Lors d’une émission de la plateforme « La Librairie Africaine », Carlos Martens Bilongo, député de la France Insoumise, s’est mis en vedette. Il a d’abord indiqué que « la ministre de la Culture Rachida Dati devait sa carrière à une promotion canapé ». Interrogé ensuite sur la volonté de son camp d’accéder au pouvoir en France, le parlementaire du Val-d’Oise a affirmé vouloir « leur montrer qu’on est plus nombreux et qu’on est plus intelligents », décrivant une confrontation entre deux camps distincts, précisant « si on a fait plus de gosses qu’eux, tant pis pour eux. S’ils voulaient faire des gosses, ils avaient qu’à s’aimer, faire l’amour et faire des enfants. Nous avons réussi à en faire. Nos mamans ont réussi à nous éduquer correctement ».
Monsieur Bilongo importe peu. Ce qui est plus intéressant à travers ces deux déclarations, ce sont les réactions que la première a suscitées, à « gauche » notamment, et le silence assourdissant de la direction de la France Insoumise qui vaut approbation pour la seconde.
Promotion canapé
Les déclarations concernant Dati, dignes d’une discussion un peu avinée de comptoir de café, ont soulevé un tollé. La députée, LFI, Sarah Legrain, a recadré Bilongo au sujet de « son dérapage sexiste visant Rachida Dati ». S’exprimant sur X, celle-ci a indiqué que « ces propos sexistes n’auraient jamais dû être prononcés, a fortiori par un élu insoumis. Carlos Martens Bilongo s’en excuse auprès de Rachida Dati et de toutes les femmes, indirectement visées (en particulier racisées). Il reconnaît le chemin à parcourir. Dont acte. Nous l’y aiderons. »
Passons sur le ciblage des femmes qui méritent les excuses du député, les « racisées ». Et les autres ? Mais là n’est pas l’essentiel. Ce sont les réactions concernant cette mise au point de Sarah Legrain qui méritent notre attention.
Rapidement, de nombreux internautes ont accusé Sarah Legrain de « racisme », affirmant que ses propos relèvent d’un « paternalisme blanc ». « (Une) femme blanche privilégiée dans son parti », accuse ainsi, sur X, un militant « antiraciste ». « Sarah, tu comprends bien que l’image que ça donne d’une femme blanche qui éduque un homme noir, c’est juste la reproduction du cliché colonial ? Je te parle en tant que camarade insoumis », lance un militant LFI.
Ainsi, cette gauche dite radicale est décérébrée à un point tel que les pires sottises sont acceptables, ne sont en tous les cas pas critiquables, pas condamnables, dés lors que leur auteur est noir de peau. Les hommes et femmes ne sont donc plus appréciés ou jugés pour ce qu’ils font ou ce qu’ils disent, mais pour ce qu’ils sont. L’un est noir, et donc est dans le juste. L’autre est blanche et donc se trouve dans le faux. Le wokisme qui a pu sembler exotique à un moment s’est emparé de la France Insoumise dont la direction ne trouve pas le temps pour recadrer le débat, de peur sans doute de choquer une partie de l’électorat qu’elle vise.
Racialisme
La suite des propos de Bilongo est assez édifiante. On aurait pu croire, dans la tradition historique du mouvement ouvrier, que les camps opposés pour accéder au pouvoir sont d’une part celui constitué par la bourgeoisie, d’autre part par les ouvriers et les couches qui leurs sont liées. Et bien non, pour monsieur Bilongo, les camps sont colorés, et c’est cela qui les définit. « Les noirs » d’un côté « plus nombreux et plus intelligents », les blancs de l’autre qui n’ont qu’à déplorer que les premiers aient « fait plus de gosses qu’eux ».
C’est ainsi dans ce discours racialiste que « la lutte des races » est substituée à la « lutte des classes ». Les employés, les salariés, les ouvriers, les jeunes, les retraités, les travailleurs dépendants et indépendants ne valent que par leur couleur de peau, et non par les intérêts communs qu’ils ont à défendre dans un système capitaliste et néo-libéral qui broie l’individu, indépendamment de sa couleur dés lors qu’il fait partie du monde du travail exploité par le capital.
Le plus étonnant là encore n’est pas la pensée de monsieur Bilongo qui ne marquera sans doute pas l’histoire. Le plus étonnant est l’absence totale de réaction de la direction de la France Insoumise qui par son silence approuve le racialisme exprimé par son député. Monsieur Bilongo et la direction de la France Insoumise sont ainsi complice directs de monsieur Zemour pour sa théorie du grand remplacement et sa dénonciation du « racisme anti blanc ».
L’insoumission en question
La direction de la France Insoumise se situe dans le droit fil des positions que critiquait fort justement Jean Luc Mélenchon lorsqu’il était opposant au sein du parti socialiste, et que résumait à merveille la fondation Terra Nova dans les années 2010. Boite à idées de la « deuxième gauche », cette fondation formalise alors une part importante de l’idéologie dogmatique permettant à la nouvelle petite-bourgeoisie de gauche d’abandonner le terrain social pour se concentrer sur le sociétal. Pour la fondation Terra Nova dont les positions sont aujourd’hui celles de la France Insoumise, bien qu’elle s’en défende, il s’agit alors de liquider les bases du Parti socialiste, toute attache aux ouvriers, aux employés, toute référence à la lutte des classes, de passer définitivement d’une logique d’affrontement sur des intérêts antagonistes à une logique de collaboration, de soumission.
Dans une de ses recommandations, Terra Nova indique ainsi que la coalition historique qui a porté la gauche depuis près d’un demi-siècle, fondée sur la classe ouvrière, est en déclin. « Les ouvriers votent de moins en moins à gauche », précisent les rédacteurs pour conclure tout naturellement que « la gauche doit donc passer des valeurs socioéconomiques au facteur culturel : la tolérance, l’ouverture aux différences, une attitude favorable aux immigrés, à l’islam, à l’homosexualité, la solidarité avec les plus démunis ».
Et pour enfoncer le clou sur les choix stratégiques qu’ils recommandent, les rédacteurs insistent sur l’opposition avec la classe ouvrière qui « dans son déclin — montée du chômage, précarisation, perte de l’identité collective et de la fierté de classe, difficultés de vie dans certains quartiers — donne lieu à des réactions de repli : contre les immigrés, contre les assistés, contre la perte de valeurs morales et les désordres de la société contemporaine ». Ainsi donc, au nom « des valeurs », les rédacteurs de Terra Nova désignent la classe ouvrière comme l’ennemi de la gauche qui aspire au pouvoir. L’exploitation capitaliste peut donc avoir de beaux jours devant elle. Le cœur de cible de la gauche devrait être constitué des « minorités, diplômées », des « jeunes », des « minorités des quartiers populaires », des « femmes », des « populations urbaines », des populations « moins catholiques », tous unifiés par « des valeurs culturelles, progressistes ». C’est ainsi « La France de demain » que définit Terra Nova, « tolérante, ouverte, solidaire, optimiste, offensive », une France opposée « à un électorat qui défend le présent et le passé contre le changement, qui considère que la France est de moins en moins la France », opposée au fameux « c’était mieux avant », « opposée à un électorat inquiet de l’avenir, plus pessimiste, plus fermé, plus défensif ». En fait, « la France de demain » doit s’opposer au socle historique de la gauche, aux « ouvriers, à la France qui travaille, les « insiders » coupables aux yeux de Terra Nova de « sacrifier les nouveaux entrants pour préserver les droits acquis ». Avant l’heure pointait déjà le discours qui dix ans plus tard avait cours pour condamner notamment ces « égoïstes de Gilets jaunes » qui roulaient au diesel « pour leur bien-être au détriment de l’écologie et de la planète ».
Monsieur Bilongo et la direction de la France Insoumise n’ont donc rien inventé. C’est dans le sillon liquidateur de la gauche qu’ils inscrivent leurs pas.
De la suite dans les idées
C’est en réalité le choix de Jean Luc Mélenchon que le député Bilongo, en petit soldat discipliné, respecte à merveille.
Nous sommes en 2020. Le premier ministre Castex lance une nouvelle offensive, conformément à la volonté de l’Union européenne, sur le front des retraites, sur l’assurance chômage, sur l’indépendance des syndicats qu’il se propose de transformer en simple courroie de transmission de la politique macronienne, met la sécurité sociale et les milliards convoités par les capitalistes en ligne de mire, et dans ce contexte, Danièle Obono, autre députée insoumise, attaque non sur la politique mise en oeuvre, mais sur la couleur de peau de son auteur, « un homme blanc de droite bien techno et gros cumulard ».
« De droite, bien techno et gros cumulard », cela ne faisait aucun doute. Mais quel intérêt de souligner la couleur de peau du premier ministre ? Que n’auraient dit à juste titre les insoumis si Obono elle-même était qualifiée de « femme noire, ex gauchiste, reconvertie au sein du palais Bourbon » ?
Voir ici : Mais que cherchent donc Danièle Obono et certaines féministes ?
Ce racialisme qui substitue la lutte des races à la lutte des classes, au grand bonheur des capitalistes et du pouvoir, exprimé pour une des toutes premières fois dans les rangs insoumis sans aucun détour, avait de quoi interroger. Jean Luc Mélenchon me répondait sans détour, me classant comme d’autres dans le camps des « traitres » ou autres « tireurs dans le dos ».
Voir ici : Jean luc Mélenchon se trompe !
La position d’obono hier, de Bilongo aujourd’hui, sont celles du chef. Voilà tout. La France Insoumise et son leader sont passés sur une position woke, différentialiste et racialiste étrangère aux traditions du mouvement ouvrier dont ils se réclament évidemment toujours les jours de fête.
Décidément le paysage est bien obscurci. Les représentations politiques sont des leurres qui entravent les capacités de réflexion, d’action, d’organisation des milliers et milliers qui cherchent à sortir du néo-libéralisme pour retrouver la voie de la souveraineté et du combat pour une république démocratique et sociale.
Jacques Cotta
Le 4 janvier 2026

Messages
1. Wokisme et Racialisme…, 6 janvier, 23:53, par Yves bibent
Que fait donc jean-luc Melanchon, blanc, chez LFI de ce monsieur Bilongo ? (humour noir)
2. Wokisme et Racialisme…, 10 janvier, 11:26, par Bachèlerie
Cette évolution lamentable, qui trahit la gauche, ses idéaux, avait été analysée par Christopher Lasch dès 1991, la révolte des élites et la trahison de la démocratie ! terra Nova n’a fait que prendre le contrepied des analyses de Ch. Lasch. Il est inadmissible que J L Mélenchon après avoir critiqué terra Nova s’y soit soumis et laisse des députés décrédibiliser la gauche !
3. Wokisme et Racialisme…, 19 janvier, 00:06, par William RICHIER
EXCELLENT ARTICLE. Il faut que tu continues à te produire sur youtube parce que ce que tu dis est tj très intéressant.