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COVID-2019, la bourse ou la vie ?

27 février – 12 mars

par Antoine BOURGE, le 14 mars 2020

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Chine, Iran, Italie, France... très contagieux, le Corona virus 2019 se répand au gré des flux mondialisés. Il inonde aussi les informations qui, elles-mêmes, alimentent craintes et fantasmes apocalyptiques tout en reléguant le reste des actualités aux oubliettes. Or, c’est bien pendant un conseil des ministres extraordinaire sur le COVID-19 qu’Édouard Philippe a annoncé le passage au 49.3 de la réforme des retraites et que des restrictions visant les rassemblements ont été décidées. A l’échelle planétaire les bourses s’effondrent mais comme en 2008, ce seront les gens ordinaires qui paieront l’addition.

CORONAVIRUS ET ÉCOLOGIE

  • Dans la livraison de mars du Monde Diplomatique, la chercheuse Sonia Shah retrace l’origine des coronavirus :

« Les ris­ques d’émergence de mala­dies ne sont pas accen­tués seu­le­ment par la perte des habi­tats, mais aussi par la façon dont on les rem­place. Pour assou­vir son appé­tit car­ni­vore, l’homme a rasé une sur­face équivalant à celle du conti­nent afri­cain afin de nour­rir et d’élever des bêtes des­ti­nées à l’abat­tage.
[.../...]
Des cen­tai­nes de mil­liers de bêtes entas­sées les unes sur les autres en atten­dant d’être condui­tes à l’abat­toir : voilà des condi­tions idéa­les pour que les micro­bes se muent en agents patho­gè­nes mor­tels.
[.../...]
Bien que ce phé­no­mène de muta­tion des micro­bes ani­maux en agents patho­gè­nes humains s’accé­lère, il n’est pas nou­veau. Son appa­ri­tion date de la révo­lu­tion néo­li­thi­que, quand l’être humain a com­mencé à détruire les habi­tats sau­va­ges pour étendre les terres culti­vées et à domes­ti­quer les ani­maux pour en faire des bêtes de somme. En échange, les ani­maux nous ont offert quel­ques cadeaux empoi­son­nés : nous devons la rou­geole et la tuber­cu­lose aux vaches, la coque­lu­che aux cochons, la grippe aux canards. »

  • Dans le Discours de la méthode, Descartes affirmait que la connaissance devait nous « rendre comme maîtres et possesseurs de la Nature. (…) principalement aussi pour la conservation de la santé, laquelle est sans doute le premier bien et le fondement de tous les autres biens de cette vie ». Aujourd’hui forts de ces connaissances nous restons incapables de prendre les décisions pour le bien de tous.

LES SURVIVALISTES

  • Face à l’épidémie des idées plus farfelues les unes que les autres se font jour. Paul Conge nous fait découvrir le courant « survivaliste » dans Marianne : « J’ai pris 1L de chlorure de magnésium en préventif ». On trouve également d’autres suggestions dignes d’un épisode de MacGyver :

« (…) oui, il est pos­si­ble d’uti­li­ser son urine comme désin­fec­tant, oui, il est pos­si­ble de fabri­quer son propre gel hydro­al­coo­li­que. On sug­gère aux moins pré­pa­rés de la chaîne de faire le plein d’éthanol et d’eau oxy­gé­née, en cas de bles­su­res. "Si demain, ça dégé­nère en guerre civile, tu auras d’autres préoc­cu­pa­tion que de te laver les mains". »

  • A travers les médias l’épidémie prend des allures de lutte pour survivre et la pénurie de gel antibactérien, dit hydroalcoolique, tout comme les exemples de supermarchés dévalisés se multiplient. On trouve un exemple dans un article publié sur Causeur :

« Alors que le coro­na­vi­rus s’étend et bien que se laver les mains au savon soit suf­fi­sant, le gel hydro­al­coo­li­que appa­raît comme l’eau bénite des temps nou­veaux. Mais la pénu­rie est déjà là. Notre chro­ni­queur se lance à sa recher­che dans le Paris de 2020. »

  • L’affolement généralisé conduit le Professeur Gilbert Deray sur Facebook à exprimer son inquiétude sur plusieurs points :

« Je suis inquiet des vols de mas­ques et que ceux néces­sai­res à la pro­tec­tion des per­son­nels soi­gnants et des per­son­nes à risque, nos anciens et celles déjà mala­des, en par­ti­cu­lier les patients immu­no­dé­pri­més, soient dis­tri­bués pour une effi­ca­cité nulle dans les aéro­ports, les cafés et les cen­tres com­mer­ciaux.
[.../...]
Je suis inquiet de cette ter­reur qui conduit à faire des stocks obs­cè­nes de nour­ri­ture dans des pays où elle est dis­po­ni­ble dans une abon­dance tout aussi obs­cène.
[.../...]
La cou­ver­ture média­ti­que sur le coro­na­vi­rus est très anxio­gène et elle par­ti­cipe à l’affo­le­ment de chacun. Cela conduit aux théo­ries du com­plot les plus folles du genre, « ils nous cachent quel­que chose ». Rien n’est obscur, c’est impos­si­ble en méde­cine dans ce monde du numé­ri­que ou la connais­sance scien­ti­fi­que est immé­diate et sans filtre. Le coro­na­vi­rus ne tue (pres­que) que les orga­nis­mes déjà fra­gi­les.
[.../...]
Je suis inquiet que notre sys­tème de santé, déjà en gran­des dif­fi­cultés, soit pro­chai­ne­ment débordé par un afflux de mala­des au moin­dre signe de syn­drome grip­pal. Ce sont alors toutes les autres mala­dies que nous ne pour­rons pren­dre en charge. Un infarc­tus du myo­carde ou une appen­di­cite ce sont tou­jours des urgen­ces, un virus rare­ment. »

  • En Italie la situation critique des hôpitaux due aux privatisations et à la recherche du profit conduit à ce qui est décrite par Ju Angio sur le site Révolution Permanente :

« Quelle solu­tion est appor­tée [au manque de maté­riel médi­cal] ? C’est simple, la note fait état de 15 cri­tè­res de sélec­tion des patients à placer sous assis­tance res­pi­ra­toire de manière prio­ri­taire. Ces cri­tè­res qui por­tent notam­ment sur l’âge des patients, sachant que l’Italie a la moyenne d’âge la plus élevée d’Europe. Cela signi­fie en réa­lité, que les soi­gnants doi­vent faire des choix sur les patients à sauver et ceux qu’il faut lais­ser à leur sort.

Une res­pon­sa­bi­lité effroya­ble pèse donc sur les hos­pi­ta­liers, qui se sont enga­gés pour sauver des vies et se retrou­vent à faire des choix coû­tant la vie à de nom­breu­ses per­son­nes, consé­quence dra­ma­ti­que de la des­truc­tion per­ma­nente de l’hôpi­tal public. La solu­tion appor­tée par la fameuse note ne fait que dévoi­ler la logi­que pro­fon­dé­ment capi­ta­liste qui guide la prise en charge des patients : lais­ser mourir ceux qui ne sont plus utiles au capi­tal, qui ne peu­vent plus tra­vailler et qui en plus sont coû­teux pour l’État au niveau des pen­sions de retrai­tes. »

HÔPITAUX, LA CRISE QUI S’AJOUTE A LA CRISE

Pour gérer les per­son­nes tou­chées ou poten­tiel­le­ment tou­chées par le virus c’est évidemment l’hôpi­tal qui est en pre­mière ligne. En France comme en Italie les hôpi­taux ont été mis au régime sec depuis des décen­nies. Les grèves, appels et mani­fes­ta­tions ne ces­sent depuis un an, mais ces appels à l’aide n’ont jamais trouvé de tra­duc­tion poli­ti­que concrète.

Généalogie de la crise hos­pi­ta­lière

  • On trouve sur le site Bastamag un excellent article sur les origines des maux qui rongent l’hôpital public depuis près de 40 ans :

« Tout com­mence en 1983, avec le tour­nant de la « rigueur » pris par le gou­ver­ne­ment socia­liste. Un haut-fonc­tion­naire, Jean de Kervasdoué, met en place un « pro­gramme de médi­ca­li­sa­tion des sys­tè­mes d’infor­ma­tion ». L’objec­tif est de quan­ti­fier et de stan­dar­di­ser l’acti­vité et les res­sour­ces des établissements de santé.
[.../…]
Alain Juppé est alors Premier minis­tre du pre­mier mandat de Chirac. Il édicte par ordon­nance, sans vote des par­le­men­tai­res, l’« Objectif natio­nal des dépen­ses d’assu­rance mala­die » (Ondam). Il s’agit d’un pla­fond de dépen­ses de santé à ne pas dépas­ser, quels que soient les besoins de la popu­la­tion. Chaque année, ce pla­fond est défini dans la loi de finan­ce­ment de la Sécurité sociale. « Les objec­tifs clai­re­ment avoués par les pou­voirs publics étaient de réduire de 100 000 lits le parc hos­pi­ta­lier fran­çais, soit près du tiers de sa capa­cité », expli­que l’Institut de recher­che et docu­men­ta­tion en économie de la Santé.
[.../…]
« Moderniser la ges­tion, favo­ri­ser l’inves­tis­se­ment, moti­ver chaque acteur. » Voilà com­ment le minis­tre de la Santé Jean-François Mattéi – sous le second mandat Chirac – pré­sente son « plan hôpi­tal 2007 ». Ce projet est lui aussi adopté par ordon­nan­ces, sans débat démo­cra­ti­que. Il ins­taure la contro­ver­sée tari­fi­ca­tion à l’acte (T2A) pour la méde­cine, l’obs­té­tri­que et la chi­rur­gie pra­ti­quées dans les hôpi­taux publics. »

Actualité de la crise hos­pi­ta­lière

  • Dans l’Humanité, on déplore le manque de moyens pour l’hôpital en temps normal qui s’inscrit plus généralement dans la politique de destruction des services pulics :

« Pour l’ins­tant, il n’y a rien sur la table et le nou­veau minis­tre de la Santé n’a rien annoncé. Nous ne vou­lons plus de pro­mes­ses mais des actes. La mesure immé­diate consis­te­rait à aug­men­ter les dépen­ses de la Sécurité sociale afin de ren­for­cer les bud­gets des hôpi­taux pour déblo­quer plus de moyens humains mais aussi rou­vrir des lits car trop ont été fermés. Jusqu’ici, le pré­si­dent est resté sourd, malgré la grève du codage des méde­cins, la démis­sion admi­nis­tra­tive des chefs de ser­vice, la grève des per­son­nels. Samedi [29 février], une réu­nion excep­tion­nelle a eu lieu sur le coro­na­vi­rus. Le gou­ver­ne­ment en est sorti avec… un 49.3 sur la réforme des retrai­tes ! Cela montre les choix faits par ce gou­ver­ne­ment. »

  • La visite de Macron à la Pitié-Salpêtrière a notamment rappelé que le service public hospitalier est sur le front quand des décisions politiques fortes se font attendre, notamment plus de moyens humains. Charlie Hebdo revient sur cette visite :

« (…) le 27 février lors­que le pré­si­dent est venu visi­ter les équipes de la Pitié-Salpêtrière à Paris. En direct, devant les camé­ras, François Salachas a demandé plus de moyens pour l’hôpi­tal. Avec la crise du coro­na­vi­rus, le Collectif inter-hôpi­taux, qui se mobi­lise depuis des mois pour sauver l’hôpi­tal public alerte : il faut un afflux massif de per­son­nel. Et tout de suite. »

  • Dans un article paru dans Marianne, Anthony Cortes s’interroge sur la capacité de notre système de santé à faire face à la crise et se termine sur cette citation qui en dit long sur la surmenage et l’épuisement des personnels :
    « Nous prenons sur nous parce que la situation l’impose, mais à la sortie de cet épisode, le gouvernement devra écouter notre détresse. »
  • Ce n’est pas seulement une revalorisation du salaire mais de l’ensemble des conditions de travail qu’exigent les personnels depuis plus d’un an mobilisés. C’est ce que relate Caroline Coq-Chodorge sur Mediapart :

« Et toutes ces mesu­res [sous forme de primes] ne suf­fi­sent pas à résou­dre la prin­ci­pale dif­fi­culté des direc­teurs, soit la pénu­rie de per­son­nels. « Nous sommes des employeurs dans l’inca­pa­cité de recru­ter, poin­tent Anne Meunier et Maxime Morin. Les situa­tions de rup­ture se mul­ti­plient. Faute de per­son­nel, des lignes de SMUR (Service mobile d’urgence et de réa­ni­ma­tion) fer­ment. On ne sait pas si des ser­vi­ces d’urgence vont tenir. Nous aler­tons depuis des mois au-dessus de nous. »
Pour recru­ter, les direc­teurs sont confron­tés à la concur­rence du privé, qui « se restruc­ture, se concen­tre sur les filiè­res ren­ta­bles, pour­suit le Syncass-CFDT. Il offre des salai­res 2, 3 ou 4 fois supé­rieurs. Nous, dans le public, parce qu’on assure la conti­nuité des soins, on en a plus la contrainte des gardes. Ce phé­no­mène dés­ta­bi­lise pro­fon­dé­ment notre sys­tème de santé ». »

Un ser­vice public indis­pen­sa­ble ?

  • Comment croire à la sincérité de Macron quand il se rend tout à coup compte que le service public est indispensable ? Bastamag cite le président suite à son allocution du 12 mars :

« « Ce que révèle cette pan­dé­mie, c’est qu’il est des biens et des ser­vi­ces qui doi­vent être placés en dehors des lois du marché », a déclaré Emmanuel Macron lors de son allo­cu­tion télé­vi­sée du 12 mars. « La santé n’a pas de prix. Le gou­ver­ne­ment mobi­li­sera tous les moyens finan­ciers néces­sai­res pour porter assis­tance, pour pren­dre en charge les mala­des, pour sauver des vies quoi qu’il en coûte », a-t-il ajouté. »

« (…) le pré­si­dent de la République a décidé de réqui­si­tion­ner « tous les stocks et la pro­duc­tion de mas­ques de pro­tec­tion. Nous les dis­tri­bue­rons aux pro­fes­sion­nels de santé et aux Français atteints par le coro­na­vi­rus ».
Seulement, au jour­nal Libération, un des gros pro­duc­teurs fran­çais de mas­ques, Valmy, a expli­qué être occupé par la fabri­ca­tion de mas­ques pour le NHS (National Health Service) bri­tan­ni­que, qui a passé com­mande avant les auto­ri­tés fran­çai­ses : « Ça fait six semai­nes qu’on leur dit qu’il va y avoir un pro­blème », assure le direc­teur de l’exploi­ta­tion. »

Il est légi­time alors de s’inter­ro­ger sur la sin­cé­rité d’un Président et d’un gou­ver­ne­ment qui pré­ten­dent main­te­nant pren­dre en consi­dé­ra­tion les agents hos­pi­ta­liers.

  • Le recours au volontariat ne fait que rappeler la pénurie organisée par les gouvernements successifs et nécessite la mobilisation des personnels de santé retraités par exemple... alors que le virus est plus mortel pour les plus de 65 ans ! A lire sur le site de France Info :

« Cette réserve fonc­tionne sur le même prin­cipe que son homo­lo­gue mili­taire et mobi­lise tous les pro­fes­sion­nels de santé dis­po­ni­bles pour effec­tuer des mis­sions de ren­forts en cas de crise liée aux ques­tions de santé. »

  • Sur La Sociale, Jacques Cotta propose une analyse fort juste du revirement de circonstance opéré par Macron :

« Emmanuel Macron exprime à mots cou­verts la dif­fi­culté qui est la sienne face à cette situa­tion iné­dite. Lorsqu’il déclare son atta­che­ment à la « santé gra­tuite, sans condi­tions de res­sour­ces ou de par­cours », lorsqu’il semble décou­vrir sou­dai­ne­ment « notre État-pro­vi­dence », lorsqu’il se laisse aller à une décla­ra­tion d’amour en affir­mant que ce « ne sont pas des coûts ou des char­ges mais des biens pré­cieux, des atouts indis­pen­sa­bles quand le Destin frappe », il affirme dés main­te­nant non une convic­tion révé­lée, mais une dif­fi­culté à pour­sui­vre dans la voie qu’il incarne, celle de la des­truc­tion du bien commun, de la société, de la soli­da­rité. »

  • Dans un article publié sur Marianne, Mathias Thépot porte la même appréciation suite au discours présidentiel du 12 mars :

« Si Emmanuel Macron a bien angé­lisé "l’État pro­vi­dence" qui ne serait pas syno­nyme, selon lui, "de coûts ou de char­ges" mais "de biens pré­cieux", il reste dès lors dif­fi­cile de croire aux "déci­sions de rup­ture" pro­mi­ses. Au mieux, l’exé­cu­tif confor­tera-t-il le sys­tème de santé gra­tuit, mais il n’est pour l’ins­tant pas ques­tion de remet­tre en cause les réfor­mes du marché du tra­vail, de l’assu­rance chô­mage et des retrai­tes. »

CORONAVIRUS ET LIBERTÉS

Les ras­sem­ble­ments de plus de 5000, puis de 1000 et enfin de plus de 100 per­son­nes sont main­te­nant inter­dits. Comme l’indi­quait Denis Collin sur La Sociale dans un contexte poli­ti­que et social tendu ce virus tombe à pic pour muse­ler toute contes­ta­tion :

« Après tout, inter­dire les réu­nions, confi­ner les gens chez eux, ça peut aussi avoir des retom­bées inté­res­san­tes, des béné­fi­ces secondai­res (il n’y a pas de petits pro­fits !) et Naomi Klein a montré, il y a déjà un cer­tain temps, ce qu’était la « stra­té­gie du choc ». »

MONDIALISATION HEUREUSE ?

  • Dans Les Echos Jacques Attali nous explique, en bon fanatique mondialiste, que pour contrer de futurs virus, il faut encore plus de mondialisation pour contrôler les populations et prendre les bonnes décisions à leur place :

« Prévoir aussi beau­coup mieux, et faire connaî­tre beau­coup plus tôt, les débuts d’une épidémie nou­velle, même si le gou­ver­ne­ment local s’y refuse. C’est pos­si­ble : l’épidémie actuelle aurait pu être annon­cée beau­coup plus tôt, bien que la Chine ait refusé la com­mu­ni­ca­tion des infor­ma­tions néces­sai­res, comme vient de le démon­trer une entre­prise cana­dienne, BlueDot, qui, avec des infor­ma­tions publi­ques, avait annoncé l’épidémie de coro­na­vi­rus dix jours avant que le gou­ver­ne­ment chi­nois ne se décide à la divul­guer. Il faut dès main­te­nant mettre en place mon­dia­le­ment ce genre d’obser­va­toi­res, fondés sur un usage massif et ouvert des tech­no­lo­gies de l’intel­li­gence arti­fi­cielle. (...)

Rien n’est plus urgent que de penser et d’agir mon­dia­le­ment. Rien n’est plus dif­fi­cile, pour­tant, quand les trois quarts de l’huma­nité man­quent de l’essen­tiel et quand chacun est pris par des urgen­ces, pré­sen­tes et futu­res, mineu­res ou dra­ma­ti­ques. On peut au moins espé­rer qu’une telle pan­dé­mie, lourde de mena­ces, en soit le déclen­cheur. »

  • La BCE nous sauvera-t-elle ? Jamais, compte tenu des annonces de Christine Lagarde et de la dégringolade boursière qui s’en est suivie. La Croix nous en donne un bref aperçu :

« Le plan anti-coro­na­vi­rus pré­sen­tée, jeudi 12 mars, par la Banque cen­trale euro­péenne était très attendu par les mar­chés. Mais les annon­ces de sa pré­si­dente Christine Lagarde n’ont pas vrai­ment ras­suré les inves­tis­seurs pro­vo­quant une dégrin­go­lade bour­sière. »

  • Jacques Sapir sur Facebook s’interroge sur une possible remise en cause de la mondialisation :

« Cette épidémie a fait pren­dre cons­cience que les prin­ci­pes de la sou­ve­rai­neté économique, que cette sou­ve­rai­neté soit phar­ma­ceu­ti­que, ali­men­taire, voire indus­trielle, sont cen­traux pour la sta­bi­lité de nos socié­tés. Mais, ces notions de sou­ve­rai­neté économique sont en réa­lité contra­dic­toi­res avec la mon­dia­li­sa­tion. Ainsi, à tra­vers une crise que l’on pou­vait penser pas­sa­gère, c’est l’ensem­ble de l’équilibre entre mon­dia­li­sa­tion et sou­ve­rai­neté qui est remis en cause. »

  • Ivan Rioufol dans Causeur souligne la fragilité de la structure de nos économies ultra-libérales mondialisées :

Oui, ce virus inat­tendu natu­rel­le­ment est révé­la­teur des excès et de la fra­gi­lité du mon­dia­lisme. C’est par­ti­cu­liè­re­ment vrai pour la fra­gi­lité économique du mon­dia­lisme. On voit aujourd’hui que les bour­ses chan­cel­lent, on s’aper­çoit que nous sommes très dépen­dants de la Chine qui a fermé une partie de ses unités de pro­duc­tion auto­mo­bi­les, d’avions, de pièces déta­chées, d’électronique mais également de médi­ca­ments.

« On a appris à cette occa­sion que l’Europe était dépen­dante de ce pays pour 80% des médi­ca­ments qui sont vendus chez nous (même l’aspi­rine, le doli­prane, etc.) ! Si l’on doit se soi­gner, théo­ri­que­ment, nous n’aurons plus accès direct à ces médi­ca­ments qui sont pro­duits en Chine. C’est tout à fait effa­rant. Au nom du mon­dia­lisme, on a confié notre destin à des sour­ces qui sont assez vul­né­ra­bles. »

  • Au moment où tous les indicateurs économiques et financiers sont dans le rouge, il est peut-être temps de prendre conscience que le mode de production capitaliste est un modèle à bout de souffle. Sur La Sociale Denis Collin explique :

« De plus en plus nom­breux sont les obser­va­teurs qui cons­ta­tent que l’inter­dé­pen­dance crois­sante des économies, cette soi-disant « mon­dia­li­sa­tion heu­reuse » fra­gi­lise l’ensem­ble de l’édifice et rend chaque jour un peu plus pro­ba­ble une catas­tro­phe. Le coro­na­vi­rus n’épargne per­sonne parce que, si la chaîne de pro­duc­tion qui unit Chine, États-Unis, Russie, Europe, Indonésie, etc. se rompt, comme tou­jours en l’un de ses maillons les plus fai­bles, c’est l’ensem­ble qui se dis­lo­que. Conclusions qui com­men­cent à être tirées : on a trop mon­dia­lisé, il fau­drait « démon­dia­li­ser », relo­ca­li­ser, ren­for­cer nos « défen­ses immu­ni­tai­res » en gagnant en auto­no­mie et même en autar­cie. »

  • On retrouve une réflexion similaire sur Marianne :

« Plusieurs spé­cia­lis­tes le confir­ment. A cause du coro­na­vi­rus, nous ris­quons de vivre une crise simi­laire à 2008, sauf que cette fois-ci les res­sour­ces des Etats - qui ont déjà ren­floué les ban­ques - ont bien dimi­nué. Pourquoi ris­quons-nous de subir une crise de même ampleur bien que les causes de l’effon­dre­ment des cours des bour­ses soient dif­fé­ren­tes ? Car la struc­ture des mar­chés finan­ciers n’a pas été modi­fiée et le poids de la finance dans l’économie a conti­nué de grim­per ces der­niè­res années. (...)

Depuis le début de la crise du coro­na­vi­rus, beau­coup crai­gnent une baisse de la crois­sance ou une réces­sion avec des consé­quen­ces qui peu­vent être dra­ma­ti­ques. « Le capi­ta­lisme, s’il arrête de pro­duire tou­jours plus, engen­dre le déve­lop­pe­ment du chô­mage, de la misère et autres cala­mi­tés… Il n’y a rien de pire qu’une société fondée sur la crois­sance, comme la nôtre, mais sans crois­sance. », pré­cise Paul Ariès, l’un des pion­niers du mou­ve­ment de la décrois­sance, en France. (...)

Des cher­cheurs tels que Jean Gadrey, Dominique Méda, Serge Latouche, Paul Ariès, Agnès Sinaï, Florence Jany-Catrice et bien d’autres, ont déjà démon­tré qu’un sys­tème économique peut fonc­tion­ner sans crois­sance et même créer des emplois. »

Antoine Bourge
Le 14 mars 2020

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