La bonne vieille théorie qui voulait que le progrès technique remplaçât le travail non qualifié par des emplois qualifiés en prend un coup dans l’aile. Depuis janvier 2026, META a déjà supprimé 1 000 à 1 500 employés de Reality Labs (10 % de la division) et fermé plusieurs studios, 700 employés supplémentaires en mars dans au moins cinq divisions. Depuis 2022, Zuckerberg a supprimé environ 25 000 postes.
La vague de mai 2026 est différente : elle vise une réorganisation totale autour de l’IA, pas l’élimination d’employés jugés faibles.
META n’est pas en crise, apparemment. Les résultats 2025 sont bons : 201 milliards $ de revenus (+22 %), 22,8 milliards $ de bénéfice net au T4, 43,6 milliards $ de cash flow libre, action en hausse de 10 % après les résultats. Mais ces revenus ne sont ceux de l’IA ! Car l’IA ce sont surtout de dépenses faramineuses ! Meta prévoit 115 à 135 milliards $ de dépenses d’infrastructure en 2026, presque le double de 2025. Les licenciements servent donc à financer le pari IA le plus coûteux de l’histoire, tout en préservant les marges exigées par Wall Street.
Le cas META n’est pas unique. En 2026, le secteur tech a supprimé plus de 95 000 emplois dans. 247 vagues de licenciements, soit 882 par jour. Ainsi AMAZON, 16 000 licenciements en janvier ; Oracle : jusqu’à 30 000 (18 %), pour financer 156 milliards $ d’infrastructure IA. 44 % des recruteurs américains citent l’IA comme cause principale des licenciements prévus en 2026. Les entreprises coupent des postes tout en affichant des revenus record, réallouant l’argent vers l’IA qu’elles jugent plus rentable que les employés.
En France Yan LeCun, après sa rupture avec META a fondé sa propre startup (AMI) et a levé près de 900 millions d’euros au lancement. L’entreprise pourrait être valorisée à 3 milliards…
On est clairement dans une sorte de bulle spéculative qui n’est pas sans rappeler la bulle INTERNET de 2002. des sommes folles sont investies sur des promesses de gains fabuleux. Mais pour l’heure, l’IA ne gagne pas un sou réel ! Ainsi OPEN AI, la société de Sam Altman, qui produit ChatGPT, perd-elle 1,22$ par dollar de revenu… Ils doivent perdre à l’unité et se rattraper à la quantité !
Où ça coince, c’est la nécessité des investissements, notamment en « data centers », qui à une composition organique du capital qui, à terme, laisse augurer une baisse radicale du taux moyen de profit. Les « résultats » actuels ne sont que des anticipations du futur qui sera tenu d’honorer les traites. Et l’enthousiasme pour l’IA n’est pas aussi général qu’on veut bien le dire : ainsi, Microsoft (qui détient une bonne part d’Open AI) reconnaît que les utilisateurs rechignent à payer le service qu’on leur fournit. L’IA se vend bien quand elle est gratuite…
Les anticipations extravagantes des prophètes de l’IA annoncent un monde dans lequel les machines pourront se diriger toutes seules, piloter toutes sortes de robots et dépasseront de très loin l’intelligence humaine. Ne resteront que quelques poignées d’humains pour surveiller le tout. Mais logiquement, si ces récits de SF ont quelque vérité, les humains en général deviennent absolument inutiles et les machines « intelligentes » s’en débarrasseront. C’est le scénario de Matrix. On parle dans ces scénarios d’un système financier qui existerait toujours, mais échangerait non en argent, mais en unités d’énergie… Les machines seront si intelligentes qu’elles communiqueront dans un langage que nous ne comprendrons pas. Ce délire s’est emparé de gens que l’on pourrait croire plus sensé et que le goût de l’argent aurait maintenus les pieds sur terre.
Car le monde enchanté de l’IA (enchanté, non, en fait il s’agit d’un cauchemar) a besoin d’énergie (ressource rare), de matériaux, tout aussi rares, et les investissements déments ne seront jamais rentabilisés, sauf à trouver des moyens permettant aux entreprises de la « tech » de pomper toute la valeur produite par le travail humain, désormais asservis à ce système machinique.
La raison commande d’arrêter les frais, de stopper les investissements dans l’IA. On me dira : « on n’arrête pas le progrès ». Mais quand on est au bord d’un gouffre, la raison commande non pas d’avancer, mais de faire demi-tour. Soyons résolument luddites.
Denis Collin - le 27 mai 2026
