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Russie, foot et coca-cola

par Jean-Paul DAMAGGIO, le 11 juin 2018

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A la fin de ce mois de mai nous étions à Saint-Pétersbourg sans savoir que c’était le 315 ème anni­ver­saire de la créa­tion de la ville. En arri­vant, sur la place devant le Palais d’Hiver beau­coup de tra­vailleurs s’affai­raient pour ins­tal­ler l’infra­struc­ture d’une fête géante. On ne savait trop si s’était en lien avec le forum économique annuel dont le logo était par­tout ou avec la fête de la ville.

Le samedi soir, en repas­sant sur la place on décou­vre beau­coup de gens ins­tal­lés sur des chai­ses soit devant la scène, soit devant des écrans géants. Après le pas­sage des por­ti­ques de sécu­rité il suf­fi­sait de s’ins­tal­ler pour par­ti­ci­per. La fête devait com­men­cer à 21 h et à 21 h pile la parole a été donnée, sans doute à des per­son­na­li­tés poli­ti­ques puis à un moment une dame s’est avan­cée qui par­lait anglais (avec un tra­duc­teur en russe). C’était la repré­sen­tante de Coca-Cola Russie et elle avait une sur­prise pour le public, une sur­prise cachée par un drap. C’était la fameuse coupe du monde. Comme une sur­prise ne va jamais seule, un autre per­son­nage s’est avancé, un spor­tif j’ima­gine, qui a brandi la dite coupe.

Vodka face à Coca ?

Rien de nou­veau même sous le soleil russe : Coca et la FIFA c’est un mariage à la vie à la mort. La société Coca-Cola compte parmi les plus anciens par­te­nai­res de la FIFA, avec laquelle elle coo­père depuis 1974.

C’est Patric Nally qui a crée ce mons­tre.

Comme chacun sait, la bois­son c’est la vie sauf que dans les temps recu­lés l’eau n’était pas consom­ma­ble faci­le­ment. Si l’eau cou­rante pou­vait étancher la soif, l’eau sta­gnante était un piège à bac­té­ries et autres micro­bes néfas­tes. L’inven­tion de l’alcool fut le sau­veur de l’huma­nité d’où son statut uni­ver­sel.

Avec les USA et sa pro­hi­bi­tion, il était temps d’inven­ter un soda uni­ver­sel. Le soda était anté­rieur au coca-cola mais il gagna alors ses let­tres de "noblesse".

En Russie aussi

L’espé­rance de vie des hommes est de 59 ans en Russie et la Vodka, la petite eau, n’y serait pas étrangère. Un marché génial pour Coca Cola ? Sous ses mul­ti­ples formes la Compagnie est par­tout et son asso­cia­tion avec le foot est "natu­relle". Elle a ouvert la voie à cette folie qui fait de tout sport une mar­chan­dise. C’est un cheval de Troie. Un joueur marque un but, il se pré­ci­pité vers le public pour dire sa joie, en fait de public il se dirige par­fois vers le pan­neau publi­ci­taire qui le rému­nère s’il le met en valeur.

La Russie si dif­fé­rente ne va en rien échapper aux tra­vers de cette situa­tion où plus que jamais les géants de la com vont s’impo­ser. Si le stade va rester la pièce mai­tresse de l’édifice (dans onze villes), les retrans­mis­sions sur écrans géants vont dépla­cer le marché publi­ci­taire vers les foules de télé­spec­ta­teurs. Au stade chacun regarde ce qu’il veut. Devant l’écran le camé­ra­man com­mande. Et dans beau­coup de pays des pubs s’incrus­tent sur l’écran pen­dant le match. Pour le foot ordi­naire les droits de retrans­mis­sion télé sont deve­nus une des affai­res finan­ciè­res les plus folles de la pla­nète.

Le Barça (vu sa fonc­tion poli­ti­que) est l’entre­prise qui a résisté jusqu’en 2006 à la "souillure du maillot" comme disait le célè­bre Johan Cruyff. Le maillot, le short, les chaus­set­tes, les chaus­su­res, tout est devenu sup­port pour les gran­des mar­ques, et la FIFA, l’entre­prise la moins trans­pa­rente de la pla­nète. L’année 2018 va être la suite iné­vi­ta­ble du passé. Jusqu’à quand et jusqu’où ? La Révolution de demain doit-elle com­men­cer par une révo­lu­tion dans le fonc­tion­ne­ment du sport et plus par­ti­cu­liè­re­ment du foot ? Quel pou­voir poli­ti­que va oser légi­fé­rer en la matière ?