Le motif qui catalyse le mécontentement est la hausse des prix et l’inflation galopante. Mais en chimie, le catalyseur n’est que l’adjuvant qui déclenche la réaction, il n’en est pas la cause. Les causes sont lointaines : la révolution de 1978-1979 fut une révolution confisquée : les mollahs et une partie de la classe dirigeante iranienne ont confisqué le mouvement révolutionnaire qui a conduit au renversement du shah, maté les mouvements des Kurdes ou des Arabes, imposé un nouvel ordre tyrannique, un totalitarisme religieux qui s’est consolidé par la suite, avec l’élimination de tous les mouvements plus ou moins laïques ou socialisants trouvant, dans la guerre menée par l’Irak contre l’Iran, une guerre soutenue par les puissances impérialistes, les motivations pour justifier la cage d’acier de la tyrannie religieuse.
Aujourd’hui, nous avons la convergence de toutes les couches de la société iranienne, le bazar, les étudiants, les femmes, les minorités nationales et les travailleurs, contre le régime. Un mot d’ordre réunit tout le monde : en finir avec les mollahs et l’ignoble Khamenei. Contre ce mouvement, contre ce peuple qualifié « d’ennemi de l’islam », la répression se déchaîne. Les « gardiens de la révolution » et autres milices fascistes du régime passent à l’assaut, tirent contre la foule désarmée, emprisonnent, torturent et exécutent les femmes et les hommes qui ne défendent que leurs droits élémentaires, leur liberté et leur vie. Les estimations de victimes vont de 3000 à 12 000 morts. Un massacre d’une ampleur inégalée.
Il ne devrait y avoir aucune hésitation à avoir : tout démocrate, tout humaniste, tout socialiste, tout révolutionnaire, se doit d’être solidaire, inconditionnellement, du peuple iranien contre ses bourreaux ! Inconditionnellement, pour la chute des mollahs et de leur tyrannie.
Malheureusement, ces choses très claires ne le semblent pas pour une partie des politiciens et commentateurs de notre pays. Les uns nous avertissent que ce mouvement pourrait servir les intérêts américains. Ce serait une révolution « orange », autrement dit une pseudorévolution pilotée par la CIA, voire le Mossad… Des souverainistes, des LFIstes, des trotskistes décomposés (le POI) y vont de leurs couplets, calqués sur les discours que tenaient les partis staliniens au moment de la révolution hongroise de 1956 ou du « Printemps de Prague » en 1968. Gageons que, secrètement, ils attendent que les mitrailleurs mollarchiques l’emportent, comme une partie de la gauche intellectuelle avait applaudi au massacre de la Commune de Paris.
La révolution agit comme un acide qui dissout tous les faux-semblants, fait tomber les masques. Que la CIA, le Mossad ou d’autres agissent et tentent de tirer les marrons du feu : nul n’en doute et toutes les révolutions connaissent ces phénomènes. Lénine se moquait des faux révolutionnaires qui veulent des révolutions pures qui n’arrivent jamais… et c’est d’ailleurs l’impérialisme allemand qui organisa le retour de Lénine en Russie avec l’objectif d’affaiblir encore le régime tsariste en guerre contre l’Allemagne ! Les faux révolutionnaires, les démocrates de pacotilles, les savants géostratèges de salles de rédaction, les commentateurs à deux balles, tous ceux qui tirent leur nez devant les impuretés de la révolution iranienne, qu’ils aillent au diable ! Les peuples sont les mieux placés pour savoir ce qui est bon pour eux et les politiciens et intellectuels foireux sont priés de se taire quand le peuple reprend la parole qu’ils ne cessent de lui confisquer.
Et vive la révolution iranienne !
