Après Barnier et Bayrou qui n’ont pas fait long feu, voilà Lecornu dont les premières annonces laissent pantois. Pour tenter de ne pas connaitre très vite le même sort que ses prédécesseurs, « les jours fériés supprimés sont rétablis » et « les avantages à vie » des anciens premiers ministres, essentiellement la mise à disposition d’un véhicule et d’un chauffeur, remis en question. Il en faudrait donc si peu pour apaiser la grogne générale et le sentiment dégagiste contre Macron et les siens, au point de se demander pourquoi et comment les précédents n’y avaient pas pensé.
Alors qu’il est ministre depuis huit ans sous tous les gouvernements, Sébastien Lecornu, dans ses nouvelles fonctions, se déclare soudain préoccupé par « l’état des finances publiques », en partie produit de la politique que tout petit soldat de la Macronie devrait en toute logique revendiquer.
La ficelle est grosse. Lecornu est là pour aider Macron où ses prédécesseurs ont échoué. Les milliards de coupes dans le budget de l’état visent les citoyens dans leur ensemble à travers les services publics, les fonctionnaires, l’emploi, les salaires, les retraites, les allocations chômage, la santé, l’éducation, entre autre et doivent venir nourrir « l’économie de guerre » que Macron a décrétée et pour laquelle il capte des dizaines de milliards sur le dos des Français.
Avec Lecornu, les clowns mégotent.
Lecornu veut discuter avec la gauche. « Cette gauche républicaine dont on connaît les valeurs doit s’émanciper de La France insoumise, qui s’exclut elle-même de la discussion et préfère le désordre. Ce sera difficile mais nécessaire pour donner un budget au pays » dit-il en tentant de s’engouffrer dans la faille béante créée par Faure, Mélenchon et les autres. Le parti socialiste se veut en effet « interlocuteur responsable », prêt à passer par dessus bord nombre de besoins de nos concitoyens, dont la remise en cause de la réforme des retraites, pendant que la France Insoumise, Mélenchon en tête, se dresse comme véritable repoussoir pour tout un chacun qui aspire à dégager Macron et sa clique. Quant au RN, il se dit opposé à Lecornu pour faire plus et mieux que lui. La question des places semble de ce côté plus forte que toutes les autres, à LR notamment, où Bruno Retailleau, le ministre de l’Intérieur, ose dénoncer, en omettant ses propres responsabilités, « l’instabilité chronique voulue par les ingénieurs du chaos mais aussi des décennies d’errance budgétaire et de politiques social-étatistes. »
Pour aider Lecornu et accorder un sursis à Macron, le capital jette ses outils dans la bataille. L’agence de notation Fitch, avant Standard & Poor’s et Moody’s, viennent « dégrader la note de la France » sur les marchés financiers pour « sanctionner le pays, son instabilité politique persistante et les incertitudes budgétaires qui contrarient l’assainissement de ses comptes publics très dégradés ». Il ne s’agit de rien d’autre que d’ingérence du capital international dans la Nation française pour imposer la politique macroniste, jouant l’affolement et l’augmentation des taux d’emprunt qui doit « aggraver le déficit français ».
Le président de la Fédération bancaire française, Daniel Baal, appelle à « un budget de compromis » pour 2026, soit à un accord des prétendus opposants, de gauche notamment, avec Lecornu et son futur gouvernement.
La palme revient au maire de cannes et président de l’association des maires de France, David Lisnard, qui a le mérite de dire clairement ce que recherchent en réalité tous ces représentants des capitalistes. L’abaissement de la note de la France qui perd donc pour Fitch son triple A « est la confirmation d’une réalité financière et budgétaire déjà anticipée par les marchés (et par François Bayrou, qui a préféré saborder son gouvernement avant que ne tombe le couperet) ». Comme ses copains de tous bords, il dégage son parti LR de toute responsabilité en affirmant de façon péremptoire que cette décision est le « résultat d’années de dépenses publiques sans contrôle, d’un État obèse et d’un pouvoir incapable de se réformer », avant de proposer une solution : « pour retrouver le triple A, il faudra en finir avec le triple S : Socialisme, Sur-réglementation, Spoliation fiscale ».
C’est ainsi qu’un petit notable de province se prend pour Trump ou pour Musk. A l’image de la plupart des politiques qui tentent de sauver le régime et la 5e république, la panique n’est pas loin de voir se dresser des millions pour en finir avec les réformes et projets anti ouvriers portés hier par Barnier et Bayrou et aujourd’hui par Lecornu, bref par Macron et la macronie. Macron sait qu’il se retrouvera vite en toute première ligne et que le choix sera assez simple. Soit démissionner. Soit s’arroger tous les pouvoirs en utilisant l’article 16 de la constitution. Quel que soit son choix, l’affrontement semble inévitable...
Jacques Cotta
Le 18 septembre 2025

Messages
1. Après Barnier et Bayrou, vient le tour de Lecornu et... de Macron, 19 septembre 2025, 13:50, par Pierre DELVAUX
Dans ce jeu d’échec explosif, la CFDT occupe une place déterminante avec son tropisme historique d’accompagnement puisqu’elle ne demande pas clairement L’ABROGATION de la retraite à 64 ans, prête sans nul doute à s’aligner sur la seule "suspension" demandée par le PS. Autre acteur déterminant : le RN, qui vogue plus que jamais à vue, déchiré visiblement par des dissensions internes avec, par exemple, Thierry Mariani qui déclarait la semaine dernière à Darius Rochebin sur LCI que le RN n’avait "jamais promis" de revenir sur la réforme Borne !