Prenons l’exemple du conflit entre la Russie et l’Ukraine. Incontestablement l’entrée de troupes russes en Ukraine en février 2022 est une violation patente du droit international. Quelque scandaleux que puisse sembler un régime, on ne peut vouloir le changer de l’extérieur, au nom d’un prétendu droit d’ingérence. Poutine voulait « dénazifier » l’Ukraine en six semaines. Voilà maintenant plus de trois ans et des centaines de milliers de morts que l’affaire traine en longueur. C’est entendu, le régime de Kiev est un régime d’oligarques corrompus qui éliminent impitoyablement leurs opposants et, à certains égards, n’est qu’une sinistre caricature du régime moscovite. C’est entendu, les États-Unis et l’UE manoeuvrent depuis longtemps (au moins 2014, mais cela remonte plus loin) pour faire de l’Ukraine un bélier permettant d’organiser la défaite et la dislocation de la Russie, selon les vœux de feu Brzezinski. Poutine n’avait pas tort d’évoquer une « menace existentielle » pour la Russie. La propagande sur la menace russe (150 millions d’habitants, un territoire gigantesque cerné de bases US) est extravagante. Pour autant, on ne peut oublier ni le caractère autoritaire du pouvoir des oligarques russes ni le cynisme de la politique étrangère de Poutine, butant « jusque dans les chiottes » les islamistes tchétchènes et tout disposé aujourd’hui à s’en servir quand cela lui semble utile. À cette situation tragique, il faut ajouter les pousse-au-crime de l’UE et leurs amis anglais qui veulent bloquer toute issue diplomatique.
Si nous nous plaçons du seul point de vue qui vaille, dans cette affaire, les travailleurs ont tout à perdre, quel que doit le vainqueur. Il en va de même au Proche-Orient. Netanyahou reprend soigneusement les mots de Poutine pour parler de la menace existentielle qui pèse sur Israël et il n’a pas tort. Le Hamas est pour la destruction d’Israël (du fleuve jusqu’à la mer) et l’Iran a explicitement défendu sa tentative d’obtenir l’arme atomique comme un moyen pour détruire ce que tous les « salopards antisémites » (pour reprendre la parlante expression de Jérôme Guedj, à propos de Mélenchon) appellent « l’entité sioniste ». La grotesque opération de Rima Hassan sur son yacht s’inscrit dans ce contexte. Pour autant, on sait que Netanyahou a tout fait pour propulser le Hamas au rang de « représentant » des Palestiniens et que l’opération du 7 octobre aurait été impossible si les services secrets et l’armée israélienne étaient restés vigilants et n’avaient pas été détournés pour la défense de ces salopards de ressortissants ex-soviétiques qui colonisent la Cisjordanie et y ont constitué de véritables milices fascistes. La guerre maintenant ouverte entre Israël et l’Iran a fait monter la tension de plusieurs crans. L’Iran est bien une menace pour Israël et plus tôt tombera la dictature islamique des mollahs et mieux ce sera. Que des Iraniens manifestent pour la défaite de leur pays face à Israël en dit long sur la haine contre les mollahs. Pour autant, Israël n’a pas gagné la partie, loin de là. L’Iran a des ressources et des alliés et peut causer des pertes cruelles en Israël, dôme de fer ou pas.
Là encore, la victoire de l’un ou l’autre sera une catastrophe. La chute des mollahs est à souhaiter de tout coeur. Mais la victoire de Netanyahou lui sauverait peut-être la mise et retarderait d’autant une solution politique et pacifique. La seule guerre qui vaille est la guerre aux tyrans, et le seul but louable est la liberté des peuples souverains. Mais nous en sommes bien loin.
Une chose est certaine : ceux qui, à des milliers de kilomètres du théâtre des opérations, s’occupent à jeter de l’huile sur le feu sont grandement coupables. Le ralliement plein et entier de LFI aux visées de l’islamisme conquérant est, en France, une tragédie qui rend impossible toute alternative réelle et semble condamner le pays à osciller entre un RN de moins en moins vertébré et un « extrême centre » débile. Avons-nous vraiment mérité cela ? Nous ne pourrons rien reconstruire sans la liquidation de LFI, un parti gangréné jusqu’à la moelle. En attendant un avenir hypothétique, notre pays, qui aurait pu jouer un rôle politique utile dans la situation internationale actuelle, est simplement la risée de la presse mondiale. Il y a des voix raisonnables : celle d’Elie Barnavi, celles d’Ehoud Olmert et Nasser al-Kidwa, mais qui veut les entendre et les faire entendre ?
Ce que nous mesurons aujourd’hui, c’est le dramatique effondrement de toute alternative réelle, l’absence de voix qui puissent faire entendre les intérêts des peuples, l’absence d’une association internationale des travailleurs défendant une pensée de l’émancipation.
Le 18 juin 2025 – Denis COLLIN
