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L’adieu au mouvement ouvrier

jeudi 6 août 2026, par Jean-Pierre BOUDINE

La France insoumise rend publique une brochure de quatre vingt pages intitulée « comment faire » qui devrait dessiller les yeux de quelques-uns.

Seulement quelques-uns, à vrai dire : ceux qui pourront la lire et disposent de quelques repères pour mesurer son extraordinaire degré de cochonnerie.
Non qu’elle soit difficile à trouver, elle est là, à télécharger gratuitement :
https://melenchon.fr/2026/02/10/com...
Mais la police est mal choisie (ennuyeuse) le corps, petit, et le contenu tellement… particulier qu’il n’y a que deux façons d’y aborder.

La première : on est une page blanche ; on ne sait de la réalité économique et politique du monde contemporain que ce qui ressort d’une écoute distraite des informations télévisées. Alors le texte, qui peut certes sembler long et dépourvu de suspense, se laisse lire. Ce sont là, en tous les cas, des conceptions très originales et en ce sens, non dépourvues d’un certain charme littéraire, comme fiction.

La seconde : on a bénéficié d’un minimum d’éducation politique, côté gauche, et d’une pratique syndicale ou politique. Alors on constate que l’on a devant soi un tel ramassis d’absurdités que l’on se demande : faut-il en rire ou en pleurer ?
Un ami me dit : « On croirait la proclamation d’une secte du genre Temple Solaire ». C’est vrai, ou le Mandarom. Si Bourdin-Mélenchon nous dit que le monde est en danger car nous sommes attaqués par « Les Lémuriens de Pluton », que faire ? Il faut combattre !

Mais soyons sérieux, même si cela demande un gros effort.

La communication urgente que nous offre Jean-Luc Mélenchon tient en peu de mots :
« Le mouvement ouvrier a échoué (page 30) »
Sophie Binet sera contente de l’apprendre ! Et aussi les dirigeants de l’UAW qui ont soutenu Abdul El-Sayed et ont assuré sa victoire à la primaire démocrate du Michigan !
C’est que, voyez-vous : L’opposition entre l’oligarchie et le peuple succède à celle des bourgeois et des prolétaires du siècle précédent.
Euh, doit-on conclure que bourgeois et prolétaires, dans ce siècle-ci, sont copains-copains ? Mmmm… pas sûr.
Mais ce changement, à quoi est-il dû ?
(…) en relation avec le changement du mode de production (…) Oui, forcément.
Dans les années 1970, le fordisme est entré en crise et le capitalisme a muté. Bon, mais comment et en quoi ?
Je n’ai pas trouvé la réponse dans la brochure et j’étais bien embêté. Mais sur le blog de J.L.M. dans le contenu d’un entretien concernant l’es écologistes, ici :
https://melenchon.fr/2026/07/22/une... je trouve une explication très claire de la mutation en question :
« Le communisme a besoin que l’accumulateur de la plus-value soit aussi le propriétaire des moyens de production et puisse être directement dépossédé. Cela n’est plus opérant aujourd’hui. Les fonds de pensions comme BlackRock et le capitalisme » transnational, globalisé et numérisé, ne se limitent plus à un lieu de production.
Ces trois phrases viennent dans un contexte où il s’agit de montrer que ce qu’on appelait le communisme (on l’appelait aussi le socialisme) n’a plus de sens aujourd’hui, et par conséquent que le parti communiste, ou tout parti, mouvement ou syndicat, qui s’inspirerait de l’objectif socialiste, n’a pas lieu d’être.
Je supplie le lecteur de lire attentivement ce passage, car il est là pour justifier tout le reste, et tout ce qui n’est pas dit dans la brochure. Or c’est une bêtise qui vaudrait un zéro à un lycéen de première ou de terminale dans un devoir d’économie. Car BlackRock, ou le capitalisme international, est bien le propriétaire du capital donc des moyens de production et c’est lui qui accumule la plus-value. L’argument mélenchonien : « ne se limitent plus à un lieu de production » n’a strictement aucun rapport avec la question (de même d’ailleurs que le fait que le Capital soit globalisé et numérisé…). Ceux qui possèdent les moyens de production sont ceux qui accumulent la plue-value. Et réciproquement.
Beaucoup de choses ont changé, mais pas ça, et c’est le fond de l’affaire.
Je relève aussi, dans le même entretien, cette phrase méprisante :
« Quand chacun s’accorde pour protéger les biens communs [comme l’eau, les forêts, le vivant] cela produit plus de « communisme spontané » que n’importe quelle discussion pendant des heures sur l’exploitation capitaliste. »
Résumons-nous : il n’y a pas de classes sociales, par conséquent pas de lutte des classes, pas de mouvement ouvrier politique, associatif, syndical, pas d’exploitation capitaliste, tout ça, ce sont des vieilleries, et en parler, du temps perdu.
Au delà de l’ignorance et de la la bêtise qui imprègne cette « pensée », il faut retenir que Mélenchon, un moment tenté par le « populisme » de Chantal Mouffe, qui se rapprochait spectaculairement du Parti Socialiste en septembre 2018, et proclamait : « J’ai le cœur plein d’enthousiasme si vos chemins viennent en jonction des nôtres. Que finisse cette longue solitude pour moi d’avoir été séparé de ma famille.(…) Mes amis, vous me manquiez ! », aujourd’hui fait ses adieux au mouvement ouvrier, aux travailleurs, aux paysans et aux salariés.
Il faudra s’en souvenir, car la lutte des classes existe et qui tourne le dos au mouvement ouvrier, nécessairement, combat avec le capital. Il n’y a jamais eu de troisième terme.
Ce document est anti-ouvrier, absolument réactionnaire.
Mais il y a sans doute autre chose. Mélenchon est un vieil homme et il n’est pas fou au point de se croire, comme Musk, immortel. Je pense que ce document participe d’une volonté de laisser une trace.
Or il y a un problème : Mélenchon est un petit Mitterrand, un nain politique, un zéro idéologue, mais la FI occupe, objectivement, la place, à l’extrême-gauche, que n’occupe plus le PCF. Les militants de la FI seraient au P.C.F. s’il existait un véritable PCF.
Bompard, Panot, Guetté ont laissé figurer leur noms sur la brochure. Et on comprend bien pourquoi, en 2024, Corbière, Simonet, Ruffin, Autain, Davi ont été chassés.
Malgré tout, … j’en vois qui n’y sont pas, comme Coquerel. Eric Coquerel, ancien membre de la direction de la LCR aurait-il pu signer un tel monceau de cochonneries ?
Mélenchon s’éloigne, sans doute définitivement de la gauche ouvrière et socialiste. Mais le destin de la FI n’est pas écrit.
JP Boudine

Messages

  • Comme pas mal d’entre nous j’ai connu un peu JLM, j’ai participé à la fondation du parti de gauche. Là j’ai découvert un sectarisme effrayant, la direction du parti voulait m’obliger à militer à Paris, alors que je militais en Corrèze. J’ai demandé pourquoi, pas de réponse, je faisais de l’ombre à un apparatchik : Coquerel ! Qui n’a pas eu le courage de me le dire en face.
    Puis il y eut la campagne de 2017, et le virage Wokiste, la préférence pour le sociétal, qui était en fait l’abandon des ouvriers, qui ne comprenaient plus le monde globalisé ? Qui détestaient le Wokisme, Christopher Lasch avait compris dés 1991 que c’était la révolte des élites ! JLM et LFI sont des petits bourgeois des bobos, le peuple ce n’est pas leur niveau, ils n’osent pas le traiter comme Macron d’analphabètes, de sans dents comme Hollande mais ils partagent ce point de vue, le peuple n’est pas digne d’intérêt.
    Cela explique pourquoi JLM et LFI ont sauvé Macron en 2022 et systématiquement depuis 2022.
    Notre pays est aux mains de politiciens indignes, corrompus, soumis à l’UE, à l’OTAN et à la chetaine van der Leyen.
    Oublions les et préparons l’avenir sur une base d’indépennce nationale et de justice sociale, comme le fait le BSW de Wagenknecht, Lafontaine, Fabio de Massi, ...conservateurs au plan sociétal. Oublions les tristes sires qui ne mértent pas notre attention.

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