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La loi de séparation des églises et de l’État

par Denis COLLIN, le 5 mai 2005

Les fureurs médiatiques et politiques autour de la mort de Karol Wojtyla et de son successeur Ratzinger sont venues nous rappeler fort à propos que la laïcité n’était pas gagnée une fois pour toutes. la commémoration du centenaire de la loi de séparation des Églises et de l’Etat s’inscrit ainsi dans un contexte où la question laïque est redevenue - si jamais elle avait cessé de l’être — l’enjeu d’une bataille politique capitale.

Président de l’Institut de Recherches de la « Libre Pensée », Jean-Marc Schiappa a réuni 140 contri­bu­tions qui per­met­tent d’éclairer ce que fut le contexte de la loi de 1905 et quelle en est la portée exacte, tou­jours actuelle. Des docu­ments, des études, la com­pa­rai­son entre ce qui se passe en France et ce qui se passe dans d’autres pays, l’his­to­rien, le mili­tant, le citoyen sou­cieux de com­pren­dre, tous trou­ve­ront dans cet ouvrage la matière à faire pro­gres­ser la réfléxion.

« 1905 ! », c’est à la fois un titre et reven­di­ca­tion pré­vient d’emblée JM Schiappa. Résultat com­biné de l’action des asso­cia­tions laï­ques, du mou­ve­ment ouvrier, des socia­lis­tes (1905 est aussi l’année de l’uni­fi­ca­tion des socia­lis­tes)mais aussi des démo­cra­tes et des répu­bli­cains modé­rés (les radi­caux, Aristide Briand), cette loi cons­ti­tue à bien des égards la pre­mière grande reprise du mou­ve­ment en avant vers la liberté initié en 1789. La liberté de cons­cience, qui res­tait sou­vent très for­melle, va entrer dans les faits.

Le dis­cours de Jean Jaurès (cf. p.251 et sq.) en défi­nit magis­tra­le­ment le sens. Il rap­pelle que la ten­ta­tive robes­pier­riste d’inté­grer le chris­tia­nisme en bloc à la République (la cons­ti­tu­tion civile du clergé)se révéla une chi­mère. [1]

« Ainsi, toute notre his­toire pro­teste contre je ne sais quelle ten­ta­tion de sub­sti­tuer des com­pro­mis incer­tains et tâton­nant du schisme à la marche déli­bé­rée de l’esprit vers la pleine lumière, la pleine science et l’entière raison.

C’est sans équivoque, c’est sans ambi­guïté, c’est en res­pec­tant dans la limite même de leur fonc­tion­ne­ment les prin­ci­pes d’orga­ni­sa­tion des Eglises, qui ne devien­nent plus qu’un des éléments de la liberté civile géné­rale, et c’est en dres­sant contre ces Eglises la grande asso­cia­tion des hommes tra­vaillant au culte nou­veau de la jus­tice sociale et de l’huma­nité renou­vel­lée, c’est par là et non par des schis­mes incer­tains que vous ferez pro­gres­ser ce pays confor­mé­ment à son génie. »

Pour les igno­rants plus ou moins mal inten­tion­nés qui conti­nuent de com­bat­tre la loi de sépa­ra­tion, cet ouvrage permet de bien com­pren­dre les débats de l’époque : il ne s’agit pas d’une loi anti-reli­gieuse [2] puiqu’elle ren­voie dos-à-dos deux extrê­mis­mes : celui qui veut main­te­nir l’Eglise catho­li­que avec toutes ses pré­ro­ga­ti­ves comme ins­tru­ment d’asser­vis­se­ment poli­ti­que, mais aussi celui qui veut faire de la loi une arme de lutte contre les reli­gions. Rappel qui n’est pas inu­tile aujourd’hui.


[1Au début des années 80, les socialistes, notamment Pierre Mauroy et Alain Savary auraient été bien avisés de lire ou de relire ce discours, avant de se lancer dans la calamiteuse aventure de l’unification scolaire qui se termina par une reculade désespérée.

[2Les protestants jouèrent du reste un rôle non négligeable dans la bataille laïque