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Mexique : qui est Epigmenio Ibarra ?

par Jean-Paul DAMAGGIO, le 17 septembre 2019

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Il semble que le Mexique entre un peu dans notre actua­lité. Bien peu cepen­dant celui des jour­na­lis­tes assas­si­nés ! Edgar Alberto Nava Lopez. vient d’être éliminé, son corps jeté sur des ordu­res à Zacatepec, Morelos. Le Mexique vient ainsi de deve­nir le pays le plus dan­ge­reux au monde pour les jour­na­lis­tes (1/3 des assas­si­nats du monde !) et l’impu­nité reste de rigueur. C’est le neu­vième mort de l’année !

Le nou­veau gou­ver­ne­ment ne peut pas tout résou­dre en une seule année mais des ques­tions se posent. Le monde poli­ti­que est peu à peu net­toyé de ses cor­rom­pus et de ses cor­rup­teurs mais le monde du crime orga­nisé, s’il perd lui aussi des appuis reste une réfé­rence dans le pays !

Or AMLO sera jugé sur ce point.

Peut-il comp­ter sur son ami Epigmenio Ibarra ?

Pour arri­ver au pou­voir AMLO a suivi deux pistes : la créa­tion d’un nou­veau parti à sa dévo­tion et la com­pli­cité avec une puis­sance média­ti­que à sa dévo­tion.

Ne nous y trom­pons pas, au Mexique comme ailleurs, un homme comme AMLO doit subir quo­ti­dien­ne­ment les atta­ques en règle d’une bonne partie de la presse mais depuis long­temps il a, pour répon­dre l’appui d’Epigmenio Ibarra. Ce jour­na­liste est devenu un homme très puis­sant à la tête d’un consor­tium média­ti­que qui pro­duit des feuille­tons, des émissions, des repor­ta­ges etc. Il s’est fait connaî­tre par un coup d’éclat en 1994 en offrant au Sous-com­man­dant Marcos un télé­phone cel­lu­laire pour ainsi dif­fu­ser le pre­mier entre­tien télé du per­son­nage. L’actuelle épouse de AMLO, la jour­na­liste et écrivain Beatriz Gutiérrez Müller, a un temps tra­vaillé pour lui.

Parmi les cri­ti­ques adres­sées à AMLO voici celle qui me semble-t-il inquiète le plus : « Hay que pro­hi­bir nar­co­se­ries y nar­co­no­ve­las que hacen ver a los narcos muy chin­go­nes y que viven en puros lujos. »

« Il faut inter­dire les narco séries et les narcos romans qui font des narcos des grands pontes qui vivent dans le luxe. »

Et cer­tains ajou­tent : « et inter­dire la narco musi­que ! »

Et quel rap­port avec Epigmenio Ibarra ?

Ce der­nier est un pro­duc­teur de séries peu embar­ras­san­tes pour les narcos. Il suffit de lire les tweets d’Ibarra : 10 pour dénon­cer les crimes du pou­voir poli­ti­que anté­rieur à AMLO contre un dénon­çant le crime orga­nisé.

Et ce point est impor­tant car dans le même temps, le parti d’AMLO MORENA, est bureau­cra­tisé, cen­tra­lisé, démo­bi­lisé au moment où seul il peut per­met­tre de faire contre­poids aux atta­ques en cours contre la nou­velle poli­ti­que. Vous pouvez véri­fier en allant sur son site : https://morena.si/

Ce parti est-il seu­le­ment utile pour le gain de voix en faveur d’AMLO ? Mais com­ment peut-il vivre sans ligne poli­ti­que, sans acti­vité, sans for­ma­tion, sans renou­vel­le­ment des cadres ce qui laisse toute la place au recy­clage de mem­bres venus des autres partis ? Seul AMLO peut relan­cer le parti mais le veut-il ? Contre le crime orga­nisé il n’y a en fait qu’une seule solu­tion, celle que des citoyens algé­riens ont mise en œuvre contre les isla­mis­tes : des mili­ces citoyen­nes. Or, AMLO s’y oppose fer­me­ment. Or, il faut une action de force accom­pa­gnée par une offen­sive géné­rale, contre cet idéal qui court dans la société, de mafieux célé­brés comme révo­lu­tion­nai­res.

Dénoncer la mafia du pou­voir est une bonne chose (et AMLO en a mis en œuvre d’autres) mais qui, après lui ? En effet, parmi les bonnes choses il y a la pro­messe signée devant notaire de ne pas deman­der sa réé­lec­tion (au Mexique la Constitution inter­dit la réé­lec­tion) mais même si l’heure n’est pas au choix du dau­phin com­ment peut-il émerger ? Dans les offi­ci­nes Epigmenio Ibarra vu le manque d’ori­gi­na­lité de MORENA ?

Depuis long­temps une des stra­té­gies d’AMLO c’est de par­cou­rir en per­ma­nence le pays, en tout sens (il n’est pas sorti du Mexique depuis son élection) et ainsi il se tient auprès du peuple, ce qu’il conti­nue de faire depuis son élection. Mais si ce contact direct était utile pour convain­cre, aujourd’hui convain­cre c’est pren­dre des mesu­res gou­ver­ne­men­ta­les confor­mes aux inté­rêts du peuple et pas seu­le­ment des mesu­res sym­bo­li­ques comme deman­der à l’Espagne de s’excu­ser pour le tort fait aux Indigènes !

D’une part, il existe des mobi­li­sa­tions popu­lai­res au Mexique, autour des pro­fes­seurs, des ser­vi­ces de santé, des pay­sans mais le parti MORENA y est glo­ba­le­ment étranger et d’autre part l’avenir du Mexique encore plus que celui d’autres pays va se jouer sur la scène inter­na­tio­nale car la mon­naie chi­noise est en train de sup­plan­ter le dollar dont le mérite est de dimi­nuer l’énorme dette finan­cière des USA en la fai­sant payer à d’autres.

L’actuelle expé­rience mexi­caine mérite, à partir des faits dans leur glo­ba­lité, toute l’atten­tion des forces émancipatrices, tout autant sinon plus que les envo­lées sur le socia­lisme du XXIème siècle. J’essaie d’appor­ter ma contri­bu­tion.


MORENA prépare son congrès de novembre Quatre personnes ont indiqué leur intention de postuler pour la présidence :

Yeidckol Polevnsky Gurwitz : Secrétaire générale (en fait présidente actuelle)

Mario Delgado : Coordinatrice des députés.

Bertha Luján Uranga : Presidente du Conseil National de MORENA.

Alejandro Rojas Díaz : Conseillère dans la cité de México et suppléante du sénateur Ricardo Monreal Ávila.

Personne ne sait comment opérer…