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Droit à l’IVG en Argentine

par Jean-Paul DAMAGGIO, le 11 août 2018

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Les grands médias ont relayé le bras de fer entre les pro et les anti droit à l’IVG en Argentine suite à la déci­sion du Sénat (38 séna­teurs rejet­tent la loi votée par les dépu­tés et 31 la sou­tien­nent).

D’un côté, des cen­tai­nes de mil­liers de mani­fes­tants, et mani­fes­tan­tes sur­tout, récla­mant ce droit obtenu par le vote des dépu­tés.

De l’autre, des grou­pes, dont la petite taille est à la mesure de leur puis­sance quand il s’agit du Pape, ou de cli­ni­ques pri­vées pou­vant se per­met­tre de réa­li­ser des avor­te­ments illé­gaux contre de fortes sommes.

Dans les fais le cas argen­tin vient de confir­mer que ce combat n’est pas celui d’une gauche contre une droite mais un combat social majeur qui tra­verse toutes les socié­tés. Ne pas com­pren­dre cette réa­lité c’est perdre de vue l’état des socié­tés.

Les femmes ayant des moyens finan­ciers, hier et aujourd’hui, par­tout dans le monde, peu­vent avor­ter. En Argentine elles peu­vent aller en Uruguay par exem­ple.

En France, Simone Veil avait com­pris que pour gagner ce droit, il fal­lait sur­tout en faire une ques­tion de santé publi­que, et la santé publi­que est le combat social par excel­lence, dans tous les pays du monde et pour toutes les époques, un combat jamais achevé.

La vie fait que la santé des hommes et celle des femmes n’a jamais pesé du même poids pour les auto­ri­tés. Une femme décé­dant à l’accou­che­ment a été dans la France du XIXème siècle un fait banal jusqu’au jour où, pour repren­dre une revan­che contre l’Allemagne, des mesu­res de santé publi­que ont été prises afin que la mor­ta­lité enfan­tine chute, pour espé­rer avoir plus de soldat. Il a suffi de pren­dre des mesu­res d’hygiè­nes plus sérieu­ses qu’aupa­ra­vant pour chan­ger l’his­toire.

Bref, les riches sont tou­jours mieux soi­gnés, et les hommes riches plus que les femmes en géné­ral.

L’Argentine, avec la famille Kirchner, a eu pen­dant long­temps une gauche au pou­voir, une gauche certes timide mais plus à gauche que le pré­si­dent actuel, et rien n’a été fait en faveur du droit à l’IVG, là comme au Brésil ou au Chili pour­tant diri­gés par des femmes de gauche. Le pays le plus durs avec le droit est le Nicaragua. Nous ne sommes plus au cœur des années 60 quand la Cuba de Castro auto­ri­sait ce droit pour les femmes, car les conser­va­teurs de tous aca­bits ont repris du poil de la bête. En même temps les luttes des femmes font bouger les socié­tés et si l’actuel pré­si­dent conser­va­teur de l’Argentine décide d’un réfé­ren­dum sur le sujet il ne tien­dra pas à lui mais aux dites luttes socia­les.

En consé­quence le droit à l’IVG est une façon de mesu­rer où en sont glo­ba­le­ment les droits sociaux.

Le cas argen­tin sou­lève cet autre élément : à quoi sert un Sénat ? Dans nos démo­cra­ties et la France n’a pas été la der­nière, pour pré­ve­nir une déci­sion sociale des dépu­tés, il existe un Sénat conser­va­teur capa­ble de déci­der en der­nier res­sort. Qui en France a permis de donner enfin le der­nier mot aux dépu­tés ? La Constitution de la Vème répu­bli­que dont on ne cesse de répé­ter (et moi avec) sa dimen­sion anti-démo­cra­ti­que. C’est d’ailleurs avec cette idée de sup­pri­mer le Sénat que de Gaulle a été poussé hors de la scène poli­ti­que. Ce point entraîne par­fois cette réflexion : quand on est de gauche inu­tile de rap­pe­ler cette avan­cée démo­cra­ti­que de la Vème répu­bli­que, lais­sons cela à ceux qui la défen­dre ! Un point de vue que je ne par­tage pas.

Combattre la Vème répu­bli­que n’est pas en nier les points posi­tifs par rap­port aux pré­cé­den­tes, sous peine de les oublier dans le cadre d’une VIème répu­bli­que !

Mais reve­nons au droit à l’IVG. Si en France le Sénat avait eu le der­nier mot où en serions-nous aujourd’hui ? Dans les rap­pels his­to­ri­ques le résul­tat du vote de l’Assemblée est tou­jours mis en avant et jamais celui du Sénat, comme s’il n’avait pas dis­cuté du sujet et voté !

Pourquoi la Constitution de la IVème répu­bli­que a-t-elle laissé au Sénat toute son auto­rité ? Les ques­tions s’enchaî­nent par­fois de manière sur­pre­nante, cette sur­prise qui peut tant nus éclairer sur une société.


Le lecteur ne sera pas surpris si je précise que je ne suis pas du tout d’accord avec l’article de Jean-Louis Ernis publié sur ce blog