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La démission de De Rugy ... Illustration de la Macronie !

par Jacques COTTA, le 17 juillet 2019

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François de Rugy qui vient de démis­sion­ner ne repré­sente en soi qu’un inté­rêt assez limité. L’ex N°2 du gou­ver­ne­ment mérite notre atten­tion plus pour ce qu’il révèle que pour ce qu’il est lui même. Le tour du per­son­nage est en effet vite fait. Pur arri­viste à la mode écolo com­pa­ti­ble, quelle que soit la majo­rité en place sus­cep­ti­ble d’attri­buer des postes, il s’est suc­ces­si­ve­ment dit « né avec l’écologie dans la bouche » pour occu­per le bon cré­neau au bon moment, puis « écolo de l’action » pour jus­ti­fier une pre­mière tra­hi­son et rejoin­dre François Hollande, puis contrai­re­ment à sa décla­ra­tion ini­tiale « pren­dre ses dis­tan­ces avec la gauche » après la pri­maire perdue pour rejoin­dre Jupiter sur le toit de l’olympe. Passons sur ses décla­ra­tions pom­peu­ses « l’assem­blée est trop sou­vent sym­bole de l’opa­cité » suivi d’un « met­tons tout sur la table », propos qui pren­nent une conno­ta­tion à la fois cyni­que et cruelle. François de Rugy sym­bo­lise l’adage selon lequel « on n’est jamais mieux servi que par soi-même ». Ainsi les efforts prêtés à François Ruffin pour le dis­cré­di­ter -et qui lui auront valu le qua­li­fi­ca­tif de « fas­ciste » déli­vré par De Rugy- auront été vains. Le prin­ci­pal inté­ressé aura fait le boulot lui-même.

François de Rugy illus­tre ce qu’est la Macronie, un magma fait de « gauche » et de « droite », de PS, d’UMP-LR, de Modem dont le plus petit déno­mi­na­teur commun est l’ultra-libé­ra­lisme qui anime le pré­si­dent de la répu­bli­que, poli­ti­que dictée par la volonté de l’union euro­péenne lorsqu’il ne la devance pas. Ce qui obsède ce beau monde n’est autre que l’ambi­tion per­son­nelle, la course aux postes, la chasse aux pri­vi­lè­ges, le sen­ti­ment d’invul­né­ra­bi­lité lié à la fonc­tion. La chute de De Rugy dans son plat de homards est plus sym­bo­li­que qu’autre chose. Mais le sym­bole est mortel. Il ramène à la réa­lité les dis­cours sur la « République exem­plaire ». Il rap­pelle la tra­jec­toire dans laquelle la 5ème répu­bli­que a ins­crit les majo­ri­tés suc­ces­si­ves. L’illé­ga­lité et la trans­gres­sion de la morale publi­que ont une his­toire qui tra­verse toutes les majo­ri­tés. Des « cha­lan­don­net­tes » aux « avions reni­fleurs », en pas­sant par les exploits des « Balkany and co » dans les hauts-de-Seine, sans parler des Cahuzac ou autres minis­tres qui ont le chic de deman­der aux fran­çais de se serrer la cein­ture lorsqu’ils frau­dent en ouvrant des comp­tes dans des para­dis fis­caux, la 5ème répu­bli­que est friande des scan­da­les à répé­ti­tion. Gaymard et son duplex, Blanc et ses ciga­res, Jouyandet et son jet privé, Morel et son cireur de pompes…

Mais là, même si le homard semble lourd à digé­rer, même s’il est aussi ques­tion d’usage immo­bi­lier de l’argent public « pour une somme modeste de 63 000 euros », ou de ques­tion fis­cale avec décla­ra­tion défaillante, même si au pal­ma­rès des infrac­tions minis­té­riel­les l’appa­rat­chik De Rugy ne tient pas la corde, un pas est fran­chi.

De la quantité…

De Rugy vient rap­pe­ler qu’en à peine deux ans, ce sont onze minis­tres de la Macronie qui sont tombés pour des faits délic­tueux. Onze… La situa­tion en serait pres­que bana­li­sée.

Richard Ferrand, minis­tre de la Cohésion des ter­ri­toi­res, socia­liste rallié, fidèle d’Emmanuel Macron, était sous le feu de cri­ti­ques suite à l’ouver­ture d’une enquête pré­li­mi­naire dans le cadre de l’« affaire des Mutuelles de Bretagne » lorsqu’il déci­dait de se mettre pru­dem­ment sur la touche. L’enquête pré­li­mi­naire avait été clas­sée avant de rebon­dir en octo­bre 2018 avec la dési­gna­tion de trois juges d’ins­truc­tion à Lille.

La tri­plette du MoDem, empê­trée dans l’affaire dite des « assis­tants par­le­men­tai­res du MoDem » au Parlement euro­péen. C’était ainsi au tour de la minis­tre des Armées, Sylvie Goulard, puis de Marielle de Sarnez, minis­tre des Affaires euro­péen­nes, et du minis­tre de la Justice - et minis­tre d’Etat - François Bayrou, de s’en aller à la fin du mois de juin.

Le 28 août, un nou­veau minis­tre d’Etat, Nicolas Hulot, s’en va. Il est le pre­mier de la liste à sentir le vent tour­ner. Bien vu.

Une semaine plus tard, c’est cette fois la minis­tre des Sports Laura Flessel qui démis­sionne « pour rai­sons per­son­nel­les ». Seulement voilà, quel­ques jours plus tard, une source proche du dos­sier - confir­mant des infor­ma­tions du « Canard enchaîné » et de Mediapart - indi­que que la mise en retrait de la minis­tre serait en réa­lité liée à sa « situa­tion fis­cale ».

Arrive en sep­tem­bre 2018 le cas Gérard Collomb, minis­tre d’Etat qui annonce son départ de la place Beauvau afin de pré­pa­rer sa can­di­da­ture à la mairie de Lyon en 2020. Lui aussi comme Hulot sent qu’il vaut mieux pren­dre la poudre d’escam­pette avant que le navire sombre. En mars 2019, trois autres habi­tués du Conseil des minis­tres sui­vent l’exem­ple de Hulot et Collomb et pren­nent le large : Nathalie Loiseau, la minis­tre char­gée des Affaires euro­péen­nes deve­nue can­di­date aux élections euro­péen­nes, puis Benjamin Griveaux, porte-parole du gou­ver­ne­ment, et Mounir Mahjoubi, secré­taire d’Etat chargé du Numérique, tous deux enga­gés en vue d’une can­di­da­ture pour les muni­ci­pa­les à Paris en 2020.

Enfin pour être tout à fait com­plet, quatre autres minis­tres, Françoise Nyssen, Delphine Gény-Stephann, Stéphane Travert et Jacques Mézard ont eux aussi dis­pa­rus de la photo de famille à la faveur de rema­nie­ments.

… A la qualité

Onze en si peu de temps, voilà qui est impres­sion­nant. Mais au nombre, à la quan­tité, il faut ajou­ter le contexte poli­ti­que qui donne la véri­ta­ble signi­fi­ca­tion de ces démis­sions.

Jamais un gou­ver­ne­ment si faible n’a fait usage de la force comme le font Emmanuel Macron et Edouard Philippe pour rester au pou­voir.

Les exac­tions poli­ciè­res contre les gilets jaunes sont bana­li­sées, répé­ti­ti­ves sans que nul ne bron­che.
Les exac­tions poli­ciè­res étendent leur champs d’appli­ca­tion. Le jeune homme de 24 ans, Steve, dis­paru dans la Loire après une charge poli­cière durant la fête de la musi­que en témoi­gne. Là encore silence géné­ral.
L’arres­ta­tion arbi­traire de gilets jaunes le 14 juillet pour avoir sifflé le pré­si­dent de la répu­bli­que, ce qui s’appa­rente au réta­blis­se­ment du délit d’opi­nion.

Et avant tout cela, l’été der­nier, l’affaire Benalla-Macron qui s’ins­crit dans la tra­di­tion avec les bar­bou­zes de l’Elysée qui agis­sent en toute impu­nité. Benalla qui est l’occa­sion de mettre en lumière les pro­tec­tions dont jouis­sent quel­ques-uns des prin­ci­paux col­la­bo­ra­teurs du pré­si­dent de la répu­bli­que qui n’auront été ni enten­dus, ni inquié­tés.

Il existe un lien entre les démis­sions de per­son­na­li­tés qui se croient tout permis contre les prin­ci­pes élémentaires de la morale, de la démo­cra­tie, et la poli­ti­que mise en oeuvre faite de vio­lence sociale, de vio­lence phy­si­que, de déni de démo­cra­tie.

C’est cela que De Rugy malgré lui met en lumière. Paradoxalement il tombe sur un « sym­bole », celui de la toute puis­sance, de l’arro­gance, de la confu­sion des genres, alors que d’autres devraient déjà être tombés au nom de la démo­cra­tie, de l’état, de la Nation. Le minis­tre de l’inté­rieur Christophe Castaner, pour ses men­son­ges à répé­ti­tion, pour les ordres donnés aux forces de police contre les mani­fes­ta­tions, pour les vio­len­ces dont il porte la res­pon­sa­bi­lité poli­ti­que, devrait en toute logi­que com­plé­ter la liste.