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Le coup de grâce pour le lycée ?

par Denis COLLIN, le 24 novembre 2017

Le gou­ver­ne­ment Macron-Philippe avance au pas de charge, espé­rant étourdir tous ses adver­sai­res, anéan­tir toute résis­tance. À côté de tous les « chan­tiers » de la contre-réforme, celui de l’école est ouvert. Dans la ligne de mire : le lycée et le pas­sage dans l’ensei­gne­ment supé­rieur.

La phase 1 est enga­gée. Le bac­ca­lau­réat n’est plus le pre­mier grade uni­ver­si­taire et donc la carte d’accès à l’Université. On sait depuis des années que les facultés sont deve­nues trop sou­vent des voies de garage pour les élèves reca­lés à l’entrée dans les for­ma­tions sélec­ti­ves (BTS, DUT, CPGE, dou­bles cursus de cer­tai­nes uni­ver­si­tés, etc.). Le taux d’échec en pre­mière année est dénoncé comme un scan­dale natio­nal depuis très long­temps main­te­nant. Depuis quel­ques années, les facultés elles-mêmes sont engor­gées et ne peu­vent plus accueillir tous les étudiants qui vou­draient y entrer, et ce, d’autant plus que l’auto­no­mie des Universités (orga­ni­sée par les gou­ver­ne­ments de droite et de gauche avec le même enthou­siasme a asphyxié bon nombre d’entre elles. Comme der­nier recours plu­sieurs dépar­te­ments uni­ver­si­tai­res (notam­ment dans les filiè­res STAPS) ont recruté les étudiants de pre­mière année … par tirage au sort. Comme il fal­lait un cou­pa­ble, on a dési­gné APB (l’appli­ca­tion Admission Post-Bac) qui était évidemment étrangère au chaos de la ren­trée 2017. Mais c’est bien connu, « c’est la faute à l’ordi­na­teur ». Du coup, pour la ren­trée pro­chaine, APB est modi­fiée afin de limi­ter les choix ouverts aux élèves et sur­tout les conseils de classe, sous la hou­lette de deux pro­fes­seurs prin­ci­paux vont donner un avis (une sorte de pré-sélec­tion) qui pourra être uti­lisé par l’uni­ver­sité pour accep­ter les nou­veaux étudiants. Ainsi se met en place, à petits pas mais sans le moin­dre doute quant à la direc­tion suivie, la déva­lo­ri­sa­tion défi­ni­tive du bac et un nou­veau mode de sélec­tion pour l’entrée à l’uni­ver­sité.

Ce qui se passe concer­nant l’entrée à l’Université est à mettre en rap­port avec le grand cham­bar­de­ment dans lequel est engagé l’ensei­gne­ment supé­rieur avec des fusions d’uni­ver­si­tés, des fusions d’uni­ver­si­tés avec les gran­des écoles (Centrale et le campus de Saclay par exem­ple), la cons­ti­tu­tion de trusts des écoles pri­vées, de manière à cons­truire des « entre­pri­ses » d’ensei­gne­ments ayant une taille suf­fi­sante pour être concur­ren­tiel­les dans le grand marché mon­dia­lisé de la pro­duc­tion des diplô­mes.

Phase 2 : Les trans­for­ma­tions qui sont en cours au niveau du supé­rieur exi­gent donc que le lycée, qui avait sur­vécu à un bom­bar­de­ment intense de « réfor­mes » depuis plu­sieurs décen­nies, soit rasé. La fin du bac­ca­lau­réat comme pre­mier grade uni­ver­si­taire impli­que un bou­le­ver­se­ment de toute l’orga­ni­sa­tion du lycée. On annonce ainsi la fin des filiè­res (L, S, ES) et l’orga­ni­sa­tion d’un « lycée à la carte ». Seules trois matiè­res seraient com­mu­nes à tous les élèves, tout le reste étant cons­ti­tué de « modu­les » au choix. L’ensei­gne­ment serait ainsi vendu « par appar­te­ments ». Les avan­ta­ges de tout cela seraient mul­ti­ples.

D’abord faire des économies. En gar­dant des clas­ses à 35 élèves maxi­mum, qu’il n’y ait plus de filiè­res permet de regrou­per les élèves sur l’ensem­ble d’un lycée (demain d’un « bassin » cons­ti­tué de plu­sieurs lycées) pour opti­mi­ser le rem­plis­sage. Ensuite intro­duire plus faci­le­ment de nou­vel­les dis­ci­pli­nes appa­rais­sant sous forme de modu­les. Ainsi depuis des décen­nies le MEDEF demande la sup­pres­sion des « scien­ces économiques et socia­les » (trop « marxis­tes », sic) qu’on pour­rait rem­pla­cer par des modu­les conçus pour les besoins et la gloire de l’entre­prise. Caler tout l’ensei­gne­ment sur les « besoins de l’entre­prise », c’est ce qui était déjà demandé par le CNPF en 1967 !

Certes, on n’en est encore qu’aux conjec­tu­res. Ce qui filtre du rap­port Mathiot n’est peut-être pas ce que sera la réforme défi­ni­tive. La tech­ni­que est assez connue : on annonce offi­cieu­se­ment un véri­ta­ble trem­ble­ment de terre et quand la vraie réforme vien­dra sur le tapis on se dira que c’est moins catas­tro­phi­que que prévu… ce qui permet d’avaler toutes les cou­leu­vres qu’on veut nous faire avaler. Mais la direc­tion est on ne peut plus claire.

Une der­nière remar­que : rien de tout cela n’est nou­veau. En dépit du dis­cours tenu par Blanquer qui se veut « res­tau­ra­tion­niste » et cher­che à séduire les « fin­kel­krau­tiens » lar­ge­ment majo­ri­tai­res chez les pro­fes­seurs, le gou­ver­ne­ment se situe dans la stricte conti­nuité de ses pré­dé­ces­seurs. Blanquer défend « l’école du socle », la décen­tra­li­sa­tion, le pou­voir accru des chefs établissements, le décloi­son­ne­ment des dis­ci­pli­nes, bref tout ce qui figu­rait dans la loi de « refon­da­tion répu­bli­caine de l’école » pré­sen­tée par Peillon et dans les orien­ta­tions de NVB. Ici comme ailleurs, le macro­nisme n’est que du hol­lan­disme jusqu’au bout.