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Comment peut-on applaudir à ce nouvel asservissement des femmes ?

par Marie-Pierre FRONDZIAK, le 15 juillet 2016

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A l’heure où un atten­tat a encore frappé la France, l’isla­misme étend de plus en plus ses ten­ta­cu­les. Avant toute chose, fai­sons bien à nou­veau la dis­tinc­tion entre racisme et isla­mo­pho­bie.
Le raciste croit, de manière inepte, qu’il existe des races (alors que l’huma­nité n’est cons­ti­tuée que d’une seule espèce) et que cer­tai­nes sont supé­rieu­res à d’autres. En l’occur­rence que la race blan­che est supé­rieure aux autres.

On voit donc clai­re­ment qu’avec l’isla­mo­pho­bie il ne s’agit pas de cela.

Ceux qui sont de mau­vaise foi font accroire que l’on rejette l’isla­misme parce que l’on rejette les Arabes. Ce serait tel­le­ment plus simple comme cela !

Mais non, l’isla­mo­pho­bie, comme son nom l’indi­que, c’est la peur de l’isla­misme, telle qu’elle s’exprime face aux atten­tats, mais aussi telle qu’elle s’exprime face à sa volonté d’emprise sociale et poli­ti­que. L’isla­misme n’est pas seu­le­ment arabe, il est aussi indo­né­sien, pakis­ta­nais, ira­nien, turc, etc.
Donc pas ques­tion ici de racisme, mais de rejet d’un mode de vie qui est régres­sif.

En effet, alors que les femmes par­tout dans le monde se sont bat­tues, se bat­tent encore pour être des humains comme les autres, voilà qu’un cou­rant social et poli­ti­que veut à nou­veau les asser­vir davan­tage.

J’entends déjà les bien-pen­sants de la bonne gauche et de l’extrême gauche affir­mer qu’il s’agit là de la liberté indi­vi­duelle et que si des femmes veu­lent se dégui­ser en fan­tô­mes, c’est parce qu’elles l’ont choisi, parce qu’elles sont pudi­ques, parce que c’est la tra­di­tion, parce qu’elles affir­ment ainsi leur liberté !

Balivernes ! Où est la liberté lors­que l’on fait des choix qui sont abso­lu­ment dictés par le groupe auquel on appar­tient ? Où est la liberté dans cer­tains quar­tiers de France quand les femmes « choi­sis­sent » de se voiler pour ne pas être consi­dé­rées comme des putes ? Où est la liberté des femmes ira­nien­nes quand la ville de Téhéran est contrainte d’embau­cher 7 000 mili­ciens des mœurs pour contrô­ler qu’aucun cheveu de femme ne dépasse ? Si les ira­nien­nes met­taient le voile libre­ment, y aurait-il besoin que des hommes armés de bâtons ou de fouets se pro­mè­nent dans la ville pour les mena­cer ? Quelle hypo­cri­sie ! Quelle couar­dise !

Quant à la tra­di­tion, les femmes de Kaboul lui avaient tourné le dos dans les années 70 en por­tant des mini-jupes, comme celles de Tunisie ou de Turquie qui ne por­taient pas le voile dans les lieux publics (décret de 1981 pour les pre­miè­res, sous Ataturk puis dans les années 80 pour les secondes). La liberté est tou­jours émancipatrice, émancipatrice de l’effet des choses sur nous, émancipatrice de nos affects et elle est tou­jours affir­ma­tion de l’exis­tence. Or où est la liberté lors­que l’on doit se dis­si­mu­ler pour s’excu­ser d’exis­ter ?

Les femmes n’ont pas moins le droit à l’exis­tence que les hommes et elles ont le droit d’exis­ter comme elles l’enten­dent, elles n’ont de comp­tes à rendre qu’à elles-mêmes. Personne, qu’il soit homme ou femme d’ailleurs, n’a à leur impo­ser quoi que ce soit en matière de choix d’exis­tence. Or aujourd’hui, l’idéo­lo­gie comme tou­jours fait son chemin. La colo­ni­sa­tion des cons­cien­ces s’étend et prend chaque jour davan­tage d’ampleur. Nous accep­tons de plus en plus de choses, ini­ma­gi­na­bles encore hier. Sur les réseaux sociaux on peut lire sans que per­sonne ne s’en offus­que vrai­ment que pen­dant le rama­dan les hommes peu­vent avoir des rela­tions sexuel­les à la nuit tombée avec leur(s) femme(s) et leur(s) esclave(s) !

Les filles arri­vent voi­lées au col­lège, quand arri­ve­ront-elles voi­lées à l’école pri­maire ? Quel que soit leur âge, les filles/femmes sont des ten­ta­tri­ces. Dans un Center parc et autre aqua­land, le bur­kini est auto­risé (inter­dit au Maroc pour des ques­tions d’hygiène ...), mais le string est inter­dit. A quand la police des mœurs en France ?

Mais dans quel monde sommes-nous ? Quel est ce cau­che­mar ? Quoiqu’on en dise, le voile est un signe de sou­mis­sion et d’asser­vis­se­ment des femmes. Il ne faut pas l’accep­ter. Il faut refu­ser ces normes de com­por­te­ment social régres­si­ves qui cher­chent à s’impo­ser, ce n’est plus notre his­toire. Il faut cesser de cau­tion­ner et de col­la­bo­rer. Il faut rele­ver la tête (nue !) et reje­ter toutes les nou­vel­les normes de com­por­te­ment qui ne sont pas libé­ra­tri­ces. Chacun a le droit de croire en ce qu’il veut, mais per­sonne n’a le droit d’impo­ser sa propre « com­plexion » aux autres.

« Les hommes [les femmes] com­bat­tent pour leur ser­vi­tude comme s’il s’agis­sait de leur salut. » Spinoza – 17ème siècle. Rien ne change ...