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Retour sur les européennes et quelques questions de principes…

par Jacques COTTA, le 14 juin 2019

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Les élections euro­péen­nes pas­sées, il devrait être pos­si­ble de repren­dre quel­ques ques­tions qui n’ont été qu’effleu­rées durant la période électorale. Il ne s’agit pas ici d’avoir un débat « revan­chard » mais de reve­nir si pos­si­ble, avec un ton apaisé, sur l’essen­tiel.

Les orga­ni­sa­tions qui ont pré­senté des listes ont usé en géné­ral d’argu­ments assez sem­bla­bles pour inci­ter les électeurs à ral­lier leur étendard. Ce sont ces argu­ments qu’il est bon aujourd’hui de passer en revue, car ils met­tent en cause des ques­tions de « prin­ci­pes » qui dépas­sent cette seule conjonc­ture électorale.

1. Cette élection devait être l’occa­sion de battre Macron.

Non seu­le­ment cela n’a pas été le cas, mais cet argu­ment a généré le seul effet ration­nel pos­si­ble, para­doxa­le­ment condamné par ceux-là mêmes qui l’ont mis en avant. La liste du RN s’affir­mant comme la seule en posi­tion de battre la liste LREM, les électeurs qui ont pris au mot l’argu­ment « se saisir des euro­péen­nes pour battre Macron » ont donc voté en toute logi­que pour le RN.

L’élu FI Andrea Kotarac qui avant les élections appe­lait à voter pour le RN a été traité de tous les noms par ses anciens cama­ra­des. N’était-ce pas un peu simple pour régler une ques­tion poli­ti­que qui dépas­sait de loin le pre­mier concerné. Les mili­tants FI qui ont réagi de la sorte l’ont fait comme un équipage sans bous­sole à bord d’un bateau ivre. Si leur point de départ avait été la Nation et le peuple fran­çais, l’indé­pen­dance et la sou­ve­rai­neté natio­nale comme cela est tou­jours pré­sent dans l’his­toire du mou­ve­ment ouvrier, mais curieu­se­ment absent dans la gauche, toutes varian­tes confon­dues, alors le piège de ces euro­péen­nes aurait sans doute été déjoué et ceux qui sont tombés dedans n’auraient pas été lami­nés.

C’est l’absence de point de repère qui ensuite a ouvert la voie à toutes les diver­gen­ces qui mon­trent bien que nom­breux sont ceux -jusque dans leur groupe par­le­men­taire- qui sur le fond n’ont plus grand chose en commun. La dépu­tée Clémentine Autain n’a en effet pas tardé de mettre en cause « le popu­lisme » de Mélenchon, jetant ainsi par dessus bord ce qui a permis à la FI de ral­lier deux ans aupa­ra­vant 7 mil­lions d’électeurs, pour pré­fé­rer une union de la gauche et si pos­si­ble de la gauche de la gauche qui de fait est reje­tée, coupée des tra­vailleurs et sala­riés qui ont déjà fait l’expé­rience du PS, du PCF et de leurs ava­tars mul­ti­ples et variés. Jean Luc Mélenchon, par le flou qu’il a lui-même entre­tenu, capa­ble de passer d’une ligne à une autre en fonc­tion des oppor­tu­ni­tés, perd sur tous les tableaux. Il a lui-même « congé­dié » son aile sou­ve­rai­niste qui poli­ti­que­ment a fait sa force il y a deux ans, en pous­sant dehors Djordje Kuzmanovic ou encore en congé­diant François Cocq, dans le seul but de donner des gages à cette "gauche" com­mu­nau­ta­riste, par­ti­sane des ques­tions socié­ta­les au détri­ment de la réa­lité sociale.

Si la FI res­sem­ble aujourd’hui à « un astre mort », cela ne relève pas prin­ci­pa­le­ment comme veu­lent l’expli­quer les com­men­ta­teurs ou chro­ni­queurs offi­ciels de la per­son­na­lité de Jean Luc Mélenchon. Il serait plus judi­cieux de reve­nir aux ques­tions de fond, aux prin­ci­pes, à l’aban­don de l’orien­ta­tion « popu­liste » et « sou­ve­rai­niste » qui a fait la force du mou­ve­ment deux ans aupa­ra­vant. C’est ainsi que se sont ouver­tes les vannes par les­quel­les les bulles du gaz insou­mis se sont évaporées…

2. A ceux qui dénon­çait l’UE pour les poli­ti­ques aus­té­ri­tai­res impo­sées aux peu­ples par leurs dif­fé­rents gou­ver­ne­ments, les par­ti­sans du vote « de gauche », notam­ment côté PCF, ont insisté sur la néces­sité de ne pas pren­dre l’UE comme le bouc-émissaire des poli­ti­ques sui­vies dans les dif­fé­ren­tes nations.

En d’autres termes, ceux-là sou­li­gnaient que l’ennemi est d’abord dans notre propre pays. Par exem­ple, le gou­ver­ne­ment d’Emmanuel Macron appli­que une poli­ti­que qu’il reven­di­que et dont il porte la pater­nité. Il en est res­pon­sa­ble. De même ce sont les chefs d’états et de gou­ver­ne­ment réunis à Bruxelles, ou les conseils des minis­tres au niveau euro­péen, qui pren­nent les déci­sions.

Cela est juste mais évite en réa­lité au moins deux ques­tions.

 D’abord celle des ins­ti­tu­tions de l’UE. L’archi­tec­ture est étudiée de telle sorte que les déci­sions qui res­sor­tent des ins­ti­tu­tions euro­péen­nes ne peu­vent réser­ver aucune sur­prise, quel que soit par ailleurs les chefs d’état et leur posi­tion per­son­nelle. La Grèce évoquée sou­vent sur tous les tons devrait se rap­pe­ler aux bons sou­ve­nirs des euro­péis­tes, aussi cri­ti­ques soient-ils.

 Ensuite la ques­tion des avan­ta­ges qu’il serait pos­si­ble de tirer d’une par­ti­ci­pa­tion aux ins­ti­tu­tions de l’UE. En quoi l’élection au par­le­ment euro­péen par exem­ple peut-il amé­lio­rer dans l’avenir les poli­ti­ques menées au niveau natio­nal ?

Evidemment, c’est bien là que le bât blesse. N’est-ce pas d’ailleurs la raison pour laquelle fort curieu­se­ment pour des élections euro­péen­nes, la ques­tion de l’Europe à pro­pre­ment parlé a été absente des débats.

3. Les dépu­tés euro­péens seront des lan­ceurs d’alerte.

Pourquoi pas, mais seront-ils vrai­ment utiles dans ce rôle ? Les peu­ples ont-ils besoin d’un tocsin son­nant du fond du par­le­ment euro­péen dont tout le monde s’accorde à reconnai­tre que son rôle sur l’essen­tiel n’est que consul­ta­tif et en rien déci­sion­naire, concer­nant par exem­ple les options de l’UE, les trai­tés, etc…

Un sujet va sans doute occu­per dans les semai­nes qui vien­nent l’actua­lité inter­na­tio­nale, les rela­tions entre l’Italie et l’UE qui désire la sanc­tion­ner pour « défi­cits exces­sifs ». Le com­mis­saire Moscovici, ancien minis­tre de Hollande, se veut mena­çant et évoque plus de 2,5 mil­liards d’amen­des qui pour­raient être infli­gées à Rome. Evidemment, la dia­bo­li­sa­tion de Salvini va jouer à plein et les dis­cours sur son « racisme », sa « xéno­pho­bie », son « natio­na­lisme » vont faire passer au second plan l’objet du dif­fé­rend qui repose sur le droit d’un état sou­ve­rain d’appli­quer la poli­ti­que pour laquelle il a été élu, à savoir par exem­ple une réforme des retrai­tes favo­ra­ble au retrai­tés dont Bruxelles ne veut pas voir le jour.

L’UE a fait hier de la Grèce un exem­ple pour toutes les nations euro­péen­nes. C’est une mise au pas vio­lente, géné­rale qu’il s’agit de réa­li­ser et c’est dans cette lignée que l’affaire ita­lienne risque d’éclater, nouvel aver­tis­se­ment pour tous les peu­ples d’Europe dont le peuple fran­çais. Dans ce cadre, le son du tocsin ne peut être enten­due que dans un souf­fle indé­pen­dant de la cami­sole de force euro­péenne, le souf­fle des nations libres et sou­ve­rai­nes. Ne pas l’avoir com­pris a pro­duit la déroute électorale d’une « gauche » qui s’est trou­vée pul­vé­ri­sée, du PCF et de ses 2,5% des voix (à peine plus que le parti ani­ma­liste), au PS et ses 6,2%, en pas­sant par Générations et ses 3,3% ou les 6,3% de la FI.

Sans doute d’autres sujets méri­te­raient d’être abor­dés.

Mais il faut un début et ces quel­ques ques­tions, aussi som­mai­res soient-elles, sont sans doute incontour­na­bles si ce qui reste de « gauche » ne veut pas défi­ni­ti­ve­ment dis­pa­rai­tre et si pour cela les énergies se révè­lent afin de renouer avec une poli­ti­que de classe qui épouse la sou­ve­rai­neté et la ques­tion natio­nale.