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Mila : islam et laïcité

par Antoine BOURGE, le 28 février 2020

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En 1910, le citoyen Jean Jaurès pro­non­çait devant la Chambre des Députés un dis­cours fameux pour l’école laïque, mais avec l’affaire Mila on peut cons­ta­ter que les ardents défen­seurs de la laï­cité ne sont pas légion. Cette régres­sion intel­lec­tuelle et poli­ti­que livre la répu­bli­que à un islam poli­ti­que conqué­rant qui remet en cause l’unité répu­bli­caine.

On peut trou­ver un bon résumé chro­no­lo­gi­que de l’affaire publié le 5 février sur le site de France Info.

La média­ti­sa­tion par les réseaux sociaux

Le 18 jan­vier 2020 c’est sur la chaîne Instagram de Mila qu’a éclaté une que­relle entre elle et un garçon, rela­tée par Mila elle-même sur France Info :

Et il y a un mec qui a com­mencé à s’exci­ter, à nous trai­ter de sales les­bien­nes, de racis­tes, de (...) toutes les pires insul­tes que vous pouvez ima­gi­ner (...). Ensuite le sujet a com­mencé à déra­per sur la reli­gion. Donc moi j’ai clai­re­ment dit ce que j’en pen­sais. Parce que la liberté d’expres­sion, tu connais ?’

On s’étonne que la cen­sure des réseaux sociaux ne se soit pas abat­tue, compte tenu des propos tenus, quand on sait que L’ori­gine du monde de Courbet était cen­suré par Facebook.

Récupération poli­ti­que ou aban­don com­plet ?

Au len­de­main des atten­tats du 13-14 jan­vier 2015 le mes­sage #Je­Sui­sChar­lie était dif­fusé sur les réseaux sociaux via Twitter et Facebook ; le Huffington Post nous apprend que le 21 jan­vier 2020 #Je­Suis­Mila a été dif­fusé à l’ini­tia­tive d’une blo­gueuse, mais le par­tage de #Je­Suis­Mila par des per­son­na­li­tés d’extrême droite a rendu sus­pecte cette alerte sans même pren­dre en compte le fond de l’affaire :

L’his­toire de Mila, sco­la­ri­sée dans un lycée public, a été racontée par le site iden­ti­taire fémi­niste Bellica. Son récit a rapi­de­ment trouvé un relais sur Twitter, où plu­sieurs per­son­na­li­tés poli­ti­ques, dont cer­tai­nes clas­sées à l’extrême droite, ont exprimé leur indi­gna­tion.

Parallèlement, le silence de la « gauche » et des médias est assour­dis­sant. Élisabeth Lévy dans Causeur sou­li­gnait : « Le 29 jan­vier, Le Monde n’avait tou­jours pas jugé utile de signa­ler l’affaire Mila à ses lec­teurs. » Dans Marianne (21-27 jan­vier 2020), Jack Dion – au sujet du trai­te­ment de l’affaire Mila par Mediapart – indi­quait très per­ti­nem­ment :

Pour rat­tra­per son retard, le site dirigé par Edwy Plenel a publié une vidéo aussi cari­ca­tu­rale que ces termes intro­duc­tifs :

« Mila […] est deve­nue en quel­ques jours l’égérie de la « facho­sphère » […]. Ce nou­veau psy­cho­drame a eu un mérite : remet­tre l’islam et les musul­mans à l’hon­neur sur tous les pla­teaux télé alors même que la grève et les actions coups de poing du mou­ve­ment social occu­paient lar­ge­ment le devant de la scène. »

Défendre la liberté d’expres­sion, c’est donc : 1. être ren­voyé dans les bras de l’extrême droite, qui n’en atten­dait pas tant ; 2. être accusé de rejet de l’islam, comme si les musul­mans devaient tous être assi­mi­lés aux fous furieux qui pré­ten­dent parler en son nom, alors que nombre de musul­mans se sont émus du sort réservé à Mila ; 3. être tombé dans un piège des­tiné à occulter la ques­tion sociale. Moralité : le silence de Mediapart, par­fois, est un moin­dre mal.

Les prin­ci­pa­les figu­res de la « gauche » se sont expri­mées, len­te­ment et sans convic­tion… on est bien loin de la viva­cité d’esprit de Jaurès dans son dis­cours de 1910. D’un côté on trouve les défen­seurs des musul­mans, ce qui prouve la confu­sion des com­men­ta­teurs entre la reli­gion (l’Église), et les pra­ti­quants. Dans la vidéo Mila ne s’atta­que qu’à la reli­gion pas aux per­son­nes. Ce qui donne pour le site Révolution per­ma­nente une absurde prise de posi­tion contre les « isla­mo­pho­bes » :

« Tous ces réacs qui jouent les défen­seurs de la liberté de cons­cience ne font que légi­ti­mer leurs pro­pres pul­sions isla­mo­pho­bes ». Ou encore : « (…) poin­ter du doigt la soi-disant hypo­cri­sie de la gauche, qui serait com­plai­sante avec ses har­ce­leurs (com­pre­nez : avec les isla­mis­tes). »

Et ne l’est-elle pas com­plai­sante cette gauche ? On peut pour s’en convain­cre pren­dre l’exem­ple emblé­ma­ti­que de Ségolène Royal, mis en lumière par Jeune Afrique], où le deux poids deux mesu­res est fus­tigé par la com­pa­rai­son des propos de Royal au sujet de Greta Thunberg et de Mila :

Le flot­te­ment de la classe poli­ti­que et des asso­cia­tions diver­ses à défen­dre Mila est cons­ter­nant, (comme cela est dit dans Le Point : « Force est de cons­ta­ter le silence assour­dis­sant des asso­cia­tions fémi­nis­tes, pro-LGBT et de défense des droits de l’homme – dans les pre­miers temps au moins ») car il laisse place aux « accom­mo­de­ments rai­son­na­bles » et au pié­ti­ne­ment de la laï­cité, ce dont Yvon Quiniou fait part dans son blog sur Mediapart :

Ce flot­te­ment, sinon même, donc, cet aban­don, qu’on retrouve par ailleurs dans l’idéal de la laï­cité à la Bauberot ou dans celui de Ségolène Royal, m’a déjà valu d’être vio­lem­ment cri­ti­qué dans le milieu des marxis­tes auquel j’appar­tiens intel­lec­tuel­le­ment et qui ont oublié cette magni­fi­que for­mule de Marx : « La cri­ti­que des idées reli­gieu­ses est la condi­tion pré­li­mi­naire de toute cri­ti­que ».

Pas étonnant que ce flot­te­ment sur la laï­cité se réper­cute dans l’atti­tude mani­fes­tée par les lycéens où était sco­la­ri­sée Mila, et plus géné­ra­le­ment dans l’ensem­ble de la société fran­çaise. Dans Le Point Marion Cocquet signale :

Tout le monde s’accorde à dire, en tout cas, que Mila « est allée trop loin », que « ça ne se fait pas », d’insul­ter une reli­gion comme elle l’a fait. « Je ne com­prends pas, elle traî­nait avec des musul­mans, des Noirs, des Arabes, elle n’était pas raciste », raconte une élève de seconde. « Moi, je suis neutre », avance une autre – et l’on com­prend qu’être « neutre », c’est déjà beau­coup. « Elle a eu ce qu’elle a cher­ché, elle devait s’y atten­dre, lâche un petit blond en reni­flant. Il y a 70 % de musul­mans ici, ça ne pou­vait pas bien se passer ». « Le pire, c’est que les gens qui la mena­cent finis­sent en un sens par lui donner raison », se désole une jeune fille, qui se dit elle-même musul­mane. « Il y a ceux qui ont été cho­qués, bles­sés par ce qu’elle a dit. Ceux qui ont peur d’être asso­ciés à elle, et de payer les frais. Et quel­ques-uns qui pen­sent pareil mais ne l’avoue­ront jamais », résume un autre élève. Qui ajoute, un peu froi­de­ment : « Pour le sou­tien, main­te­nant, elle a #Je­Suis Mila. Qu’elle ne compte pas sur nous. »

Et sur la laï­cité, Le Canard Enchaîné du 12 février 2020 com­mente un son­dage com­mandé par Charlie Hebdo sur le droit au blas­phème, qui révèle un flou évident :

A la ques­tion : « Êtes-vous favo­ra­ble au droit de cri­ti­quer, même de manière outra­geante, une croyance, un sym­bole ou un dogme reli­gieux ? », 50 % des sondés répon­dent oui et 50 % non. Encore moins réjouis­sant, les plus jeunes parmi les sondés (18-24 ans) sont les plus oppo­sés (à 59%) à ce droit au blas­phème.

Mais, curieu­se­ment, plus des deux tiers des sondés (68%) sont d’accord avec une phrase de Richard Malka, l’avocat de Mila, selon lequel il convient de « ne pas inter­dire la cri­ti­que ou même l’injure, mais de pro­té­ger la liberté d’expres­sion ». Résumé : 50 % des sondés sont défa­vo­ra­bles à la liberté d’inju­rier une reli­gion, mais 68 % sont pour.

Conclusion : il y en a au moins 18 % pour qui tout ça n’est pas très clair.

Mais il n’y a pas que pour la gauche et des citoyens que le concept de laï­cité est flou, c’est le cas pour les mem­bres du gou­ver­ne­ment dont N. Belloubet, minis­tre de la jus­tice, est une fine repré­sen­tante. Elle est épinglée par Le Canard Enchaîné (12 février 2020) pour sa réac­tion indi­gne :

Le 29 jan­vier sur Europe 1, la minis­tre de la jus­tice avait estimé que les cri­ti­ques et les insul­tes contre la reli­gion cons­ti­tuaient « une atteinte à la liberté de cons­cience ». Même un étudiant en pre­mière année de droit sait pour­tant qu’en répu­bli­que le blas­phème est une atteinte à rien du tout.

Le tollé pro­vo­qué par cette bourde contraint aujourd’hui Belloubet à expli­quer le contraire : « Nous ne sommes plus au temps de Moïse, où le blas­phé­ma­teur devait mourir lapidé par la com­mu­nauté. »

C’est exact, encore que, pour cer­tains minis­tres, la tra­ver­sée du désert à la rame res­sem­ble fort à un sup­plice.

Pas de vague dans l’Éducation natio­nale

La dif­fu­sion des vidéos a été gérée par le rec­to­rat comme l’indi­que le Huffington Post :

La pla­te­forme Net écoute, par­te­naire de l’éducation natio­nale contre le cybe­rhar­cè­le­ment, a été dési­gnée pour une “prise en charge phy­si­que et psy­cho­lo­gi­que” de la jeune fille, indi­que le rec­to­rat. “Tous les opé­ra­teurs des réseaux sociaux” étaient mobi­li­sés dès mer­credi soir pour tenter d’arrê­ter la dif­fu­sion des vidéos de la jeune fille, et la pla­te­forme d’har­mo­ni­sa­tion, d’ana­lyse, de recou­pe­ment et d’orien­ta­tion des signa­le­ments (Pharos) a été saisie. “Il faut qu’il y ait un mes­sage d’apai­se­ment géné­ral”, glisse-t-on au rec­to­rat.

On ne manque pas d’être sur­pris par la com­plai­sance cou­pa­ble du rec­to­rat pour les jeunes qui ont insulté et menacé de mort cette jeune fille, ce qui l’a empê­ché de retour­ner en cours…

Dans Causeur Élisabeth Lévy pose le pro­blème tel qu’il aurait dû être assumé par des res­pon­sa­bles poli­ti­ques défen­seurs de la loi répu­bli­caine et laïque :

En somme, quand l’État n’est pas com­plai­sant, il est impuis­sant. L’Éducation natio­nale ne peut pas garan­tir la sécu­rité de Mila qui est dés­co­la­ri­sée – sans sus­ci­ter de mobi­li­sa­tion de ses cama­ra­des. Certes, Marlène Schiappa, qui a fini par se réveiller, a demandé une pro­tec­tion pour la jeune fille. Vivre entre deux poli­ciers, c’est tout ce que la République peut pro­po­ser à ceux que l’on menace phy­si­que­ment.

Et cette impuis­sance est orga­ni­sée depuis fort long­temps par les pou­voirs publics eux-mêmes quand on s’inté­resse au cas des ELCO (ensei­gne­ments en lan­gues et cultu­res d’ori­gine étrangère). On mesure le défi­cit répu­bli­cain et laïque dans la situa­tion décrite dans Causeur par Yves Mamou :

Ces ensei­gnants venus de l’étranger, qui ne par­lent pas le fran­çais et qui, dans le cadre de l’éducation natio­nale – mais sans que l’éducation natio­nale ait un droit de regard sur leur acti­vité – ont la main sur 80 000 élèves fran­çais d’ori­gine algé­rienne, tuni­sienne ou turque. Dire qu’une menace « sépa­ra­tiste » voire dji­ha­diste s’exerce depuis 1977, date de créa­tion des Elco est un euphé­misme.

Peut-être devrait-on réflé­chir à cette cita­tion du dis­cours de Jaurès et en tirer toutes les consé­quen­ces pour l’école et la laï­cité aujourd’hui :

Je n’entends point du tout par là que l’éducateur s’effor­cera de trans­met­tre, d’impo­ser à l’esprit des enfants ou des jeunes gens telle ou telle for­mule, telle ou telle doc­trine pré­cise.

L’éducateur qui pré­ten­drait ainsi façon­ner celui qu’il élève, ne ferait de lui qu’un esprit serf. Et le jour où les socia­lis­tes pour­raient fonder des écoles, je consi­dère que le devoir de l’ins­ti­tu­teur serait, si je puis ainsi dire, de ne pas pro­non­cer devant les enfants le mot même de socia­lisme.

Mulhouse : la reconquête répu­bli­caine…

Dans un arti­cle paru dans Causeur, Céline Pina reconnaît un élan rela­ti­ve­ment posi­tif à la prise de posi­tion de Macron sur la ques­tion de l’islam... :

Les termes radi­ca­li­sa­tion, com­mu­nau­ta­risme et sépa­ra­tisme visent à s’en appro­cher sans l’assu­mer tota­le­ment. Ils avaient voca­tion à envoyer un double signal : dire à la société fran­çaise qui depuis 2015 connaît les assas­si­nats de masse liés au jihad et les reven­di­ca­tions agres­si­ves liées à l’isla­mi­sa­tion des quar­tiers que leurs diri­geants n’étaient pas tota­le­ment déconnec­tés, et en même temps, en évacuant le terme islam, pré­ser­ver ses rela­tions clien­té­lis­tes dans les quar­tiers et avec les lea­ders de l’islam poli­ti­que ou consu­laire (CFCM, Musulmans de France (ex UOIF), CCIF…).

… même si la der­nière phrase laisse son­geur et met en évidence des loyau­tés établies et mor­ti­fè­res pour le fameux « vivre ensem­ble ».

En effet, que le CFCM tran­sige avec la loi n’est pas une affaire récente, c’est ce que nous rap­pelle Renée Fregosi dans un excel­lent arti­cle paru sur le site Causeur :

(…) l’asso­cia­tion du CFCM s’est en fait inau­gu­rée dans le refus d’acquies­cer à un prin­cipe laïque essen­tiel, à savoir le droit à l’apo­sta­sie (aban­don ou chan­ge­ment de reli­gion). Malgré son atta­che­ment à cette clause, Jean-Pierre Chevènement a en effet été conduit à l’aban­don­ner en 2000 après un an de négo­cia­tion avec les repré­sen­tants des dif­fé­ren­tes asso­cia­tions de Musulmans en France (…).

Évidemment quand on entend dire que le CFCM pour­rait être placé au centre de la lutte contre l’isla­misme, on voit bien plus qu’une brèche dans les dis­cours. La réac­tion d’Abdallah Zekri, délé­gué du CFCM, est un coup non dis­si­mulé contre la liberté d’expres­sion en affir­mant à propos de Mila : « Elle l’a cher­ché, elle assume ». Dans Causeur, Aurélien Marq s’inter­roge sur l’absence de réac­tion du gou­ver­ne­ment :

(…) pour­quoi ne pas inter­dire enfin les grou­pes sala­fis­tes et en tout pre­mier lieu les Frères Musulmans ? La volonté décla­rée et là aussi bien­ve­nue de mettre fin à l’islam consu­laire – mais pour­quoi cette idée de s’appuyer sur un CFCM qui n’a tou­jours pas désa­voué Abdallah Zekri, celui qui ne s’est pas gêné pour pié­ti­ner les valeurs les plus élémentaires de la République en décla­rant que Mila l’avait « bien cher­ché » ?

… révèle le double lan­gage de la macro­nie

Sur l’affaire Mila, nous avons pu donc nous rendre compte du dis­cours tenu par les amis de Macron repré­sen­tants d’un islam rétro­grade contraire aux lois fran­çai­ses, comme sou­li­gné par Pierre Chaillan dans l’Humanité :

(…) cer­tains diri­geants du Conseil fran­çais du culte musul­man (CFCM), inves­tis par Nicolas Sarkozy, récla­ment tou­jours une « com­po­si­tion du droit fran­çais avec les dis­po­si­tions du droit musul­man » et oppo­sent leur foi à la laï­cité, dont ils dénon­cent les « pré­ten­tions uni­ver­sel­les », ils ne repré­sen­tent qu’un cou­rant isla­miste, offen­sif mais mino­ri­taire parmi les­dits « musul­mans », dont l’extrême diver­sité prouve qu’ « il n’y a pas de com­mu­nauté musul­mane en France » (Olivier Roy).

S’il existe diver­ses obé­dien­ces dans l’islam, il est à déplo­rer que l’islam rigo­riste y occupe une place pré­pon­dé­rante.

Il est bien clair que Macron n’en a rien à cirer et que tout n’est qu’effet d’annonce puis­que en 2019 le minis­tre Castaner, cité par Pierre Chaillan dans l’Humanité, : « pré­voyait de « ren­for­cer la police des cultes » et de « res­pon­sa­bi­li­ser ses repré­sen­tants » pour « apai­ser la laï­cité ». » On ne com­prend que trop bien les renon­ce­ments et com­pro­mis­sions sous-enten­dus par « apai­ser ». De même, en octo­bre 2019 une lettre sur l’islam, qui était adres­sée à Macron, est restée sans réponse. Une tri­bune col­lec­tive dans Marianne syn­thé­tise la teneur de cette lettre :

(…) aler­ter sur les dan­gers d’une orga­ni­sa­tion « par le haut » de l’islam en France, une telle struc­ture étant pres­que iné­vi­ta­ble­ment vouée à tomber dans l’escar­celle des tenants d’un islam poli­ti­que.

(…)

Ensuite, favo­ri­ser la prise de parole des musul­mans huma­nis­tes, trop sou­vent tenus à l’écart car ne dis­po­sant pas de l’influence, notam­ment finan­cière, de l’islam poli­ti­que.

Propagande à l’appro­che des muni­ci­pa­les sur le sépa­ra­tisme et dans le contexte de l’affaire Mila ne man­quent pas d’être com­men­tés dans Causeur par Aurélien Marq :

La situa­tion de Mila est à ce titre révé­la­trice : nous ne sommes même pas capa­bles de garan­tir la sécu­rité d’une ado­les­cente dans son lycée, com­ment oser pré­ten­dre reconqué­rir des dizai­nes de quar­tiers simul­ta­né­ment si nous ne chan­geons rien à nos métho­des ? Oui, la reconquête impose de donner envie aux habi­tants de ces ter­ri­toi­res de rejoin­dre la République, mais elle impose aussi de frap­per avec force, et même avec bru­ta­lité, ceux qui s’obs­ti­ne­ront à refu­ser de se plier à la loi com­mune.

Une photo trou­blante, prise lors de son dépla­ce­ment à Mulhouse, où pose tout près du Président une jeune femme por­tant un voile qui cache son visage bien qu’un ser­vice d’ordre empê­che qui­conque de s’appro­cher de lui. Pourquoi donc lais­ser cet exem­ple criant du refus des règles com­mu­nes sous le nez de Macron ? Dans Causeur Aurélien Marq en tire une consé­quence :

Il serait ten­tant de s’arrê­ter à cette image, car après l’avoir vue il est dif­fi­cile de pren­dre au sérieux la volonté affi­chée de com­bat­tre ce qu’Emmanuel Macron appelle le « sépa­ra­tisme isla­miste » – terme d’ailleurs bien trouvé, pré­fé­ra­ble en tout cas à celui trop timoré de « com­mu­nau­ta­risme ». Le reste, après tout, n’est que dis­cours.

Le finan­ce­ment des lieux de cultes par des puis­san­ces étrangères est un point nodal du pro­blème lié au « sépa­ra­tisme » comme on peut le lire dans Causeur :

Plus de trans­pa­rence dans le finan­ce­ment de lieux de culte : très bien ! Mais à quoi bon savoir, si l’on n’agit pas ? Le cas de la mos­quée An Nour de Mulhouse, évoqué par le chef de l’État lui-même, est emblé­ma­ti­que. Il parle d’un malaise mais c’est pire qu’un malaise : c’est le projet d’un espace pre­nant en charge tous les aspects de la vie en les met­tant sous emprise reli­gieuse, une véri­ta­ble enclave théo­cra­ti­que finan­cée par le Qatar.

De même le jihad économique, rare­ment évoqué, est un élément non négli­gea­ble dans la stra­té­gie de l’islam poli­ti­que. Ce point est sou­li­gné par Céline Pina dans Causeur :

(…) l’idée du jihad économique : l’argent des musul­mans doit ali­men­ter la puis­sance de l’ oumma, de la com­mu­nauté, ne plus partir chez les kouf­fars. Or l’AMIF, cette asso­cia­tion pour un islam de France voulu par Emmanuel Macron et diri­gée par Hakim El Karoui (un de ses pro­ches) a notam­ment pour fonc­tion de mettre en place une taxe, une cer­ti­fi­ca­tion hallal, autre­ment dit le meilleur outil pour mettre en place le sépa­ra­tisme, d’abord au niveau de la nour­ri­ture, puis des vête­ments, cos­mé­ti­ques, loi­sirs, ser­vi­ces…

La laï­cité, un point c’est tout !

D’autres pistes pour appli­quer la laï­cité sur tout le ter­ri­toire fran­çais, sans excep­tion, comme le sou­li­gne Pierre Chaillan dans l’Humanité :

Alors, faut-il lutter contre le com­mu­nau­ta­risme musul­man, juif ou chré­tien ? Oui, sans doute, si l’on entend par là qu’il serait néfaste d’accep­ter, ou, dans le cas des chré­tiens, de tolé­rer plus long­temps que nos conci­toyens croyants sor­tent à divers degrés du droit commun en béné­fi­ciant de sub­ven­tions pour leurs lieux de culte, pour leurs écoles confes­sion­nel­les ou pour leur clergé. De ce point de vue, le main­tien du régime du Concordat en Alsace-Moselle ou des sub­ven­tions à l’ensei­gne­ment privé confes­sion­nel doi­vent être contes­tés.

Pour conclure, une utile mise au point de Pierre Chaillan dans l’Humanité :

Inutile donc de révi­ser la loi de 1905. Encore faut-il l’appli­quer ! Elle garan­tit la liberté de cons­cience et l’égalité de droit des croyants et des non-croyants, même pour les anti-laï­ques ; par suite, elle permet d’inter­dire dans un lieu de culte toutes « voies de fait, vio­len­ces et mena­ces » et toute « pro­vo­ca­tion directe à résis­ter à l’exé­cu­tion des lois » de la République. La laï­cité, c’est la liberté de chacun dans le res­pect de la diver­sité de tous ; la « com­mu­nauté », c’est la sou­mis­sion de tous à l’iden­tité pré­su­mée ori­gi­nelle du col­lec­tif.

Le 27 février 2020,

Antoine Bourge