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Internationalisme

par Denis COLLIN, le 13 novembre 2019

Le mot inter­na­tio­na­lisme a un sens très clair. Il dési­gne le rap­port entre les nations. Si la Manifeste du Parti de Communiste de 1848 annon­çait que « les ouvriers n’ont pas de patrie » et donc « pro­lé­tai­res de tous les pays unis­sez-vous », il s’agis­sait d’abord de pren­dre acte d’une situa­tion où la bour­geoi­sie consi­dé­rait les ouvriers comme des apa­tri­des, puis­que, la plu­part du temps, ils n’étaient pas consi­dé­rés comme des citoyens (le suf­frage uni­ver­sel mas­cu­lin n’est gagné en France qu’en 1848 et au Royaume-Uni en 1867). Mais dans le même temps, Marx et Engels, à l’encontre des anar­chis­tes don­naient comme tâche aux partis ouvriers la conquête du pou­voir d’État. Et ainsi ils se don­ne­raient une patrie. Il s’agis­sait, en deuxième lieu, de refu­ser les guer­res entre nations et de réaf­fir­mer l’enga­ge­ment des ouvriers de tous les pays à s’unir contre la bour­geoi­sie. Ce fut d’ailleurs la doc­trine de tous les partis socia­lis­tes jusqu’en ce funeste mois d’août 1914.

Mais l’inter­na­tio­na­lisme n’est ni le mon­dia­lisme ni le cos­mo­po­li­tisme. Pour qu’il y ait inter­na­tio­na­lisme, il faut des nations ! L’inter­na­tio­na­lisme est la reconnais­sance des nations et la reven­di­ca­tion de leur égalité. Marx le dit et le répète : « un peuple qui en opprime un autre ne sau­rait être libre ». Et donc les ouvriers anglais ne pour­raient s’émanciper que lors­que l’Irlande serait libre ! Au mee­ting de Saint-Martin’s Hall, en 1864, lors­que fut fondée l’Association Internationale des tra­vailleurs, la pre­mière Internationale, était à l’ordre du jour la libé­ra­tion natio­nale de l’Irlande et de la Pologne, deux nations qui tenaient par­ti­cu­liè­re­ment au cœur des « pères fon­da­teurs » du mou­ve­ment ouvrier inter­na­tio­nal.

À l’inverse, le capi­ta­lisme est mon­dia­liste, car son expan­sion est sans limi­tes, ni poli­ti­ques, ni mora­les. Les capi­ta­lis­tes états-uniens consi­dè­rent que la seule nation ayant droit à l’exis­tence est celle qu’ils domi­nent com­plè­te­ment et que les autres doi­vent leur être asser­vies. Les impé­ria­lis­mes en géné­ral nient les droits des nations qu’ils enva­his­sent ou décom­po­sent de l’inté­rieur jusqu’à en contrô­ler tous les roua­ges en s’appuyant sur les clas­ses domi­nan­tes loca­les, ces bour­geoi­sies « com­pra­do­res » d’ache­teurs ache­tés, comme on le voit avec la plus grande clarté en Amérique du Sud. Mais, autant que pos­si­ble, le capi­ta­lisme aime­rait bien se passer des États-nations. C’est pour­quoi la des­truc­tion des plus vieux États-nations est à l’ordre du jour sur le conti­nent euro­péen, via cette machine de guerre atlan­tiste qu’est l’Union Européenne.

Il y a donc deux règles de base de l’inter­na­tio­na­lisme : pre­miè­re­ment, défen­dre la sou­ve­rai­neté natio­nale de sa propre nation, deuxiè­me­ment inter­dire à son propre État d’enga­ger des guer­res de conquête et toute forme d’impé­ria­lisme. Ces deux règles sont indis­so­cia­bles.

Un citoyen ne peut être libre que dans une répu­bli­que libre. Cette maxime du répu­bli­ca­nisme sup­pose que l’on s’oppose à toute sou­mis­sion à l’égard de quel­que puis­sance exté­rieure, mais également à toute les formes de désa­gré­ga­tion inté­rieure de la com­mu­nauté poli­ti­que par les diver­ses fac­tions « com­mu­nau­ta­ris­tes » ou reli­gieu­ses.