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Stalinisme zombie

samedi 14 février 2026, par Denis COLLIN

E. Todd s’était illustré par l’invention du catholocisme zombie, pour désigner ces gens qui ne sont plus catholiques, mais en gardent les réflexes : par exemple, soutenir la malheureuse rédaction de Charlie Hebdo assassinée par les terroristes islamiques. Ce concept est fort douteux, mais on pourrait sur le même modèle parler du stalinisme zombie. Staline est mort, l’URSS a disparu, les pays de l’Est sont passés à l’Ouest, mais un certain nombre de vieux réflexes demeurent.

Je ne parle pas de ceux qui continuent de soutenir que la Chine est socialiste, que les indépendantistes tibétains sont de foutus réactionnaires à la solde des États-Unis. Pour eux, c’est trop facile ! Comme c’est trop facile pour les nostalgiques « vieux stals » des éditions Delga ou les aficionados de Mme Lacroix-Riz. Non, le stalinisme zombie est d’abord caractérisé par l’esprit du camp et je ne parle pas ici des camps de travail soviétiques… Il y aurait non pas l’opposition des ouvriers des bourgeois, l’opposition des défenseurs de la liberté et des tyrans, non, foin de ces vieilleries : il y a le camp impérialiste et le camp anti-impérialiste ou, forme plus sophistiquée, le camp du dollar et le camp des BRICS ou toute autre division du monde inventée par les spécialistes de la géopolitique. Exactement comme jadis il y avait le camp du socialisme (et le « socialisme » s’y connaissait en matière de camps) et le camp des impérialistes. Aux impérialistes, il faut ajouter « les sionistes », c’est-à-dire Israël : ce pays de 10 millions d’habitants, grand comme quatre départements français, a un pouvoir extraordinaire pour focaliser les haines et l’esprit de camps…

Comme du temps de l’URSS, toute révolution démocratique dirigée contre un gouvernement du « bon camp » est soit dévaluée (en Iran, c’était une « lutte contre la vie chère »), soit condamnée comme « révolution orange », c’est-à-dire une fausse révolution pilotée par la CIA et le MI6. L’ancêtre de toutes les « révolutions orange », c’est évidemment la Hongrie, puisque ces horribles communistes hongrois comme Nagy se proposaient de quitter le pacte de Varsovie et d’établir la démocratie et le multipartisme. Quelle abomination ! La révolution iranienne noyée dans le sang par les mollahs présente de très nombreuses similitudes avec la révolution hongroise de 1956, et elle a provoqué des réactions assez ressemblantes.

Notons aussi que le stalinisme zombie se manifeste dans la sympathie particulière à l’égard de Poutine investi du rôle de successeur de ceux qui ont conduit « la grande guerre patriotique ». Faut-il vraiment soutenir Poutine quand on aime la culture russe et qu’on sympathise avec le peuple russe, ce peuple qui a tant souffert des impérialismes, à commencer par l’invasion de Napoléon Ier ? Évidemment non ! On peut condamner les manœuvres anglo-américaines en Ukraine qui ont poussé à la guerre et portent une grande responsabilité dans la situation actuelle sans pour autant soutenir « l’opération spéciale » de Poutine !

Le stalinisme zombie retrouve aussi les vieux réflexes antisémites. On peut d’ailleurs lire le livre de Jean-Jacques Marie, L’antisémitisme en Russie, de Catherine II à Vladimir Poutine (Taillandier, 2014). L’antisémitisme a pris le nom d’antisionisme, mais il n’a pas changé de nature pour autant. Il s’est transformé une nouvelle religion, le « palestinisme » qui se propose de créer un « État palestinien » « du fleuve jusqu’à la mer », c’est-à-dire en expulsant ou en tuant les habitants d’Israël, autrement dit de « finir le job » commencé en 1939-1945…

Le stalinien zombie retrouve les aventures insensées des dirigeants de l’Internationale Communiste qui, au congrès de Bakou en 1920, où on essaya de transformer la lutte des classes en guerre sainte. Les partisans de la guerre sainte ne tardèrent pas à appliquer aux bolcheviks le sort qu’Allah (clément et miséricordieux) réserve aux mécréants. Exactement comme les mollahs réglèrent son compte au parti Toudeh qui avait soutenu ardemment les religieux réactionnaires. Exactement comme le Hamas règle leur compte aux homosexuels alors que les LGBTQI++ des capitales européennes soutiennent sans barguigner la religion palestiniste.

Il n’y a pas de camps. Les oligarques russes, les mollahs riches à milliards ou les princes saoudiens ne valent pas mieux que nos oligarques à nous, rois de la « tech » ou empereurs du luxe. Et un tyran est un tyran, quelle que soit sa couleur politique. La démocratie n’est pas un luxe de riches, mais le milieu vital dans lequel les opprimés peuvent forger les armes dont ils ont besoin pour résister à l’oppression, d’où qu’elle vienne.

Le 14 février 2026 – Denis Collin