Accueil > Editoriaux > La preuve par MAMDANI

La preuve par MAMDANI

lundi 17 novembre 2025, par Jacques COTTA

L’élection de Zohran Mamdani à la mairie de New-York a suscité une série de messages et de commentaires sur les « réseaux sociaux », dans la presse ou sur les plateaux de télévision, tous plus catégoriques les uns que les autres.

Pour les uns, Zorhan Mamdani, homme sémillant, serait l’incarnation d’un socialisme ressuscité, d’autant plus remarquable qu’il prend demeure ds la ville la plus peuplée des USA, qui plus est temple de l’argent.

Pour les autres, le nouveau maire new-yorkais au visage inquiétant ne serait qu’un simple illusionniste. Il y aurait de la taqiya chez lui. Camouflé, cet élu, inconnu il y a encore deux ans, serait en fait l’incarnation du mal.

De New-work …

A supposer que ces critiques sans appel soient dans le vrai —ce qui n’est en rien prouvé— elles ne déterminent pas l’issue politique.

Ainsi, aux USA, le ministre de la Diaspora et de la Lutte contre l’antisémitisme, Amichaï Chikli, membre de l’extrême droite israélienne, le qualifie de "soutien du Hamas ».
Des influenceurs d’extrême droite l’accusent d’être lié à l’organisation « État islamique ». Leurs sites, pour la plupart hébergés sur la plateforme X, propriété d’Elon Musk, enregistrent des millions de vues. Mamdani est carrément accusé d’avoir « des positions pas très éloignées de celles qui ont provoqué les attentats du 11 septembre 2001 perpétrés par al-Qaïda à New York et Washington », rien que ça.
Une déclaration prétendument émise par « l’Etat Islamique », intitulée « Opération Manhattan Project », a fait allusion à une attaque à New York le jour de l’élection. Des chercheurs américains de toute orientation ont qualifié le communiqué incriminé de faux. Mais rien n’y a fait. La rumeur s’est répandue, mais en vain quand on observe les résultats électoraux.

Mamdani est la cible des milieux d’affaires, de médias conservateurs et du président américain Donald Trump qui, injure et menace suprême, voit en lui « l’incarnation du communisme ».

Il s’est à plusieurs reprises élevé contre l’antisémitisme, tout en dénonçant également l’islamophobie dont il dit avoir été victime. Mais peu importe ses démentis et prises de position publiques et officielles, puisque, comme cela a déjà été soulevé, « il y aurait de la taqiya chez lui. »

Les accusations portées contre Mamdani disqualifient de fait toute critique un peu sérieuse sur les sujets dits sensibles. La condamnation de la politique israélienne qu’il qualifie de « régime d’Apartheid », de la colonisation de la Cis-Jordanie, et son soutien à la cause palestinienne font de lui dans la plupart de ces commentaires « un antisémite avéré, haineux envers les juifs ». Il s’est exprimé pour rétablir sa vérité, mais rien n’y fait. A décourager quiconque de se dire horrifié par le sort de Gaza, de rejeter la colonisation israélienne, de condamner les projets qui réunissent Netanyahu et Trump.

… A Paris

En France, les habitués des plateaux TV ont pris le relai. Bernard-Henri Lévy, Christophe Barbier, Franz Olivier Giesbert, ou encore Laure Adler, comme s’ils étaient intimes du personnage, se sont précipités pour dénoncer son antisémitisme, son caractère « haineux envers les juifs. »

Tout cela fait en réalité fi de l’essentiel. D’autant que les critiques ou appréciations portées sur Mamdani sont adressées, sans le dire, à celui qui ici voudrait être son héritier. Les anti mélanchoniens frisent l’obsession et y vont de bon coeur. Et les pro mélanchoniens prennent volontiers le contre pied. Mamdani-Mélenchon même combat. Voilà ce qui devrait occuper toute notre attention.

Absurde !

Les uns et les autres gomment les raisons pour lesquelles celui qui était inconnu il y a encore un an du grand public New-yorkais a gagné contre son adversaire démocrate dans les primaires, contre le trumpiste dans l’élection, et une nouvelle fois contre son adversaire démocrate qui s’est maintenu et a été adoubé par Trump y voyant un meilleur moyen pour l’emporter que de soutenir jusqu’au bout son propre candidat. Quelle mélasse !

Les masses ou leurs prétendues représentations

La véritable question qui devrait occuper observateurs et commentateurs est la suivante : pour quelles raisons les new-yorkais ont-ils voté pour lui, malgré le torrent d’avertissements et d’arguments fondés ou pas, souvent affirmés sans être en rien démontrés. Une question d’autant plus importante qu’elle devrait nous projeter dans les échéances à venir en France.

Il a fait campagne autour du coût de la vie, a combattu ouvertement sur cet axe et sa déclinaison, a affronté la direction démocrate pour négligence des catégories populaires.

Il a incarné l’anti trumpisme, aidé en cela par Trump lui-même ordonnant les interventions spectaculaires de la police de l’immigration jusque dans Manhattan.

Il a milité pour la gratuité des bus et le gel des loyers, la création d’un réseau d’épiceries municipales et d’un système de garde d’enfants, a proposé de tripler le nombre de logements à prix encadré, a défendu la main-d’œuvre syndiquée bien que plus coûteuse.

Il a proposé de financer ses mesures en augmentant de 11,5% les impôts pour les entreprises – ce qui pourrait générer 5 milliards de dollars supplémentaires. Il a aussi proposé d’augmenter de 2% l’impôt sur le revenu des résidents qui gagnent plus d’un million de dollars par an – voyant là la possibilité de récupérer environ 4 milliards supplémentaires.

Son équipe a ainsi suggéré de transférer la charge fiscale vers les quartiers "plus riches et plus blancs ».

« Plus blancs ? » 
« Je ne fais que nommer les choses telles qu’elles sont » s’est-il défendu, justifiant ainsi communautarisme et wokisme que personnellement j’exècre, qui sont bien implantés outre atlantique, et qui tendent à occulter au passage que les millionnaires blancs sont certes plus nombreux, mais que les millions de quelques-uns accumulés sur la misère du plus grand nombre n’ont pas de couleur.

Globalement, c’est sur un programme social, un programme de « gauche », assez mesuré bien que subversif dans le contexte américain, qu’il l’a emporté. Et c’est cela qui compte.

A ne voir que les critiques dont nombreuses relèvent d’ailleurs de la bataille politicienne, les commentateurs qui s’érigent en moralistes de la politique se transforment de fait en organisateurs de la démoralisation. Entre Trump et Mamdani il n’y aurait rien à faire. Et comme il n’y a rien d’autre…

En réalité ce qui compte, ce ne sont pas les représentations politiques, pas plus aux USA qu’ailleurs, donc qu’en France, mais les aspirations, la volonté, les espoirs qui poussent de larges masses à se mouvoir. Ce sont les travailleurs, les jeunes, les retraités, les ouvriers, les paysans, les petits patrons, qui comptent, et pas ceux qui parlent en leur nom. C’est donc le respect des engagements allant dans leur sens qu’il s’agit d’exiger, quelle que soit par ailleurs les désaccords bien légitimes qui peuvent exister. Que Mamdani respecte donc ce sur quoi il s’est engagé et ce pour quoi les new-yorkais l’ont porté à la Mairie, voila ce que veulent ses électeurs. Et ce qui est vrai à New-York aujourd’hui le sera demain à Paris. Quel que soit l’élu dans les futurs élections, ce sont les aspirations des Français qui compteront et les réponses conformes à leur volonté qui devront être apportées.

Jacques Cotta
Le 16 novembre 2015

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.