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« Dans la Macronie, tout est pourri »

par Jacques COTTA, le 13 janvier 2020

En règle géné­rale, les mots d’ordre scan­dés dans les mani­fes­ta­tions ne don­nent pas dans la nuance. Ils vont droit au but, expri­mant le sen­ti­ment géné­ral des mani­fes­tants, leur volonté, leur oppo­si­tion, leur révolte. « Dans la Macronie, tout est pourri ! » peut-on enten­dre depuis plus d’un mois dans les villes de France.

Tout ?
Si par­fois les slo­gans sont exa­gé­rés, cari­ca­tu­raux, exces­sifs, celui-ci est non seu­le­ment scandé, mais de plus argu­menté.

« Tout » se décline sur le plan social.

La réforme des retrai­tes basée sur un régime à points, dont la valeur sera évidemment varia­ble en fonc­tion de la conjonc­ture, est la des­truc­tion du sys­tème soli­daire. Elle rend impos­si­ble de pré­voir avant l’échéance le mon­tant des pen­sions qui seront ver­sées. Seule cer­ti­tude, elles seront moin­dre, et pour un effort plus impor­tant, l’âge de départ étant de fait reculé. Cette réforme fait suite à celle qui concerne le code du tra­vail, le chô­mage, l’éducation… Sans parler du sort réservé aux ser­vi­ces publics, notam­ment dans le domaine de la santé, des trans­ports…

« Tout » se décline sur le terrain fondamental des libertés.

Jamais un niveau de vio­lence poli­cière tel que celui qui s’abat depuis des mois sur le peuple fran­çais, durant les mani­fes­ta­tions gilets jaunes mais aussi les mani­fes­ta­tions syn­di­ca­les, n’avait été atteint. On compte par cen­tai­nes les bles­sés graves, vic­ti­mes de gre­na­des, de tirs de LBD, ou encore de matra­quage inten­sif et sans rete­nue. La puis­sance répres­sive atteint un niveau tel que les citoyens se sen­tent en insé­cu­rité à la seule vue de l’uni­forme, notam­ment lors de sim­ples contrô­les de police qui peu­vent tour­ner mal, comme en témoi­gne la mort récente de Cédric Chouviat, livreur plaqué au sol, mort d’étouffement consé­cu­tif à une frac­ture du Larynx. Les vio­len­ces poli­ciè­res sont le résul­tat d’ordres directs, au compte d’une orien­ta­tion, et posent donc la res­pon­sa­bi­lité dont les poli­ti­ques -pré­si­dent, pre­mier minis­tre, minis­tre de l’inté­rieur, macro­nie dans son ensem­ble- ne peu­vent s’exo­né­rer.

Tout se décline sur le simple plan de la morale.

Le gou­ver­ne­ment d’Emmanuel Macron et Edouard Philippe a battu le record qui pour­tant sem­blait iné­ga­la­ble des minis­tres contraints de partir en cours d’exer­cice pour éviter que les pour­sui­tes judi­ciai­res n’éclaboussent ouver­te­ment l’édifice tout entier. On peut citer, avant « mon­sieur Retraite » Jean-Paul Delevoye, l’ancien PS Richard Ferrand recy­clé après une affaire d’assu­rance (lui aussi !) au poste de pré­si­dent du groupe LREM à l’assem­blée natio­nale, ce qui montre la pau­vreté du per­son­nel poli­ti­que de la macro­nie. Il y a eu aussi François de Rugy, ex écolo PS, l’homme aux « queues de lan­gous­tes » Mais il y a aussi les figu­res du MoDem, Marielle de Sarnez, deve­nue minis­tre des Affaires euro­péen­nes, et Sylvie Goulard, minis­tre des Armées, pour­sui­vies pour abus de confiance et mises en examen pour « détour­ne­ment de fonds publics ». Il y a dans la foulée François Bayrou, qui est lui pour­suivi pour « com­pli­cité de détour­ne­ment de fonds publics ». Pour enjo­li­ver la liste, il faut évoquer la minis­tre des Sports, Laura Flessel qui annonce son départ du gou­ver­ne­ment pour des "rai­sons per­son­nel­les", vrai­sem­bla­ble­ment liées à la situa­tion fis­cale de son mari. Puis il y a eu Françoise Nyssen, Delphine Gény-Stephann, Stéphane Travert et Jacques Mézard, jusqu’à ceux qui auront pré­féré quit­ter le navire lorsqu’il en était encore temps, Nicolas Hulot, Gérard Collomb, Nathalie Loiseau, Benjamin Griveaux, Mounir Mahjoubi

Ce n’est qu’un début… Rien n’indi­que en effet qu’une période de sta­bi­lité gou­ver­ne­men­tale mira­cu­leuse suivra l’épreuve de force enga­gée sur la ques­tion des retrai­tes, quelle qu’en soit l’issue. Dans les jours qui vien­nent de s’écouler, trois mem­bres de cabi­net vien­nent d’être reca­sés comme s’il fal­lait assu­rer leurs arriè­res. Claire Scotton, direc­trice adjointe du cabi­net de la minis­tre du Travail Muriel Pénicaud, vient d’être bom­bar­dée direc­trice de la stra­té­gie RH d’Orange, où elle a com­mencé à tra­vailler le 2 jan­vier pour une rému­né­ra­tion qui selon la CFE-CGC « devrait avoi­si­ner 250.000 à 300.000 euros par an alors qu’en cabi­net elle devait émarger à moins de 100.000 euros ». Chez Edouard Philippe à Matignon, Anne Clerc, chef de cabi­net, vient d’être pro­pul­sée « pré­fète char­gée d’une mis­sion de ser­vice public » par décret en date du 19 décem­bre. A Matignon tou­jours, François-Antoine Mariani, conseiller ter­ri­toire, qui n’est pas plus haut fonc­tion­naire de car­rière que la pré­cé­dente, a été nommé par le même décret com­mis­saire délé­gué à l’égalité des ter­ri­toi­res.

« Dans la Macronie, tout est pourri » scan­dent donc des cen­tai­nes de mil­liers de mani­fes­tants dans toute la France. Tout ! Avant de pous­ser l’opéra de Paris à se mettre en grève, à jouer et danser sur le parvis de « Garnier », avant d’inci­ter les choeurs de Radio France à enton­ner devant leur PDG le choeur des escla­ves de Verdi, le Président de la République décla­rait que la « culture fran­çaise ça n’existe pas » et s’exhi­bait en Côte d’Ivoire avec le rap­peur Vegedream, poète s’il en est, auteur des paro­les « va te faire encu­ler », sans doute dans la pensée pré­si­den­tielle por­teur d’une culture alter­na­tive… Tout est pourri !

« Tout est pourri dans la Macronie » scan­dent les mani­fes­tants. Tout, notam­ment et sur­tout dans la conjonc­ture actuelle les chefs syn­di­caux qui entrai­nent leurs trou­pes à l’abat­toir, dans un jeu de rôle établi de longue date, Laurent Berger en tête pour la CFDT, qui se féli­cite du « recul sur l’âge pivot » là où le pre­mier minis­tre ne parle que de mise entre paren­thè­ses momen­ta­née et où la majo­rité des sala­riés exi­gent sim­ple­ment le retrait. La CFDT qui s’affirme une fois encore comme une des béquilles essen­tiel­les du gou­ver­ne­ment et de sa poli­ti­que, dans la lignée des syn­di­cats patro­naux qui ont tou­jours sévi contre la volonté et l’inté­rêt des ouvriers et sala­riés…

Malgré toutes ces entra­ves, des voix conti­nuent à se faire enten­dre après plus d’un mois de grève, la soli­da­rité active s’exprime tou­jours avec les gré­vis­tes, l’opi­nion ne faibli pas dans le sou­tien aux oppo­sants à la réforme, à Emmanuel Macron, sa poli­ti­que et son gou­ver­ne­ment… Quelle que soit l’issue du combat engagé, les comp­tes devront bien à un moment ou un autre être faits et sur­tout être réglés. Comme tou­jours dans la nature, la pour­ri­ture sera évacuée. Seule incer­ti­tude, le degré de décom­po­si­tion qui avant cela aura été atteint…

Jacques Cotta
Le 13 jan­vier 2020

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