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Mobilisation des professeurs contre la réforme Blanquer du lycée

par Denis COLLIN, le 11 octobre 2018

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Ci joint la motion adop­tée par les pro­fes­seurs du lycée Flaubert de Rouen en assem­blée géné­rale. La même motion a été adop­tée au lycée Jeanne d’Arc avec FO et SNES ,au lycée Saint Saens avec FO et SNES et au lycée Claude Monet du Havre avec FO, SNES et SUD

Motion des professeurs du lycée Flaubert de Rouen réunis en Assemblée Générale le 25 septembre 2018 avec le soutien du SN-FO-LC et du SNES

Les réfor­mes actuel­les obéis­sent clai­re­ment à deux impé­ra­tifs : répon­dre à l’injonc­tion de la Cour des Comptes de « réduire le coût du lycée » (p.176), au moyen de « la réduc­tion du volume d’ins­truc­tion » et du « res­ser­re­ment du champ des options dans la voie géné­rale et des spé­cia­li­tés dans la voie pro­fes­sion­nelle » (Cour des Comptes, La Situation et les pers­pec­ti­ves des finan­ces publi­ques, p.177). Il s’agit d’autre part pour le gou­ver­ne­ment de réduire de 120000 le nombre de fonc­tion­nai­res.

La réforme du lycée répond à une logi­que inac­cep­ta­ble de flexi­bi­lité et de ren­ta­bi­lité :

 baisse des horai­res d’ensei­gne­ment (26h au lieu de 28h30 en seconde, 28h contre 30h en moyenne actuel­le­ment en 1ère)

 hausse des effec­tifs du tronc commun : la fin des séries permet de mettre tous les élèves de la série géné­rale dans une même classe.

 pénu­rie des spé­cia­li­tés : dans un même bassin, elles n’auront pas à être pré­sen­tes dans tous les établissements ; à la limite, une option pourra n’être pré­sente que dans un lycée privé. Pour les lycées isolés, il sera même pos­si­ble de diri­ger les élèves vers l’ensei­gne­ment à dis­tance. Cette pénu­rie orga­ni­sée per­met­tra d’aug­men­ter au maxi­mum les effec­tifs des options.

 dis­pa­ri­tion annon­cée des spé­cia­li­tés « arts » ainsi que « lit­té­ra­ture et LCA », qui feront l’objet d’une répar­ti­tion aca­dé­mi­que voire seu­le­ment natio­nale

 le ser­vice des pro­fes­seurs et leur poste dépen­dront des choix des élèves et donc de la capa­cité des ensei­gnants à vendre leur dis­ci­pline en seconde. C’est la mise en concur­rence des dis­ci­pli­nes.

 mise en concur­rence des lycées par leur offre d’ensei­gne­ments de spé­cia­lité déci­dée par le Recteur.

 une orga­ni­sa­tion du bac­ca­lau­réat plus com­plexe : 18 épreuves en contrôle continu débu­te­ront dès le second tri­mes­tre de 1 ère + 2 épreuves anti­ci­pées de fran­çais. Cette obses­sion de l’évaluation nous semble nuire à l’ensei­gne­ment. De même, l’évaluation en début de seconde, entiè­re­ment infor­ma­ti­sée, cor­ri­gée par un logi­ciel, sans aucune inter­ven­tion des ensei­gnants n’a aucun sens : devrons-nous à l’avenir n’évaluer les élèves que sur les com­pé­ten­ces qu’un ordi­na­teur peut tester ?

 la fin du bac­ca­lau­réat natio­nal puisqu’il dépend désor­mais des contin­gen­ces loca­les. Quand les ensei­gnants orga­ni­sent les épreuves et cor­ri­gent leurs pro­pres élèves, le minis­tre ne peut pas pré­ten­dre que le bac­ca­lau­réat reste natio­nal et encore moins ano­nyme.

La consé­quence directe est la sup­pres­sion de mil­liers de postes et l’alour­dis­se­ment de la charge de tra­vail de chacun.

 avec Parcoursup enfin, nous avons vu se mettre en place un sys­tème mal fait, mal pré­paré, qui ne résout en rien les iné­ga­li­tés socia­les, qui favo­rise l’ensei­gne­ment privé (de nom­breux bache­liers sans affec­ta­tion s’y sont tour­nés), et qui pro­pose des affec­ta­tions par­fois tota­le­ment déconnec­tées des vœux des can­di­dats. Toutes les dis­ci­pli­nes sont main­te­nant bru­ta­le­ment sou­mi­ses à une logi­que uti­li­ta­riste. Dès la fin de la seconde, les élèves seront inci­tés à « choi­sir » les dis­ci­pli­nes et les « ensei­gne­ments » dits de spé­cia­lité et à en éliminer d’autres, non pas en fonc­tion de leurs goûts, mais pour pré­ser­ver leurs chan­ces d’obte­nir une for­ma­tion post bac « ren­ta­ble » sur le marché de l’emploi. Cette logi­que mar­chande, pure­ment uti­li­ta­riste, est tota­le­ment contraire aux exi­gen­ces d’un appren­tis­sage libre et réflé­chi des dis­ci­pli­nes.

Parcoursup n’est pas seu­le­ment un dis­po­si­tif tech­ni­que au ser­vice de l’orien­ta­tion des élèves, c’est une méca­ni­que des­ti­née à déna­tu­rer le lycée, en le subor­don­nant à des impé­ra­tifs économiques et sociaux étrangers à ce que doit être la fina­lité de l’école.

Nous atten­dons d’une réforme qu’elle lutte contre les iné­ga­li­tés, qu’elle offre à tous des chan­ces de réus­site et pro­pose une offre diver­si­fiée, garan­tie d’ouver­ture et d’épanouissement cultu­rels et citoyens. Nous atten­dons d’une réforme qu’elle s’ins­crive dans le cadre d’un ser­vice public de qua­lité. Ce qui n’est pas le cas de celle que l’on nous impose.

Pour ces rai­sons nous consi­dé­rons aujourd’hui que la reven­di­ca­tion pre­mière doit être celle du retrait des réfor­mes Blanquer et Vidal, à savoir la réforme du lycée ainsi que Parcoursup.

Le bac doit demeu­rer un examen natio­nal, ano­nyme ; il doit rester le 1er grade uni­ver­si­taire.