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Les vrais fachos…

vendredi 1er mai 2026, par Denis COLLIN

Voilà des années et des années qu’on invoque le danger fasciste, l’extrême droite des « heures sombres » qui nous menace et que, sous ce prétexte, ont nous refait le coup de « l’arc républicain », celui qui a vu la gauche, au grand complet voter pour les ministres macronisés et les LR non encore passé à Ciotti. Cette sinistre comédie, ce pitoyable spectacle offert par nos politiciens a cependant une fonction politique précise : sauver le macronisme pour qu’il puisse poursuivre jusqu’au bout son œuvre de destruction sociale et économique de notre pays.

Rappelons à ceux qui ne connaissent pas les leçons de l’histoire, ou les ont oubliées que le fascisme est toujours le bras armé du grand capital ainsi que l’avait excellemment analysé Daniel Guérin dans Fascisme et grand capital. Mais le fascisme présente quelques caractères particuliers : il se développe dans des situations révolutionnaires ou prérévolutionnaires, quand l’État (bourgeois) est relativement affaibli et quand le mouvement social menace les classes dominantes. Dans ce type de situation, les moyens traditionnels de la domination de classe deviennent insuffisants. La classe dominante a alors recours à la mobilisation des classes petites bourgeoises victimes de la crise et des éléments déclassés de toutes les classes sociales – ce que Marx appelait le lumpenprolétariat. Cette mobilisation révolutionnaire à sa manière fait appel aux groupes armés qui usent de la violence pour briser les organisations ouvrières et démocratiques.

Nous n’avons rien de semblable actuellement, ni en France, ni en Italie, ni ailleurs. Les partis d’extrême droite sont tout sauf des partis fascistes, même si l’on trouve dans leurs rangs quelques éléments d’un fascisme archéologique. Bardella est un jeune idiot propre sur lui et nullement un leader fasciste. L’expérience italienne commencée avec les Fratelli d’Italia de Mme Meloni montre ce qu’est ce mouvement : un parti de droite classique, un peu plus conservateur que les autres sur les questions sociétales (mais à peine).

Mais l’antifascisme en l’absence de fascisme a une fonction précise : masquer le véritable danger et pousser les citoyens (les gogos de gauche !) à voter pour le parti de l’extrême centre, dont l’objectif clairement affiché est de détruire tous les acquis sociaux, de briser toute résistance possible du mouvement ouvrier et d’abrutir par tous les moyens la jeunesse. Si on veut parler de fascisme, alors les vrais fachos sont là, chez les macronistes, qui veulent pousser les jeunes contre les vieux, les petits patrons contre les ouvriers, les précaires contre ceux qui sont (encore) protégés par des conventions collectives. Les vrais fachos ont un parti informel, le parti de certains secteurs de la haute fonction publique, le parti des écoles supérieures de commerce, le parti des fils à papa gavés de thunes et qui veulent rafler toute l’oseille. Ce mouvement « gazeux » pour le coup reçoit le soutien de la classe médiatique et des cultureux fonctionnant sur l’argent public. Ils sont au « Monde », à « Libé », à Sciences Po, dans l’audiovisuel public et privé. Ils sont quelques millions de privilégiés qui sont prêts à tout pour garder leurs privilèges et faire triompher leur nouvelle France, en cassant la gueule aux travailleurs comme ils l’ont fait avec une sauvagerie que l’on n’avait pas vue depuis longtemps lors du mouvement des Gilets Jaunes.

Les vrais fachos sont là. Collabos comme hier et aux ordres de Mme von der Leyen. Représentants de la haute finance et du « parti de l’étranger » comme ce banquier d’affaires, devenu président de la République qui s’acharne à vendre le pays à la découpe. Ils tentent d’imposer un contrôle idéologique strict et même s’ils ne chantent plus « Maréchal nous voilà ! », l’esprit y est toujours. Et comme dans le temps, ces vrais fachos reçoivent l’appui de toute une frange de la « gauche ».

La prochaine présidentielle est partie pour réitérer les guignolades des précédentes. La presse aux ordres (pléonasme ?) a déjà annoncé que Bardella sera opposé à Édouard Philippe, qui devrait cependant connaître un sort semblable à un autre Édouard (Balladur). Rien à attendre de ce mauvais spectacle. Sauf si on pouvait en profiter pour faire émerger un nouveau mouvement populaire, social et patriotique ni de droite ni de gauche, un parti populiste au service du peuple.

Le 1er mai 2026 – Denis Collin