveur. Parmi eux, les Darmanin, Borne, Cazeneuve, ou encore Bergé sont donc les élus de la gauche. 18 républicains, dont leur chef Laurent Wauquiez, sur 47 élus sont dans le même cas. Autrement dit, le Front républicain a sauvé les macronistes et les républicains qui aujourd’hui occupent Matignon et les ministères, sur ordre de Macron. Et par voie de conséquence, c’est au fameux Front républicain que nous devons le semblant de programme annoncé par Barnier à l’assemblée, qui devrait, s’il s’appliquait, être douloureux pour l’immense majorité des Français.

Jacques Cotta
le 2 octobre 2024

Messages

  • Etant précisé que je reconnais bien volontiers ne pas disposer du dixième de ta culture politique je me permets de te poser une seule question : il semble au travers de tes analyses (fort intéressantes au demeurant) que tu dénonces, arguments à l’appui, que le ’front républicain’ est un piège coûteux, j’en conviens. Mais quel serait le prix d’une prise totale de pouvoir par le RN càd sans aucune obligation de se contraindre à une apparence de respect des règles sociétales ? Et je ne vais pas énumérer une liste fastidieuse et forcément incomplète des ’critères’ concernés. J’attends avec intérêt ta réponse pour autant que tu estimes que cette question de fond sur ton rejet de tout ce qui émane de l’Europe et de l’alliance bancale des dernières élections mérite ?

    • Merci pour l’intérêt que tu trouves aux analyses publiées sur ce site.
      Concernant le "Front républicain" :
      1/ Tu considères visiblement que le FR a évité la prise du pouvoir par le RN. Mais ne crois-tu pas qu’il permet au RN de reculer pour mieux sauter ? A ce rythme au prochain coup, le RN risque bien de l’emporter sans grande difficulté. Comment en effet demander à un électeur sensé de voter continuellement pour ceux qui tapent violemment sur les travailleurs, salariés, retraités, etc... pour les dénoncer ensuite ? C’est légitimer de plus le fameux UMPS du RN à l’encontre de la gauche. Le cirque actuel n’a été possible que par la politique de la gauche qui a sauvé tout ce beau monde...
      De plus cela sous-entends que la macronisme allié aux LR serait un moindre mal. Mais au fait, qui a mené toutes les réformes qui détruisent acquis sociaux et en passant qui réduisent la France, la Nation, sinon Macron et ses amis ? Qui sur les retraites et le reste ? Qui a fait tirer sur le peuple du temps des Gilets jaunes ? Qui a osé dans les faits ce qui est craint théoriquement du RN ?....
      2/ Tu évoques "le respect des règles sociétales". Il faudrait voir ça de plus prés. Pour ce qui me concerne, comme je pense la presque totalité des électeurs, je ne me reconnais pas dans ce que les médias et la gauche petite bourgeoise nomment "conquêtes sociétales". Les droits qui doivent être défendus au nom des libertés individuelles ne peuvent être érigés en règle générale. Je suis opposé au wokisme et la dictature de la "cancel culture". Pour ce qui concerne le RN, je me permets de t’indiquer le papier à la "une" de notre site, "pour regagner l’électorat RN, justice sociale, morale et décence commune" que tu trouveras à l’adresse suivante : https://www.la-sociale.online/spip.php?article1161.
      Amitiés
      J.C.

  • Bonjour,
    pour caricaturer les propos de certains lecteurs, je formulerais comme suit : "Prendre des coups au sens propre et au sens figuré, cela fait moins mal quand ce sont des prétendus républicains qui tiennent les matraques !".
    Le R.N. est bien le diable de confort utilisé par la bourgeoisie qui peut ainsi frapper fort les classes populaires en prenant bien soin avant de dénoncer le ... "fascisme" du R.N.
    Malheureusement cette argumentation pitoyable marche encore dans certains cerveaux embrumés par un soi-disant "anti-fascisme", en fait un piège à c... qui ne sert qu’à berner ceux qui sont les plus disposés à l’être ! :) :) :)

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