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Quand D. Reynié passe le mur du çon ...

par Michel PAROLINI, le 19 février 2020

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Dimanche 16 février, sur les ondes de France Culture, dans l’émission L’esprit public, Dominique Reynié, pro­fes­seur à Sciences Po, et com­men­ta­teur auto­risé de la vie poli­ti­que fran­çaise décla­rait à propos de l’affaire Griveaux :

Il y a quel­que chose qui a à voir avec la dis­pa­ri­tion de la vie privée [...] On voit appa­raî­tre la fin de la vie privée parce qu’il y a des puis­san­ces pri­vées qui la détrui­sent [...] Et moi je ferais un paral­lèle avec l’affaire Mila. Ce que disait la jeune Mila était tout à fait auto­risé par la loi et cepen­dant aujourd’hui encore avec sa famille elle est sous la pro­tec­tion de la police parce que des puis­san­ces pri­vées se sont impo­sées et ont pris le dessus sur la norme publi­que. Dans les deux cas la loi per­met­tait de faire ce qui a été fait ou ce qui a été dit mais des puis­san­ces pri­vées ont détruit des vies parce qu’elles consi­dé­raient depuis leurs inté­rêts et depuis leurs convic­tions que cette loi publi­que devait être révi­sée par des puis­san­ces pri­vées.

Déjà, c’est très fort d’oser un paral­lèle entre l’affaire Mila et l’affaire Griveaux, de com­pa­rer une prise de posi­tion cou­ra­geuse, et une gami­ne­rie indé­cente, cons­ter­nante même chez un ado­les­cent bou­ton­neux [1]. De mettre sur le même plan une affir­ma­tion assu­mée, et une bévue hon­teuse et ridi­cule.
Mais il y a pire que cette confu­sion inepte.
La décla­ra­tion de Mila n’était pas de l’ordre de l’intime ou de la vie privée. C’était un « blas­phème » assumé, énoncé dans l’espace public, et qui relève sim­ple­ment du droit à la liberté d’opi­nion et d’expres­sion. Un acte non seu­le­ment auto­risé par la loi, mais qui devrait être pro­tégé par la loi. Est-ce que le délit de blas­phème existe, oui ou non, en droit fran­çais ? Et, si non, que fait la puis­sance publi­que pour pro­té­ger ceux qui ont tout à fait le droit de blas­phé­mer ? C’est ça, l’affaire Mila, et rien de plus.
D’autre part, ce ne sont pas des puis­san­ces pri­vées qui sont inter­ve­nues, comme l’affirme M. Reynié. Ce concept de « puis­sance privée » n’a aucun sens ici. C’est une puis­sance poli­ti­que, l’isla­misme poli­ti­que, qui s’est expri­mée par les voix de mille bou­ches qui lui sont inféo­dées.
En situant le blas­phème dans la seule sphère privée, on lui ôte toute sa charge phi­lo­so­phi­que et poli­ti­que. Et c’est peut-être au fond le sou­hait réel de Monsieur Reynié : que ces dis­cus­sions-là se fas­sent dans le calme et le silence des alcô­ves, en douce, et que, sur­tout, l’on n’en entende pas parler, afin que la paix règne. Et pen­dant ce temps-là, on laisse l’isla­misme poli­ti­que faire son chemin, en en fai­sant « sim­ple­ment » une affaire privée, alors qu’il est un projet poli­ti­que, clair, assumé, et tota­le­ment liber­ti­cide.

Bref, Dominique Reynié ren­voie au seul domaine privé ce qui doit, impé­ra­ti­ve­ment, s’affir­mer aussi dans la sphère publi­que — le droit de blas­phé­mer —, et ce combat devrait être celui de tous les amis de la liberté. Et dans le même temps, Monsieur Reynié res­treint sans raison (ou hélas pour de bien mau­vai­ses rai­sons) à une sphère privée ima­gi­naire ce qui appar­tient bel et bien, de fait, à la sphère publi­que : l’isla­misme poli­ti­que. Double démis­sion, double aveu­gle­ment, double faute et double stu­pi­dité.


[1Je ne parle pas de la masturbation, mais du fait de la filmer et d’envoyer la vidéo à une jeune femme, pour l’impressionner peut-être ?

Messages

  • Merci Michel d’avoir remis sur le devant de la scène ce que ce petit politologue essaie de soustraire à notre vue et à notre analyse : le blasphème, reconnu comme un droit, est public et les empêcheurs de réfléchir et de dire à voix haute ce que nous pensons ne relèvent pas d’une "puissance privée" mais de ce dont nous avons malheureusement l’habitude d’entendre et de supporter, je parle ici de l’islam politique qui se manifeste sous différents "voiles"... c’est-à-dire "l’islamisme".

    A bientôt de te lire, Elisa.

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