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Le laboratoire Equateur

par Jean-Paul DAMAGGIO, le 6 mars 2017

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Le 1er jan­vier 2017 le traité de libre échange Equateur-Union euro­péenne est entré en vigueur. Qui en a été informé en France ? Personne. Car le petit Equateur c’est Personne ! Pour cet accord U.E.-Equateur, la « géné­ro­sité » des diri­geants de l’U.E. étant bien connue, ils indi­quent en consé­quence, dans leur com­mu­ni­qué que les droits de douane vont bais­ser pour les 206 mil­lions de ventes euro­péen­nes au pays latino alors qu’elles vont bais­ser pour les 240 mil­lions qui vont dans l’autre sens : « Cet accord asy­mé­tri­que est conçu pour répon­dre aux besoins de déve­lop­pe­ment de l’Equateur ». Ceci étant l’Europe a obtenu une clause pour pro­té­ger les bana­nes venues d’Afrique. Rafael Correa a hésité avant de signer. La négo­cia­tion avait com­mencé avec le Pérou et la Colombie. Puis en 2009 l’Equateur est sorti de la négo­cia­tion mais fina­le­ment il y est revenu. Traduction pra­ti­que dans le pays ? Sur la route entre Quito et Otavalo on croise les immen­ses serres qui, tout au long de l’année, pro­dui­sent les roses qui arri­vent sur le marché euro­péen. Inutile de pré­ci­ser que les condi­tions de tra­vail dans ces serres sont dra­ma­ti­ques pour la santé des employés qui vien­nent sou­vent de loin car, c’est vrai, les salai­res sont bons. Faut-il déve­lop­per cette agri­culture d’expor­ta­tion ?

Les élections qui vien­nent d’avoir lieu per­met­tent de faire le point sur la situa­tion. Si pour l’Assemblée natio­nale Alliance Pays, le parti de Correa, a conservé la majo­rité, pour la pré­si­den­tielle il a manqué 0,8% pour que son can­di­dat l’emporte (il suffit de 40%). Que peut-il se passer le 2 avril, date du second tour ?

Cette élection a été regar­dée à la loupe en Amérique latine car elle pou­vait signi­fier un arrêt de la vague néo­li­bé­rale en plein retour. Or le second tour va se jouer dans un mou­choir de poche entre le ban­quier Guillermo Lasso et Lenin Moreno. Pour le moment le jour­nal gou­ver­ne­men­tal donne des son­da­ges où la vic­toire de Moreno est évidente (jour­nal El Telegrafo) mais les jour­naux de l’oppo­si­tion font de même (El Comercio) or au pre­mier tour les son­da­ges les plus justes furent ceux de l’oppo­si­tion !

Les inno­va­tions de Correa ont été mul­ti­ples avec la cons­truc­tion de Yachay (une Silicom Valley pour l’Amérique du Sud), la ten­ta­tive de déve­lop­pe­ment de la mon­naie électronique, ou de la pro­duc­tion et vente de médi­ca­ments géné­ri­ques. Cette quête de solu­tions a été également mani­feste au moment de l’élection avec le réfé­ren­dum visant à inter­dire à la classe poli­ti­que et aux fonc­tion­nai­res l’usage de para­dis fis­caux. Le résul­tat a été clair : 57% ! Ce pour­cen­tage était le pre­mier pour­cen­tage du vote Correa et il a été obtenu par le seul sou­tien du parti Alliance pays. Pourquoi le 57% n’a-t-il pas été le score de Lenin Moreno ? Parce que la révo­lu­tion citoyenne s’étant usée, la contes­ta­tion sur sa gauche a capté des mécontents ? Non. Cette fois, Paco Moncayo, le can­di­dat qui a pu unir 33 orga­ni­sa­tions de la dite gauche cri­ti­que, dont la noto­riété était grande, n’arrive pas à 10%. Il a aus­si­tôt annoncé que pour le second tour il ne don­ne­rait pas de consi­gne de vote. Et son parti n’avait pas appelé à voter oui au réfé­ren­dum.

Un homme a donc beau­coup de soucis à se faire : Julien Assange. Pourra-t-il quit­ter l’Ambassade d’Equateur en cati­mini pour un autre pays pro­tec­teur avant la vic­toire de la droite ? A suivre.