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L’écologie comme dynamique

par LA SOCIALE, le 5 septembre 2018

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Tout le monde en convient main­te­nant : la situa­tion écologique de la Terre devient alar­mante. C’est la pos­si­bi­lité d’une vie humaine sur Terre qui est main­te­nant en cause. Il est dif­fi­cile de sépa­rer exac­te­ment dans cette crise ce qui res­sor­tit à des causes natu­rel­les – notre pla­nète a déjà connu de gran­des extinc­tions qui sont les mar­queurs des chan­ge­ments d’ère – et ce qui res­sor­tit à l’acti­vité humaine. Mais nous savons que l’acti­vité humaine joue un grand rôle dans les bou­le­ver­se­ments cli­ma­ti­ques, dans l’épuisement des res­sour­ces natu­rel­les et dans les mena­ces à court terme en tous genres.

Mais il ne suffit pas de mettre en cause l’acti­vité humaine en géné­ral. Nous reje­tons toutes les formes de mys­ti­cisme super­sti­tieux qui font de l’homme une sorte de para­site étranger à la Terre. L’homme fait partie de la nature dont il suit le cours et il a autant le « droit » de vivre et d’étendre son influence que les pandas ou les four­mis…

La ques­tion écologique remet direc­te­ment en cause le mode de pro­duc­tion exis­tant : comme la recher­che du profit maxi­mum et à court terme est le moteur du mode de pro­duc­tion capi­ta­liste, le gas­pillage des res­sour­ces natu­rel­les ou humai­nes n’entre pas dans les cal­culs des diri­geants du capi­tal finan­cier, de leurs ins­ti­tu­tions au niveau natio­nal ou inter­na­tio­nal (gou­ver­ne­ments, Union Européenne, Commission, Banque cen­trale ou FMI). L’obso­les­cence des pro­duits de l’indus­trie permet la rota­tion accé­lé­rée du capi­tal, peu importe si elle entraîne un gas­pillage for­mi­da­ble des res­sour­ces et l’accu­mu­la­tion de déchets dont on ne sait que faire. Prendre au sérieux l’écologie, c’est faire des économies ! Des pro­duits indus­triels robus­tes, faci­les à répa­rer et économes en énergie sont de véri­ta­bles pro­duits dura­bles, c’est-à-dire faits pour durer. Toutes les catas­tro­phes natu­rel­les que nous subis­sons – inon­da­tions, incen­dies, etc. – mon­trent à l’envi que c’est l’appé­tit insa­tia­ble du capi­tal qui conduit à négli­ger les mesu­res de sécu­rité les plus élémentaires.

L’écologie sup­pose donc une réo­rien­ta­tion radi­cale de l’économie : une économie orien­tée non vers le profit maxi­mum mais jus­te­ment vers la satis­fac­tion des besoins humains, et en prio­rité ceux qui per­met­tront à tous de mener une vie décente. Cela demande une inter­ven­tion publi­que, une pla­ni­fi­ca­tion, qui exige que les inté­rêts privés n’aient pas le der­nier mot quand il s’agit du bien commun. Une orien­ta­tion com­mune pour repren­dre en main notre avenir commun, tel est l’enjeu.

La ques­tion de l’agri­culture doit être envi­sa­gée dans ce cadre. Le rem­pla­ce­ment des pay­sans par les agro-mana­gers est, en lui-même une catas­tro­phe écologique. Il est néces­saire d’encou­ra­ger le main­tien et le déve­lop­pe­ment d’une agri­culture pay­sanne, économe en intrants et seule capa­ble de pro­té­ger les milieux natu­rels des dégra­da­tions que leur fait subir l’agri­culture indus­trielle. La recher­che sys­té­ma­ti­que du profit dans le domaine agri­cole détruit la nature, détruit les hommes, liquide les exploi­ta­tions fami­lia­les à taille humaine pour remet­tre dans les mains d’indus­triels et finan­ciers ce qui relève de l’agri­culteur et du paysan. Cette recher­che du profit pose aussi la ques­tion du rap­port à la vie et une ques­tion morale de pre­mier plan dont les dif­fé­rents scan­da­les à répé­ti­tion dans les abat­toirs sont une expres­sion inac­cep­ta­ble.

L’indé­pen­dance énergétique de la France, dont la façade côtière est parmi les plus vastes au monde, passe également par la fin du nucléaire et la redé­cou­verte des mers et des immen­si­tés dont elle dis­pose en matière d’énergie renou­ve­la­ble. Un nombre consi­dé­ra­ble d’emplois nou­veaux et de tech­ni­ques à déve­lop­per sont liés au par­tage rai­sonné et pla­ni­fié qui peut être réa­lisé à partir de ce bien commun de l’huma­nité.

Une telle orien­ta­tion nou­velle ne porte pas sur des détails. C’est une concep­tion glo­bale de la vie sociale qui doit pro­gres­si­ve­ment être impul­sée. Une société dans laquelle on a mieux à faire que d’aller consom­mer pour consom­mer et tenter de satis­faire des désirs tou­jours frus­trés. Une société qui laisse toute sa place à la dis­cus­sion et à la déli­bé­ra­tion concer­nant les choix col­lec­tifs. Une société qui encou­rage toutes les formes de la vie com­mune…