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Ce pays que tu ne connais pas

par Denis COLLIN, le 5 janvier 2020

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À propos du livre de François Ruffin.

J’ai lu le livre de François Ruffin, "Ce pays que tu ne connais pas". Pas de mon plein gré : c’était un cadeau et un cadeau ne se refuse pas. Mais fina­le­ment, ce cadeau a été une bonne idée.
Ruffin sait écrire et son livre est un por­trait d’une totale cruauté. Pas une once de cha­rité pour le pré­si­dent. La vérité sans fard, sans dis­si­mu­la­tion et pas seu­le­ment la vérité des faits - j’en ai appris pas mal, même s’il n’y a pas de révé­la­tion - mais sur­tout la vérité du por­trait moral d’un homme et d’une caste. D’un homme ambi­tieux et creux, d’un "séduc­teur" qui se com­para un jour à une "pros­ti­tuée" (ce qui est injuste pour les pros­ti­tuées), d’un homme mis en scène par d’autres mais dont la machine média­ti­que nous a raconté une his­toire fabu­leuse. Le pas­sage que Ruffin consa­cre à Macron et les études supé­rieu­res est rava­geur. Comment il a laissé croire qu’il était nor­ma­lien (après raté deux fois l’entrée à l’ENS) et "phi­lo­so­phe", lui qui n’a jamais rien écrit qui ait quel­que rap­port avec la phi­lo­so­phie : l’homme res­sort de ce pas­sage comme une véri­ta­ble loque.
Portrait d’un homme et d’une caste. Une caste de grands patrons, "socia­lis­tes", "de gauche" pour cer­tains, et qui se goin­frent toute honte bue. Portrait de gens qui ne doi­vent plus avoir la moin­dre idée de ce qu’est la cons­cience morale, de gens "sans scru­pule", sans ce petit caillou qui vous fait mal quand vous n’avez pas bien agi. Certains, je les connais­sais bien si j’ose dire : nous les avions épinglés, Jacques Cotta et moi dans notre livre de 2001, "L’illu­sion plu­rielle" : fabiu­siens, rocar­diens ou "mau­royis­tes, ils étaient déjà là et ce "nou­veau monde" est sur­tout peuplé de vieux crabes. C’est aussi le por­trait d’une caste qui a rompu tout lien avec le pays, qui ignore super­be­ment "le citoyen lambda", "Jojo le Gilet jaune", tous ceux qui "ne sont rien" et dont la parole est l’avance dis­qua­li­fiée. Cette caste qui finit pas donner des haut-le-cœur et qui fini­rait par nous faire regret­ter le bonne vieille droite d’antan.