Les déclarations se multiplient de la part de l’exécutif et des media pour mettre à contribution les retraités dans les budgets à venir. Parmi toutes ces voix, la ministre chargée du travail et de l’emploi est en pointe sur le sujet. Après s’en être pris aux allocataires du RSA, Madame Panosyan-Bouvet suggère fortement d’amputer les pensions des « retraités les plus aisés » qu’elle situe à plus de 2.000 euros. La ministre justifie cette proposition au nom d’un principe que des centaines de politiques nous ont déjà servi depuis longtemps en matière économique et sociale : L’ ÉQUITÉ.
Ces adorateurs de l’équité nous présentent le bien commun des citoyens (les régimes sociaux fondés sur la richesse produite) comme un gâteau immanent dont il conviendrait de rééquilibrer les parts dévolues à chacun. C’est simple : ceux qui ont encore un peu devraient accepter de donner à ceux qui ont très peu. Cette présentation des choses vise à instiller un sentiment de concurrence entre les travailleurs en évoquant une injustice intrinsèque entre actifs consubstantiellement pauvres et inactifs consubstantiellement riches, ainsi qu’entre retraités plus ou moins bien lotis.
Les Français savent pourtant bien qu’ils ne volent à personne leurs pensions de retraite calculées sur la base de leur carrière. Et que si rééquilibrage doit se faire c’est dans le moment de la production qui génère les droits sociaux et où tout le monde n’est pas à la même enseigne. Ainsi, les agriculteurs auraient de meilleures retraites si leur production était correctement rémunérée par les distributeurs. Et de plus en plus d’autres professions se retrouvent à leur tour confrontées à la sous-rémunération et au chômage, lesquels détermineront le niveau de leurs retraites. Que les partisans de l’équité s’adressent à ceux qui génèrent des retraites misérables : ceux qui organisent en France et dans toute l’Europe l’abaissement du coût du travail, les plans de restructuration et les délocalisations. Mais, d’ailleurs, ne s’agit-il pas des mêmes, parfois dirigeants de groupes ou parfois politiques ?
L’argument dévoyé de justice sociale (basé sur l’équité) n’est pas le seul pour aller chercher dans la poche des Français l’argent qui manque à ce gouvernement (comme aux précédents) pour rattraper des décennies de désindustrialisation maastrichtienne. L’autre argument de choc c’est l’urgence à financer une Défense européenne à cause de Donald Trump.
Le gouvernement ne manque pas d’alliés pour propager les messages les plus alarmistes dans ce sens : de généraux en retraite à d’anciens hauts fonctionnaires en passant par des experts en armement, comme celui qui avançait benoîtement le 23 février sur LCI que les Français ne seraient sans doute pas choqués que la part des retraites dans le budget soit ponctionnée de 1% en faveur de la Défense.
Étoffer la Défense spécifique du territoire français est sans nul doute nécessaire mais n’a pas à être corrélé avec les retraites. Là encore, ce gouvernement joue sur tous les tableaux pour ne pas aller chercher les marges budgétaires là où elles se trouvent : dans la rupture avec les critères de Maastricht et les accords de libre échange qui entrainent les délocalisations et, au final, le creusement du déficit et l’appauvrissement des régimes sociaux. Sans même parler du masochiste marché européen de l’électricité… Au final, la solution appropriée ne s’appellerait-elle pas FREXIT ?
Pierre Delvaux
le 25 février 2025
