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Liberté pour Julian Assange

par Denis COLLIN, le 24 avril 2019

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Par la tra­hi­son du pré­si­dent équatorien Lenin Moreno, Julian Assange a été arrêté dans l’ambas­sade lon­do­nienne de l’Équateur, traité de la pire des façons dans les geôles de Sa Majesté bri­tan­ni­que en atten­dant d’être livré aux maî­tres amé­ri­cains de ce gou­ver­ne­ment anglais qui a perdu toute dignité. Quel est le crime de Julian Assange ? Avoir fondé Wikileaks un site dédié à la publi­ca­tion des papiers secrets des gou­ver­ne­ments et diplo­ma­ties des « grands » de ce monde. Crime impar­don­na­ble ! Assange a mis en pra­ti­que le vieux mot d’ordre léni­niste « à bas la diplo­ma­tie secrète ».

C’est évidemment une ques­tion essen­tielle : la garan­tie de la paix ne peut repo­ser que sur la loi répu­bli­caine et le contrôle du peuple sur le gou­ver­ne­ment. Nul besoin d’être révo­lu­tion­naire pour penser cela, il suffit d’avoir lu le « Projet de traité de paix per­pé­tuelle » de Kant. Mais si la diplo­ma­tie est secrète, il n’y a aucun contrôle popu­laire pos­si­ble sur la véri­ta­ble poli­ti­que du gou­ver­ne­ment, puis­que la poli­ti­que étrangère est le concen­tré du pou­voir sou­ve­rain. Après la révo­lu­tion de 1917, les bol­che­viks ouvri­rent les tiroirs secrets de la diplo­ma­tie tsa­riste et publiè­rent les diver­ses vilé­nies que les gou­ver­ne­ments « démo­cra­ti­ques », fran­çais comme bri­tan­ni­que, avaient concoc­tées avec l’auto­cra­tie russe. Cela ne leur sera jamais par­donné. Le passé vient oppor­tu­né­ment nous rap­pe­ler com­bien est loua­ble d’un point de vue répu­bli­cain et en vue de garan­tir la paix entre les nations l’action de Wikileaks et Julian Assange.

Il y a un deuxième aspect. L’ABC du métier de jour­na­liste est la recher­che de la vérité et notam­ment la publi­ca­tion de toutes les infor­ma­tions qui per­met­tent au public de s’éclairer sur la réa­lité de la poli­ti­que du gou­ver­ne­ment. Assange est jour­na­liste et il n’a fait que son métier. Si Assange est extradé, cela signi­fie qu’aucun jour­na­liste ne pourra plus dévoi­ler les tur­pi­tu­des du gou­ver­ne­ment des « maî­tres du monde » sans être menacé de finir ses jours dans un péni­ten­cier amé­ri­cain ! Ce simple fait aurait dû entraî­ner une mobi­li­sa­tion mas­sive de tous les syn­di­cats de jour­na­lis­tes ou de « Reporters sans fron­tiè­res ». Imaginons une minute que Poutine ait demandé l’extra­di­tion d’Assange…

La défense des droits élémentaires du peuple à savoir la vérité et tout aussi la défense du métier du jour­na­liste exi­gent donc une mobi­li­sa­tion mas­sive contre l’extra­di­tion d’Assange, pour sa libé­ra­tion immé­diate et notre gou­ver­ne­ment trou­ve­rait alors une excel­lente occa­sion de mon­trer que la « patrie des droits d’homme » l’est tou­jours en offrant l’asile poli­ti­que au jour­na­liste aus­tra­lien Julian Assange.

On remar­quera cepen­dant que l’affaire Assange fait fina­le­ment assez peu de bruit. La presse aux ordres se tait ou fait le ser­vice mini­mum. Les poli­ti­ques, dans leur majo­rité, ne veu­lent pas frois­ser M. Trump et Mrs May. L’idée est lar­ge­ment par­ta­gée, même chez de nom­breux « sou­ve­rai­nis­tes » que cet Assange est un homme dan­ge­reux, car si on peut plus gou­ver­ner secrè­te­ment, où va-t-on ?

Il est temps, plus que temps, de se réveiller et de mobi­li­ser pour la défense de Julian Assange comme on a su le faire autre­fois pour des pri­son­niers poli­ti­ques et des pri­son­niers d’opi­nion vic­ti­mes de gou­ver­ne­ments anti­dé­mo­cra­ti­ques.

Il faut aussi en pro­fi­ter pour ouvrir les yeux en grand et regar­der la réa­lité de nos pré­ten­dus « États de droit » qui chaque jour un peu plus bafouent les droits élémentaires.