Pour comprendre cette situation, Trump est un excellent révélateur. Presque tous les souverainistes sont « trumpistes ». Ils voient en Donald Trump une sorte de modèle, d’exemple à suivre, pour un retour aux valeurs européennes. Il n’est guère de plus grande bêtise que l’adoration des souverainistes pour Trump ou pour sa nouvelle coqueluche, Elon Musk. Ce dernier, un immigré sud-africain qui veut lutter contre l’immigration, est sans doute un homme d’affaires avisé, mais il surtout un fou – de son propre aveu, il est atteint du syndrome d’Asperger – marié et divorcé un grand nombre de fois, père de 12 enfants dont au moins un conçu par GPA, apôtre du transhumanisme, fanatique des greffes de dispositifs électroniques sur les corps humains. Il s’est engagé à coups de centaines de millions de dollars pour Trump et soutient maintenant le parti de Nagel en Grande-Bretagne. Trump est un milliardaire hâbleur, prêt à dire n’importe quoi en fonction de son auditoire et tablant, avec succès, sur le nationalisme américain. Ces deux milliardaires seront entouré d’une dizaine d’autres milliardaires dans la prochaine administration Trump. Que fera Trump ? On n’en sait à peu près rien. Il veut rétablir la suprématie américaine et a menacé de fortes sanctions les BRICS, combattre la Chine et éventuellement réoccuper Panama.
Quand on voir François Asselineau tomber en pâmoison devant Trump (« Le retour de Trump redonne espoir à ceux qui souhaitent une Europe des nation »), quand on voit Florian Philippot se faire la groupie d’Elon Musk, quand on entend Eugénie Bastié (ex-catho décroissante) faire l’éloge du trumpisme, on se dit que tous ces gens sont devenus fous, à moins qu’ils ne palpent gros pour devenir fous. Les lepénistes ne sont pas à la traîne : ils ont applaudi à la victoire de Trump, bien que Marine Le Pen ait été plus méfiante et n’ait pas manqué de souligner que les Européens vont devoir se remuer...
Car le trumpisme, cette nouvelle « droite révolutionnaire » ne peut qu’aggraver la course folle dans laquelle nous sommes pris. Trump veut faire la paix en Ukraine pour mieux faire la guerre au Moyen Orient et préparer la seule confrontation qui compte, celle entre les États-Unis et la Chine. Les nations européennes n’ont aucun intérêt dans le trumpisme, comme elles n’avaient aucun intérêt à la soumission à Biden.
En vérité nos souverainistes se révèlent comme des partisans de la souveraineté... américaine, ils défendent l’une des versions de l’oligarchie capitaliste, mais la question clé à laquelle nous sommes confrontés, c’est celle de l’oligarchie en tant que telle, quelle que soit sa couleur. Que voulez-vous que ça fasse aux ouvriers d’Arcelor en Lorraine ou aux ouvriers de Michelin que Trump promette de défendre l’industrie de Pittsburgh ? Le souverainisme réellement existant chez nous est – à l’exception de quelques très petits cercles – partisan du capitalisme et s’il critique la finance c’est pour mieux soutenir un capitalisme prétendument « sain » ou « vertueux » (le capital s’y connaît en matière de vertu à peu près autant que les tenancières de bordels). Bref, au mieux, ils déplorent les effets dont ils chérissent les causes. Qu’ils aient pour Trump les yeux de Chimène ne montre qu’une chose : ils n’ont rien en commun que leur impuissance.
Ajoutons pour ceux qui voient dans le trumpisme un rempart contre le « wokisme » et les « innovations sociétales » que Musk est un fanatique des innovations sociétales (cf. sa biographie), que Trump se fout des « valeurs chrétiennes comme de sa première chemise et que seul Dieu de tous ces gens est Mammon. Seul un socialisme radical peut être vraiment conservateur, parce que seul il peut défendre les valeurs fondamentales de la dignité et de l’humanisme.
Le 23 décembre 2024
