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Le coronavirus

ou le communisme(*) comme seul horizon possible

par Gilbert MOLINIER, le 21 mars 2020

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La longue et patiente étude à laquelle je me suis livrée
m’amène à des conclu­sions tris­tes où le doute sub­siste.
Ici, le seul point de départ en toute chose est l’argent.
Il faut de l’argent, même pour se passer d’argent.
 [1].

Savoir si le virus est une puni­tion de Dieu ou une prise de cons­cience de la condi­tion misé­ra­ble de l’homme n’a plus grand inté­rêt [2]. Cependant, on ne peut s’empê­cher de penser que la vio­lence des mesu­res dras­ti­ques de confi­ne­ment est une rançon payée à la mon­dia­li­sa­tion. L’iden­tité de l’ennemi invi­si­ble, le coro­na­vi­rus, n’est que trop visi­ble ? Elle est un signe de pro­fonde mala­die de la mon­dia­li­sa­tion en fin de course.
Dans le ci-des­sous, on expli­que que la pan­dé­mie qui s’abat sur la terre entière n’est que la pointe blan­che d’un furon­cle mortel qui a pour autre nom mon­dia­li­sa­tion capi­ta­liste en fin de course. Personne ne peut contes­ter que cette crise affecte le monde entier, donc la crise est, par défi­ni­tion, mon­diale. La chose la plus remar­qua­ble qu’on ren­contre est la sui­vante : en quel­ques jours, les diri­geants des gran­des entre­pri­ses et leurs ser­vi­teurs ins­tal­lés soli­de­ment aux postes de com­mande des États ont, sans pré­ven­tion, sans pré­sen­ter aucune excuse, renoncé à leur voca­bu­laire d’hier et inventé une nou­velle bat­te­rie de concepts. Il n’est plus ques­tion de monde, de mon­dia­li­sa­tion, d’espa­ces ouverts - open spaces, voilà pour l’archi­tec­ture -, ou d’espa­ces infi­nis - voilà pour la conquête spa­tiale - mais d’enfer­me­ment, de chez soi, de repli sur soi et en soi ; il n’est plus ques­tion de réduire les pré­ro­ga­ti­ves de l’État, de limi­ter ses com­pé­ten­ces à la sur­veillance poli­cière des popu­la­tions, mais il s’agit de pré­sen­ter l’État pro­vi­dence qui aide les entre­pri­ses et se tient prêt à réa­li­ser les vœux de toutes les gau­ches du monde : faire comme si on natio­na­li­sait et étatisait les entre­pri­ses… ; en quel­ques jours, les mêmes pas­sent de la glo­ri­fi­ca­tion insen­sée de la déré­gu­la­tion à l’obli­ga­tion aveu­gle de sou­mis­sion à la règle et aux règles du confi­ne­ment le plus strict.
Autrement dit : la lutte des clas­ses s’est dépla­cée et s’exa­cerbe autour des rava­ges causés par la pan­dé­mie, mais nous allons, encore une fois, retrou­ver les mêmes per­dants, les pau­vres. Cette fois encore, il va y avoir du sang. Mais le cœur de la bataille est l’hôpi­tal. La pan­dé­mie est, pour les clas­ses diri­gean­tes l’occa­sion rêvée de retar­der l’échéance d’une crise qu’elle pour­rait perdre. Et si on écrêtait le haut de la pyra­mide des âges ? On économiserait aus­si­tôt des cen­tai­nes de mil­liards…

Formulons une hypo­thèse en par­tant de faits objec­tifs. L’inva­sion pla­né­taire du coro­na­vi­rus marque d’abord un coup d’arrêt vio­lent et brutal au déve­lop­pe­ment sau­vage de la mon­dia­li­sa­tion. Jusqu’ici, on consi­dère cette der­nière comme étant la phase finale de l’expan­sion ter­res­tre du capi­ta­lisme dont on situe l’ori­gine vers le XIVème et XVème siè­cles. L’avenir proche nous appren­dra si la crise actuelle est un simple aver­tis­se­ment ou bien un moment du déve­lop­pe­ment radieux (?) mor­ti­fère (?) du capi­ta­lisme ou bien encore s’il s’agit d’un der­nier aver­tis­se­ment voire de la fin du monde des hommes [3]

Jusqu’ici, soit les trente der­niè­res années, les lau­da­teurs de la mon­dia­li­sa­tion n’ont fait que vanter les immen­ses méri­tes d’un monde sans fron­tière qui serait - promis juré - un monde sans guerre ; d’un monde sans règles et sans limi­tes qui consa­cre­rait l’avè­ne­ment d’un sujet tout-puis­sant… On bro­carda le droit du tra­vail comme le droit à la retraite, les lois sur les limi­tes du temps de tra­vail annuel, men­suel, heb­do­ma­daire, quo­ti­dien et autres vieille­ries en accor­dant à chacun la pro­messe d’une liberté sans limite... Les seules miss qui valaient étaient les miss monde ; les seuls cham­pion­nats qui atti­raient les foules étaient les cham­pion­nats du monde ; les seuls fes­ti­vals qui comp­taient devaient être inter­na­tio­naux… Guy Lux et Nagui orga­ni­saient les Jeux sans fron­tiè­res
En l’espace de quel­ques semai­nes, il fallut déchan­ter. Comme une nuée de sau­te­rel­les tom­bant du ciel, un virus enva­his­sait le monde en n’épargnant aucune partie, aucune terre ni aucune mer… Après avoir caché et tu les dan­gers aussi immi­nents que redou­ta­bles du virus, les mêmes qui van­taient les vertus de la conquête des espa­ces infi­nis, des voya­ges autour du monde… En quel­ques décen­nies, la cir­cum­na­vi­ga­tion trans­forma mers et océans en gigan­tes­ques pou­bel­les… met­tant tous leurs tré­sors en situa­tion d’asphyxie. L’occu­pa­tion des espa­ces aériens par des machi­nes volan­tes ache­vè­rent de pol­luer l’air. Partout rôdait la mort.

I. « RESTE À LA MAISON ! » « RESTEZ CHEZ VOUS ! »

Il fal­lait bien que la nature se venge. Le monde des hommes réagit dans l’urgence, avec effroi. Tout se passe comme si les sys­tè­mes de santé les plus per­for­mants comme ceux de l’Allemagne, de l’Italie, de l’Espagne ou de la France, etc. avaient été cons­ciem­ment et cons­cien­cieu­se­ment déman­te­lés ces trente der­niè­res années pour se pré­pa­rer à ne pas pou­voir affron­ter une catas­tro­phe sani­taire. Il s’agit donc d’une entre­prise de mort.
À l’échelle inter­conti­nen­tale, chacun se replie sur soi. On ferme les fron­tiè­res.
À l’échelle conti­nen­tale, chacun se replie sur soi. On ferme les fron­tiè­res.
Dans l’Union euro­péenne, les États se recro­que­villent sur leurs fron­tiè­res. La France, l’Italie, l’Allemagne, l’Espagne, la Pologne... fer­ment leurs fron­tiè­res. Chacun pour soi ! Et comme si cela ne suf­fi­sait pas, les sin­gu­la­ri­tés pro­vin­cia­les refont sur­face. La nuit der­nière, la Bavière fer­mait ses fron­tiè­res…
À l’échelle privée, l’espace se rétré­cit comme peau de cha­grin. Partout, un seul mot d’ordre : « RESTE À LA MAISON ! » « RESTEZ CHEZ VOUS ! »  
Toutes les tra­di­tions de la soli­da­rité sont inver­sées. Chacun doit se réfu­gier entre les quatre murs de sa maison, s’il en a une… Les États, par des mesu­res dras­ti­ques, convient chacun, au besoin, manu mili­tari, à rester enfermé chez soi.
L’école est finie... Les condi­tions élémentaires de la socia­li­sa­tion dis­pa­rais­sent au profit d’un enfer­me­ment sévère. La famille, qui avait qua­si­ment dis­paru, se retrouve confi­née dans la maison. Aujourd’hui, parents et enfants doi­vent rester ensem­ble toute la jour­née et toute la nuit. Aujourd’hui, on ne sait même plus si les parents ont le droit d’embras­ser leur(s) fils ou leur(s) filles et réci­pro­que­ment. Peuvent-ils même ont-ils le droit - de se donner la main ?
Récemment, inter­rogé une nou­velle fois sur la ques­tion du nombre de per­son­nes infec­tées par le virus, la plus haute auto­rité alle­mande en matière de viro­lo­gie, le Professeur Christian Drosten, Directeur de l’Institut de viro­lo­gie de l’Hôpital de la Charité de Berlin, répon­dait en sub­stance : « C’est simple. À chaque fois qu’on ren­contre un indi­vidu atteint du virus, il convient, en même temps, de comp­ta­bi­li­ser tous les mem­bres de sa famille comme por­teurs du virus eux aussi [4] . »
En même temps, la pro­messe d’une liberté sexuelle ou celui d’une libé­ra­tion sexuelle s’envole et est, dans les faits, gra­ve­ment menacé. On ima­gine… soit pour un(e) ado­les­cent(e) chi­nois(e), le pre­mier baiser donné sur un bateau-mouche entre l’île Saint-Louis et l’île de la Cité ; soit pour un(e) ado­les­cent(e) fran­çais(e), le pre­mier baiser donné sur un bateau voguant sur le Me Kong. Pour chacun(e), un tel voyage était un rêve rai­son­na­ble. Pour eux, c’était l’occa­sion de faire un selfie envoyé aus­si­tôt à ses pro­ches. Ainsi attei­gnaient-ils une sorte d’immor­ta­lité ! Oui, mais… « RESTEZ CHEZ VOUS ! »
Aujourd’hui, au marché noir, on vend des cein­tu­res de chas­teté. Il semble que la seule acti­vité sexuelle auto­ri­sée aux enfants et aux adul­tes soit la mas­tur­ba­tion, et encore, avec pré­ser­va­tif et gant(s) ! On a même envi­sagé de deman­der à un ancien minis­tre - fin connais­seur de la chose - de vanter les méri­tes de l’ona­nisme sur le site du minis­tère de l’éducation… Cette acti­vité pour­rait être pré­sen­tée comme épreuve faculta­tive au bac­ca­lau­réat dès 2020…
Le tra­vail pro­duc­tif est sévè­re­ment limité… Par pru­dence, on vante les méri­tes de métiers jusqu’ici mépri­sés, comme celui de cais­sière ; on la sup­plie de rester à sa place, mais sans aucune pro­messe d’aug­men­ta­tion de salaire ou de consi­dé­ra­tion. On retrouve la gran­deur du tra­vail de l’arti­san, par exem­ple, celui du bou­lan­ger. Mais on est bien inca­pa­ble d’envoyer un vrai mot d’amour au « gris bou­lan­ger [qui] bat la pâte à pleins bras / il fait du bon pain du pain si fin que j’ai faim [5] » On le sup­plie de conti­nuer à pétrir son pain, de se lever tôt le matin et de ne jamais éternuer… En sus, on le somme de renon­cer à son jour de congé…
De grands bou­le­ver­se­ments sont en pré­pa­ra­tion dans les sphè­res de la pro­duc­tion, des échanges, de la finance… Les places finan­ciè­res sont au bord de la grande crise… Ce qu’on n’a pas voulu faire dans le calme, il faudra le faire au prix du sang. À court terme, le capi­ta­lisme n’a qu’une pos­si­bi­lité de survie, la guerre, quelle que soit sa forme.

II. LA GARE DE TRIAGE

Il est abso­lu­ment évident qu’on ne peut pas sépa­rer l’aspect médi­cal et l’aspect économique de la crise actuelle. Elle se pré­sente comme une crise uni­ver­selle de l’uni­vers où la vie de mil­lions d’hommes est enga­gée. Les mili­tai­res sont bien mal­heu­reux, ceux à qui on dit haut et fort et de tous côtés : « Rangez vos fusées nucléai­res, cela ne sert plus à rien ! Nous avons mieux. » Les méde­cins par­lent la langue des mili­tai­res et les mili­tai­res par­lent la langue des méde­cins. Voilà deux semai­nes, inter­ro­gée sur la chaîne de télé­vi­sion alle­mande ZDF, une direc­trice de recher­che du Koch-Institut dit : « Les Chinois n’ont pas besoin d’une guerre nucléaire pour détruire l’Europe ; ils peu­vent obte­nir des résul­tats bien meilleurs [6] en cou­pant le robi­net des livrai­sons d’anti­bio­ti­ques. »
En France, tout dou­ce­ment, timi­de­ment, très timi­de­ment, on y vient ! « Ça veut dire quoi, "On y vient !" ? », inter­roge la grande prê­tresse de la langue fran­çaise, Muriel Pénicaud. « Ben tiens, ça veut dire que : "On en vient au fait !" » Voilà plus de deux semai­nes, nous appre­nions un nou­veau mot de la langue alle­mande « Die Triage ». Un pro­fes­seur de viro­lo­gie de l’Hôpital de la Charité de Berlin for­mu­lait la ter­ri­ble hypo­thèse sui­vante : « Si la situa­tion sani­taire liée au coro­na­vi­rus s’aggra­vait, nous serions confron­tés au "Triage" ». Ici, en Allemagne, chacun com­prend aus­si­tôt de quoi il s’agit…

À l’ori­gine, dans la langue alle­mande, on retrouve le mot « Die Triage » dans le jargon des mili­tai­res de la Première Guerre mon­diale. Dans les situa­tions extrê­mes de la guerre, on ne peut pas soi­gner tout le monde, il faut donc, disent les chefs de guerre, états-majors, stra­tè­ges… faire un « Triage ». Aujourd’hui, on retrouve l’usage de ce terme dans les situa­tions de catas­tro­phes extrê­mes. Mais ici comme ailleurs, les dif­fi­cultés com­men­cent, toutes liées à l’établissement d’une cri­té­rio­lo­gie. En effet, si on peut faci­le­ment s’accor­der sur le triage des pommes de terre à choyer pour assu­rer la pro­chaine récolte, avec les hommes, la chose se com­pli­que, à cause des dimen­sions mora­les des choix.

En France, on a attendu bien long­temps avant d’abor­der de front la ques­tion du triage.

Voici quel­ques titres de presse :

Berlin, 10 mars. Un jour­na­liste de la télé­vi­sion déclare : « Si la situa­tion conti­nue de s’aggra­ver, nous serons confron­tés au triage… »
Paris, 18 mars. Un méde­cin confie [7] : « Nous ris­quons de devoir faire des choix : les hôpi­taux encore plus sous ten­sion face à l’afflux de mala­des du coro­na­vi­rus »
Paris, 19 mars : « Coronavirus : com­ment sera décidé le tri des patients admis en réa­ni­ma­tion si les hôpi­taux arri­vent à satu­ra­tion [8] » ? 
Sur Franceinfo, il a fallu beau­coup de temps pour qu’un méde­cin expli­que : Le pré­si­dent a dit que nous étions en état de guerre, ça veut dire qu’on va faire une méde­cine de guerre. Dans la méde­cine civile, on met tout en œuvre pour sauver les per­son­nes. Dans la méde­cine de guerre, il faut sauver le maxi­mum de per­son­nes qui ont les chan­ces de sur­vi­vre.  [9]
… Aussi pour qu’on entende : « Si l’on est débor­dés, mais j’espère que cela n’arri­vera pas, peut-être que l’on fera de la méde­cine qui est un peu dégra­dée avec des méde­cins qui ont moins l’expé­rience de la réa­ni­ma­tion, mais on assu­rera quand même notre rôle de réa­ni­ma­teurs en les aidant » [10]

Trop peu sou­vent, on peut lire : « Le per­son­nel hos­pi­ta­lier va-t-il tenir le coup ? Sous l’effet de la montée en puis­sance du virus, le sys­tème de santé fran­çais menace de s’écrouler. Cela fait pour­tant long­temps que soi­gnants et patients tirent la son­nette d’alarme. Sans être enten­dus. […] Des dizai­nes de mil­liers d’emplois sup­pri­més en quinze ans. 69 000 lits portés dis­pa­rus sur la même période. Des per­son­nels insuf­fi­sants et esso­rés. Des urgen­ces satu­rées. L’hôpi­tal public, sous haute ten­sion […], est désor­mais au bord de l’explo­sion avec la mul­ti­pli­ca­tion des cas de coro­na­vi­rus. [11] » si bien que plus per­sonne n’ose parler de l’excel­lence du sys­tème de santé de la France.
Et pour­tant, après avoir cons­taté chaque jour que les équipes médi­ca­les res­tan­tes sont sous-équipées en maté­riel — elles font face à des pénu­ries de toutes sorte : pénu­rie de mas­ques, pénu­ries de tests, pénu­rie de lits de réa­ni­ma­tion… — com­ment pou­voir s’empê­cher de penser et qui pour­rait nous empê­cher de poser la seule ques­tion pos­si­ble : aujourd’hui, les plus hautes auto­ri­tés de l’État répè­tent chaque jour que « l’épidémie n’en est qu’à ses débuts » ; pour­tant, il est impos­si­ble que ces auto­ri­tés igno­rent l’exis­tence de ces pénu­ries, comme il est impos­si­ble qu’elles aient oublié que les per­son­nels des hôpi­taux de l’AP ont fait grève depuis la fin du mois de jan­vier 2019 jusqu’à aujourd’hui. Et pour­tant, elles ne sont tou­jours pas dis­po­sées à aug­men­ter sub­stan­tiel­le­ment le nombre de lits de réa­ni­ma­tion, comme celui des méde­cins…
Aujourd’hui, le Professeur Drosten expli­que qu’il n’est plus néces­saire de comp­ta­bi­li­ser le nombre de per­son­nes infec­tées du coro­na­vi­rus car celui-ci explose chaque jour.
Enfin, on en vient au fait du triage, et en détail. Quatre jour­na­lis­tes [12] de Mediapart signent un arti­cle sai­sis­sant inti­tulé : « Les ser­vi­ces de réa­ni­ma­tion se pré­pa­rent à trier les patients à sauver [13] » On peut lire : « Les hôpi­taux se pré­pa­rent à la vague épidémique et, en cas de satu­ra­tion des ser­vi­ces de réa­ni­ma­tion, aux dilem­mes éthiques pour "trier" les patients accé­dant aux soins. »
Puis, on en vient aux défi­ni­tions et consi­gnes offi­ciel­les dis­tri­buées par les auto­ri­tés médi­ca­les aux per­son­nels soi­gnants :

« Si le nombre de mala­des cri­ti­ques est supé­rieur aux res­sour­ces (SSE [14], ou situa­tion de catas­tro­phe) alors il faut effec­tuer un tri.

Quatre caté­go­ries de patients vont mourir :

  • Morts inévitables : patients au-delà de toutes ressources thérapeutiques du fait de la sévérité de la maladie ou du terrain (dont âge).

  •  Morts évitables : auraient pu être évitées en cas de soins de meilleure qualité ou de meilleure organisation.

  •  Morts acceptables : les patients très âgés ou polypathologiques

  • Morts inacceptables : les patients jeunes sans comorbidités majeures dont la mort était évitable. »

Prière du soir. Ne pour­rait-on pas deman­der aux enfants sco­la­ri­sés d’appren­dre ce poème par cœur et de le réci­ter à leurs parents le soir, avant le dîner ?

Il faut donc s’atten­dre à ce que le nombre de mala­des graves explose et que l’hôpi­tal et les équipes médi­ca­les ne soient plus en mesure de les pren­dre en charge. Imaginons que le nombre de morts attei­gne le demi-mil­lion [15] . L’État n’aurait-il pas fait un bon calcul ? D’un côté, il aurait défi­ni­ti­ve­ment gagné son pari de réduire sub­stan­tiel­le­ment le budget des hôpi­taux de l’A.P. D’un autre côté, puis­que ce sont les plus de 70 ans qui sont tou­chés prio­ri­tai­re­ment, il économiserait autour de 500 000 retrai­tes. Il pour­rait ainsi, comme annoncé, repous­ser sine die les dis­cus­sions dif­fi­ci­les enta­mées sur les mon­tants des retrai­tes. Et, dans sa grande géné­ro­sité, il infor­me­rait les famil­les des morts que l’État ren­drait hom­mage à ces vieux au cours d’une céré­mo­nie au cours de laquelle le chef de l’État pro­non­ce­rait un dis­cours his­to­ri­que à nos vieux… «  L’homme aux écus  » dan­sait nu sur la table d’un grand res­tau­rant pari­sien dont on taira le nom. Muriel Pénicaud exul­tait. Ben quoi !

III. RÈGLE ET DÉRÉGULATION. RÈGLE ET DÉRÈGLEMENTATION

Pendant des années, ceux-là qui n’en peu­vent plus de rap­pe­ler leurs chers conci­toyens au res­pect des règles, nous ont bas­siné avec la déré­gu­la­tion, la déré­gle­men­ta­tion, si bien que, depuis 1989, plus un élève de troi­sième n’a entendu parler de la règle de trois, des règles d’accord ou des règles de gram­maire.
Et les puis­sants pour­raient bien faire l’effort de se rap­pe­ler des règles de poli­tesse lorsqu’ils s’adres­sent à ceux qui les ont élus. Par exem­ple, en l’occur­rence, avant de s’adres­ser aux popu­la­tions, ne pour­raient-ils pas s’excu­ser d’avoir tant vanté les méri­tes de la déré­gu­la­tion, ce qui a conduit le monde au chaos.

La Pénicaud ramène encore sa fraise :

-  Le res­pect de la règle ? Ben quoi ? Ça veut dire quoi ? 
- Ma chérie, ça veut dire que…

Le pré­si­dent de la répu­bli­que parle. DISCOURS À LA NATION :

«  Dès demain midi et pour quinze jours au moins, nos dépla­ce­ments seront très for­te­ment réduits. Les regrou­pe­ments exté­rieurs, réu­nions fami­lia­les ou ami­ca­les ne seront plus per­mi­ses. Retrouver ses amis dans le parc, dans la rue ne sera plus pos­si­ble a indi­qué le chef de l’État. Chaque infrac­tion à cette nou­velle règle sera sanc­tion­née [16] ».

QUESTION : « Un ami est décédé il y a 48 heures. Avons-nous le droit de nous rendre à son enter­re­ment ?" – @Gaelle

RÉPONSE d’ÉDOUARD, LE LAQUAIS : « Ce que je vais dire est ter­ri­ble à enten­dre, mais je me dois d’être à la hau­teur des fonc­tions que j’occupe, donc je vais répon­dre non. Nous devons limi­ter au maxi­mum des dépla­ce­ments. Je le dis avec une grande tris­tesse, mais aussi avec une très grande déter­mi­na­tion. Même dans cette cir­cons­tance, et j’ai bien cons­cience de dire quel­que chose d’une grande dureté, nous ne devons pas déro­ger à la règle qui a été fixée [17]. »

RÉPONSE CORRECTRICE DE LA LÉGISLATION EN VIGUEUR : « Jusqu’à nouvel ordre, les inhu­ma­tions et cré­ma­tions doi­vent se limi­ter au tout pre­mier cercle fami­lial, comme le sou­li­gne le site d’infor­ma­tions sur le coro­na­vi­rus du gou­ver­ne­ment. Les auto­ri­tés ont indi­qué mer­credi à la mairie de Paris que seules vingt per­son­nes accom­pa­gnant le défunt étaient auto­ri­sées dans les cime­tiè­res ou cré­ma­to­riums [18]. […] »

IV. « IL FAUT EN FINIR AVEC LE TROP D’ÉTAT… »

« Le trop d’État… » est une des for­mu­les pré­fé­rées des gou­ver­nants et des mana­gers des gran­des entre­pri­ses. Pendant les 30 der­niè­res années, ils nous ont bas­siné avec cette for­mule. Aujourd’hui, ils s’apprê­tent à mettre la société en com­mune, au moins pen­dant tout le temps des mal­heurs…

C’est la Pénicaud qui est contente ! Ben quoi !

Après avoir bradé Alsthom en petits mor­ceaux à la com­pa­gnie amé­ri­caine General Electric, tout en se pré­pa­rant à brader les riches terres à bâtir d’ADP, etc., on pro­clame la révo­lu­tion socia­liste. Tiens ! La Pénicaud a été membre du CA d’ADP, etc. Ben quoi !

Dans un arti­cle paru dans Le Figaro / Économie, « […] La France est prête à natio­na­li­ser des entre­pri­ses si néces­saire  [19] », le minis­tre de l’économie déclare : « Tous les coups seront permis pour rele­ver l’économie. » C’est ce qu’a indi­qué le minis­tre de l’économie et des Finances Bruno Le Maire, ce mer­credi, sur BFM Business, assu­rant que la France était prête à natio­na­li­ser des entre­pri­ses si néces­saire. « Nous pro­té­ge­rons notre patri­moine indus­triel », a assuré le minis­tre, en pré­ci­sant qu’il n’était « pas ques­tion de voir des gran­des entre­pri­ses fran­çai­ses dis­pa­raî­tre. »
Dans le même arti­cle, mais en omet­tant de rap­pe­ler que l’État se pré­pare à pri­va­ti­ser ADP, les minis­tres revien­nent sur la situa­tion d’Air France : « Hier, mardi, le pre­mier minis­tre Edouard Philippe n’avait déjà pas exclu cette pos­si­bi­lité pour faire face à la crise du coro­na­vi­rus, assu­rant que pour la com­pa­gnie aérienne Air France l’État était prêt à pren­dre ses res­pon­sa­bi­li­tés en tant qu’action­naire ». Le minis­tre des Comptes publics Gérald Darmanin a indi­qué ce mer­credi sur BFM TV-RMC au sujet d’Air France : « Nous sui­vons de près la situa­tion de cette grande entre­prise et sommes prêts à natio­na­li­ser. »
Le même jour, il semble que l’État se penche sérieu­se­ment sur le cas de Renault : « Le cons­truc­teur fran­çais, déjà en très mau­vaise passe, subit de plein fouet la pan­dé­mie. Bruno Le Maire est en dis­cus­sion avec le PDG Jean-Dominique Sénard. […] » « Production stop­pée, ventes para­ly­sées, lour­des pertes finan­ciè­res en vue… En raison de la pan­dé­mie de coro­na­vi­rus, l’indus­trie auto­mo­bile entre en salle de soins inten­sifs. Le minis­tre de l’Économie, Bruno Le Maire, a échangé, ce mer­credi, lors d’une confé­rence télé­pho­ni­que, avec le PDG de Renault Jean-Dominique Sénard, et son homo­lo­gue de PSA, Carlos Tavares. Ont-ils parlé de reca­pi­ta­li­sa­tion, montée au capi­tal, voire natio­na­li­sa­tion de la firme de Boulogne-Billancourt ? Officiellement, pas encore. » « Si nous avons besoin de l’État pour sauver notre peau, il faudra voir à quel­les condi­tions... »  [20] » En posant la ques­tion : « Coronavirus : Renault va-t-il devoir être natio­na­lisé ? », [21], le jour­na­liste Olivier Ubertalli rap­pelle uti­le­ment que « Renault fut natio­na­lisé par le Conseil natio­nal de la Résistance il y a 75 ans, le 16 jan­vier 1945. »
Afin d’être cré­di­bles, à partir de la semaine pro­chaine, ou de l’une de celle(s) d’après, les prin­ci­paux minis­tres, Phillipe, Castaner, Pénicaud, Le Maire, Véran, etc. arri­ve­ront chaque semaine avec une cra­vate rouge au conseil des minis­tres. C’est Mélenchon qui va être content…

Cependant, la ques­tion prin­ci­pale reste posée, celle du com­mu­nisme. « Ben quoi ! Ça veut dire quoi com­mu­nisme ? » Ah, merde Muriel !

Une ques­tion urgente est posée. Les popu­la­tions des pays concer­nés, soient les hommes de bonne volonté, auront-ils la force, la volonté, le cou­rage - cou­rage vient de cœur - de faire un geste vio­lent pour sauver la vie des vieux et celle de ceux qui n’ont même pas un toit pour se confi­ner, ceux qui ne peu­vent même plus tendre la main pour attra­per une pièce de 50 cen­ti­mes, ceux qu’on ne regarde même plus en pas­sant tel­le­ment on a honte de son impuis­sance à leur venir en aide…

Gilbert Molinier
Berlin, le 20 mars 2020

(*) L’écriture de ce texte a été sti­mu­lée par une phrase parue ce jour de Denis Collin, phi­lo­so­phe, auteur de nom­breux ouvra­ges et essais phi­lo­so­phi­ques.


[1H. de Balzac, Louis Lambert

[2Sauf dans la paroisse de Mulhouse et quelque pub new yorkais ou londonien.

[3Chacun peut remarquer que même les chiens et les chats d’hommestiques ne semblent pas affectés par le poison et n’ont pas reçu l’interdiction de se promener dans les rues de Paris… Le sinistre Castaner n’a pas encore ordonné le meurtre des chats, chiens et poissons rouges. Notation importante : les animaux comme les plantes ne sont pas affectés. Détail important complémentaire : on n’a pas encore signalé l’infection d’un ordinateur ou de quelque machine par le coronavirus. L’« homme aux écus » se frotte les mains. « Ça m’fait jouir !  » hurle Muriel Pénicaud dans sa baignoire en marbre rose.

[4Maybritt Illner, ZDF, jeudi 19 mars 2020. Le Professeur Drosten est une éminence de la médecine allemande. Au cours de cette dernière crise, il est aussi conseiller de la Chancellerie.

[5Charles Trénet, Ya d’la joie, 1938… Sans commentaire.

[6Le lecteur comprendra aisément qu’une telle guerre propre laisserait intacts bâtiments, entreprises industrielles, celle de l’acier comme celle de la… chimie, etc.

[9Franceinfo, 19 mars.

[10Franceinfo, 19 mars.

[11Cécile Rousseau, « Hôpital public. Des dizaines de milliers d’emplois et 69 000 lits supprimés en quinze ans », in L’Humanité.fr, le 19 mars 2020.

[12C. Coq-Chodorge, M. Turchi, R. El Azzouzi, A. Rouget, in Mediapart, le 20 mars 2020.

[14Situation Sanitaire Exceptionnelle, ndlr

[15On dit qu’il y a une dizaine de milliers de cas d’infection du coronavirus. Or, jusqu’ici, on ignore les critères qui permettent de déterminer si une personne est infectée ou non.

[16Allocution du président de la République du lundi 16 mars 2020.

[17Édouard Philippe, in France-Info, le 18 mars 2020.

[18https://www.liberation.fr/depeches/2020/03/18/des-obseques-en-tout-petit-comite-consequence-dechirante-du-confinement_1782222 AFP, « Des obsèques en tout petit comité, conséquence déchirante du confinement », in Libération.fr, 18 mars 2020.

[21Le Point.fr, le 18 mars 2020

Messages

  • allez sur le site mondialisation.ca plusieurs articles documente bacteriologues japonais taiwanais apportent les preuves prouvant que ce virus s’est repandu depuis l’ete 2019 aux usa
    bonne lecture

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