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Police

par René MERLE, le 15 janvier 2020

Qui douterait qu’il faille une police pour rendre notre quotidien vivable ? Quiconque a été victime d’un vol, et de tout autre délit ou crime le sait bien. Et, à ce propos, qui ne se poserait pas la question de savoir pourquoi les présidents et gouvernements successifs n’ont pas donné à ce service public les moyens matériels, les effectifs et la considération dont il a besoin ? Pas étonnant que la corporation soit une de celles qui connaît le plus de suicides…

Police au quo­ti­dien bien mal connue d’ailleurs : les fic­tions poli­ciè­res de France Télévision nous en offrent une vision de contes de fées (itou pour la gen­dar­me­rie), que démen­tent heu­reu­se­ment quel­ques séries ou un film récent comme Roubaix une lumière…
Il semble d’ailleurs que l’opi­nion ne s’y trompe pas puis­que, de récents son­da­ges le mon­trent encore, elle salue avec reconnais­sance ce rôle dif­fi­cile de la police.
Tout bas­cule quand il s’agit du rôle de la police dans ce que d’aucuns appel­lent le main­tien de l’ordre (social) et qu’il faut bien appe­ler le bras armé de l’appa­reil d’État,
Et remar­quons que ce bras armé de la IIIe République a été sans bar­gui­gner celui de l’appa­reil d’État pétai­niste. Lors de l’hom­mage aux vic­ti­mes de l’atten­tat de la pré­fec­ture de police, le minis­tre a dit que c’était de là qu’était partie l’insur­rec­tion patrio­ti­que de la Libération. Il s’est gardé d’évoquer quatre ans de chasse aux juifs, aux com­mu­nis­tes, aux gaul­lis­tes, avant que, le vent tour­nant, les cou­ra­geux mais très mai­gres réseaux de résis­tance dans la police ne déclen­chent l’insur­rec­tion. Les mau­vais esprits diront bien sûr qu’il s’agis­sait peut-être de court-cir­cui­ter l’insur­rec­tion popu­laire et ses diri­geants qui sen­taient le soufre… mais pas­sons. Hommage aux morts des com­bats d’août 44 !
Le second bras de l’appa­reil d’État bien sûr étant le sec­teur à pro­pre­ment parler mili­taire : lors de la répres­sion san­glante des gran­des grèves de 1947-1948, le pou­voir socia­liste avait mis les CRS au bap­tême du feu (le mot est à pren­dre lit­té­ra­le­ment), mais il avait aussi envoyé l’armée cotre les gré­vis­tes. Pour le moment, nous n’en sommes qu’au pre­mier volet…
Dans ce domaine, nous sommes loin de la reconnais­sance popu­laire du rôle de la police d’inter­ven­tion au len­de­main du mas­sa­cre de Charlie et des atten­tats qui sui­vi­rent…
Plus que les innom­bra­bles séquen­ces de bles­su­res et muti­la­tions graves, la séquence, à gerber, du croc en jambe à la mani­fes­tante de Toulouse a fait débor­der le vase par tout ce qu’elle révèle sur l’arrière plan mental du cro­che­teur. Le slogan CRS/SS m’a tou­jours fait rigo­ler, tant il ignore ce qu’étaient et ce qu’on fait les SS. Mais en l’occur­rence l’inter­ro­ga­tion porte sur ce qui advien­drait si carte blan­che était donnée au cro­che­teur. Après tout, sous le gou­ver­ne­ment répu­bli­cain d’Allende, les cara­bi­niers étaient des gens « nor­maux », avant de deve­nir les séides de Pinochet, leur chef légal. Espérons que com­pa­rai­son ne soit pas raison. Mais enfin, les réac­tions ont été si fortes que le Président et son Ministre se sont déci­dés à parler de déon­to­lo­gie… Au grand dam des syn­di­cats poli­ciers qui plai­dent l’épuisement après deux ans de mobi­li­sa­tions inces­san­tes, et de pro­vo­ca­tions de la part des mani­fes­tants…
On nous expli­que que CRS et gen­dar­mes sont formés au main­tien de l’ordre « déon­to­lo­gi­que », mais que la situa­tion exige l’emploi des BRAV (Brigades de répres­sion des actions vio­len­tes), qui elles ne sont for­mées « qu’au » main­tien de l’ordre dans les quar­tiers « dif­fi­ci­les ».
Ce sont des jeunes, nous dit-on pour les excu­ser, issus eux-mêmes de ces quar­tiers, bai­gnant dans l’affron­te­ment phy­si­que. Ce qui revient à nous dire que tout est lié : crise sociale dans les quar­tiers popu­lai­res « non gau­lois », inti­mi­da­tion et répres­sion des cor­tè­ges « gau­lois »…
Déformation pro­fes­sion­nelle de l’his­to­rien : je ne peux m’empê­cher de penser à ces gardes mobi­les recru­tés dans la jeu­nesse popu­laire par le gou­ver­ne­ment de la jeune République de mars 1848, qui furent en juin de la même année le fer de lance de l’écrasement de l’insur­rec­tion ouvrière de juin…
Les syn­di­cats poli­ciers ont bien cons­cience, et ils le disent, d’avoir assuré dans la rue le salut du régime depuis décem­bre 2018. (Mme Kebbab, délé­guée natio­nale d’Unité SGP police FO, le syn­di­cat majo­ri­taire, vient de décla­rer : « On aurait aimé, lors de ses vœux, que le minis­tre pense aux poli­ciers qui ont assuré la péren­nité de ce gou­ver­ne­ment »).
Le pou­voir, pour­fen­deur des régi­mes spé­ciaux, ne s’y est pas trompé qui vient d’assu­rer aux syn­di­cats le main­tien du régime déro­ga­toire de retraite de la police natio­nale !
Quand un pou­voir est impo­pu­laire au point de ne pou­voir plus per­du­rer que par l’auto­ri­ta­risme, on ne peut s’empê­cher de penser que son bras armé risque de se cons­ti­tuer poli­ti­que­ment en force auto­nome de pres­sion. Mais au ser­vice de qui ? Notre chance, si de chance l’on peut parler, est que pour l’heure le RN, hori­zon 2022 oblige, est opposé à la réforme des retrai­tes et garde donc un silence pru­dent sur le « main­tien de l’Ordre »…

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