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Fureurs épiques… drôle d’époque

lundi 2 mars 2026, par Denis COLLIN

Personne ne peut prévoir ce qui sortira de la fureur épique de MM.Trump et Netanyahou. Le chaos peut se propager et entraîner le monde dans l’abîme. Ne nous y trompons pas : ce n’est pas seulement une décision du fantasque Trump. Celui-ci peut proférer des sornettes à rythme soutenu, cela n’a aucune espèce d’importance. Mais pour un engagement militaire aussi important et aussi risqué, il lui a fallu l’accord du Pentagone – c’est-à-dire de la hiérarchie militaire – et de « l’État profond ». On voit à cette occasion ce qu’est la réalité qui se cache derrière la façade « démocratique » des États-Unis, beaucoup plus proches de la ploutocratie russe de Poutine qu’on ne pourrait le croire.

Les arguties sur le « droit international » ne pèsent d’aucun poids. Le droit international n’a de réalité que pour autant que les nations à peu près bien ordonnées (pour reprendre le vocabulaire de Rawls [1]) l’acceptent et le mettent en œuvre, et pour autant que les puissants trouvent intérêt à le respecter. Mais toute l’histoire depuis la fin de la Seconde guerre mondiale peut se résumer aux violations du droit international par les États qui avaient le désir, les intérêts et les moyens de le violer. [2] Les guerres coloniales, l’assassinat des dirigeants qui ne plaisaient pas aux puissants, les coups d’État organisés par la CIA, les bombardements du Vietnam à Belgrade et à la Lybie, les invasions soviétiques, les invasions américaines, etc., sont autant de violations de tout droit qu’on s’étonne que brusquement on invoque le « droit international » quand l’ignoble Khamenei est enfin envoyé en enfer ! Disons aussi que la fureur épique de Trump entre dans le même catégorie que l’opération spéciale de Poutine. Ni plus ni moins.

Évidemment, à part LFI et les islamos de tous poils, personne ne versera une larme sur la juste exécution des bourreaux de Téhéran. Peut-être même, du moins nombreux sont les Iraniens qui l’espèrent, cela ouvrira-t-il la voie au renversement de ce régime honni, l’un des plus hideux de l’histoire récente. Nous avons eu maintes fois l’occasion de constater que l’histoire avance par le mauvais côté. Le renversement de la mollarchie pourrait aussi disloquer le bloc islamique déjà sérieusement fracturé et ce serait plutôt une bonne nouvelle.

Dans le même temps, les relais internationaux de la mollarchie se sont mis en route. Les fameux « proxys », dont le Hezbollah, passent à l’attaque. Le Liban est à nouveau menacé et doit maintenant se poser la question : comment se débarrasser définitivement des fauteurs de guerre à la solde de Téhéran ?

Nous, citoyens ordinaires, ne pouvons rien sur le cours des événements. Rien, parce que nous sommes totalement dépossédés de notre pouvoir, parce que la démocratie est défigurée et se résume le plus souvent au « cause toujours ! » des puissants. Une chose est certaine : la paix et la démocratie (la liberté politique dans toutes ses dimensions) sont intimement liées et cela seul doit nous guider dans nos réflexions et, si possible, nos actions.

Le 2 mars 2026


[1] Voir Rawls, J., Paix et démocratie. Le droit des peuples et la raison publique, La Découverte.

[2] Une remarque : Israël est un État reconnu par la communauté internationale - l’URSS de Staline avait même été dans les premières puissances à soutenir la création de cet État. Donc la guerre engagée par les États arabes pour détruire Israël en 1948 était une violation manifeste du droit international…