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Quelques remarques sur le livre de Marlène Benquet, "La finance aux extrêmes"

mardi 23 juin 2026, par Denis COLLIN

Quelques remarques sur le livre de Marlène Benquet, La finance aux extrêmes. enquête sur le capitalisme autoritaire en France, La Découverte, 2026.

Cette enquête sur le capitalisme autoritaire en France est d’abord une enquête sur les
fonds d’investissement, ces investisseurs pour autrui, qui ont pris une place prépondérante dans la structure actuelle du capital financier. Le "capitalisme autoritaire", c’est une autre affaire, car le capitalisme, quelles que soient ses formes, est très souvent autoritaire...

La partie factuelle qui retrace la montée de fonds d’investissements pour autrui, les méthodes de ces fonds, les représentations que les acteurs se font de leur propre activité, sans oublier les rémunérations fabuleuses et le caractère prédateur de ces entreprises, tout cela est très intéressant et confirme l’analyse du capitalisme telle qu’on la trouve chez Marx (poids croissant du capital fictif et la spéculation par rapport à la production de plus-value proprement dite) ou chez Hobson, Hilferding et Lénine au début du XXe siècle (fusion du capital bancaire et du capital industriel dans le capital financier). Tout ce qu’analyse le livre est donc très ancien, mais comme l’auteur n’a sans doute jamais pris le temps de lire Marx ni l’abondante littérature « marxiste » sur ces sujets (je pense à François Chesnais, par exemple), elle ne peut comprendre la logique qui conduit à cette nouvelle phase de parasitisme capitaliste. Voilà aussi pas mal de temps que l’on a parlé de hedge funds, de subprimes et autres inventions baroques. Nous avons eu l’occasion d’en parler sur la Sociale, par exemple ici : La Sociale - Les médecins de Molière au chevet du capitalisme malade et ici La Sociale - Néolibéralisme ou keynésianisme rénové : la fausse alternative ou ici La Sociale - L’industrie dans la tourmente de la finance et ici : La Sociale - La grande dévalorisation

Donc enquête utile, mais théorie faiblarde qui la conduit à surestimer la rupture entre cette nouvelle finance et le « néolibéralisme ». Certes, les gens de gauche qui ont fait de la dénonciation du néolibéralisme leur mantra sont gros-jeans comme devant quant ils voient que le mode de production capitaliste n’est plus « néolibéral ». Sur ce point les études historiques sur le passage cyclique d’un capitalisme prédateur et impérial à un capitalisme de libre marché plus confiant dans ses capacités autonome de développement me semblent plus pertinentes (voir le livre récent : « Le monde confisqué. Essai sur le capitalisme de la finitude – XVI-XXIe siècle » par Arnaud Orain,
Où ça ne va plus c’est quand l’auteur(e) passe à la politique. Le concept de libertarianisme autoritaire qu’elle reprend pour dire que c’est l’idéologie adéquate à cette nouvelle finance est un concept absurde (elle le laisse entendre elle-même). Les libertariens comme Nozick sont des partisans de l’État minimal, dans la lignée de Locke, en fait, et ne sont pas partisans d’un État autoritaire. Ils défendent l’État « veilleur de nuit », lequel ne peut pas être autoritaire. Par contre on peut rattacher un certain des « vedettes » des « lumières obscures » (la fameuse « obscure clarté qui tombait des étoiles » ?) sont des partisans de « l’individualisme possessif » (voir CB McPherson, La théorie de l’individualisme possessif. De Hobbes à Locke, Gallimard, 1971). Le libertarianisme proprement dit conduit à l’anarcho-capitalisme et non à un État autoritaire. Tous ces gens devraient faire un peu de philosophie avant de raconter n’importe quelle sornette…

Une fois le « libertarien autoritaire » épinglé, on va pouvoir y rattacher tout le monde. Et alors que cette idéologie était censée être celle des fonds de placement, on s’aperçoit qu’elle rallie Bolloré, les géants de la tech, le RN et Meloni ou l’Afd.
Bref, la « nouvelle finance » et la « droite extrême », c’est la même chose, la même chose que Zemmour et Michel-Edouard Leclerc ! Manie classique de l’extrême gauche, héritée du stalinisme, faire des listes et des amalgames (l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours qui a copiné avec Sterin…). Au lieu d’une analyse concrète de la situation concrète on a une série de généralités plus ou moins creuses dont la seule fonction est de valider la « ligne antifasciste » ! L’auteur(e) laisse entendre que le tournant du néolibéralisme vers le nouveau « libertarianisme autoritaire » est vraiment une très mauvaise chose… de là à penser que l’alliance de la gauche avec les néolibéraux contre la « droite extrême » serait une bonne chose, il n’y a pas loin.
Occupée avec la « droitisation » d’en haut, l’auteur(e) omet de tenter de nous expliquer pourquoi les « gens ordinaires » (elle n’aime pas du tout Guilluy) votent pour la droite extrême, ce qui est bizarre. Les libertariens autoritaires réclament la suppression de l’État social, alors que les partis de droite extrême justifient leur position anti-immigration par la défense de l’État social. Bizarre, bizarre…

Bref, l’intérêt de ce livre, en dehors de ses aspects purement factuels, est de montrer une fois de plus l’insigne faiblesse de la pensée « critique » « de gauche » aujourd’hui.

Messages

  • Lecture percutante et démystifiante du livre de Marlène Benquet.
    La gauche qui a oublié la lutte des classes et la nécessaire souveraineté, tourne en rond comme d’habitude pour s ’excuser de voter Macron hier et X demain. Cette gauche a volontairement oublié la lutte des classes pour le sociétal. Le sociétal est un aveu d’impuissance , c’est détourner le débat vers des sujets qui n’ébranlent pas du tout, capitalisme devenu financier et qui un nom la mondialisation anglo-saxonne, qui adore le sociétal. Il ne coûte rien et affaiblit durablement la lutte des classes comme on peut le constater avec l’UE et ses directives, les oligarques et les bourses de New York et Londres.

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