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Un coup de poignard dans le dos

par LA SOCIALE, le 8 janvier 2020

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Contribution de Denis Langlet et Gérard Reix le 28-12-2019

Voilà le sen­ti­ment géné­ral des che­mi­nots gré­vis­tes, lors de l’assem­blée géné­rale tenue à Mantes 78 le 23/12 à propos de l’annonce par le secré­taire géné­ral de la CGT de l’orga­ni­sa­tion d’une jour­née d’action le 9 jan­vier.

Tous les syn­di­ca­lis­tes savent par­fai­te­ment les dif­fi­cultés de l’orga­ni­sa­tion d’une grève et de tous les efforts à four­nir pour qu’elle tienne et que, pour gagner, elle dure le temps néces­saire.

Depuis le début du conflit c’est nous, par nos assem­blées géné­ra­les qui défi­nis­sons nos formes d’action. Ce n’est pas aux états-majors syn­di­caux de déci­der en notre lieu et place des actions dans chaque bran­che.

La direc­tion de la confé­dé­ra­tion CGT n’est pas la seule concer­née. Il en va ainsi de l’autre confé­dé­ra­tion ouvrière, la CGT FO dont le secré­taire géné­ral appelle dans son der­nier éditorial à « ampli­fier et élargir cette mobi­li­sa­tion au niveau inter­pro­fes­sion­nel ». La mobi­li­sa­tion aurait donc été insuf­fi­sante le 5 décem­bre ?

Comme l’écrit le syn­di­ca­liste Gérard Da Sylva dans sa contri­bu­tion du 24/12/19, comme des cen­tai­nes de mil­liers de mili­tants enga­gés, nous consi­dé­rons que les mani­fes­ta­tions dans tout le pays le 5 décem­bre ont été d’une ampleur consi­dé­ra­ble. Dès lors pour­quoi tente-t-on d’ins­til­ler petit à petit l’idée qu’il n’y aurait dans ce pays qu’un sec­teur dans l’action, celui des trans­ports ?

La jour­née du 5 décem­bre comme celle du futur 9 jan­vier seraient des actions des autres sec­teurs en sou­tien à ceux du trans­port en lutte ?

Quelle est la réa­lité ? Il y a les pom­piers, il y a les raf­fi­ne­ries, il y a les ensei­gnants, il y a les hos­pi­ta­liers, il y a les pos­tiers… il y a donc un mou­ve­ment d’ensem­ble tou­chant tous les sec­teurs.

Une nou­velle fois les direc­tions des confé­dé­ra­tions ont une res­pon­sa­bi­lité déci­sive.

N’est-ce pas le rôle des confé­dé­ra­tions de dire clai­re­ment l’ori­gine de cette réforme ?

Répétons-le encore une fois, dans notre pays nous avons deux salai­res : le salaire direct et le salaire dif­féré qui est le total des coti­sa­tions ver­sées par les employeurs dont celle des retrai­tes. Depuis le tour­nant de la rigueur, c’est à dire le début des années 1980, en France, comme dans tous les pays du monde, les employeurs comme les action­nai­res exi­gent la baisse des salai­res. Ils ont déjà lar­ge­ment obtenu celle du salaire direct appelé salaire net.

Avec cette réforme, si elle venait à être adop­tée, la fin de notre salaire dif­féré serait à l’ordre du jour, c’est à dire la fin de toute la pro­tec­tion sociale dite « modèle social fran­çais ».

Dès lors, n’est-il pas de la res­pon­sa­bi­lité des diri­geants des confé­dé­ra­tions :

 d’enga­ger dès main­te­nant une grande cam­pa­gne natio­nale pour l’aug­men­ta­tion géné­rale des salai­res nets réta­blis­sant le pou­voir d’achat des famil­les entamé par l’aus­té­rité et aggravé par la pré­ca­rité et le chan­tage à l’emploi ?

 dans le même temps mettre en chan­tier un grand plan d’embau­ches en CDI et sous statut dans tout le pays.

 et d’enga­ger une grande cam­pa­gne natio­nale pour la recons­ti­tu­tion du salaire dif­féré par l’arrêt des exo­né­ra­tions socia­les dont les pre­miers béné­fi­ciai­res sont les socié­tés supra natio­na­les.

150 Milliards d’€ annuels, tel est le total estimé des exo­né­ra­tions socia­les et fis­ca­les pour les employeurs. Et le gou­ver­ne­ment annonce un plan pour l’hôpi­tal de 1,5 mil­liard !

De qui se moque-t-on ?

Cette même année 2019 va se ter­mi­ner avec le record absolu du mon­tant des divi­den­des versés aux action­nai­res des entre­pri­ses du CAC 40 soit, à nou­veau ,150 mil­liards.

Pourquoi donc ne pas dire comme les faits le démon­trent que le gou­ver­ne­ment actuel n’est que le ser­vi­teur zélé des exi­gen­ces du MEDEF et des action­nai­res ?

Ce cons­tat est incontes­ta­ble. Personne dans le pays aujourd’hui n’ose contre­dire que la finance privée domine, que tous les choix poli­ti­ques, économiques ou sociaux sont dictés par les grands grou­pes finan­ciers.

Les confé­dé­ra­tions syn­di­ca­les ne doi­vent-elles pas dire ce que chacun cons­tate dans son propre sec­teur : ce qui est imposé à tout le pays comme prio­rité est contra­dic­toire à la satis­fac­tion des besoins fon­da­men­taux de la popu­la­tion pour avoir une vie cor­recte : se nour­rir, se loger, se vêtir, s’ins­truire et se soi­gner….

Pour obte­nir le succès total sur la retraite (retrait du projet gou­ver­ne­men­tal) il est néces­saire que soit enga­gée en même temps une cam­pa­gne pour l’aug­men­ta­tion géné­ral des salai­res et des embau­ches se com­bi­nant avec une ren­contre natio­nale des délé­gués man­da­tés de tous les établissements publics et privés petits ou grands du pays.

Une telle confé­rence établirait en toute sou­ve­rai­neté une pre­mière liste des mesu­res d’urgence qui s’impo­sent et qui devien­draient prio­rité natio­nale.

La gigan­tes­que puis­sance de la finance est entre les mains d’une poi­gnée et ne s’est déve­lop­pée que par la suc­ces­sion répé­tée des lois de déré­gle­men­ta­tion, de flexi­bi­lité et de des­truc­tion des acquis sociaux.

Ces fan­tas­ti­ques sommes accu­mu­lées par les ultra riches le sont uni­que­ment par des opé­ra­tions spé­cu­la­ti­ves pour 98% du total de ces capi­taux.

Ces carac­té­ris­ti­ques sont des fai­bles­ses essen­tiel­les de l’ultra mino­rité de ce sys­tème.

Il revient à tous les mili­tants que nos confé­dé­ra­tions, confor­mé­ment aux objec­tifs fixés par leurs fon­da­teurs, pren­nent enfin les res­pon­sa­bi­li­tés que tous atten­dent et jouent le rôle pour lequel nous sommes syn­di­qués.

Arrêtons avec l’apo­li­tisme hypo­crite appelé pudi­que­ment indé­pen­dance syn­di­cale dont le seul résul­tat est de lais­ser une poi­gnée d’hommes détruire les condi­tions de vie de mil­lions d’autres.

La reven­di­ca­tion d’un emploi pour tous sous statut ou en CDI est une reven­di­ca­tion cen­trale. La nou­velle orga­ni­sa­tion de la pro­duc­tion appe­lée mon­dia­li­sa­tion, résul­tat de la domi­na­tion de la finance, a comme pre­mier résul­tat la des­truc­tion du tra­vail et sa pré­ca­ri­sa­tion.

Dès lors ne revient-il pas aux confé­dé­ra­tions syn­di­ca­les d’agir pour que leur soit sub­sti­tuée une orga­ni­sa­tion des acti­vi­tés per­met­tant la satis­fac­tion des besoins ?

Le syn­di­ca­lisme confé­déré a été fondé pour la trans­for­ma­tion de la société afin que soient garan­tis les droits des pro­duc­teurs et la satis­fac­tion des besoins de tous.

Pour nous il en découle deux pro­po­si­tions :

 La pre­mière est que, conjoin­te­ment à la soli­da­rité active et mili­tante avec les sala­riés en grève,

 que dans chaque loca­lité des dépar­te­ments se géné­ra­lise la tenue des assem­blées loca­les et dépar­te­men­ta­les qui établiront par la démo­cra­tie la pla­te­forme des mesu­res d’urgence.

 En total accord avec Gérard Da Sylva « Les Confédérations sont là pour « confé­dé­rer » : tel est le rôle, telle est la res­pon­sa­bi­lité de leurs diri­geants. Si l’on revient aux fon­da­men­taux, la base demeure : grève géné­rale inter­pro­fes­sion­nelle. Ce qui manque, ce qui n’est pas orga­ni­sée, au niveau confé­dé­ral, c’est, à tout le moins, l’inter­pro­fes­sion­nel… Il appar­tient aux Confédérations, c’est leur devoir impé­ra­tif, de sus­ci­ter métho­di­que­ment la conver­gence de toutes ces luttes, de toutes ces grèves. De sur­croit, il faut faire entrer les syn­di­cats étudiants et lycéens dans le mou­ve­ment de la grève. Car les jeunes sont les pre­miers mépri­sés et sacri­fiés au capi­tal dans la contre­ré­forme. »[1]

Sur ces objec­tifs nous rap­pe­lons que les signa­tai­res de l’appel de Beaugency « pour le retour du syn­di­ca­lisme sur ses bases fon­da­tri­ces : Lutte de classe – Charte d’Amiens » sont enga­gés dans la pré­pa­ra­tion d’une confé­rence sur ces objec­tifs dans la région pari­sienne.

Messages

  • Ma condition de retraité m’avait conduit à m’abstenir de commenter la vie interne des confédérations syndicales et en particulier la mienne, considérant que pour être crédible, il faut vivre les événements de l’intérieur. Cependant, le titre de cet article et le contenu me conduisent à sortir de ma réserve.
    Je considère qu’il y a un temps pour tout, y compris pour régler ses comptes. La période sensible que nous traversons ne me semble pas propice à ce genre d’exercice. Au final, je m’interroge de savoir qui tient le poignard ?
    Si j’ai bien compris, récemment les appareils confédéraux auraient tordu la démocratie syndicale. J’ignore ce qui se passe, mais pouvons-nous assurer que toutes les structures syndicales professionnelles et interprofessionnelles sont des modèles de démocratie ? A l’époque, pas si lointaine, où j’exerçais des responsabilités syndicales interprofessionnelles, je me souviens que des délégués centraux étaient plus proches de leur hiérarchie patronale que des syndicats et sections syndicales qu’ils étaient censés représenter !
    Comme disait Coluche : « déconnez pas, j’ai les noms »
    En 1995, j’étais en première ligne dans mon département. Après chaque fin de manifestation, une délégation FO rencontrait les délégations CGT et FSU pour faire le point.
    Comme toutes les UD de France, je faisais un compte-rendu téléphonique à un confédéral de service. Il restait au bureau confédéral de décider de la suite à donner en accord avec la CGT et la FSU. Je n’ai jamais eu à me plaindre de ce fonctionnement. D’ailleurs comment fonctionner autrement ?
    Si l’on veut aborder en responsabilité la question de la démocratie syndicale à la CGT FO, il faudrait remonter au mandat de Mailly. Je me souviens qu’une grève interprofessionnelle avait été décidée sur simple consultation téléphonique des membres du CCN. A l’époque, redevenu simple militant de base, je m’étais offusqué. Il m’avait été répondu qu’il fallait savoir évoluer !
    Puis il y a eu le fameux accord sur la rupture conventionnelle. Je n’ai pas le souvenir que la signature de FO ait fait l’objet d’un grand débat au sein de l’organisation.
    Que dire du virage pris sur la question des retraites avec le fameux « 40 ans, c’est déjà trop » ?
    Cette formule avait fait l’objet d’un curieux consensus allant de la Fédé Métaux à l’UD de Loire-Atlantique.
    Enfin, pour couronner le tout, faut-il rappeler la honteuse commémoration du centenaire de la Charte d’Amiens, en compagnie de Thibaud et Chérèque ???
    Malgré ces options, pour moi fort critiquables, les rapports d’activité du bureau confédéral avaient reçu une très forte approbation. N’est-ce pas là le début des dérives ?
    Enfin je note un point commun entre vos analyses et les positions des deux confédérations, celui de passer sous silence le commanditaire de toutes ces contre-réformes, l’Europe néolibérale adoubée par la Confédération Européenne des Syndicats.
    Or, si les cheminots ont perdu leur statut, c’est bien la conséquence directe du diktat de la commission européenne d’ouvrir au privé le transport voyageurs après le fret. Je note dans vos références l’absence du rôle joué par la Confédération Européenne des Syndicats.
    N’est-ce pas le « camarade » Berger qui préside désormais la CES ?
    Le candidat de la CFDT ayant recueilli 95,9 % des voix, il serait intéressant de savoir ce qu’ont fait les deux confédérations que vous citez ?
    L’appartenance à la CES est antinomique avec la lutte de classes.
    Il est urgent d’aborder la question. La sortie de cette fausse organisation syndicale se pose. Qu’en pensez-vous ?

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