Accueil > International > Crise italienne, crise de l’UE et stratégie pour les prochaines (...)

Crise italienne, crise de l’UE et stratégie pour les prochaines élections

par Denis COLLIN, le 8 juin 2018

Enregistrer au format PDF

La for­ma­tion, après bien des péri­pé­ties de l’impro­ba­ble gou­ver­ne­ment Lega-M5S marque le début d’une nou­velle phase de la vie poli­ti­que ita­lienne et un appro­fon­dis­se­ment de la crise de l’Union Européenne. L’impuis­sance des gou­ver­ne­ments alle­mand et fran­çais a éclaté au grand jour. Ils avaient joué la carte Matarrella mais celui-ci a dû recu­ler pré­ci­pi­tam­ment et piteu­se­ment après avoir tenté un véri­ta­ble coup d’État cons­ti­tu­tion­nel.

Disons-le d’abord pour éviter les procès en sor­cel­le­rie dont toute un partie de gauche est cou­tu­mière : l’alliance Lega-M5S n’est pas notre « tasse de thé » et Salvini est incontes­ta­ble­ment un per­son­nage peu sym­pa­thi­que. Mais la réa­lité, c’est aussi Salvini qui est le véri­ta­ble homme fort du gou­ver­ne­ment et, à côté de lui, Di Maio, bien que repré­sen­tant le pre­mier parti ita­lien, fait pâle figure. C’est bien un gou­ver­ne­ment Lega-M5S et non un gou­ver­ne­ment M5S-Lega, bien que le Premier, Conte, ait plus de sym­pa­thies pen­tas­tel­lis­tes que leghis­tes.

La durée de ce gou­ver­ne­ment est tout sauf garan­tie. Salvini est en cam­pa­gne électorale et un crash de la coa­li­tion ne lui déplai­rait puis­que les son­da­ges lui pro­met­tent un grand bond en avant, au détri­ment prin­ci­pa­le­ment de Forza Italia, le parti de Berlusconi qui sort éreinté de la der­nière phase. Bien qu’ « anti-sys­tème », Salvini est un par­ti­san de la pré­ten­due « théo­rie du ruis­sel­le­ment » et son pro­gramme économique est basé sur la baisse des impôts pour les riches en tant que mesure de relance économique mais comme Di Maio annonce qu’il y aura pas d’aug­men­ta­tion de la TVA et qu’il faudra finan­cer le revenu de base de citoyen­neté, on chif­fre déjà à 3% du PIB l’aug­men­ta­tion du défi­cit ita­lien. Donc la ques­tion de la place de l’Italie dans l’euro est d’ores et déjà posée.

Bref, ce qui nous attend, ce sont des secous­ses pro­fon­des. Et l’équipage Macron-Merkel aura bien du mal à y faire face. Ici, tous les adver­sai­res de l’UE tapent à bras rac­cour­cis sur « les Allemands ». Dans bien des dis­cours on voit res­sur­gir les cas­ques à pointe, les « boches », les « fri­do­lins », « les dory­pho­res » tel qu’en eux-mêmes la mémoire de la guerre de 1870 les a conservé. Les Allemands ont le dos le large et comme leurs gou­ver­ne­ments ont commis de gran­des fautes on peut sans peine s’exo­né­rer des sien­nes pro­pres à leur détri­ment. Il fait cepen­dant réta­blir la vérité his­to­ri­que : la France a autant et plus poussé à la dis­ci­pline « aus­té­ri­taire » que l’Allemagne. La France aurait pu s’oppo­ser au trai­te­ment indi­gne imposé à la Grèce, mais elle n’en a rien fait et a pris sa part du dépe­çage de ce mal­heu­reux pays. Dans l’affaire ita­lienne, c’est le minis­tre fran­çais Le Maire qui a dégainé le pre­mier en s’inquié­tant du vote du peuple ita­lien et en rap­pe­lant la dis­ci­pline de l’UE. Quant aux pro­po­si­tions de Macron pour avan­cer vers un gou­ver­ne­ment économique de la zone euro elles sont un ren­for­ce­ment de la dis­ci­pline supra­na­tio­nale et elles cons­ti­tuent donc une menace encore plus graves que les gros­siè­res ges­ti­cu­la­tions d’une cer­taine presse alle­mande, y com­pris et sur­tout « de gauche » (voir la cou­ver­ture du Spiegel contre les « spa­ghet­tis »).

C’est le contexte dans lequel se pré­pa­rent les élections euro­péen­nes. Les listes sortes, les can­di­dats s’ali­gnent. Mais pour quoi ? Pour quelle ligne poli­ti­que ? Mystère. On entend parler d’une « Europe sociale des peu­ples », for­mule creuse, usée jusqu’à la corde de toutes les ver­sions de l’Europe de gauche que nous ont ser­vies la gauche sous tous ses ava­tars depuis des décen­nies. Les prin­ci­pes devraient pour­tant être clairs :

La sou­ve­rai­neté réside essen­tiel­le­ment dans la nation (cf. décla­ra­tion des droits de 1789) et donc non à la doc­trine bre­j­ne­vienne de la « sou­ve­rai­neté limi­tée défen­due par Juncker, Macron et Merkel.
À la place du « machin », une confé­dé­ra­tion des peu­ples sou­ve­rains, établie sur un seul prin­cipe : la paix per­pé­tuelle. Et donc la sortie de l’OTAN.
À la place du carcan de la mon­naie unique, une mon­naie com­mune et donc pour chaque pays membre de l’asso­cia­tion une double mon­naie.
Le déve­lop­pe­ment d’une col­la­bo­ra­tion entre les dif­fé­rents pays mem­bres de la nou­velle asso­cia­tion sur des pro­jets indus­triels, agri­cole ou écologiques précis.
Chaque membre de cette nou­velle asso­cia­tion euro­péen s’engage à res­pec­ter les prin­ci­pes répu­bli­cains de gou­ver­ne­ment (sou­ve­rai­neté du peuple en matière légis­la­tive, sépa­ra­tion des pou­voirs) et reconnaît les citoyens des autres pays comme des amis.

Bref ni plan A, ni plan B, ni plan C, mais une rup­ture pro­fonde avec l’orien­ta­tion suivie depuis 1958. Cela ne se fera sûre­ment pas en jour mais pour com­men­cer, il faut savoir où l’on va ! Et le dire en paro­les clai­res à tous les citoyens.