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Explosion de colère au Mexique

par Jean-Paul DAMAGGIO, le 8 janvier 2017

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Pour une raison qui m’échappe la der­nière explo­sion de colère mexi­caine a fran­chi les murs des médias. Or, elle n’est qu’une parmi tant d’autres aux Amériques, mais l’aug­men­ta­tion du prix des car­bu­rants (20% pour l’essence et 16% pour le diesel) semble sus­ci­ter quel­ques atten­tions. Pourquoi ? Car il existe trop de para­doxes.

1 - Le Mexique est un his­to­ri­que pro­duc­teur de pétrole si bien qu’il fut le pre­mier pays au monde à natio­na­li­ser cette pro­duc­tion en 1936. Mais pro­duire du pétrole n’est pas pro­duire du car­bu­rant car entre les deux opé­ra­tions il faut une raf­fi­ne­rie. Donc, et c’est la pre­mière ano­ma­lie, plus de 50% des car­bu­rants vien­nent… des USA… où les prix n’ont jamais été aussi bas !

2 - A cette situa­tion ordi­naire vient de s’en ajou­ter une autre : le gou­ver­ne­ment vient de pri­va­ti­ser la pro­duc­tion en assu­rant qu’ainsi… les prix allaient bais­ser !

3 - La colère est aussi une colère par anti­ci­pa­tion car l’aug­men­ta­tion des car­bu­rants ne peut qu’entraî­ner bien d’autres aug­men­ta­tions pour une peuple au bord du gouf­fre.

4 - Et comble de mal­heur, tout citoyen un peu informé sait que l’impor­ta­tion de car­bu­rants est une des sour­ces majeu­res de cor­rup­tion de la classe au pou­voir : cer­tains s’enri­chis­sent sur le dos de ceux qui s’appau­vris­sent. On le sait avec les scan­da­les Petrobas au Brésil, on le sait moins avec les scan­da­les Pemex au Mexique.

5 - L’aug­men­ta­tion est donc liée à la "libé­ra­li­sa­tion". Mais fait suite aussi à un vote du par­le­ment pour ins­tal­ler une taxe de 36% pour regon­fler le budget du pays. Quand aux USA le prix du gallon (3,7 litres) tourne autour de 2,1 dol­lars il passe de 15 à 18 pesos le litre au Mexique. Un dollar valant 21 pesos on peut dire que le prix du car­bu­rant est le double. Mais obser­vons le en pas­sant, en France, tou­jours à cause des taxes le prix est bien supé­rieur puis­que pour un gallon il faut payer pres­que 5 dol­lars.

La colère popu­laire a donc répondu au sac­cage du pays orga­nisé par les pou­voirs, à son propre sac­cage entrai­nant une répres­sion phé­no­mé­nale. Cette colère sur­prend par son ampleur dans tous les pays. Généralement les colè­res sont mul­ti­ples mais diver­ses, désu­nies, par­fois concur­ren­tes. Cette fois le rôle cen­tral du car­bu­rant a pro­duit une colère géné­rale. Le pré­si­dent Peña Nieto doit-il démis­sion­ner ?

Le PRI avait rem­placé le PAN et le drame du pays reste le même avec un risque d’aggra­va­tion suite au fait que Donald Trump a décidé de faire du Mexique son bouc émissaire.

Une nou­velle force poli­ti­que ? Le PRD qui repré­sen­tait la gauche a connu une scis­sion de gauche avec AMLO (l’ancien diri­geant Lopez Obrador) mais per­sonne ne sait quel résul­tat il peut en sortir.

La colère est d’autant plus consi­dé­ra­ble qu’aucun recours poli­ti­que ne semble évident. L’année 2017 s’annonce très mal pour le Mexique (comme pour le Brésil, l’Argentine, le Chili etc.) : le modèle de "déve­lop­pe­ment" par les accords avec les USA, par le libé­ra­lisme, par l’auto­ri­ta­risme risque d’être assas­siné par ceux là qui le prô­nè­rent (les puis­san­ces des USA) sans que per­sonne n’ait d’alter­na­tive à pro­po­ser.