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Vers des jours heureux ?

12 mars – 19 mars

par Antoine BOURGE, le 20 mars 2020

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Emmanuel Macron l’a répété « nous sommes en guerre », alors il faut regarder comment le combat est mené. Quelles sont les grandes orientations qui guident l’action de nos dirigeants en ces temps de confinement ? Que penser de la rupture du « quoi qu’il en coûte » ? En 2007, Denis Kessler affirmait qu’il fallait « défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance », et ce programme a largement été exaucé depuis. Le gouvernement est-il prêt à un revirement de politique ?

ELECTIONS MUNICIPALES LA DEMOCRATIE AVANT TOUX ?

Alors que le gou­ver­ne­ment mul­ti­plie mes­sa­ges et déci­sions pour réduire les dépla­ce­ments afin de limi­ter la dif­fu­sion du virus, il semble inco­hé­rent à nombre de com­men­ta­teurs la tenue du pre­mier tour des élections.

Dans la Tribune des Travailleurs du 18 mars, Grégory Fernandes remet en contexte la prise de déci­sion de Macron de main­te­nir le pre­mier tour :
« Même des pré­si­dents de région, malgré l’obli­ga­tion régle­men­taire de la période de réserve, deman­dent dans la soirée [du 14 mars] l’annu­la­tion ou le report du scru­tin. Vers 22 heures, « de hauts res­pon­sa­bles de la majo­rité, au pre­mier rang des­quels François Bayrou, ont demandé à Emmanuel Macron l’annu­la­tion du pre­mier tour et le report », annonce un jour­na­liste de RTL. « On peut encore pren­dre un décret avant minuit. Il faut réunir le Conseil des Ministres », dit le cons­ti­tu­tion­na­liste Jean-Philippe Derosier. »

Le 15 mars au soir les résul­tats témoi­gnent d’un taux d’abs­ten­tion record et la ques­tion de la sin­cé­rité du scru­tin se pose. Soazig Quéméner dans Marianne sou­li­gne l’inco­hé­rence des déci­sions sani­tai­res et du main­tien du scru­tin :
« « Avoir main­tenu les élections muni­ci­pa­les est inco­hé­rent avec l’ampleur de la conta­gion et les déci­sions annon­cées dès jeudi soir par le pré­si­dent de la République, a ainsi tonné dans l’Obs le cons­ti­tu­tion­na­liste Dominique Rousseau. La vérité, c’est que les inté­rêts par­ti­cu­liers de cer­tains partis poli­ti­ques ont empê­ché, jeudi der­nier, que soient repor­tées ces élections muni­ci­pa­les. C’est tota­le­ment irres­pon­sa­ble ».
(…/…)
(…) ce pre­mier tour laisse un goût amer. Il sera dif­fi­cile de dire dans un pre­mier temps à quel point les résul­tats ont été biai­sés par cette si faible par­ti­ci­pa­tion. Certains son­deurs pen­saient obser­ver dans leur chif­fre un rela­tif lis­sage de l’abs­ten­tion sur tous les électorats. Quoi qu’il en soit, ce soir, chaque défaite sera contes­tée, chaque vic­toire sera fra­gile. »

Quoi qu’il en soit, la situa­tion n’a pas pro­fité à LREM en termes de suf­fra­ges comme l’indi­que Mediapart :
« Moins d’un électeur sur deux s’est rendu aux urnes diman­che 15 mars, pour le pre­mier tour des élections muni­ci­pa­les, en raison de l’épidémie. Si les résul­tats sont faus­sés, ils indi­quent une sanc­tion pour LREM, un succès mitigé pour le RN, et une percée des écologistes. »

DISCOURS ET CHANGEMENT DE CAP

Changement de modèle économique ?

Le trans­port aérien, qui a joué un rôle non négli­gea­ble dans la pro­pa­ga­tion du virus, n’a pas été frappé du virus du bon sens et ce pour cause de régle­men­ta­tions euro­péen­nes alors que les avions volaient « à vide » il y a encore quel­ques jours. On est loin de la sobriété heu­reuse comme on peut le lire sur Reporterre :
« La Commission euro­péenne a accepté mardi 10 mars de sus­pen­dre les règles qui obli­gent les com­pa­gnies aérien­nes à effec­tuer des "vols fan­tô­mes" à vide, alors que l’UE tente d’atté­nuer l’impact de l’épidémie de coro­na­vi­rus sur l’économie.
(…)
Les com­pa­gnies aérien­nes se voient attri­buer des cré­neaux horai­res dans les aéro­ports, c’est-à-dire les heures aux­quel­les elles peu­vent atter­rir et décol­ler, mais ris­quent de les perdre si elles ne res­pec­tent pas au moins 80 % d’entre eux au cours d’une année civile. »

Pour un chan­ge­ment de modèle économique Marianne pro­pose de faire le point sur la relo­ca­li­sa­tion de la pro­duc­tion en France :
« (…) dans le médi­ca­ment, la ten­dance à la relo­ca­li­sa­tion en Europe fait les gros titres de la presse. Cas d’école : Sanofi. Le géant de la pharma vient d’annon­cer - sous la pres­sion de l’opi­nion ? - la relo­ca­li­sa­tion de la pro­duc­tion de prin­ci­pes actifs via la créa­tion d’une entre­prise auto­nome. Cette déci­sion tient à la réduc­tion des écarts de salai­res entre la France et l’Asie, mais sur­tout au dur­cis­se­ment des régle­men­ta­tions fran­çaise et euro­péenne condui­tes par les agen­ces sani­tai­res sur la qua­lité, l’hygiène, la sécu­rité et l’envi­ron­ne­ment. Dans un pre­mier temps consi­dé­rées comme nui­si­bles à la com­pé­ti­ti­vité, ces nou­vel­les normes ont permis une montée en gamme des labo­ra­toi­res fran­çais, d’un côté, et, de l’autre, elles ont dis­qua­li­fié cer­tains sites chi­nois qui ne s’étaient pas mis à niveau. Relever les normes sani­tai­res cons­ti­tue donc un bon moyen d’insé­rer une dose de pro­tec­tion­nisme pour barrer la route à des pro­duits irres­pec­tueux d’un mini­mum de sécu­rité.
(…)
Sur la base de la même rhé­to­ri­que, la taxe au car­bone aux fron­tiè­res de l’Union euro­péenne tient aussi de l’arse­nal doua­nier : les pays peu atten­tifs à l’envi­ron­ne­ment comme la Chine pour­raient s’acquit­ter d’un impôt vert et ainsi per­met­tre aux indus­tries euro­péen­nes, inci­tées à pro­duire plus pro­pre­ment, d’écouler plus faci­le­ment leur pro­duc­tion euro­péenne sur leur propre sol. Un autre moyen pour faci­li­ter le retour à la maison des filiè­res indus­triel­les consis­te­rait à ins­tau­rer des droits ou impôts sur des pro­duits conçus par des peti­tes mains sous-payées. Les élites économiques se mon­trent fer­mées à cette idée, à moins de pro­non­cer le mot sésame : « relo­ca­li­sa­tion ». »

Mais cette volonté de relo­ca­li­ser semble lais­ser de côté les pro­duc­teurs locaux en ces temps de crise sani­taire. Alors que des mil­liers de per­son­nes se ruent dans les super­mar­chés, une solu­tion pour éviter de grands ras­sem­ble­ments de per­son­nes (et limi­ter la dif­fu­sion du virus) est de main­te­nir les mar­chés à ciel ouvert plutôt que de les fermer. Reporterre nous fait part de ce scan­dale :
« Beaucoup de petits pro­duc­teurs et d’agri­culteurs (...) ont fait part au gou­ver­ne­ment de leur inquié­tude : à la suite des mesu­res coer­ci­ti­ves prises par les auto­ri­tés, de nom­breux mar­chés ont été inter­dits par des pré­fec­tu­res ou par les mai­ries. Le cadre des Amap ou des points de vente à la ferme n’est pas non plus clai­re­ment établi. Une situa­tion qui pour­rait pri­vi­lé­gier les grands acteurs de l’agroa­li­men­taire, comme Carrefour ou Leclerc, au détri­ment de la vente directe, aler­tent plu­sieurs pro­duc­teurs.
(...)
Selon Nicolas Girod, « la crise sani­taire doit pour­tant nous faire pren­dre cons­cience de la néces­sité de relo­ca­li­ser notre ali­men­ta­tion. Il nous faut être capa­bles, sur des ter­ri­toi­res donnés, de pro­duire, de trans­for­mer et de nous nour­rir. Il faut s’en donner les moyens pen­dant la crise et après ».
(...)
Dans un com­mu­ni­qué, le syn­di­cat agri­cole [Confédération Paysanne] pense même que la vente directe pour­rait faire partie de la solu­tion face à la conta­mi­na­tion du virus. Car actuel­le­ment, « nos sys­tè­mes ali­men­tai­res font appel de plus en plus à des inter­mé­diai­res et à du trans­port longue dis­tance. Notre dépen­dance à des ter­ri­toi­res loin­tains est grande, elle expose les tra­vailleurs et tra­vailleu­ses de cette chaîne à la conta­mi­na­tion par ce virus. » »

Il appa­raît donc que le dis­cours du « quoi qu’il en coûte » du Président ne soit qu’une totale impos­ture réser­vée à cette période de crise sani­taire et sociale pour calmer les électeurs en période électorale ? Dans Marianne Mathias Thépot nous affirme ne pas être convaincu :
« Une réfé­rence au fameux dis­cours du 26 juillet 2012 de l’ancien pré­si­dent de la BCE Mario Draghi, qui avait déclaré que son ins­ti­tu­tion ferait "tout ce qui était néces­saire" – le fameux wha­te­ver it takes en anglais – pour sauver la zone euro, alors en pleine crise.
(...)
Si Emmanuel Macron a bien angé­lisé "l’État pro­vi­dence" qui ne serait pas syno­nyme, selon lui, "de coûts ou de char­ges" mais "de biens pré­cieux", il reste dès lors dif­fi­cile de croire aux "déci­sions de rup­ture" pro­mi­ses. Au mieux, l’exé­cu­tif confor­tera-t-il le sys­tème de santé gra­tuit, mais il n’est pour l’ins­tant pas ques­tion de remet­tre en cause les réfor­mes du marché du tra­vail, de l’assu­rance chô­mage et des retrai­tes. »

Réformes d’hier et de demain

Les réfor­mes des retrai­tes et de l’assu­rance chô­mage sont au point mort mais ce n’est qu’un sursis. On peut juger de la sta­bi­lité du sys­tème de retraite par capi­ta­li­sa­tion quand on prend l’exem­ple des Pays-Bas. Reuter men­tionne ceci sur le site Boursorama :
« La chute des taux d’inté­rêt liée à la pan­dé­mie de coro­na­vi­rus en cours est en train de pré­ci­pi­ter le sys­tème néer­lan­dais des fonds de pen­sion dans une nou­velle crise et le plus impor­tant d’entre eux, ABP, a averti lundi qu’il devrait réduire les pen­sions en 2021 pour res­pec­ter les règles de sol­va­bi­lité en vigueur. »

Jack Dion dans Marianne a bien raison de sou­li­gner ce point sur les réfor­mes pas­sées et à venir :
« "De deux choses l’une : soit la réforme est posi­tive et il ne faut pas la repous­ser afin que tout le monde puisse en pro­fi­ter ; soit elle ne l’est pas et il faut la sup­pri­mer. Tout le reste n’est qu’entour­loupe et gros­ses ficel­les."
(...)
En effet, la minis­tre du tra­vail, Muriel Pénicaud, a annoncé le report au 1er sep­tem­bre de la réforme de l’assu­rance chô­mage qui devait s’appli­quer à partir du 1era­vril. C’est une ini­tia­tive qui s’impo­sait, puis­que ladite réforme avait été condam­née par tous les syn­di­cats bien avant l’arri­vée du virus malé­fi­que.
(...)
Plus que le Covid-19, c’est la mobi­li­sa­tion popu­laire qui a freiné les ambi­tions du pou­voir, comme ce fut le cas pour la pri­va­ti­sa­tion d’Aéroport de Paris, repous­sée d’autant plus vite que la crise finan­cière la ren­dait fort aléa­toire. Ces vic­toi­res sont la preuve que les grèves n’ont pas été inu­ti­les, et que les com­bats ne sont jamais perdus d’avance. La soli­da­rité est un mot ras­sem­bleur dès lors qu’il ne sert pas de faux nez au confi­ne­ment de la jus­tice. »

Quand on peut lire dans Le Parisien ce que pro­pose Bruno Le Maire on ne voit pas tel­le­ment d’inflé­chis­se­ment poli­ti­que. Au contraire Le Maire comme Pénicaud stig­ma­ti­sent ces salauds de sala­riés qui rechi­gnent à aller tra­vailler, tantôt en leur don­nant de la carotte tantôt en leur don­nant du bâton (comme nous le ver­rons plus loin) :
« Le minis­tre de l’Économie a rap­pelé aux entre­pri­ses qu’elles pou­vaient verser à ceux qui « ont eu le cou­rage de se rendre sur leur lieu de tra­vail » une prime défis­ca­li­sée. Il s’agit en réa­lité de la prime Macron.
(...)
Quid, enfin, des fonc­tion­nai­res ? « On ne ferme la porte à rien, indi­que-t-on à Bercy. Dans le projet de loi de finan­ces rec­ti­fi­ca­tif, actuel­le­ment étudié au Parlement, nous avons mis 2 mil­liards d’euros sup­plé­men­tai­res pour les cais­ses de l’Ondam. Il appar­tient au minis­tère de la Santé de les déployer au mieux. Mais cela peut passer notam­ment par des primes ver­sées aux méde­cins et aux infir­miè­res qui tra­vaillent dans des établissements publics. » »

Les pro­mes­ses n’enga­gent que ceux qui les écoutent...

LES OUBLIES DU CONFINEMENT

Dans l’Humanité cet arti­cle sou­li­gne tant le drame humain que la faillite sociale d’une société qui laisse trop de ses com­pa­trio­tes dans la rue. Cela ne pose habi­tuel­le­ment pas tel­le­ment de pro­blè­mes aux poli­ti­ques qui se repo­sent sur la cha­rité, mais la ges­tion sani­taire oblige le gou­ver­ne­ment à ouvrir les yeux :
« Cette crise sani­taire sans pré­cé­dent révèle l’insuf­fi­sance des moyens mis en place jusqu’à aujourd’hui par l’État pour pro­té­ger les plus vul­né­ra­bles. Emmanuel Macron appelle à faire preuve « d’esprit soli­daire et de sens des res­pon­sa­bi­li­tés ». Prenons-le au mot. Il ne suffit pas de pren­dre des mesu­res à carac­tère économique, il va fal­loir des mesu­res socia­les. Des mesu­res pour pro­té­ger et pren­dre soin des plus fra­gi­les socia­le­ment, qui sont aussi ceux parmi les plus expo­sés au virus. Car confron­tés au manque de res­sour­ces pour se pré­pa­rer et se pro­té­ger du Covid-19, beau­coup font face à un risque plus élevé d’être conta­miné et donc de répan­dre le virus. »

Chez les tra­vailleurs pré­cai­res ou les ouvriers dont l’acti­vité n’est pas essen­tielle l’exploi­ta­tion est le maître mot, soit par déci­sion poli­ti­que soit par déci­sion des patrons. Quelques exem­ples.

Dans la Tribune des Travailleurs du 18 mars, le cas des ouvriers de Silec Cable en Seine-et-Marne est relaté :
« [un res­pon­sa­ble syn­di­cal s’exprime] « J’exerce mon droit d’alerte et vous invite tous à lire l’arti­cle en PDF joint sur la pro­gres­sion de l’épidémie de coro­na­vi­rus et ses consé­quen­ces sur sa mor­ta­lité anor­male due à la satu­ra­tion des sys­tè­mes de santé des pays infec­tés (…). Les mesu­res à pren­dre pour se pré­mu­nir effi­ca­ce­ment contre toute trans­mis­sion (vers soi ou vers d’autres) sont en effet incom­pa­ti­bles avec l’envi­ron­ne­ment de tra­vail Silec où 971 sala­riés et 54 inté­ri­mai­res par­ta­gent un unique point d’entrée, les mêmes ves­tiai­res, sani­tai­res, rampes d’esca­lier, poi­gnées de portes, PC d’ate­lier, appa­reils de mesure, etc. La seule solu­tion recom­man­dée et effi­cace à court terme est l’iso­le­ment. Je vais pour ma part deman­der un ave­nant de télé­tra­vail à partir de demain, et exer­ce­rai mon droit de retrait si celui-ci est refusé. » La direc­tion se contente de lui répon­dre : « Le droit de retrait n’est pas accep­ta­ble en l’état par l’entre­prise (…) car il est estimé que l’entre­prise met en œuvre les recom­man­da­tions du gou­ver­ne­ment donc assure léga­le­ment la sécu­rité de ses employés. »

Dans Libération on apprend que le gou­ver­ne­ment est réti­cent à ce que le milieu du BTP bran­disse son droit de retrait :
« (...) au cours d’une réu­nion en visio­confé­rence avec les minis­tres du sec­teur, les trois pré­si­dents de la Fédération natio­nale des tra­vaux publics (FNTP), de la Fédération fran­çaise du bâti­ment (FFB) et de la Confédération de l’arti­sa­nat et des peti­tes entre­pri­ses du bâti­ment (Capeb) se pre­naient une avoi­née. Ils se seraient vu repro­cher, en gros, d’être des pro­fi­teurs. « Vous, les patrons du bâti­ment, vous voulez mettre tout le monde à l’arrêt pour pro­fi­ter du chô­mage par­tiel », se seraient-ils entendu dire.
(...)
[Le pré­si­dent de la FNTP, Bruno Cavagné :] C’est impos­si­ble de tra­vailler seul. A la limite, avec un masque et un pro­to­cole, on pour­rait ima­gi­ner une équipe de deux. Mais les mas­ques ne sont pour les soi­gnants, pas pour nous. »
(...)
Des entre­pri­ses adhé­ren­tes ont fait remon­ter à leur syn­di­cat que le chô­mage par­tiel leur avait été refusé par le préfet. »

On trouve aussi le cas des ensei­gnes de fast-food, qui se tar­guent par­fois d’être des res­tau­rants, et qui pro­po­sent tou­jours leurs ser­vi­ces. Aperçu de la situa­tion à tra­vers un témoi­gnage sur Révolution Permanente :
« (…) la res­pon­sa­ble des Ressources Humaines du res­tau­rant McDonald’s dans lequel je tra­vaille, m’a appelé pour m’infor­mer que l’ensei­gne res­te­rait fina­le­ment ouverte, et que moi ainsi que tous les autres employés étions tenus de se rendre au tra­vail « comme s’il ne s’était rien passé » ainsi qu’elle l’a for­mulé. En effet, les pla­te­for­mes de livrai­son en ligne à l’image d’UberEats ou Deliveroo res­tant tou­jours acti­ves, cer­tai­nes ensei­gnes de res­tau­ra­tion rapide res­tent ouver­tes uni­que­ment pour four­nir ces livrai­sons. Les « drives » seront également ouverts, se féli­cite l’ensei­gne. »

En temps de crise, il est indis­pen­sa­ble de se faire livrer un tout nouvel ordi­na­teur pour pou­voir faire du télé­tra­vail. Conclusion, la plate forme Amazon est évidemment en pleine acti­vité au détri­ment de ses sala­riés dont l’acti­vité n’est pas essen­tielle. France Info nous expose la situa­tion :
« (…) les sala­riés du spé­cia­liste de la vente à dis­tance consi­dè­rent qu’ils met­tent en danger leur santé alors que l’acti­vité de l’entre­prise qui les emploie n’est pas essen­tielle à la vie de la Nation. Ils font état de pres­sion d’Amazon pour les forcer à se rendre au tra­vail : d’après les syn­di­cats, la direc­tion a fait savoir que l’absence de ces sala­riés serait consi­dé­rée comme une "absence auto­ri­sée" mais "non payée".
(...)
Au moins 200 sala­riés du site de Douai, dans le Nord, ont ainsi fait valoir, mardi, leur droit de retrait. Le len­de­main, mer­credi 19 mars, envi­ron 50% des CDI ont fait la même démar­che ou étaient en débrayage à Montélimar, dans la Drôme. Les élus syn­di­caux dénon­cent la fai­blesse du maté­riel sani­taire, notam­ment de gel hydro­al­coo­li­que et de mas­ques, et un manque d’infor­ma­tion et d’affi­chage. »

QUID DE LA CONTINUITE PEDAGOGIQUE ?

Contre les fio­ri­tu­res péda­go­gis­tes Jean-Paul Brighelli nous donne son point de vue sur cer­tains avan­ta­ges de l’école à la maison mais aussi laisse entre­voir les funes­tes pro­jets du tout numé­ri­que sur Marianne :
« Quelle extra­or­di­naire économie de papier ! Mais sur­tout, quelle fabu­leuse pers­pec­tive dans l’économie du maté­riel humain ! Il n’est plus ques­tion de clas­ses sur­char­gées, d’argu­ties sur 24 ou 32 élèves, ni de récla­ma­tions de « moyens nou­veaux » : un seul cours peut être envoyé à des mil­liers de des­ti­na­tai­res. Seuls quel­ques profs de qua­lité sont néces­sai­res pour rédi­ger des ensei­gne­ments qui se tien­nent : ce virus marque la mort des péda­gos, dont l’essen­tiel de l’acti­vité consiste, jus­te­ment, à pro­po­ser des « acti­vi­tés ». »

Et plus loin sur le bac et sa relé­ga­tion à une pochette sur­prise :
« A la sortie de la crise, d’ici deux mois, on se rendra compte que le Bac lui-même ne peut être main­tenu en l’état, et qu’il va fal­loir vali­der glo­ba­le­ment l’année 2019-2020. Pour tout le monde. »

L’école vir­tuelle sans chair ni os est-il un pro­grès indis­cu­ta­ble ? En tout cas cer­tai­nes « start ups » se frot­tent les mains grâce à de juteux contrats et un dis­cours très ras­su­rant pour les pro­fes­seurs les plus réti­cents. Anthony Cortes, dans Marianne, nous indi­que :
« Le diri­geant d’une start-up qui œuvre acti­ve­ment en par­te­na­riat avec l’Education natio­nale pour déve­lop­per l’uti­li­sa­tion du numé­ri­que par les pro­fes­seurs pré­cise : « L’école de demain doit dis­po­ser d’outils qui pro­lon­gent le champ d’action des pro­fes­seurs. Elle ne doit sur­tout pas se sub­sti­tuer à leur pou­voir et à leurs savoirs. C’est ce virage que l’on veut pren­dre et que l’on pré­pare de façon accé­lé­rée par ces confi­ne­ments. » »

Ce fan­tasme du numé­ri­que qui pour­rait guérir tous les maux de l’ensei­gne­ment (et plus encore) fait oublier qu’il existe une réelle « frac­ture numé­ri­que » entre ceux qui pos­sè­dent le maté­riel infor­ma­ti­que et les autres, et que même ceux qui pos­sè­dent un tel appa­reillage ne savent pas tou­jours en faire bon usage. Toujours dans Marianne on peut lire :
« D’abord, tous les ména­ges ne dis­po­sent pas d’appa­reils infor­ma­ti­ques, même s’ils sont très nom­breux. Selon les don­nées du baro­mè­tre 2019 du numé­ri­que du Centre de recher­che pour l’étude et l’obser­va­tion des condi­tions de vie (Credoc), 76% des Français âgés de plus 12 ans pos­sè­dent un ordi­na­teur. Par ailleurs, si l’on s’inté­resse aux clas­ses socia­les, on voit le taux des­cen­dre à 64% pour ceux qui "vivent dans des foyers avec des bas reve­nus" et 69% pour les "clas­ses moyen­nes infé­rieu­res". Parallèlement, le taux d’équipement en tablet­tes, chez ces clas­ses-là, est faible : res­pec­ti­ve­ment à 28 et 36%. (…) cer­tains lycéens de l’Oise ou du Haut-Rhin, pre­miers foyers de conta­mi­na­tion dont les établissements sont fermés depuis plu­sieurs jours, pour accé­der et assis­ter "sans bugs" aux cours donnés en visio­confé­ren­ces par les pro­fes­seurs. Beaucoup ont aban­donné pour pré­fé­rer se retran­cher dans les ouvra­ges sco­lai­res, sans aucune consi­gne cette fois.
(…)
Si pra­ti­que­ment tous les jeunes de 12 à 24 ans ont un ordi­na­teur chez eux, selon l’étude d’Emmaüs Connect, et qu’ils sont omni­pré­sents sur les réseaux sociaux, très peu ont une "bonne maî­trise d’Internet", et "même de Google". Pour preuve, 90% d’entre eux uti­li­sent les outils numé­ri­ques pour leurs "loi­sirs" alors que seuls 62% s’en ser­vent pour leurs "démar­ches admi­nis­tra­ti­ves". D’où la pré­vi­sion d’un chef d’établissement du Var contacté par Marianne : "Pour beau­coup, ça va être le grand saut. Clairement, c’est quitte ou double : soit ils revien­dront aguer­ris à toutes les facet­tes du numé­ri­que, soit ils vont vite se décou­ra­ger. Et ensuite il faudra du cou­rage aux pro­fes­seurs pour les rame­ner à la sur­face".
(…)
Au len­de­main du dis­cours pro­noncé par Emmanuel Macron, Guillem, pro­fes­seur des écoles dans le Val-de-Marne, s’inquiète : "Ce matin, j’ai joint par télé­phone tous les parents de mes élèves pour leur indi­quer la marche à suivre pour accé­der aux ensei­gne­ments en ligne. Plus d’un tiers n’a tou­jours pas réussi à acti­ver l’espace numé­ri­que de tra­vail qui leur est pro­posé. Et à dis­tance, avec leur faible maî­trise des outils, c’est com­pli­qué de leur faire un tuto­riel...". Alison, pro­fes­seur d’Histoire et Géographie en col­lège à Boulogne-Billancourt s’indi­gne : "Les gens pen­sent que de nou­vel­les vacan­ces s’annon­cent alors que, pour nous comme pour les parents en dif­fi­culté face à l’usage d’Internet, ça va sur­tout être un casse-tête !". »

UTILISATION DES DONNEES PERSONNELLES

En plus de cons­ti­tuer un gouf­fre énergivore l’uti­li­sa­tion d’Internet et de ses pro­lon­ge­ments tech­no­lo­gi­ques atti­rent notre atten­tion sur un der­nier point dans la ges­tion de l’épidémie : l’uti­li­sa­tion des don­nées per­son­nel­les par les auto­ri­tés.

Dans Les Echos on trouve cet arti­cle :
« Les don­nées per­son­nel­les uti­li­sées pour le ciblage publi­ci­taire ou pour la lutte anti-ter­ro­riste vont-elles désor­mais servir à com­bat­tre le coro­na­vi­rus ? En France, les opé­ra­teurs télé­coms ont relayé par SMS les mes­sa­ges du gou­ver­ne­ment, sans tou­te­fois par­ta­ger les « 06 » de leurs abon­nés. Mais ailleurs dans le monde, cer­tains pays sont allés plus loin. Au risque de relan­cer le débat déjà très vif sur l’uti­li­sa­tion des don­nées per­son­nel­les.

C’est Israël qui a pris l’ini­tia­tive la plus forte. L’agence natio­nale en charge de la sécu­rité inté­rieure va car­ré­ment uti­li­ser pen­dant un mois les don­nées de géo­lo­ca­li­sa­tion col­lec­tées depuis 2002 par les opé­ra­teurs télé­coms. L’idée est d’iden­ti­fier les Israéliens ayant été en contact avec des per­son­nes attein­tes pour pou­voir les aver­tir par SMS. Le Parlement ayant été court-cir­cuité, la mesure a été très cri­ti­quée, cer­tains l’esti­mant aussi dis­pro­por­tion­née par rap­port à la menace. »

Antoine Bourge
Le 20 mars 2020

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