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Lorsque le pouvoir veut opposer social et environnemental et que la France Insoumise joue le jeu…

... ou quand dépolitisation et bêtise crasse font bon ménage !

par Jacques COTTA, le 19 mars 2019

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C’est avec une cer­taine délec­ta­tion que les médias don­nent écho aux mani­fes­ta­tions de jeunes contre la dégra­da­tion du climat. Tant mieux ! Les mêmes médias ne ces­sent de dis­cré­di­ter les Gilets jaunes, et de désin­for­mer sur la mobi­li­sa­tion sociale qui per­dure depuis plus de trois mois, tant pis ! Alors que les préoc­cu­pa­tions envi­ron­ne­men­ta­les sont trai­tées avec bien­veillance, le mou­ve­ment social qui mobi­lise ouvriers, sala­riés, tra­vailleurs indé­pen­dants et petits patrons, arti­sans, jeunes et retrai­tés, bref, une majo­rité issue d’hori­zons divers est méprisé et calom­nié, au point de voir une vio­lence jusque là iné­dite se répé­ter.

L’opé­ra­tion est aussi pro­vo­cante que gros­sière.

La Gauche aux commandes

Macronistes, mili­tants ou sym­pa­thi­sants de la gauche bien pen­sante, sup­por­ters de ce gou­ver­ne­ment à la solde de l’oli­gar­chie et de l’UE, mènent la danse. Ils ne se pri­vent pas pour approu­ver et féli­ci­ter le combat contre le réchauf­fe­ment cli­ma­ti­que tout en condam­nant ver­te­ment cette France d’en bas qui des ronds points et car­re­fours prend pos­ses­sion des cen­tres villes tous les same­dis.

Un tour­nant a été fran­chi ce 16 mars pour l’acte XVIII de la mobi­li­sa­tion sociale. Alors que des mil­liers de Gilets jaunes -et non de sim­ples cas­seurs comme s’est empressé de le dire le minis­tre Castaner, peut-être entre deux shots de Vodka- alors que des mil­liers de Gilets jaunes donc mani­fes­taient sur les Champs Elysées au cri de « Macron démis­sion » ou encore « on ne lâche rien », un cor­tège « cli­ma­ti­que » a fait son appa­ri­tion place de l’étoile. Sous une pre­mière ban­de­role, les verts, Cécile Duflot en tête, atta­quant ver­te­ment le réchauf­fe­ment (sic), sans pour autant pro­vo­quer le moin­dre refroi­dis­se­ment. Et en queue de cor­tège, sur­prise, La France Insoumise, forte de 300 mani­fes­tants envi­ron, sous sa ban­de­role, tenue à un bout par la tête de liste aux euro­péen­nes, Manon Aubry, à l’autre par son second de liste Manuel Bompard. La ban­de­role, let­tres blan­ches sur fond bleu, en pleine jour­née de la mobi­li­sa­tion sociale des Gilets jaunes indi­quait : « Face à l’urgence cli­ma­ti­que, la pla­ni­fi­ca­tion écologique ».

Ainsi donc c’est bien « d’urgence » que la gauche et la FI venaient parler ce samedi 16 mars. Mais pas de celle que reven­di­quent les mil­liers de Gilets jaunes pré­sents, sous les gaz lacry­mo­gè­nes et les gre­na­des de « désen­cer­cle­ment ». Le sym­bole est lourd de signi­fi­ca­tion. Il indi­que qu’entre les sala­riés, jeunes, retrai­tés, tra­vailleurs indé­pen­dants, ouvriers et autres qui ont revêtu le gilet, dans les faits, pour le pou­voir d’achat, la jus­tice sociale, « le droit de vivre et non de sur­vi­vre », et les « écolos » avec qui ils sont en com­pé­ti­tion aux euro­péen­nes, les lea­ders de la FI ont fait leur choix. Evidemment toutes les jus­ti­fi­ca­tions ont cours. « Sans pla­nète, pas de vie » disent les uns. Vrai, mais avec pla­nète sans moyen mini­mum, c’est la misère, la mort. D’autres insis­tent sur la pré­sence de Bompard sur les pla­teaux de télé­vi­sion « qui parle des Gilets jaunes ». Vrai aussi même s’il s’empresse de sou­li­gner que la jour­née, « c’était aussi la mobi­li­sa­tion sur le climat » his­toire se recen­trer sur sa prio­rité.

« Parole, parole » dit la chan­son…

« C’est dans l’action, à l’épreuve du feu qu’on peut per­ce­voir la sin­cé­rité et le sérieux » répond l’expé­rience…

Alors pour­quoi une telle orien­ta­tion si lamen­ta­ble, si exté­rieure aux véri­ta­bles préoc­cu­pa­tions du peuple fran­çais ? De la part du pou­voir, la ten­ta­tive de faire diver­sion est évidente. Tout ayant échoué jusque là, mépris, calom­nies, men­son­ges, vio­len­ces, grand blabla… ça ne coûte pas cher d’essayer le climat. La manoeu­vre est gros­sière.

Mais de la part des pré­ten­dus oppo­sants à Macron, dont la FI ? La rup­ture consom­mée avec le peuple, avec lequel pour­tant Mélenchon avait su renouer aux élections pré­si­den­tiel­les, est sans doute une expli­ca­tion. La FI en cher­chant « le lea­der­ship de la gauche » s’est mar­gi­na­li­sée, au point de deve­nir à terme la force d’appoint des verts, des socia­lis­tes ou autres ham­mo­nis­tes, sans même le réa­li­ser…

La dépo­li­ti­sa­tion rend-elle stu­pide à ce point ?

Le climat, parlons-en !

Le réchauf­fe­ment cli­ma­ti­que a pour cause la crise du capi­ta­lisme qui détruit tout pour tenter de main­te­nir le taux de profit et les pri­vi­lè­ges d’une oli­gar­chie qui agit sans ver­go­gne. Le capi­ta­lisme détruit la nature, détruit la pro­duc­tion, détruit le tra­vail, détruit les tra­vailleurs.

Que des mani­fes­tants, et notam­ment des jeunes qui mani­fes­tent pour la pre­mière fois, réa­gis­sent d’abord contre les effets -la ques­tion cli­ma­ti­que en soi- est bien natu­rel. Mais que les « com­men­ta­teurs aver­tis », les « res­pon­sa­bles poli­ti­ques », les mili­tants et élus divers en res­tent là, cela relève soit de la bêtise, soit de l’escro­que­rie et du men­songe, soit de tout cela à la fois.

Ils sont sur le climat comme ils ont été pour cer­tains sur la santé, le cancer par exem­ple. Beaucoup, lors­que c’était la mode, mani­fes­taient contre cette mala­die. « Le crabe » a dû se sentir menacé n’est-ce pas. Au moins autant que les dif­fé­rents pou­voirs déga­gés ainsi de leurs pro­pres res­pon­sa­bi­li­tés, notam­ment bud­gé­tai­res pour les hôpi­taux, la recher­che, l’embau­che de fonc­tion­nai­res, les per­son­nels de santé. Ils don­nent leur inconsis­tance et leur com­pli­cité avec le sys­tème qui orga­nise la misère sociale contre laquelle les Gilets jaunes notam­ment sont dans la rue. Ils pré­fè­rent en fait les « res­taus du coeur » ou les concerts des « enfoi­rés » pour orga­ni­ser l’assis­tance en déplo­rant les effets plutôt que le combat pour atta­quer les causes. Car les causes, dés lors que quel­ques sièges sont à lor­gner, ils s’en moquent, voila la réa­lité, au risque de parai­tre à la traine les uns des autres de façon pitoya­ble, lamen­ta­ble.

Ils pré­fè­rent ainsi ins­tru­men­ta­li­ser des mil­liers de jeunes qui mani­fes­tent pour la pre­mière fois, une fleur à la main, plutôt que de poser les véri­ta­ble pro­blè­mes.

Le climat, la pol­lu­tion, le réchauf­fe­ment ? Et si on par­lait des avions qui sillon­nent le ciel par mil­liers chaque jour ? Et si on par­lait des portes contai­ners qui par­cou­rent les océans par mil­liers chaque jour ? Et si on évoquait les concen­tra­tions absur­des qui au nom du moin­dre coût et donc du maxi­mum de pro­fits se situent en des points éloignés du monde, créant misère, sous emplois et chô­mage ici ? Et si on indi­quait que ce beau monde n’a d’autre pro­gramme entre autre que la liqui­da­tion défi­ni­tive du monde paysan -de ce qu’il en reste- au nom de la sup­pres­sion de tout élevage « pol­luant » comme chacun sait, alors qu’au contraire l’élevage est un des moyens incontour­na­ble pour main­te­nir l’équilibre et le bien-être de la nature ? Et si on par­lait tout sim­ple­ment du capi­ta­lisme source de la des­truc­tion de la pla­nète, du tra­vail, des tra­vailleurs, de la vie, au nom des pro­fits ? Et si alors on expli­quait que la meilleure des mani­fes­ta­tions contre la des­truc­tion de la pla­nète est celle qui dési­gne les res­pon­sa­bles, en l’occu­rence Macron et son gou­ver­ne­ment à la solde de l’UE, qui appli­quent les direc­ti­ves lorsqu’ils ne les devan­cent pas, qui enté­ri­nent l’OMC, le GATT et autres déré­gle­men­ta­tions dans le seul souci de servir leurs don­neurs d’ordre qui les ont mis au pou­voir. La consé­quence le 16 mars aurait alors été de pren­dre une autre direc­tion. Comme l’indi­quaient des gilets jaunes pré­sents, « Macron est à l’Elysée pas à l’opéra ».

Mais non évidemment. Regardez ces Gilets jaunes et com­pa­rez les à ces « mani­fes­tants » d’occa­sion qui s’ima­gi­nent pro­pres sur eux, venus de la gauche, qui pré­fè­rent dis­ser­ter sur la misère écologique sur les ter­ras­ses de café -dont le chauf­fage exté­rieur est source de pol­lu­tion per­cep­ti­ble, mais n’en par­lons pas, cela pour­rait per­tur­ber le confort et le bien être de nos mora­lis­tes cli­ma­ti­ques- d’élections euro­péen­nes dans des ins­ti­tu­tions qui ter­ras­sent la jus­tice sociale. Regardez et com­pa­rez…. S’il faut choi­sir, mon choix est fait !

« Quand le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt » dit le pro­verbe.
Dans leur grande masse, nos conci­toyens ne sont pas dupes et tour­nent le regard dans la bonne direc­tion…

Ils savent que : "Fin du Monde, fin de mois, mêmes res­pon­sa­bles, même combat » !