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Le Brésil dans la crise mondiale et la judiciarisation de sa politique

par Otavio ROCHA, le 2 septembre 2018

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La pla­nète vit main­te­nant l’appro­fon­dis­se­ment de la crise mon­diale et le Brésil, qui est connu aussi pour être « le pays du foot­ball », est dans l’une des plus pro­fon­des crises de son his­toire. Parmi d’autres « dro­gues » et « reli­gions », et comme l’a montré la Coupe du Monde de 2018, le foot­ball s’est trans­formé pour les capi­ta­lis­tes bré­si­liens asso­ciés à ceux de toute la pla­nète en une indus­trie de diver­tis­se­ment (et d’alié­na­tion) de masse très lucra­tive. Le foot­ball, comme tous les sports de masse et toutes les diver­ses reli­gions évangéliques, est devenu un excel­lent champ de la repro­duc­tion élargie du capi­tal finan­cier de l’oli­gar­chie trans­na­tio­nale. Mais si les pro­fits de ces sec­teurs aug­men­tent, para­doxa­le­ment la crise du capi­ta­lisme est tou­te­fois le résul­tat du gigan­tes­que volume du capi­tal accu­mulé au cours des cinq siè­cles de la for­ma­tion et du déve­lop­pe­ment du pro­ces­sus de cons­ti­tu­tion du capi­ta­lisme mon­dial, qui ne trouve pas – ou de moins en moins, de bran­ches pro­duc­ti­ves (indus­triel­les ou agri­co­les) capa­bles de se pro­cu­rer sans cesse des mar­chés pour leurs pro­duits, y com­pris pour le capi­tal argent qui trouve chaque fois moins de liqui­dité réelle. Par consé­quent, dans ces condi­tions il est impos­si­ble d’ali­men­ter sans cesse une repro­duc­tion élargie des valeurs et des pro­fits. L’absence de profit, ou sa décrois­sance, est mor­ti­fère pour le capi­tal. L’obses­sion des bran­ches diver­ses de cette oli­gar­chie pour plus de pro­fits ne fait pas la « fine bouche » pour se mêler aux sec­teurs « illé­gaux » divers de la repro­duc­tion élargie de son capi­tal. Cela, c’est bien le cas du trafic d’armes, des dro­gues dures chi­mi­ques comme la cocaïne ou comme le crack, mais c’est aussi le cas de la pros­ti­tu­tion, du trafic des orga­nes et de la dis­sé­mi­na­tion de l’escla­vage dans le monde comme forme pour cette frac­tion domi­nante du capi­tal de réus­sir à ajou­ter du profit gran­dis­sant aux ten­ta­cu­les de sa chaîne mon­diale. Si la bureau­cra­tie admi­nis­tra­tive de l’État ou du capi­tal privé, si la bureau­cra­tie mili­taire, ainsi que celle de l’appa­reil juri­di­que et poli­ti­que (de la société et de l’État) a eu un rôle impor­tant pour le déve­lop­pe­ment du capi­ta­lisme dans le monde, sous la base du dictât du néo­li­bé­ra­lisme les bureau­cra­ties poli­ti­ques et juri­di­ques ont pris une dimen­sion exa­cer­bée dans le capi­ta­lisme ultime que subit la popu­la­tion pla­né­taire. Pour les entre­pre­neurs et leurs bureau­cra­tes, le mot d’ordre est d’atta­quer tous les sec­teurs sociaux et économiques, y com­pris ceux qui tra­di­tion­nel­le­ment étaient exploi­tés par l’État, comme c’est bien le cas de la sécu­rité sociale (donc les retrai­tes), l’éducation natio­nale, les trans­ports publics, l’eau, l’électricité, la cons­truc­tion publi­que, mais aussi les loi­sirs et la reli­gion. Jamais le leit­mo­tiv du capi­tal n’a été si impé­ra­tif : sous le capi­ta­lisme tout, y com­pris la mort, doit se trans­for­mer en profit. C’est bien à partir de ce phé­no­mène réel, de ce carac­tère des­truc­tif de la repro­duc­tion élargie du capi­tal dans le monde, qu’il faut voir – dans ce que des économistes, des poli­ti­ciens, mais aussi des juris­tes et des com­mu­ni­cants dési­gnent comme étant de la crois­sance, du déve­lop­pe­ment et du pro­grès - de l’idéo­lo­gie et de l’alié­na­tion, aussi bien des­truc­ti­ves que domi­nan­tes, trait majeur de l’époque que nous vivons.

Le profit est le but du capi­tal, son essence, sans laquelle il est condamné à mourir. Les inves­tis­se­ments dans la bourse à New York, Londres, Paris, Tokyo, cher­chent des résul­tats immé­diats qui puis­sent amoin­drir les longs et incer­tains cycles de la repro­duc­tion du capi­tal, indus­triels ou agri­co­les, direc­te­ment pro­duc­tifs. Les inves­tis­se­ments dans la spé­cu­la­tion sont réa­li­sés par un capi­tal qui réus­sit seu­le­ment à « s’enri­chir » mais, non plus comme capi­tal réel, por­teur d’une plus-value réelle, mais à tra­vers des titres et des hypo­thè­ques qui devraient se réa­li­ser ulté­rieu­re­ment une fois leurs liqui­di­tés trou­vées. Si on ajoute la spé­cu­la­tion sur les inves­tis­se­ments des­truc­tifs (pro­duc­tion et vente des armes, de dro­gues, la pros­ti­tu­tion, le trafic d’orga­nes, le sport de masse, etc.) il serait plus ou moins facile de com­pren­dre que la repro­duc­tion domi­nante du capi­tal se fait aujourd’hui en pro­dui­sant des des­truc­tions mas­si­ves maté­riel­les, natu­rel­les et humai­nes. L’huma­nité et la nature font face à une contra­dic­tion insur­mon­ta­ble. Pour l’huma­nité, pou­voir sur­vi­vre aujourd’hui signi­fie être capa­ble de faire face à la des­truc­tion de la nature et faire face aussi aux 7 mil­liards d’humains qui ne ces­sent de croî­tre et dans une pla­nète dont les res­sour­ces mon­tre­ront leurs limi­tes radi­ca­les au cours des pro­chains 50 ans.

Voilà pour­quoi depuis 2007/2008 le mot crise ne sort pas des jour­naux du monde, ni des bou­ches des gens plus sim­ples. Probablement, ce mot n’a jamais été autant pro­noncé au Brésil sinon dans les deux der­niè­res années, y com­pris par les citoyens ordi­nai­res. Bien sûr, il y a des pays dans les­quels les popu­la­tions vivent des situa­tions encore plus cri­ti­ques que celle des bré­si­liens. Il suffit d’écouter les nou­vel­les de la Syrie et celles des pays qui ont créé une popu­la­tion « inu­tile » ou « excé­den­taire » qui prend tous les ris­ques depuis des années, en uti­li­sant des bateaux de pas­seurs mafieux, pour aller en Europe, parce qu’ils pen­sent que le pire ne peut plus arri­ver. Il y a quel­ques années, le peuple liba­nais avait connu les hor­reurs de la guerre et le pays a été com­plè­te­ment détruit, en par­ti­cu­lier sa capi­tale Beyrouth. Même chose pour les ira­niens, les ira­quiens, les serbes et les croa­tes. Quelle est la res­pon­sa­bi­lité de ces popu­la­tions, du citoyen commun par rap­port aux pro­mo­teurs de guer­res ? Combien de misère, com­bien de mani­pu­la­tion dans les jour­naux, sur ces pays de culture si riche et les plus pros­pè­res de leur région ! Qu’en est-il du peuple pales­ti­nien ? De nom­breux his­to­riens sou­li­gnent que le peuple juif et le peuple pales­ti­nien sont un seul et même peuple ! Alors, nous pour­rions deman­der si vrai­ment le peuple israé­lien, ainsi que peuple pales­ti­nien ont un quel­conque inté­rêt dans le conflit qui les oppose.

Si nous pre­nons l’exem­ple de ce qui se passe dans les pays d’Afrique noire la situa­tion n’est pas meilleure. Un des cas le plus emblé­ma­ti­ques est bien celui du Congo ! Certains croient qu’il se passe une « évolution » dans ces pays afri­cains, et que, comme dans le cas du Congo, s’effec­tue une accu­mu­la­tion pri­mi­tive du capi­tal, comme s’il était pos­si­ble pour eux de reve­nir au XVe, au XVIe, au XVIIe et au début de l’indus­tria­li­sa­tion et de la révo­lu­tion indus­trielle. Mais la misère qui se repro­duit au Congo dif­fère de celle de l’Angleterre en 1750, car, dans ce der­nier cas, le capi­ta­lisme a pro­duit, de cer­tains points de vue et de manière contra­dic­toire, des pro­grès pour la popu­la­tion active, au moins en ce qui concerne le statut juri­di­que dans l’élaboration du contrat de tra­vail qui libère le tra­vailleur du ser­vage féodal. Au Congo, par exem­ple, ce qui se passe aujourd’hui, c’est une exploi­ta­tion sans aucun pro­grès pos­si­ble pour ses habi­tants. Les chif­fres qui pro­vien­nent de l’immense richesse du pays (qui à lui seul serait en mesure de tenir un PIB supé­rieur à l’Union Européenne et aux États-Unis, selon cer­tains obser­va­teurs), ne l’empê­chent pas d’avoir touché le niveau 3 d’alarme établit par l’ONU, qui est équivalent à celui de la Syrie aujourd’hui. Les popu­la­tions autoch­to­nes ne se sont pas non plus direc­te­ment appro­priées les riches­ses de ce pays. Seules les « castes » loca­les asso­ciées aux « castes » du grand capi­tal finan­cier inter­na­tio­nal en pro­fi­tent. La popu­la­tion locale vit la bar­ba­rie au milieu d’une énorme richesse sans pro­grès pos­si­ble, même si elle peut avoir des télé­pho­nes cel­lu­lai­res moder­nes, qui sont pro­duits en Chine avec les matiè­res pre­miè­res du pays. Bien sûr, ces por­ta­bles ren­dent pos­si­ble une « contre com­mu­ni­ca­tion » rapide avec le monde entier, mais ils sont aussi sou­vent les outils d’un « autisme social » de la popu­la­tion des gran­des capi­ta­les du monde qui ne lit plus de romans, de livres ou de jour­naux, pen­dant qu’elle va au tra­vail en métro ou par d’autres moyens de trans­ports de masse. Il est vrai qu’ils ser­vent à dif­fu­ser des infor­ma­tions

Occultées par les grands jour­naux télé­vi­sés ou impri­més, ou les médias du monde entier. C’est la raison pour laquelle nous ne pou­vons pas rester sans consi­dé­rer les aspects contra­dic­toi­res de cette réa­lité géné­rale, d’autant plus que la caté­go­rie de la contra­dic­tion, avant d’être fon­da­men­tale dans les sys­tè­mes phi­lo­so­phi­ques, occupe de manière domi­nante le coeur de la moder­nité ultime.

Il est pour qui, le para­dis bré­si­lien ?

Face à la réa­lité syrienne et congo­laise et encore celle de bien d’autres pays, le Brésil reste un para­dis. Mais le « pays du car­na­val » et « du foot­ball » dévient le pays du « sur­réa­lisme poli­ti­que », pas seu­le­ment par le rôle poli­ti­que qu’a pris le sys­tème juri­di­que du pays, mais par le carac­tère vir­tuelle qui a pris les pro­chai­nes élections qui sont aussi des élections pré­si­den­tiel­les. D’abord c’est sans équivoque qu’elles ont pris un carac­tère plé­bis­ci­taire et une grande majo­rité des votes vou­drons expri­mer un refus poli­ti­que de l’immon­dice qui assaillit tous les trois pou­voirs (légis­la­tive, exé­cu­tive et judi­ciaire) sans excep­tion. Il faut remar­quer que le judi­ciaire c’est bien celui qui a pris le carac­tère de caste pri­vi­lé­giée d’une manière plus accen­tué que les autres et celui qui garde l’héri­tage colo­niale d’une manière plus évidente, par sa men­ta­lité et par les pri­vi­lè­ges accu­mu­lés pen­dant les quatre siè­cles de la colo­ni­sa­tion et de l’Empire, et pen­dant tous les années de la République et du XXI è siècle. Pourtant, si nous pren­drons en consi­dé­ra­tion les élections en cours de route, elles nous sem­blent encore sur­réa­lis­tes aussi bien par une raison cen­trale : la prin­ci­pale figure poli­ti­que du pays, celle qui est la plus connu au niveau bré­si­lien et inter­na­tio­nal, cette per­son­na­lité est empri­sonné. Son nom est dans tous les débats et le plus pro­noncé par la popu­la­tion, son image est par tout dans les pays, dans les jour­naux et dans les réseaux sociaux, sans par­ti­ci­per ni direc­te­ment, ni indi­rec­te­ment, des débats publics les son­da­ges des inten­tions de vote lui donne plus de 40% des choix, pen­dant que le deuxième placé (le can­di­dat de l’extrême droite, Jair Bolsonaro) reste à 18%, mais par la déci­sion du Tribunal Supérieur Électoral Lula est empê­ché de concou­rir aux élections pré­si­den­tiel­les. Cette déci­sion à été basé sur la loi de la « ficha limpa » (feuille propre) qui ils ont inter­pré­ter comme inter­di­sant des can­di­dats aient été condamné en deuxième ins­tance de pou­voir concou­rir, même devant l’argu­ment du avocat de défense de Lula, Luis Fernando Casagrande, de que dans les der­niè­res élections d’innom­bra­bles can­di­dats aux postes les plus variés et qui éteint condam­nés en deuxième ins­tance ont pu concou­rir aux élections.

En fait, per­sonne ne peut nier qu’au cours des deux der­niè­res années, le pays – qui avait plus de six mil­lions d’indiens, plutôt des autoch­to­nes, popu­la­tion pré­co­lom­bienne ou pré-cabra­lien­ne1 et qui a fait venir d’Afrique 10 mil­lions d’êtres humains en tant qu’escla­ves qu’il a par­ta­gés avec les USA -, ne fait que voir s’aggra­ver une crise dont l’appa­rence est exclu­si­ve­ment bré­si­lienne. Certains médias pen­sent déjà que le mandat de Michel Temer (ancien vice-pré­si­dent de Dilma Rousseff qui a été à la pointe du coup d’état juri­dico-poli­ti­que dont a été vic­time) ne pourra pas aller à son terme. Toutefois la crise bré­si­lienne est plus glo­bale que ce qui est dit dans les jour­naux télé­vi­sés. Elle est pro­vo­quée par l’action du grand capi­tal finan­cier mon­dia­lisé dans sa recher­che du profit et a donc impli­qué des capi­taux chi­nois, russes, coréens, syriens, congo­lais, bré­si­liens, japo­nais, amé­ri­cains et euro­péens. Mais la crise s’accen­tue de manière iné­gale dans les dif­fé­ren­tes régions de la pla­nète. Pourtant, depuis long­temps il est impos­si­ble de consi­dé­rer un « dedans » et un « dehors » du « capi­ta­lisme régio­nal » : en vérité, il n’y a jamais eu de capi­ta­lisme natio­nal. Cela ne signi­fie pas qu’au niveau de l’appa­reil des états « régio­naux », la concur­rence et les pres­sions armées – même en des temps plus « paci­fi­ques » – ne se pro­dui­sent pas seu­le­ment et de manière égale à tra­vers les indus­tries d’arme­ments et à tra­vers des guer­res régio­na­les. En ces termes, espé­rer que la Corée du Nord ne fasse pas plus d’essais nucléai­res, ne peut pas donner l’illu­sion que le pro­nos­tic de « fin de l’his­toire » réa­lisé par un capi­ta­lisme sans conflit s’est réa­lisé. Une telle utopie libé­rale est en per­ma­nence contre­dite par les poli­ti­ques néo­li­bé­ra­les dans le monde. Ces poli­ti­ques pro­nos­ti­quent qu’on peut aller de l’avant dans la croyance abso­lue que les jeux libres du marché et la poli­ti­que de l’État mini­mum qui ouvrent le chemin par­tout aux capi­taux du monde entier, réus­si­ront à régler toutes les dif­fi­cultés et contra­dic­tions du capi­ta­lisme, par consé­quent, la crise en cours.

Quelqu’un a dit que les êtres humains croient à ce qu’ils veu­lent, voient ce qu’ils veu­lent, enten­dent ce qu’ils veu­lent et comme ils veu­lent. Cela s’appli­que d’une manière encore plus cor­recte pour qui veut nier la dimen­sion trans­na­tio­nale de la crise bré­si­lienne. Pourtant, elle a sûre­ment la dimen­sion tem­po­relle et spa­tiale d’une crise beau­coup plus impor­tante dont le fon­de­ment est la repro­duc­tion du capi­tal dans un capi­ta­lisme devenu mon­dia­lisé et dans lequel la pro­duc­tion directe (agri­cole et indus­trielle) est com­plè­te­ment subor­don­née au capi­tal fictif. Néanmoins, Il n’y a pas d’imma­nence et d’auto­ma­tisme absolu dans ce pro­ces­sus qui est, non pas l’œuvre des robots Big Brothers, mais le résul­tat de l’action d’hommes nommés, avec une iden­tité civile et des res­pon­sa­bi­li­tés léga­les.

Par consé­quent, il ne fait aucun doute que devant l’actuel Président de la République du Brésil, les actions des gou­ver­ne­ments pré­cé­dents auraient pu réduire davan­tage l’impact de la crise actuelle. C’est-à-dire que la res­pon­sa­bi­lité rela­tive de chaque gou­ver­ne­ment a une marge de manoeu­vre limi­tée et selon options choi­sies, les résul­tats pour­ront être plus ou moins grave. De cette manière, même si l’ana­lyste fait oppo­si­tion a un cer­tain gou­ver­ne­ment, il faut qu’il tienne en compte que du point de vue scien­ti­fi­que et métho­do­lo­gi­que il serait com­plè­te­ment incor­recte avoir comme préa­la­ble de res­pon­sa­bi­li­ser par prin­cipe - et de manière abso­lue, n’importe quel gou­ver­ne­ment pour toutes les consé­quen­ces des crises qu’il est obligé d’affron­ter. Ceci dit, en ce qui concerne la crise bré­si­lienne actuelle, il est pos­si­ble de ne pas voir que les mesu­res « anti-socia­les » et anti-démo­cra­ti­ques » que Michel Temer a prises n’ont fait qu’appro­fon­dir la crise bré­si­lienne. En agis­sant comme un « gérant » des inté­rêts du grand capi­tal, sur­tout finan­cier, l’impact de la crise inter­na­tio­nale, que le gou­ver­ne­ment pré­cé­dent avait réussi à amoin­drir, a rebondi avec une force majeure et a fini par mettre le gou­ver­ne­ment Temer en contra­dic­tion avec ceux qu’il vou­lait servir. Plusieurs sec­teurs du grand capi­tal n’ont pas réussi à être épargnés, même si les six famil­les les plus riches du pays gagnent plus que 104 mil­lions de bré­si­liens réunis.

La crois­sance du PIB bré­si­lien à 2,2% en 2017 est à l’équivalent de la récu­pé­ra­tion de l’année 1998 (de la pos­té­rieure à la réces­sion déclen­chée par la crise asia­ti­que) russo-bré­si­lienne), qui a pro­vo­qué le retour économique au pre­mier tri­mes­tre de 2018. La récu­pé­ra­tion indus­trielle de 2,5% (selon les sta­tis­ti­ques offi­ciel­les) a été pres­que insi­gni­fiante devant la perte de 16,7% accu­mu­lée depuis 2014, décrois­sance com­mencé encore sous le gou­ver­ne­ment de Dilma Rousseff qui avait com­mencé a sentir les effets de la réces­sion mon­diale. Si les inves­tis­se­ments étaient de 20% en 2010 (pen­dant le gou­ver­ne­ment du Parti des Travailleurs), il n’y a pas plus de 15% de réduc­tion, pen­dant que le public est passé de 4,5% à quel­que chose autour de 1%. Alors, il est pos­si­ble de sou­te­nir l’hypo­thèse que la crise du sec­teur pro­duc­tif (agri­cole et indus­triel), encore plus la ten­dance au com­por­te­ment spé­cu­la­tif et « para­si­taire » du capi­tal finan­cier et de sa quête pour le trans­fert des fonds à ses cof­fres-forts privés.

L’État, ses entre­pri­ses et le phé­no­mène des pri­va­ti­sa­tions

Dans sa recher­che des formes pour contrer sa crise de lucra­ti­vité, le capi­tal finan­cier (bré­si­lien et étranger) et l’ensem­ble des divers sec­teurs (agri­cole, indus­triel, com­mer­cial, ban­caire) du capi­tal qui com­pose cette frac­tion domi­nante, a trouvé dans les méca­nis­mes de la pri­va­ti­sa­tion des entre­pri­ses étatiques bré­si­lien­nes un vivier très riche et impor­tant. Il s’agit du pro­ces­sus consis­tant à vendre des socié­tés publi­ques ou à trans­fé­rer le contrôle des socié­tés par actions à des inves­tis­seurs et à des socié­tés pri­vées natio­na­les ou mul­ti­na­tio­na­les. Cette forme de repro­duc­tion du capi­tal est tota­le­ment cohé­rente avec la dif­fu­sion et l’affir­ma­tion du néo­li­bé­ra­lisme dans le monde et la trans­for­ma­tion du marché et de l’idée de l’État mini­mum dans le noyau dur de son idéo­lo­gie depuis les années 1990.

Le rôle, jusqu’alors pré­pon­dé­rant, réservé à l’Etat a été domi­nant dans l’acti­vité économique au Brésil, depuis Getúlio Vargas (1930-1954), lors­que la poli­ti­que de sub­sti­tu­tion aux impor­ta­tions a été mise en œuvre. Selon sa concep­tion, les gran­des entre­pri­ses pré­sen­tant un inté­rêt stra­té­gi­que pour le déve­lop­pe­ment du pays devraient être pla­cées sous le contrôle de l’État. C’est ainsi qu’a été fondée la Companhia Siderúrgica Nacional (1940), la Companhia Vale do Rio Doce (1942) et la Companhia Hidroelétrica do São Francisco (1945).

Dans sa recher­che des formes pour contrer sa crise de lucra­ti­vité, le capi­tal finan­cier (bré­si­lien et étranger) et l’ensem­ble des divers sec­teurs (agri­cole, indus­triel, com­mer­cial, ban­caire) du capi­tal qui com­pose cette frac­tion domi­nante, a trouvé dans les méca­nis­mes de la pri­va­ti­sa­tion des entre­pri­ses étatiques bré­si­lien­nes un vivier très riche et impor­tant. Il s’agit du pro­ces­sus consis­tant à vendre des socié­tés publi­ques ou à trans­fé­rer le contrôle des socié­tés par actions à des inves­tis­seurs et à des socié­tés pri­vées natio­na­les ou mul­ti­na­tio­na­les. Cette forme de repro­duc­tion du capi­tal est tota­le­ment cohé­rente avec la dif­fu­sion et l’affir­ma­tion du néo­li­bé­ra­lisme dans le monde et la trans­for­ma­tion du marché et de l’idée de l’État mini­mum dans le noyau dur de son idéo­lo­gie depuis les années 1990.

Le rôle, jusqu’alors pré­pon­dé­rant, réservé à l’Etat a été domi­nant dans l’acti­vité économique au Brésil, depuis Getúlio Vargas (1930-1954), lors­que la poli­ti­que de sub­sti­tu­tion aux impor­ta­tions a été mise en œuvre. Selon sa concep­tion, les gran­des entre­pri­ses pré­sen­tant un inté­rêt stra­té­gi­que pour le déve­lop­pe­ment du pays devraient être pla­cées sous le contrôle de l’État. C’est ainsi qu’a été fondée la Companhia Siderúrgica Nacional (1940), la Companhia Vale do Rio Doce (1942) et la Companhia Hidroelétrica do São Francisco (1945). Dans son deuxième gou­ver­ne­ment (1951-1954), la Petrobras (Petróleo Brasileiro S / A 1953) a été fondée en même temps que la Banque du Brésil et la Caixa Econômica Federal ; ils devien­nent les établissements de crédit offi­ciels et ont tra­vaillé aux côtés de quel­ques autres ins­ti­tu­tions finan­ciè­res, la plu­part aux mains de capi­taux étrangers, à l’excep­tion des peti­tes ins­ti­tu­tions de portée régio­nale. Getúlio a encore conçu et fondé, en 1952, une banque de déve­lop­pe­ment dans les modè­les US Eximbank aujourd’hui sous le nom de la Banque Nationale pour le Développement Économique et Social - BNDES, avec un capi­tal entiè­re­ment sous­crit par l’État bré­si­lien2.

Mais la Petrobras, fondée en octo­bre 1953, devienne une emblème du natio­nal popu­lisme var­guiste. Elle est deve­nue l’entre­prise grande famille. Ce n’est pas seu­le­ment la plus grande entre­prise bré­si­lienne. Il occupe une posi­tion stra­té­gi­que pour le Brésil. Politiquement et mora­le­ment pour les bré­si­liens elle a occupé une place fon­da­men­tale. Il suffit de rap­pe­ler la cam­pa­gne qui a pré­cédé sa fon­da­tion dans les années 1940, sous le slogan LE PETROLE EST NÔTRE. Sans comp­ter que son action sur l’économie pro­duit des effets posi­tifs a dépen­dre de la poli­ti­que appli­quée par ses diri­geants. Par consé­quent, depuis sa fon­da­tion, avant même la « cam­pa­gne pétro­lière » des années 1940, il y a tou­jours eu des per­son­nes et des forces poli­ti­ques bré­si­lien­nes que le Brésil qui sou­te­naient que le Brésil ne pou­vait pas cons­truire une entre­prise comme la Petrobras. Et cela est vrai aussi pour la la cam­pa­gne du grand capi­tal inter­na­tio­nal.

Toutefois, le natio­nal popu­lisme var­guiste comme modèle économique et poli­ti­que à être remis en cause dès les années 1964. A cette époque, les gou­ver­ne­ments mili­tai­res ont déve­loppé un pro­ces­sus d’indus­tria­li­sa­tion qui mul­ti­plie l’asso­cia­tion avec les capi­taux mul­ti­na­tio­naux sous la base du modèle tri­par­tite de socié­tés ano­ny­mes où l’État bré­si­lien assure le gros des inves­tis­se­ments en infra­struc­tu­res sous pré­texte de sti­mu­ler les entre­pri­ses natio­na­les et grou­pes inter­na­tio­naux dans leurs inves­tis­se­ments. Dans ce cadre, le rôle joué par la Petrobras dans la cons­ti­tu­tion de l’indus­trie pétro­chi­mi­que bré­si­lienne - ainsi que son rap­port avec le capi­tal finan­cier bré­si­lien - nous aident à com­pren­dre le mou­ve­ment d’ali­gne­ment du capi­tal finan­cier et ses oli­gar­chies ainsi que la crise vécue au Brésil aujourd’hui. La Petrobras est pour­tant à l’ori­gine d’une de ses plus impor­tan­tes filia­les, la Petroquisa, fondée en 1967 dans le but d’arti­cu­ler le sec­teur public et le privé à partir d’un modèle tri­par­tite, com­posé par ces trois agents cités.Les gou­ver­ne­ments des mili­tai­res ont aggravé la dette exté­rieure du pays dans le but d’ali­men­ter le déve­lop­pe­ment de la par­ti­ci­pa­tion de l’État bré­si­lien dans cette crois­sance indus­trielle. C’est bien en ce moment que la Petroquisa est deve­nue action­naire de trente-six socié­tés, repré­sen­tant toutes ensem­bles plus de 70% de la pro­duc­tion pétro­chi­mi­que bré­si­lienne jusqu’au début des années 1990.

Néanmoins, à partir du pre­mier gou­ver­ne­ment civil pré­sidé par José Sarney déjà, en 1986, com­mence à pren­dre corps l’appli­ca­tion de la poli­ti­que de pri­va­ti­sa­tion des entre­pri­ses de l’État, chose qui s’ampli­fie pen­dant le Gouvernement de Fernando Collor et encore plus dans celui de Fernando Henrique Cardoso. Avec le Plan natio­nal de pri­va­ti­sa­tion (PND), la Petroquisa a réduit sa par­ti­ci­pa­tion à neuf socié­tés. Dès 1992, mais sur­tout à partir de 1995 et pen­dant le Gouvernement de FHC, il y a eu une forte vente des actions du sec­teur pétro­chi­mi­que menant à la pri­va­ti­sa­tion de vingt-sept entre­pri­ses. Tout cela au milieux de plu­sieurs scan­da­les qui n’ont pas subit d’inves­ti­ga­tions jusqu’au bout, ni donné lieu à des pour­sui­tes judi­ciai­res jusqu’aujourd’hui. La Petroquisa et par là, l’entre­prise mère la Petrobras, a réduit sa par­ti­ci­pa­tion à neuf socié­tés.En 2001 à la suite de ces négo­cia­tions, le groupe Odebrecht rentre dans ce sec­teur économique en ache­tant les actifs de la Copene Petroquímica do Nordeste S.A. et l’année sui­vante, en 2002, la Braskem a été créée. La Petrobras et la Petroquisa devien­nent par­te­nai­res mino­ri­tai­res. À la suite de la fusion des actions de plu­sieurs entre­pri­ses pri­vées, la Braskem est deve­nue la déten­trice, directe et indi­recte de 99,17% du capi­tal de vote de Copesul et de 100% du capi­tal de vote de IPQ, IQ et la Petroquímica Paulínia, étant contrô­lées conjoin­te­ment avec la Petroquisa. Voici bien un exem­ple de la façon dont un capi­tal déve­loppé dans la cons­truc­tion devient grand capi­tal finan­cier bré­si­lien en uti­li­sant l’aide du capi­tal étatique bré­si­lien. La Braskem pour­suit sa course et incor­pore d’autres entre­pri­ses qui agis­sait cette bran­che économique, la Petrobras res­tant avec une par­ti­ci­pa­tion mino­ri­taire aidant ainsi la Braskem à rester une entre­prise privée et à déve­lop­per sa capa­cité concur­ren­tielle à l’échelle mon­diale. En jan­vier 2012, la fusion com­plète de la Petrobras et de la Petroquisa a été approu­vée, avec le trans­fert de la tota­lité des capi­taux pro­pres de la filiale à la société mère, sans aug­men­ta­tion de son capi­tal social. Le 18 juillet 2017, la Petrobras a annoncé avoir entamé des négo­cia­tions avec la Odebrecht S/A afin de pro­mou­voir la révi­sion des termes et condi­tions du pacte d’action­nai­res de la Braskem S/A, célé­bré le 8 février 2010. La Odebrecht détient 50,1% de son capi­tal avec droit de vote et la Petrobras détient 47%.Selon la société d’État, cette étude vise à amé­lio­rer la gou­ver­nance de la Braskem et les rela­tions entre les action­nai­res, en vue de créer de la valeur pour tous. Le 30 Avril 2018, la Petrobras a annoncé qu’elle a com­plété la tran­sac­tion de vente de 100% des actions déte­nues dans la Société Pétrochimique de Pernambuco et de son indus­trie tex­tile inté­grée à cette Société pour Petrotemex Group SA CV et pour Dak Americas Exterior, SL, filia­les d’Alpek, SAB de C.V. ("Alpek"). L’opé­ra­tion a été conclue avec la récep­tion par la Petrobras, à cette date, de 1.523.000.000 reais (435 mil­lions de dol­lars). À partir de ce moment la par­ti­ci­pa­tion de la Petrobras dans la Braskem est deve­nue la cible d’inté­rêt des entre­pri­ses et des fonds d’inves­tis­se­ment. Selon BTG Pactual, 47% de la par­ti­ci­pa­tion de la com­pa­gnie pétro­lière dans la Braskem repré­sente 2,5 mil­liards de dol­lars. La Braskem contrôle 100% des pro­duits de pre­mière géné­ra­tion et 70% des pro­duits de deuxième géné­ra­tion. Le 15 Juin 2018, la Petrobras a tou­te­fois annoncé avoir reçu une lettre de la Odebrecht S/A, l’action­naire majo­ri­taire de la Braskem S/A, qui men­tionne avoir entamé des négo­cia­tions avec LyondellBasell pour une tran­sac­tion concer­nant le trans­fert de toute la partie déte­nue par la Odebrecht dans le capi­tal de la Braskem3.

Une mul­ti­na­tio­nale amé­ri­caine dont un siège social se trouve à Houston, Texas et un autre siège social à Rotterdam, la LyondellBasell est une entre­prise spé­cia­li­sée dans la pétro­chi­mie. Parmi ses filia­les, il y a la Houston Refining, la Equistar Chemicals LP, Dow Chemical, INEOS, SABIC, BASF, EXXONMOBIL et d’autres encore. Avec un revenu de 29,18 mil­liards USD (2016), la LyondellBasell a été fondée en 2007, lors­que la société néer­lan­daise Basell a acheté Lyondell Chemical pour 12,7 mil­liards de dol­lars. Deux ans plus tard, au milieu d’une dette de plus de 20 mil­liards de dol­lars, la nou­velle société (la LyondellBasell) a demandé une aide pour cause de faillite. Or, un an plus tard, elle a réé­qui­li­bré ses comp­tes en ven­dant des actions à la bourse de New York, chose alors deve­nue publi­que4. Voici encore un com­por­te­ment qu’adopte le mou­ve­ment du capi­tal finan­cier à ce stade du capi­ta­lisme mon­dial. C’est une société trans­na­tio­nale qui a des inves­tis­se­ments dans des sec­teurs les plus divers, comme par exem­ple celui de l’immo­bi­lier. Évaluée à 42 mil­liards de dol­lars, la hol­lan­daise a clô­turé 2017 avec un chif­fre d’affai­res de 34 mil­liards de dol­lars. Elle a investi pour aug­men­ter la capa­cité de ses 55 unités de pro­duc­tion qui com­pren­nent onze joint-ven­tu­res dans des pays de tous les conti­nents. Avec une per­for­mance majeure en Amérique du Nord, en Europe et en Asie, la société a une pré­sence timide dans l’Amérique du Sud, avec une seule usine à Pindamonhangaba, São Paulo. Mais la préoc­cu­pa­tion de ses diri­geants n’est pas seu­le­ment par rap­port à un marché à gagner, le bré­si­lien et celui de l’Amérique du Sud. Ils pren­nent en compte le capi­tal déjà accu­mulé par l’action des entre­pri­ses bré­si­lien­nes et les condi­tions très favo­ra­bles de son « trans­fert » pour leurs cof­fres.

Dans la conjonc­ture actuelle, les procès juri­di­que subie par la Odebrecht lui a fait sup­por­ter une dette de 90 mil­liards de reais (plus au moins 22.500.000.000,00 d’euros), elle qui était une « alliée économique stra­té­gi­que des gou­ver­ne­ments de Lula et de Dilma » et qui était action­naire majo­ri­taire de la Braskem, entre­prise qui contrô­lait une bonne partie (sinon la majeure partie) de la pro­duc­tion pétro­chi­mi­que bré­si­lienne. La Odebrecht se voit ainsi obli­gée de vendre la Braskem a contre-coeur. En mars, Odebrecht a conclu un accord avec les deux prin­ci­pa­les ban­ques pri­vées bré­si­lien­nes, Banco Bradesco et Itaú Unibanco Holding, pour un prêt de 2,6 mil­liards de reais (597 mil­lions d’euros) afin de rem­bour­ser des déten­teurs d’obli­ga­tions, ainsi que sa dette à court terme. Le groupe de BTP avait alors placé sa par­ti­ci­pa­tion de 38,3% dans Braskem comme garan­tie, celle-ci pou­vant être cédée par les ban­ques en cas de défaut de rem­bour­se­ment d’ici mai 2020. Odebrecht devra avoir l’auto­ri­sa­tion des ban­ques créan­ciè­res en cas d’accord avec LyondellBasell, rap­por­tent les sour­ces. Toujours sous l’effet de l’opé­ra­tion Lava Jato, Odebrecht serait prête à négo­cier le contrôle de la pétro­chi­mie, son atout le plus pré­cieux, avec la société néer­lan­daise LyondellBasell. Sous la pres­sion des res­tric­tions sur le crédit et d’une dette de plus de 90 mil­liards de reais, le groupe Odebrecht a lancé un plan de désin­ves­tis­se­ment il y a un peu plus de deux ans, avec l’objec­tif de lever 12 mil­liards de dol­lars. Le conglo­mé­rat s’est départi d’opé­ra­tions telles que Odebrecht Ambiental, rache­tée en 2017 par le fonds cana­dien Brookfield pour 2,9 mil­liards de dol­lars. D’autres entre­pri­ses ont été mises en vente en pré­ci­sant que leur avenir passe par une réduc­tion consi­dé­ra­ble de leur taille.Avec l’acqui­si­tion de la Branskem, la LyondellBasell pren­drait la pre­mière place de la pro­duc­tion glo­bale de poly­pro­py­lène. La société chi­noise Sinopec est actuel­le­ment en tête de ce clas­se­ment avec une capa­cité annuelle de 6,1 mil­lions de tonnes. LyondellBasell et Braskem occu­pent res­pec­ti­ve­ment les deuxième et troi­sième places, avec 5,3 mil­lions et 4 mil­lions5.Cependant, dans la pra­ti­que, la Braskem cesse d’être une entre­prise bré­si­lienne et se dilue au sein d’une mul­ti­na­tio­nale. Le groupe Odebrecht a tou­jours fait savoir qu’il n’accep­te­rait pas d’être un simple ges­tion­naire de por­te­feuille, mais il semble que cela va être la seule alter­na­tive lais­sée à l’entre­prise. En ce qui concerne la Petrobras, sa direc­tion évalue tou­te­fois un éventuel chan­ge­ment de posi­tion par rap­port à son plan d’acti­vité et de ges­tion, ses diri­geants­pré­voyant la sortie com­plète du sec­teur pétro­chi­mi­que. Avec la vente de la par­ti­ci­pa­tion du groupe Odebrecht dans la Braskem, il est cer­tain que cette société stra­té­gi­que sera contrô­lée par une société étrangère. Cette déna­tio­na­li­sa­tion du contrôle de la Braskempeut avoir de graves consé­quen­ces pour le pays6. Sa sou­ve­rai­neté poli­ti­que et économique sera amoin­dri. Bien qu’un soi-disant idéal natio­na­liste soit le leit­mo­tiv des diri­geants de la Odebrecht, le contrôle par des capi­taux étrangers du sec­teur qui exploite aussi bien les matiè­res brutes et pre­miè­res, aura des consé­quen­ces iné­vi­ta­bles sur le coût et le niveau de la vie au Brésil. En effet, si les matiè­res pre­miè­res uti­li­sées par d’autres entre­pri­ses bré­si­lien­nes dans la pro­duc­tion des moyens de pro­duc­tions, par exem­ple, ou dans celle des biens de consom­ma­tion sont ache­tées en dollar ou en euro au prix du marché « exté­rieur », les consé­quen­ces sont très graves pour la popu­la­tion bré­si­lienne.

La Petrobras et sa place par­ti­cu­lière dans la crise bré­si­lienne

Alors, il est pos­si­ble d’affir­mer qu’un des objec­tifs majeurs du Coup d’État de 2016 – le contrôle de la pro­duc­tion du pétrole bré­si­lien -, est à la fois économique et poli­ti­que. La partie de la dette que la Odebrecht a accu­mulé doit, soi-disant, être rem­bour­sée à l’État bré­si­lien (c’est-à-dire les cof­fres publics). Cela a été requis par l’Opération Lava Jato pour des pertes dues à des contrats illé­gaux ou illi­ci­tes favo­ri­sés par les Gouvernement du PT. Cependant, nous sommes là devant un argu­ment bien hypo­crite.

La même chose se passe quand l’État bré­si­lien sous le com­man­de­ment de Michel Temer vend les actions de la Petrobras à vil prix à des action­nai­res privés natio­naux et étrangers. On assiste bien alors à un trans­fert de capi­taux publics aux capi­taux privés. Il n’y a pas un État natio­nal contre les capi­taux privés. Jean Ziègler vient d’expli­quer au jour­nal Libération7 que en France « les oli­gar­chies finan­ciè­res détien­nent le pou­voir », ce qui fina­le­ment dévient une réa­lité mon­diale sous le néo­li­bé­ra­lisme. Le Brésil, en ce moment c’est un grand labo­ra­toire de cette poli­ti­que. La Petrobras, la majeur et la plus impor­tante entre­prise du pays, malgré le fait qu’elle a tou­jours été vic­time de la cor­rup­tion et de la convoi­tise des sec­teurs divers, elle n’a jamais été proche d’une véri­ta­ble faillite. Tout le contraire elle a été tou­jours une grande géné­ra­trice de caixa. Entre 2012 et 2017, la géné­ra­tion de valeur est restée stable entre 25 et 27 mil­liards de dol­lars par an. Toujours au cours de cette période, elle a main­tenu des réser­ves de liqui­di­tés consi­dé­ra­bles, com­pri­ses entre 13,5 et 25 mil­liards de dol­lars, supé­rieu­res à celles des mul­ti­na­tio­na­les étrangères. La capa­cité à hono­rer les enga­ge­ments à court terme a tou­jours été mise en évidence par le ratio de liqui­dité actuel de plus de 1,5. Une taxe sur les pro­duits et ser­vi­ces à des fins de pro­mo­tion de la santé est réser­vée aux achats et à la vente pour un mon­tant de 250 mil­liards de dol­lars amé­ri­cains, de 2009 à 2014, selon les moda­li­tés admi­nis­tra­ti­ves et les normes de pro­duc­tion, de pro­duc­tion et de fonc­tion­ne­ment. La dette de Petrobras est pro­por­tion­nelle aux réser­ves en déve­lop­pe­ment « pré-sal » et aux inves­tis­se­ments de plus de 250 mil­liards de dol­lars US entre 2009 et 2014, par­fai­te­ment géra­ble par la société en crois­sance, tant en pro­duc­tion qu’en pro­duc­tion de tré­so­re­rie opé­ra­tion­nelle. De la dette totale à fin 2014 (136,04 mil­liards de dol­lars), 4,5% cor­res­pon­dent aux inves­tis­se­ments « impro­duc­tifs » et 3,6% aux effets de la cor­rup­tion. L’his­toire récente du Brésil a servir de pré­texte à convain­cre l’opi­nion publi­que que l’État n’est pas en mesure d’exer­cer le droit d’être le seul opé­ra­teur du « pré-sel » et d’inves­tir dans le déve­lop­pe­ment de sa pro­duc­tion. Bien que la crois­sance avant la pro­duc­tion du pré- sel ait eu lieu en un temps record, si com­pa­rée à celle du golfe du Méxique ou de la mer du Nord et du bassin de Campos lui-même. La pro­duc­tion de « pré-sel » repré­sente déjà envi­ron 55% de la pro­duc­tion natio­nale. La poli­ti­que du prix élevé du baril de pétrole inau­gu­rée par Pedro Parente en 2016 qui a été nommé par Michel Temer, et sa indexa­tion aux taux de chan­ges a rendu un grand pré­ju­dice aussi bien à Petrobras et au consom­ma­teur bré­si­lien. Le diesel appar­te­nant à l’État a des prix élevés s’est échoué dans les raf­fi­ne­ries, ce qui a entraîné une perte de parts de marché et de ventes, la chaîne d’impor­ta­tion mul­ti­na­tio­nale et étrangère occu­pant jusqu’à 30% du marché bré­si­lien à partir d’alors. Sans pou­voir dis­po­ser de la pro­duc­tion de diesel, les raf­fi­ne­ries de Petrobras devaient limi­ter la charge de pétrole et rester inac­ti­ves jusqu’à 30%. Les raf­fi­ne­ries amé­ri­cai­nes, les opé­ra­teurs logis­ti­ques étrangers et les dis­tri­bu­teurs concur­rents de Petrobras, qui exploi­taient de manière ren­ta­ble et à faible risque, ont importé du diesel. Comme les pro­duc­teurs d’éthanol qui ont pris le cher marché de l’essence. Après la grève des chauf­feurs rou­tiers, avec des prix du car­bu­rant plus bas et des ris­ques accrus pour les impor­ta­teurs, Petrobras a repris le marché du car­bu­rant inté­rieur, entraî­nant une baisse des coûts pour la popu­la­tion et une ren­ta­bi­lité accrue pour la société. Le béné­fice d’exploi­ta­tion du sec­teur du raf­fi­nage est passé de 3,8 mil­liards USD au 1T18 à 7,2 mil­liards USD au 2T18, soit une aug­men­ta­tion de plus de 90% de la ren­ta­bi­lité grâce à la baisse des prix des raf­fi­ne­ries et à la reprise du marché.8

D’ailleurs la poli­ti­que de pri­va­ti­sa­tion entre­prise par le Gouvernement Temer a été accom­pa­gnée par des poli­ti­ques répres­si­ves qui vien­nent de plus loin, comme cela a été le cas lors du trai­te­ment reçu par le pro­gramme nucléaire bré­si­lien. L’amiral qui com­man­dait ce pro­gramme et qui était l’archi­tecte du sous-marin nucléaire bré­si­lien, a été accusé de cor­rup­tion et incar­céré suite à un procès plus au moins nébu­leux. Mais ce projet, auquel par­ti­ci­pait la Odebrecht, était aussi stra­té­gi­que pour le Brésil et uti­li­sait en partie la tech­ni­que d’ori­gine alle­mande.

Par consé­quent et si nous uti­li­sons des sour­ces variées, il est impos­si­ble de ne pas voir que le coup d’État de 2016 au Brésil a été struc­turé par des méca­nis­mes juri­dico-poli­ti­ques et média­ti­ques en vue de mettre fin à un projet géo­po­li­ti­que ambi­tieux de cons­truc­tion d’un autre pôle de forces économiques capa­ble de donner « un nouvel équilibre dans la pla­nète », projet impulsé par des pays comme le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud et qui était connu sous l’abré­via­tion de BRICS. Si ce projet ambi­tieux allait pro­duit les résul­tats escompté para les gou­ver­ne­ments de Lula et de Dilma, c’est dif­fi­cile à dire, sur­tout s’il est consi­déré que la Chine et la Russie ont des ambi­tions dif­fi­ci­les à être conte­nues par un accord entre des pays soi-disant émergeants. C’est vrais aussi que le Brésil jouait un rôle leader et très impor­tant dans ce projet et que le Coup d’État de 2016 a réussi à lui porter un coup assez sévère. Il a fini par déstruc­tu­rer divers sec­teurs économiques bré­si­liens dans les­quels le grand capi­tal bré­si­lien avait une pré­do­mi­nance, comme cela a été le cas des entre­pri­ses de cons­truc­tion, tout par­ti­cu­liè­re­ment la Odebrecht (mais aussi d’autres comme la OAS, Andrade Gutiérrez, etc.) qui domi­nait leurs concur­ren­tes en Amérique Latine, mais qui avait des implan­ta­tions impor­tan­tes en Afrique, en Europe et même aux USA.

Dans le domaine agroa­li­men­taire il ne faut pas oublier non plus que le Brésil a le plus grand chep­tel de bœufs pour l’abat­toir au monde, soit plus de 200 mil­lions de bœufs et de vaches. C’est à partir de cette base économique qu’une entre­prise du sec­teur de l’indus­trie agroa­li­men­taire, la JBS, a fait for­tune. Mais elle ne s’est pas arrêté là. Elle s’est mêlée à la spé­cu­la­tion et à la finance et a réussi à s’implan­ter dans le sec­teur du capi­tal finan­cier d’ori­gine bré­si­lienne. Elle aussi s’est retrou­vée au centre de cette crise et non par hasard. Fondée et diri­gée par une famille bré­si­lienne – qui pos­sé­dait rien qu’aux USA plus de 60 maga­sins dans les­quels elle ven­dait sa viande et mono­po­li­sait le marché amé­ri­cain -, elle a joué un rôle majeur dans l’expor­ta­tion de viande en don­nant la pre­mière place au Brésil. La JBS vit main­te­nant une situa­tion sem­bla­ble à celle de la Odebrecht.

Le sec­teur des ban­ques – où siège la liqui­dité du capi­tal finan­cier toute entier -, n’était pas moins impor­tant. A elles seules, les ban­ques Bradesco et Itaú (du capi­tal privé) occu­pe­raient ensem­ble la qua­trième ou la cin­quième posi­tion si elles se trou­vaient sur le marché amé­ri­cain. Les ban­ques pri­vées bré­si­lien­nes cons­ti­tuent le sec­teur qui se main­tient avec des pro­fits en aug­men­ta­tion et qui n’a pas été touché par la Opération Lava Jato. En vérité, ils pro­fi­tent bien de la situa­tion, comme dans le cas des prêts assu­més par la Odebrecht, ou en ce qui concerne la pri­va­ti­sa­tion d’une partie impor­tante de la Sécurité Sociale, de la ges­tion des fonds de pen­sions et des retrai­tes. En revan­che, la Banque du Brésil et la Caixa Econômica Federal ont une situa­tion soi-disant pro­blé­ma­ti­que et d’aucuns sou­hai­te­raient les pri­va­ti­ser défi­ni­ti­ve­ment.

En consé­quence, il est pos­si­ble de sou­te­nir l’hypo­thèse que le pays qui avait atteint la posi­tion de sixième puis­sance mon­diale en 2013 et dont l’objec­tif du Gouvernement de Dilma était d’attein­dre la cin­quième place avant la fin de son mandat, avait une cer­taine arrière garde pour jouer un rôle majeur da la cons­truc­tion d’une géo­po­li­ti­que mon­diale plus équitable. Sûrement, il est pos­si­ble de dire aussi que les gou­ver­ne­ments de Lula et de Dilma, ne cher­chaient pas à vain­cre néo­li­bé­ra­lisme domi­nant dans l’économie mon­diale. Ils ont pas cher­cher véri­ta­ble­ment appuie dans les bases popu­laire de sus­ten­ta­tion de leurs pro­jets poli­ti­que pour appro­fon­dir la par­ti­ci­pa­tion sociale dans la cons­truc­tion de ce pro­jets et plu­sieurs pro­gram­mes, comme celui de la réforme agraire, ont été laissé de côté. De même des expé­rien­ces comme celle du Rio Grande du Sul de « gou­ver­ne­ment par­ti­ci­pa­tive » n’ont pas ins­pi­rer les deux pré­si­dents du PT. Au moment du deuxième mandat de Dilma, après avoir répri­mer l’explo­sion sociale de juin de 2013 – consi­dé­rer comme tota­le­ment mani­pulé par les forces contraire au Gouvernement du PT -, quand les inves­tis­se­ments pro­duc­tifs com­men­cent à décli­ner et l’infla­tion com­mence a mon­trer ses effets, aux lieu de cher­cher s’appuyer sur la popu­la­tion, ils appro­fon­dis­sent leurs col­la­bo­ra­tions avec le capi­tal finan­cier. Un des plus impor­tants des diri­geants de la Banque Bradesco, Joaquim Levy9, est nommé Ministre de la Finance du Gouvernement Rousseff qui com­mence en jan­vier de 2015. Toute une poli­ti­que soi-disant visant le réé­qui­li­bre fiscal de l’État débute alors, comme réponse à la réces­sion.

En consé­quence, il est pos­si­ble de sou­te­nir l’hypo­thèse que le pays qui avait atteint la posi­tion de sixième puis­sance mon­diale en 2013 et dont l’objec­tif du Gouvernement de Dilma était d’attein­dre la cin­quième place avant la fin de son mandat, avait une cer­taine arrière garde pour jouer un rôle majeur da la cons­truc­tion d’une géo­po­li­ti­que mon­diale plus équitable. Sûrement, il est pos­si­ble de dire aussi que les gou­ver­ne­ments de Lula et de Dilma, ne cher­chaient pas à vain­cre néo­li­bé­ra­lisme domi­nant dans l’économie mon­diale.

LE PRETEXTE DU DÉFICIT BUDGETAIRE ET LA PREVIDENCIA SOCIAL

Voilà qu’il faut ana­ly­ser tous ces éléments de manière arti­cu­lée, comme en vérité ils se pré­sen­tent dans le pro­ces­sus réel. Michel Temer, a pré­texté de lutter contre le défi­cit public pro­vo­qué soi-disant par la pro­tec­tion sociale (argu­ment contre­dit par des thèses de doc­to­rat, par les asso­cia­tions d’audi­teurs fis­caux et de la dette publi­que à main­tes repri­ses), a gelé toute aug­men­ta­tion des « aides socia­les » pour des sec­teurs prio­ri­tai­res comme la santé, l’éducation natio­nale, les loge­ments – qui ont fait objet d’une atten­tion tac­ti­que du gou­ver­ne­ment pré­cé­dent – et toute poli­ti­que publi­que pour une période de 20 ans. Si nous pas­sons rapi­de­ment sur la réforme des lois du tra­vail et de la retraite, il faut penser que ces réfor­mes sui­vent la même logi­que de la vente aux enchè­res des entre­pri­ses étatiques (comme c’est bien le cas, le plus grave, des actions de la Petrobras et de l’exploi­ta­tion de la tech­no­lo­gie du pré-salé10 ainsi que du pétrole des eaux pro­fon­des que le Brésil ne contrôle plus), que Michel Temer a promue récem­ment. Le cas de la Previdência Social de l’INSS (Institut National de la Sécurité Sociale) est plus qu’emblé­ma­ti­que.

Toutefois, « le trou » qui était attri­bué à la Prévoyance Sociale (et qui selon le gou­ver­ne­ment est le fon­de­ment majeur du défi­cit public de l’Etat) vient en fait, non pas du déca­lage entre le nombre de plus en plus grand retrai­tés et le nombre de jeunes tra­vailleurs qui com­men­cent à tra­vailler et à contri­buer pour la Prévoyance, mais du non-paie­ment de la part du patro­nat qui trouve en cela un méca­nisme de trans­fert de res­sour­ces publi­ques pour les fonds privés. Les frac­tions du capi­tal qui se fon­dent dans le capi­tal finan­cier, et donc les ban­ques, voient ici un vivier iné­pui­sa­ble. Pour com­bler ce soi- disant vide, selon le gou­ver­ne­ment, les retrai­tés devraient conti­nuer à payer après leur retraite et les départs devraient se faire à 75 ans.

Pourtant, de nom­breux retrai­tés conti­nuent à perdre une partie des res­sour­ces qui leur sont des­ti­nées, pré­le­vées par l’admi­nis­tra­tion de la Previdência Social. La vraie expli­ca­tion se trouve dans le fait que la plu­part des sec­teurs du grand capi­tal privé au Brésil (mais pas seu­le­ment ceux d’ori­gine bré­si­lienne) fait du non-paie­ment des obli­ga­tions cons­ti­tu­tion­nel­les du fond de Previdência Social une pra­ti­que fon­da­men­tale, amnis­tiée régu­liè­re­ment par l’État avec comme excuse le besoin de main­te­nir la santé économique de ses entre­pri­ses et sauver soi-disant les famil­les des tra­vailleurs. Le Bradesco, la Vale do Rio Dôce, la JBS, la Samarco et de nom­breu­ses autres entre­pri­ses pri­vées ont déjà rap­porté à l’Institut National de Sécurité Sociale plus de 1 mil­liard de reais, valeurs comp­ta­bi­li­sées au début de 2017 . Parmi les plus gros débi­teurs de l’INSS, on compte JBS (2e) mais aussi la deuxième banque privée bré­si­lienne, la Bradesco (22e). La mairie de São Paulo doit à l’INSS des mon­tants élevés qui la clas­sent en 16ème place, ainsi que la Caisse d’Épargne Fédérale qui prend la 19ème place. La Volkswagen atteint la 44e place. Apparaissent également sur la même liste des entre­pri­ses étatiques liées aux admi­nis­tra­tions comme par exem­ple la Poste qui prend la 32ème place. L’État de Rio de Janeiro occupe la 35ème place dans le cadre des dettes à l’État Fédéral11.

Cependant, toute la polé­mi­que vécue par le peuple bré­si­lien n’est pas du tout expli­quée sérieu­se­ment par les grands moyens de dif­fu­sion/mani­pu­la­tion, comme le Réseau Globo de Télévision qui lui-même est un phé­no­mène à part (il s’agit de la deuxième plus grande chaîne de télé­vi­sion au monde), car ils ont été un fac­teur déci­sif de l’impeach­ment et du coup d’État. Le nœud du pro­blème réside dans le fait que le capi­tal finan­cier ori­gi­naire des capi­taux privés « natio­naux », mais aussi des capi­taux d’ori­gi­nes « étrangères » veu­lent tout sim­ple­ment le trans­fert massif de l’énorme volume de res­sour­ces en argent accu­mulé par le sec­teur de l’État pour s’ajou­ter à la masse du capi­tal fictif en leurs mains dans le seul but de pro­duire encore plus de profit ou de com­bler leurs défi­cits comp­ta­bles. Voici encore un méca­nisme déve­loppé à fond par le capi­ta­lisme néo­li­bé­ral aussi bien au Brésil qu’ailleurs.

Pourquoi, alors, les gou­ver­ne­ments veu­lent-ils faire croire aux citoyens sala­riés - dont les contri­bu­tions à la sécu­rité sociale sont dédui­tes chaque mois de leurs rému­né­ra­tions men­suel­les -, qu’ils sont res­pon­sa­bles du défi­cit public global ? Est-ce que les diri­geants et les sphè­res admi­nis­tra­ti­ves du pays pen­sent qu’il est pos­si­ble que les gens sim­ples ne soient pas au cou­rant que le ren­de­ment recueilli par la caisse de retraite est uti­lisé par le capi­tal finan­cier dans leur recher­che de plus de profit ? Les « peti­tes gens » peu­vent ne pas savoir com­ment expli­quer, mais ils le sen­tent dans leur chair, à chaque jour, avec l’infla­tion tou­jours mani­pu­lée par les ins­tan­ces res­pon­sa­bles des sta­tis­ti­ques.

Aujourd’hui, si le nombre de chô­meurs a dépassé les 14 mil­lions (chif­fre offi­ciel qui cache sans doute les mil­lions de bré­si­liens obli­gés de vivre de « petits ser­vi­ces » ici et là ou dans ce qu’au gou­ver­ne­ment et dans les médias ils appel­lent pudi­que­ment l’économie infor­melle) et si dans une popu­la­tion de 200 mil­lions, 66 mil­lions se trou­vent en marge de l’économie, la crise poli­ti­que est appa­rue comme le pro­lon­ge­ment direct des mesu­res prises par Temer. Les sta­tis­ti­ques mon­trent l’aug­men­ta­tion des emplois tem­po­rai­res (soit 33,7 mil­lions de tra­vailleurs dans la pré­ca­rité contre 32,9 mil­lions qui ont un contrat de tra­vail régu­lier), ce qui laisse sup­po­ser que la masse des emplois détruite ne sera pas recrée par le modèle de Temer. En plus de cela, le pré­si­dent sera obligé de faire face aux consé­quen­ces de la concen­tra­tion du revenu. Il y a, par consé­quent, un grand nombre de per­son­nes qui ne trou­ve­ront jamais d’emploi et d’autres qui tout sim­ple­ment aban­don­nent la recher­che d’un emploi stable, sans parler d’une large couche de jeunes qui n’auront jamais un tra­vail régu­lier, ce qui, d’ailleurs, cons­ti­tue un phé­no­mène mon­dial.

Le Brésil et les réa­li­gne­ments des oli­gar­chies finan­ciè­res inter­na­tio­na­les

Tout au long de ces deux der­niè­res années, diver­ses cou­ches et caté­go­ries socia­les n’ont pas arrêté de pro­tes­ter contre le coup d’état et contre les mesu­res prises par le gou­ver­ne­ment de Michel Temer. Le plus grave est que le pays semble entrer dans la conjonc­ture électorale pour la pré­si­dence de la répu­bli­que sans qu’aucune des pro­mes­ses du gou­ver­ne­ment Temer ne soit concré­ti­sées. La soi-disant « crois­sance économique » (envi­ron 2%) est maigre et montre que le pays ne peut pas vivre uni­que­ment du « marché exté­rieur », ni seu­le­ment des expor­ta­tions, en contre­di­sant la thèse économique fon­da­men­tale de ceux qui ont appuyé le coup d’état selon laquelle les gou­ver­ne­ments Lula et Dilma ont été les res­pon­sa­bles de la crise bré­si­lienne. Un pays spé­cia­lisé dans l’expor­ta­tion de biens de consom­ma­tion (céréa­les, fruits, vian­des et autres pro­duits de sa gigan­tes­que agro-indus­trie), des matiè­res pre­miè­res et des pro­duits de base se trouve vul­né­ra­ble aux aléas de la gou­ver­nance de son État, même si le gou­ver­ne­ment natio­nal est dési­reux de pro­mou­voir la sta­bi­lité économique, sociale et poli­ti­que. Bien sûr, cela n’a pas été la prin­ci­pale préoc­cu­pa­tion du Président Temer, ni de son gou­ver­ne­ment. Sa préoc­cu­pa­tion a été de pro­mou­voir des allian­ces dans le pro­ces­sus en cours de réor­ga­ni­sa­tion des cen­tres de l’oli­gar­chie finan­cière « régio­nale » et trans­na­tio­nale, trou­ver une place pour son groupe poli­tico-économique et des divi­den­des pour lui-même et cons­ti­tuer une struc­ture capa­ble de repren­dre la crois­sance économique, c’est-à-dire les inves­tis­se­ments au Brésil. C’est pour cela qu’il a essayé de passer toutes les lois capa­bles d’aug­men­ter les degrés d’exploi­ta­tion des sala­riés, ainsi que les capa­ci­tés de trans­fert des fonds publics pour la repro­duc­tion des capi­taux des grands capi­ta­lis­tes. Ainsi, il ne faut pas s’étonner si la popu­la­tion demande cons­tam­ment com­ment il est pos­si­ble que le plus grand expor­ta­teur de com­mo­di­ties du monde conti­nue à vendre à son peuple à des prix de plus en plus élevés tous les ali­ments dont il a besoin, dont les pro­duits de pre­mière néces­sité.

Michel Temer, cons­ta­tant que sa côte de popu­la­rité était très faible, a choisi comme minis­tre des finan­ces le ban­quier Henrique Meirelles12 (il a aussi par­ti­cipé au Gouvernement de Lula et de celui de Dilma Rousseff) ancien res­pon­sa­ble de l’auto­no­mie de la Banque Centrale bré­si­lienne. Peut-on trou­ver un cas simi­laire dans le monde ? L’auto­no­mie de la Banque Centrale bré­si­lienne cons­ti­tue un véri­ta­ble « sur gou­ver­ne­ment » ou gou­ver­ne­ment paral­lèle. Le choix de Temer qui a également dési­gné Henrique Meirelles pour le rem­pla­cer dans la course pré­si­den­tielle, a pro­vo­qué d’impor­tants conflits dans les rangs de son propre parti, le PMDB.

En même temps, il ne pou­vait pas cacher que leur situa­tion était très com­pli­quée. Or ce choix est déli­cat car Meirelles ne dépasse pas les 1% dans les son­da­ges d’opi­nions ! Sans doute est-ce parce que même la partie de la classe moyenne qui avait appuyé le soi-disant Impeachment de Dilma Rousseff ainsi que les gens plus modes­tes du peuple, avaient com­pris que les plans de Temer et de Meirelles de geler pour 20 ans les poli­ti­ques publi­ques, ne favo­ri­saient que les ban­ques et les entre­pri­ses dont elles sont par­te­nai­res ! Ces pro­jets sont asso­ciés aux cen­tres oli­gar­chi­ques inter­na­tio­naux et repré­sen­tent un réa­li­gne­ment de leurs par­te­na­riats au niveau inter­na­tio­nal.Il ne faut pas oublier que Meirelles a aussi été Directeur Général du Bank Boston. Le gou­ver­ne­ment Temer sui­vant ses conseils, a créé trois niveaux de « couche de la dette fis­cale » pour les gran­des entre­pri­ses en pro­dui­sant une exo­né­ra­tion fis­cale de 78 mil­liards de reais, à côté d’un pro­gramme dra­co­nien de pri­va­ti­sa­tion des entre­pri­ses d’État. Les réser­ves du Trésor (envi­ron 650 mil­liards de reais) com­men­cent à se diluer avec la hausse du dollar et de l’euro, et donc avec la déva­lua­tion du real. Cela finit par favo­ri­ser les ban­ques et les entre­pri­ses « bré­si­lien­nes » qui opè­rent sur les mar­chés étrangers dans le cadre du sys­tème d’asso­cia­tion de capi­tal trans­na­tio­nal.

Les atta­ques du Gouvernement Temer et son obs­ti­na­tion à ne pas recu­ler devant l’aggra­va­tion de la crise économico-poli­ti­que s’appli­quent d’une manière encore plus auda­cieuse quand on ana­lyse sa poli­ti­que pour l’éducation natio­nale du supé­rieur. Les uni­ver­si­tés fédé­ra­les du Brésil, tout le pro­gramme de recher­che en Sciences et Technologies et tous les efforts des der­niers 40 ans dans le domaine des scien­ces, de la culture et de l’art sont condam­nés à dis­pa­raî­tre à cause des mesu­res qui ont été prises récem­ment. Comme un des aspects du noyau dur de sa poli­ti­que, nous signa­lons celle dite du « pla­fond décli­nant des dépen­ses publi­ques – EC 95/2016 » qui cons­ti­tue, selon Roberto Leher13, une « loi qui n’est pas consen­tie par l’État » et qui viole la Constitution Fédérale de 1988. Selon lui « elle ne pourra pas être contre­car­rée par des manœu­vres de peti­tes enver­gu­res qui ren­draient pos­si­ble le ren­ver­se­ment de cette poli­ti­que ».Dans un récent arti­cle paru au Jornal do Brasil, Leher nous rap­pelle que si le budget pour la CAPES (Coordenação de Aperfeiçoamento de Pessoal de Nível Superior) et pour le CNPQ (Conselho Nacional de Pesquisa) – qui sont les deux plus impor­tan­tes ins­ti­tu­tions pour le finan­ce­ment du per­fec­tion­ne­ment du per­son­nel de l’ensei­gne­ment et de la recher­che supé­rieu­res au Brésil -, était en 2014 de 2,8 mil­liards, ce même budget ne dépas­se­rait pas en 2019 les 800 mil­lions de reais. Avec une telle poli­ti­que et l’appli­ca­tion de ladite cou­pure en 2019, 200 mille bour­ses seront sup­pri­mées, sans comp­ter les mil­liers qui l’ont déjà été. Cette poli­ti­que qui atteint par­ti­cu­liè­re­ment les uni­ver­si­tés fédé­ra­les et les uni­ver­si­tés publi­ques des états régio­naux qui détien­nent ensem­ble 98% de la recher­che du pays, déman­tè­lent les recher­ches en cours de route, mais aussi toute la for­ma­tion des nou­veaux cher­cheurs assu­rée par les cours de post-gra­dua­tion de ces mêmes uni­ver­si­tés. Leher affirme encore qu’aucun pays ne peut sur­vi­vre sans inves­tis­se­ment public et citant d’autres cher­cheurs, il confirme le col­lap­sus immi­nent du fonc­tion­ne­ment de l’État Fédéral lui-même. Les res­sour­ces en 2018 de 126 mil­liards de reais recu­lent à 70 mil­liards en 2020 . La fer­me­ture de cen­tres de recher­ches, mais aussi de facultés et même d’uni­ver­si­tés – comme c’est pres­que le cas de l’Université de l’État du Rio de Janeiro , mon­trent une sorte d’aveu­gle­ment devant une pos­si­ble nuit d’obs­cu­ran­tisme dans le pays. Dans un récent arti­cle paru au Jornal do Brasil, Leher nous rap­pelle que si le budget pour la CAPES (Coordenação de Aperfeiçoamento de Pessoal de Nivel Superior ) et pour le CNPQ (Conselho Nacional de Pesquisa) – qui sont les deux plus impor­tan­tes ins­ti­tu­tions pour le finan­ce­ment du per­fec­tion­ne­ment du per­son­nel de l’ensei­gne­ment et de la recher­che supé­rieu­res au Brésil -, était en 2014 de 2,8 mil­liards, ce même budget ne dépas­se­rait pas en 2019 les 800 mil­lions de reais. Avec une telle poli­ti­que et l’appli­ca­tion de ladite cou­pure en 2019, 200 mille bour­ses seront sup­pri­mées, sans comp­ter les mil­liers qui l’ont déjà été. Cette poli­ti­que qui atteint par­ti­cu­liè­re­ment les uni­ver­si­tés fédé­ra­les et les uni­ver­si­tés publi­ques des états régio­naux qui détien­nent ensem­ble 98% de la recher­che du pays, déman­tè­lent les recher­ches en cours de route, mais aussi toute la for­ma­tion des nou­veaux cher­cheurs assu­rée par les cours de post-gra­dua­tion de ces mêmes uni­ver­si­tés. Leher affirme encore qu’aucun pays ne peut sur­vi­vre sans inves­tis­se­ment public et citant d’autres cher­cheurs, il confirme le col­lap­sus immi­nent du fonc­tion­ne­ment de l’État Fédéral lui-même. Les res­sour­ces en 2018 de 126 mil­liards de reais recu­lent à 70 mil­liards en 202014 . La fer­me­ture de cen­tres de recher­ches, mais aussi de facultés et même d’uni­ver­si­tés – comme c’est pres­que le cas de l’Université de l’État du Rio de Janeiro15 , mon­trent une sorte d’aveu­gle­ment devant une pos­si­ble nuit d’obs­cu­ran­tisme dans le pays.

Le prix de l’essence et le carac­tère de la grève des camion­neurs et des ouvriers du pétrole

Parmi les nom­breux mou­ve­ments de pro­tes­ta­tion contre les poli­ti­ques du Gouvernement Temer, celui des camion­neurs a sans doute été le plus impor­tant, pour la simple raison qu’il a para­lysé pro­fon­dé­ment le pays à tra­vers la para­ly­sie des trans­ports rou­tiers qui a touché plus de 95% du trans­fert des mar­chan­di­ses y com­pris les pro­duits ali­men­tai­res du pays. Aucun gou­ver­ne­ment n’a jamais investi dans l’uti­li­sa­tion de sa longue côte mari­time (9000 kilo­mè­tres), ni la navi­ga­tion flu­viale qui couvre l’ensem­ble du pays, ni encore la cons­truc­tion de voies fer­rées. Le pro­gramme stra­té­gi­que du Gouvernement Lula et Dilma avait enre­gis­tré ce besoin comme prio­ri­taire y com­pris comme forme d’élever les niveaux de vie de la popu­la­tion pauvre du Brésil. Lula et Dilma ont pris des ini­tia­ti­ves dans ce domaine, par exem­ple, avec une lici­ta­tion inter­na­tio­nale pour les che­mins de fer qui avait été gagnée par une entre­prise espa­gnole.

En vérité le pays reste pri­son­nier d’un sys­tème de trans­port rou­tier qui ali­mente l’indus­trie des camions lourds et qui contri­bue énormément à l’aug­men­ta­tion des prix sur le marché final de tous les pro­duits agro-ali­men­tai­res et indus­triels et, par consé­quence, les pro­duits consom­més par l’ensem­ble de la popu­la­tion du pays. Il faut ajou­ter à ces pro­duits aussi bien le prix de l’essence consom­mée par les véhi­cu­les de tout le pays et très par­ti­cu­liè­re­ment des camions qui trans­por­tent l’essence elle-même et ali­men­tent les pompes des postes éparpillés dans les points les plus loin­tains du pays. À cette grève qu’une partie de la gauche a dénon­cée comme étant un lock-out comme celle qui a mis à bas le Gouvernement d’Allende en 1973 au Chili, s’est ajou­tée une grève des tra­vailleurs de la Petrobras qui n’en avait pas fait depuis long­temps. Les diri­geants du plus grand syn­di­cat de la caté­go­rie en Amérique Latine ont dénoncé cette grève comme n’étant pas pour une aug­men­ta­tion sala­riale de la caté­go­rie mais une grève de soli­da­rité avec les camion­neurs et une grève poli­ti­que contre le gou­ver­ne­ment. Michel Temer a été obligé de révo­quer le Président de la Petrobras (Pedro Parente) ainsi que de bais­ser le prix du car­bu­rant uti­lisé pour l’ensem­ble des véhi­cu­les au Brésil. Le mou­ve­ment des syn­di­cats de tra­vailleurs du pétrole a dénoncé le fait que l’aug­men­ta­tion voulue par le gou­ver­ne­ment était due à l’achat de car­bu­rant des entre­pri­ses amé­ri­cai­nes de plus en plus cher et à la baisse de la pro­duc­tion et du raf­fi­ne­ment du pétrole bré­si­lien imposé par la direc­tion de la Petrobras.

Cette grève s’est ache­vée après dix jours, ne lais­sant aucun doute sur la crise poli­ti­que, sociale et économique que tra­verse le pays. Les rou­tiers employés des entre­pri­ses pri­vées, mais aussi les camion­neurs auto­no­mes qui repré­sen­tent 80% des camions qui cir­cu­lent au pays, ont par­ti­cipé à cette grève vic­to­rieuse. S’il y avait eu ten­ta­tive de mani­pu­la­tion uni­que­ment à des fins poli­ti­ques, elle sem­blait sub­mer­gée par une atti­tude de véri­ta­ble contes­ta­tion. La grève des pétro­liers a contesté dans la pra­ti­que l’hypo­thèse de la classe ouvrière plus tra­di­tion­nelle, consi­dé­rée par cer­tai­nes ana­ly­ses comme tota­le­ment adap­tée et « poli­ti­que­ment cor­rom­pue ». Elle nous oblige à uti­li­ser autre ther­mo­mè­tre pour mesu­rer et qua­li­fier la crise la plus pro­fonde vécue dans le pays dans toute son his­toire. Cette grève a montré, par consé­quent, que ces sec­teurs ne seront pas immo­bi­li­sés dans une situa­tion de crise majeure.

Le carac­tère juri­dico-poli­ti­que de l’empri­son­ne­ment de Lula et les forces poli­ti­ques dans la conjonc­ture actuelle

À ce stade et dans cette conjonc­ture la plu­part des obser­va­teurs signa­lent que l’Impeachment de Dilma Rousseff n’était qu’une étape dans le but d’empri­son­ner Lula. Pour essayer de résu­mer tout ce pro­ces­sus, l’arres­ta­tion de l’ancien pré­si­dent du Brésil Luis Ignacio Lula da Silva, a fini iné­vi­ta­ble­ment par atti­rer beau­coup d’atten­tion au Brésil et dans le monde. La posi­tion de l’ONU favo­ra­ble à la can­di­da­ture de Lula aux pro­chai­nes élections pré­si­den­tiel­les 16est très signi­fi­ca­tive. Dans ce contexte, il est pos­si­ble d’avan­cer l’hypo­thèse du danger de ce qu’expé­ri­mente la domi­na­tion oli­gar­chi­que finan­cière au Brésil. Jusqu’à aujourd’hui, les élites bré­si­lien­nes n’ont pas trouvé de can­di­dat légi­time, capa­ble de com­bler le vide poli­ti­que pro­vo­qué par l’Impeachment et le Coup d’État de 2016, qui puisse être un repré­sen­tant plus direct de ses inté­rêts nou­veaux et de ses réa­li­gne­ments. Geraldo Alckmin, est le can­di­dat des élites plus ins­trui­tes, du Réseaux Globo de Télévision et d’une bonne partie des juges et magis­trats du sys­tème judi­ciaire. Ancien gou­ver­neur de São Paulo (l’état le plus riche du pays et can­di­dat à la pré­si­dence pour le Parti Social Démocrate do Brésil (PSDB), fondé par Fernando Henrique Cardoso ancien pré­si­dent du Brésil avant Lula), il ne dépasse pas les 5% d’inten­tions de vote. C’est un poli­ti­cien de car­rière mêlé à plu­sieurs scan­da­les de cor­rup­tion et pour­sui­tes judi­ciai­res sans consé­quen­ces réel­les à part celle de pro­duire dans la tête d’une bonne partie de la popu­la­tion l’idée que « chez ces gens il n’y a pas d’étique et que leurs dis­pu­tes se résu­ment a une guerre de gang ».

En vérité, l’hypo­thèse selon laquelle Cardoso a été l’un des idéa­li­sa­teurs du Coup d’État de 2016 a déjà convaincu une bonne partie de la popu­la­tion plus poli­ti­sée. Cela s’est confirmé lorsqu’il a demandé le comp­tage des voix expri­mées dans les der­niè­res élections pré­si­den­tiel­les, élections qui ont donné a Dilma Rousseff le droit d’exer­cer son deuxième mandat pré­si­den­tiel avec 51,64 % des voix lais­sant der­rière elle Aécio Neves, Président du PSDB à l’époque avec 48,36% des voix expri­mées. L’ironie de l’his­toire, c’est que le can­di­dat du PSDB – connu selon plu­sieurs sour­ces pour être cocaï­no­mane et « asso­cié au trafic de la drogue », a fini par être pris dans une conver­sa­tion télé­pho­ni­que dans laquelle il négo­cie des « pots-de-vin » et menace de mort un de ses cou­sins. Aécio Neves et sa soeur font partie d’une élite bré­si­lienne qui remonte à l’époque de la colo­ni­sa­tion dans l’État de Minas Gerais. Aujourd’hui reje­ter par ses électeurs, Aécio Neves « c’est un fan­tasme de soi-même »17. Ils ont appris avec leurs arrière-parents à mani­pu­ler les lois et à gagner de l’argent par tous les moyens qui ne sont pas dif­fé­rents de ceux des autres frac­tions du capi­tal repré­sen­tés par d’autres partis poli­ti­ques. Les jeux d’inté­rêts, les trafic d’influen­ces, la pra­ti­que des « pots-de-vin » etc., ont com­mencé en terres bré­si­lien­nes au début de la colo­ni­sa­tion. La ques­tion alors est de savoir pour­quoi ni Aécio Neves, ni sa soeur, ne sont pas en prison. Sa soeur a été empri­son­née pen­dant quel­ques jours puis de suite libé­rée. En revan­che, Aécio Neves est resté séna­teur même s’il y a contre lui des faits suf­fi­sam­ment com­pro­met­tants.

Quant a Fernando Henrique Cardoso lui-même, la ques­tion est de savoir pour­quoi lui – qui pos­sède des inves­tis­se­ments divers, plu­sieurs fazen­das et des appar­te­ment hors du Brésil dont un de plus de 300 m2, avenue Foch à Paris près des Champs-Élysées -, n’a subit aucune pour­suite quand tout le monde connaît les scan­da­les18 liées à la pri­va­ti­sa­tion d’entre­pri­ses de l’État telles l’his­to­ri­que Vale do Rio Dôce, la Telebras, etc. Pendant le Gouvernement de Fernando Henrique Cardoso (1995-2003), il y a eu les plus gran­des pri­va­ti­sa­tions de l’his­toire du Brésil qui ont rendu soi-disant aux cof­fres publics 78,6 mil­liards de reais19, afin soi-disant d’empê­cher l’aggra­va­tion de la dette public. Mais ceci n’a pas empê­ché l’aug­men­ta­tion de cette dette qui est passée de 269 mil­liards de dol­lars en 1996 à 881 mil­liards en 200220. La der­rière perle FHC – comme il est appelé publi­que­ment-, est appa­rue le 21 août der­nier. Cardoso, après la prise de posi­tion de l’ONU par concer­nant le droit de Lula de pou­voir concou­rir aux élections, a tenté de démo­ra­li­ser le fon­da­teur du Parti des Travailleurs et Lula lui-même. Il n’affronte pas direc­te­ment la déci­sion de l’ONU, mais cri­ti­que Lula et son dis­cours sur ce que c’est a passé au Brésil depuis 2016. Lula dénonce dans le New York Times la « per­sé­cu­tion de la droite pour qu’il ne puisse pas se pré­sen­ter comme can­di­dat aux élections pré­si­den­tiel­les de 2018 ». La réponse de FHC publiée dans le jour­nal Financial Times21, exige« plus de res­pect pour le Brésil » et expli­que que ce que se passe en ce moment dans ce pays est néces­saire pour un nou­velle ordre. Il dit encore que, contrai­re­ment a ce que dit Lula, l’impeach­ment de Dilma Rousseff n’a pas été un coup d’état mais un acte légi­time contre qui a commit le crime de res­pon­sa­bi­lité . Alors, on peut se deman­der si Fernando Henrique Cardoso n’a pas commis lui aussi un« crime de res­pon­sa­bi­lité », c’est-à-dire, dépen­ser plus qu’il ne pos­sé­dait dans ses man­dats, chose que sûre­ment tous les pré­si­dents du Brésil ont « commis » et qui est pra­ti­que cou­rante dans la majo­rité des pays. Le « crime de res­pon­sa­bi­lité » attri­bué à Dilma Rousseff « a consisté en des retards de paie­ments sur des contrats de ser­vi­ces avec des ins­ti­tu­tions finan­ciè­res publi­ques et non pas des opé­ra­tions de crédit » 22 . De plus, l’accu­sa­tion fai­sait « réfé­rence à des actes réa­li­sés en 2014 », et par consé­quent, anté­rieurs à son mandat qui a débuté en 2015. Le Procureur Général de l’Union (qui a été aussi Ministre de la Justice de Dilma Rousseff et son avocat de défense), José Eduardo Cardozo, a rap­pelé pour sa défense que le Tribunal de Contas da União, c’est-à-dire de la Fédération, n’a pas consi­déré cette pra­ti­que comme irré­gu­lière en réfé­rence à l’année 2015 lorsqu’il a modi­fié sa juris­pru­dence, mais par rap­port à l’année pré­cé­dente. Pour cela, il ne pou­vait pas infli­ger une « puni­tion rétroac­tive », compte tenu du fait qu’il ne l’a pas fait aux gou­ver­ne­ments pré­cé­dents, c’est-à-dire, à tous les gou­ver­ne­ments de la République Nouvelle depuis la fin de la Dictature Militaire en 1986. Cardozo fait remar­quer encore que « les six cré­dits sup­plé­men­tai­res ouverts dans le mandat pré­cé­dent de Dilma n’ont pas modi­fié le plan finan­cier pour 2015 ni la limite glo­bale des dépen­ses pour le nou­veau man­dat23 ».

En ce qui concerne la droite et l’extrême droite, le député de l’extrême droite à l’Assemblée Nationale, Jair Bolsonaro, un ancien para­chu­tiste, mili­taire de la réserve, déve­loppe un dis­cours homo­phobe, auto­ri­taire, défen­seur du coup d’état de 1964 et de la tor­ture. Il aurait réussi à attein­dre le seuil de 30%, selon cer­tains son­da­ges d’inten­tions de vote et pas plus de 18% après le pre­mier débat public, selon d’autres son­da­ges. Il y a des sec­teurs du capi­tal ban­caire qui sou­tien­nent que Bolsonaro ira au deuxième tour avec Lula ou Hadad. Quand on observe l’audience acquise par Bolsonaro, on se dit que l’his­toire semble se répé­ter. Devant le vide poli­ti­que et d’un projet capa­ble de pren­dre en compte la majo­rité de la popu­la­tion, devant l’agi­ta­tion et le méconten­te­ment gran­dis­sant avec les ris­ques sérieux de débor­de­ment, le dis­cours auto­ri­taire séduit, en plus des fas­cis­tes (qui pen­dant les années 1930 sem­blent avoir cons­truit le Parti Intégraliste avec quel­que chose comme 1 mil­lion d’adhé­rents), une partie de la popu­la­tion pas vrai­ment poli­ti­sée, plus ou moins déses­pé­rée et qui voit dans ce dis­cours un soi-disant ordre régu­la­teur du pro­grès et de la réso­lu­tion de ses pro­blè­mes immé­diats. Bien sûr dans le cadre de cette élection pré­si­den­tielle, il y a sans aucun doute un contenu de révolte anti-esta­blish­ment. La poli­ti­que au Brésil s’est trans­for­mée dans une cer­taine mesure en une lutte contre le sys­tème tra­di­tion­nel de poli­ti­ciens de car­rié­ris­tes. C’est bien dans une partie moins poli­ti­sée de la popu­la­tion que Bolsonaro trouve une partie de son audience.

Toutefois le Brésil n’est pas dans une situa­tion égale à la situa­tion alle­mande des années 1930 où le grand capi­tal avait décidé d’appuyer Hitler devenu leader popu­liste d’extrême droite. Dans le cas par­ti­cu­lier du Brésil après Lula, les grands entre­pre­neurs et, sur­tout, les oli­gar­ques de la finance savent que le projet de Lula et du PT diver­gent dans leurs maniè­res de trai­ter la pau­vreté et les sala­riés qua­li­fiés, ainsi que leur vision de la place qui devrait appar­te­nir au Brésil dans la géo­po­li­ti­que mon­diale. Mais choi­sir entre Lula (au sujet duquel il y a toute une his­toire de gou­ver­ne­ment capa­ble de com­po­ser et de conci­lier cer­tains inté­rêts, comme, par exem­ple, main­te­nir le Brésil comme le para­dis fiscal du capi­tal) et l’impré­vi­si­bi­lité d’un per­son­nage comme Bolsonaro, le choix est déjà fait. Le choix est aussi fait lors­que les agen­ces de l’État amé­ri­cain font cir­cu­ler des docu­ments prou­vant que le Général Ernesto Geisel (qui avait été consi­déré comme le pro­mo­teur de la tran­si­tion démo­cra­ti­que au Brésil) avait recom­mandé l’uti­li­sa­tion de mesu­res extrê­mes pour faire dis­pa­raî­tre des oppo­sants au régime de 1964. Bien sûr, cela est apparu quand les mena­ces de coup d’état mili­taire étaient pré­sen­tes à nou­veau dans la conjonc­ture bré­si­lienne.

Il faut consi­dé­rer alors toutes les contra­dic­tions pré­sen­tes dans la conjonc­ture actuelle. L’arres­ta­tion de Lula a déclen­ché un mou­ve­ment qui ne fait que croî­tre, de plus de 300 uni­ver­si­tai­res et juris­tes des gran­des uni­ver­si­tés dans le monde et qui ont lancé un mani­feste inti­tulé « Lula est un pri­son­nier poli­ti­que. Lula Libre ! », sou­li­gnant sa condi­tion de can­di­dat à la pré­si­den­tielle. Leurs argu­ments et leur impor­tance acquise dans la conjonc­ture pré­sente appor­tent des éclaircissements fon­da­men­taux. Les signa­tai­res cher­chent à appor­ter des infor­ma­tions sur le « carac­tère arbi­traire du pro­ces­sus mené par le juge Sergio Moro » contre Lula et exhor­tent la com­mu­nauté inter­na­tio­nale à exiger sa libé­ra­tion immé­diate. Ils sou­li­gnent que « les abus du pou­voir judi­ciaire contre Lula cons­ti­tuent une per­sé­cu­tion poli­ti­que à peine dégui­sée sous cape juri­di­que » et que sa « déten­tion blesse pro­fon­dé­ment la démo­cra­tie bré­si­lienne ». Ladite Opération LAVA JATO (LAVAGE EXPRESS, du fait qu’elle a été une action juri­dico poli­cière et que la police a par habi­tude de donner des noms à ses actions struc­tu­rées) est carac­té­ri­sée comme une « enquête sur les paie­ments illi­ci­tes aux cadres de Petrobras et aux poli­ti­ciens », dont cer­tains se sont pro­duits alors que Lula n’était plus pré­si­dent ». Ils insis­tent sur le fait qu ’« il n’y a aucune preuve de sa par­ti­ci­pa­tion dans l’accep­ta­tion des ‘pots-de-vin’ » et que pour la loi bré­si­lienne « la cor­rup­tion est une rela­tion d’échange » et que pour condam­ner Lula pour cor­rup­tion le Ministère Public et son « pro­cu­reur auraient dû avoir prouvé qu’il avait par­ti­cipé frau­du­leu­se­ment aux auto­ri­sa­tions publi­ques et qu’il avait reçu des biens ou des actifs en contre­par­tie de ces actes illi­ci­tes ». Leur rap­port a également sou­li­gné qu’en 2016, Lula a été accusé d’avoir reçu un appar­te­ment de l’OAS (une des plus gran­des entre­pri­ses de cons­truc­tion civile bré­si­lien­nes), l’une des entre­pri­ses qui a passé des contrats avec la Petrobras et qui était impli­quée dans les sys­tè­mes de cor­rup­tion. Ils signa­lent encore que cepen­dant, « il n’y a pas de conver­sa­tion télé­pho­ni­que enre­gis­trée, pas de tran­sac­tions ban­cai­res qui pour­raient servir de preu­ves, ni de trans­ferts de fonds ou de titres de pro­priété » attes­tant que la pro­priété était à Lula qui n’a jamais « uti­lisé ou béné­fi­cié de l’appar­te­ment », ce qui pour­tant a fait l’objet de sa condam­na­tion. Ces per­son­na­li­tés atti­rent l’atten­tion sur l’aspect le plus étrange de cette affaire de l’appar­te­ment tri­plex : l’immeu­ble a été négo­cié « comme garan­tie par l’OAS dans la tran­sac­tion de prêt à long terme, nonobs­tant le fait que Lula était accusé d’être son pro­prié­taire » !

Il est très curieux que Sergio Moro ait « ignoré le manque de preu­ves incri­mi­nan­tes ». La condam­na­tion qu’il a pro­non­cée a été déci­dée sur la base d’une « col­la­bo­ra­tion infor­melle » (qui est dif­fé­rente de la figure juri­di­que de la déla­tion primée) de Leo Pinheiro, l’un des diri­geants de l’OAS. Pinheiro avait déjà été condamné à 26 ans de prison lorsqu’il a décidé de « col­la­bo­rer » et d’impli­quer Lula, affir­mant que la pro­priété était « des­ti­née » à Lula, une décla­ra­tion qui contre­dit 73 autres témoi­gna­ges. La peine de Pinheiro, à son tour, a été réduite à trois ans et il a été placé en régime semi-ouvert comme rétri­bu­tion pour les ser­vi­ces qu’il a rendus.

Le rap­port mani­feste sou­li­gne également que « le minis­tère public n’a indi­qué aucune action ou omis­sion spé­ci­fi­que exé­cu­tée par Lula au profit de l’OAS ». Alors, la ques­tion pour les plus scep­ti­ques serait de savoir si Sergio Moro a condamné Lula pour avoir commis des « actes de cor­rup­tion indé­ter­mi­nés » qui auraient pro­fité à l’OAS. La réponse semble bien être oui. Pour les per­son­na­li­tés signa­tai­res, « cette caté­go­ri­sa­tion inverse la res­pon­sa­bi­lité de la charge de la preuve », figure juri­di­que qui doit être sup­por­tée par celui ou par l’ins­ti­tu­tion qui accuse ou veut condam­ner quelqu’un. Cette inver­sion pro­duite par la Lava Jato intro­duit dans le droit public la règle selon laquelle il n’est pas néces­saire d’appor­ter des preu­ves direc­tes si d’autres types de témoi­gna­ges obli­gent l’accusé à prou­ver qu’il est inno­cent, pro­cé­dure qui « n’existe tout sim­ple­ment pas dans le sys­tème juri­di­que bré­si­lien ». Ainsi pour eux, dès lors que le cas de Lula n’a pas de lien avec les faits de cor­rup­tion à la Petrobras, « il n’aurait pas dû être jugé par Moro ». Chose abso­lu­ment inconnue, en effet, le magis­trat a « choisi Lula comme accusé et a pro­cédé comme « inves­ti­ga­teur » ou agi en qua­lité d’enquê­teur, de pro­cu­reur et de juge.

Des juges inter­na­tio­naux de renom sou­tien­nent qu’« une telle sen­tence, par les normes bré­si­lien­nes, n’a aucun fon­de­ment juri­di­que et cons­ti­tu­tion­nel, puisqu’elle « fait réfé­rence à des actes indé­ter­mi­nés et ne résiste pas à un examen juri­di­que logi­que et rai­son­na­ble ». En outre, les réfé­ren­ces aux « actes d’office » sont irréel­les. La rédac­tion de l’accu­sa­tion pro­duit un récit qui com­mence en 2013, bien après le départ de Lula de sa fonc­tion offi­cielle de pré­si­dent de la République.

La com­mu­nauté juri­di­que inter­na­tio­nale qui a signé le Manifeste pour Lula libre affirme également qu’il y a eu une véri­ta­ble « guerre juri­di­que contre Lula ... pour que son procès reste sous la juri­dic­tion de Moro à tout prix. » De nom­breu­ses situa­tions étranges sont appa­rues après l’accu­sa­tion, comme par exem­ple la ten­ta­tive de conduite coer­ci­tive et la célé­rité du « juge­ment de l’appel contre la peine de Moro ». Le cas de Lula a été placé devant 257 autres affai­res qui atten­daient juge­ment dans la même ins­tance juri­di­que. Le rap­por­teur n’a mis que six jours pour com­plé­ter son ana­lyse « étant donné alors que le pro­ces­sus com­por­tait des mil­liers de pages et des heures de témoi­gna­ges. » La cour a mis 196 jours pour juger l’appel quand, en moyenne, il faut 473 jours pour juger des affai­res simi­lai­res. Selon la Constitution bré­si­lienne, « per­sonne ne sera tenu cou­pa­ble tant qu’une condam­na­tion défi­ni­tive n’aura pas été pro­non­cée. » La Constitution bré­si­lienne insiste sur la figure juri­di­que de la pré­somp­tion d’inno­cence, alors que le nou­veau modèle juri­di­que appli­qué par Sergio Moro - et des dizai­nes de jeunes avo­cats et juges ou magis­trats qui tra­vaillent avec lui en géné­ral, tous formés par les uni­ver­si­tés amé­ri­cai­nes -, insiste sur la pré­somp­tion de culpa­bi­lité. Ce nou­veau modèle fait alors le contraire : « tous sont cou­pa­bles jusqu’à preuve du contraire ». Il y a main­te­nant une sorte de cynisme selon lequel « celui qui dénonce un cri­mi­nel n’est pas un déla­teur. Il est un témoin ». La peine pro­non­cée par Moro contre Lula peut tou­jours être exa­mi­née par les cours supé­rieu­res et par la Cour suprême fédé­rale, cette der­nière étant la plus haute juri­dic­tion du pays pour les ques­tions cons­ti­tu­tion­nel­les. Mais le procès Habeas Corpus contre le STF leur a été refusé.

Face à de tels faits, si igno­rant que soit le citoyen, il se pose la ques­tion : pour­quoi un tel entê­te­ment ? Une hypo­thèse est pro­ba­ble. En 2016, la forme qu’a pris l’Impeachment de Dilma Rousseff et du procès juri­di­que de plu­sieurs de ses pro­ta­go­nis­tes, des minis­tres et conseillers est une nou­velle forme de lutte poli­ti­que qui a été mise en place et qui n’a pas changé son essence motrice : la judi­cia­ri­sa­tion des gou­ver­ne­ments non ali­gnés sur la géo­po­li­ti­que domi­nante tout à fait cohé­rente avec les néo-ali­gne­ments des frac­tions de l’oli­gar­chie finan­cière inter­na­tio­nale, dont celle du Brésil. La troi­sième voie est une forme de gou­ver­ne­ment tolé­rée lors­que les repré­sen­tants plus directs du capi­tal ne par­vien­nent pas à assu­rer leurs repré­sen­ta­tions direc­tes. Cela expli­que l’effon­dre­ment du popu­lisme au Brésil dans les années 1960.

Les années 1970 sem­blaient avoir mis fin au popu­lisme au Brésil. Lula et son gou­ver­ne­ment ont montré que ce n’était pas le cas. Leader cha­ris­ma­ti­que qui avait ter­miné son deuxième mandat avec plus de 90% de son­da­ges favo­ra­bles, il vou­lait un déve­lop­pe­ment du capi­ta­lisme capa­ble de s’har­mo­ni­ser avec les poli­ti­ques publi­ques de jus­tice sociale. Lui et son gou­ver­ne­ment ont fait des choix d’allian­ces natio­na­les et inter­na­tio­na­les qui, s’ils ne nient pas le sys­tème dans ses fon­de­ments, le met­taient en conflit économique et poli­ti­que avec d’autres forces économique et socia­les. Malgré son aspi­ra­tion bona­par­tiste, il n’a pas réussi à fran­chir l’obs­ta­cle des clas­ses domi­nan­tes qui à leurs tours - et a partir de leurs frac­tions plus ou moins asso­ciées au niveau inter­na­tio­nal qui n’ont pas cessé de concou­rir entre elles-mêmes. Pour cela, malgré la reconnais­sance mon­diale de Lula comme le plus grand lea­der­ship de l’Amérique latine au cours des der­niè­res décen­nies, les dis­pu­tes entre les frac­tions du grand capi­tal et leurs repré­sen­tants au Brésil - celles qui ne se sen­taient pas suf­fi­sam­ment repré­sen­tées dans leurs inté­rêts par Lula -, ont refusé de sup­por­ter 20 ans de plus de gou­ver­ne­ment du Parti des Travailleurs, chose qui se serait pro­duite s’il avait été réélu encore une fois en 2018 pour un nou­veau mandat. Cela pour­rait bien être le cas avec une vic­toire du PT aux pré­si­den­tiel­les en 2018. Lula est un popu­liste par ses options bona­par­tis­tes et par son illu­sion bona­par­tiste qui lui a fait croire qu’il serait capa­ble de convain­cre toutes les élites domi­nan­tes et les oli­gar­chies finan­ciè­res qu’il pour­rait être la meilleure option pour leurs inté­rêts. Mais il est aussi popu­liste par la poli­ti­que sociale qu’il a tou­jours voulu mettre en place de par son iden­ti­fi­ca­tion avec les masses, celle des masses popu­lai­res avec lui et de par son ori­gine pauvre, lui qui a fui la séche­resse du Nord-est bré­si­lien. Mais il n’est pas n’importe quel popu­liste. Il est le plus habile repré­sen­tant d’une troi­sième voie que l’his­toire du Brésil a pro­duit après Getúlio Vargas. Il est un popu­liste de gauche ou de centre-gauche. Il sou­tient la pos­si­bi­lité d’une huma­ni­sa­tion de l’ordre actuel à tra­vers la cons­truc­tion d’un nouvel équilibre entre les forces poli­ti­ques et économiques.

La conjonc­ture bré­si­lienne actuelle est d’une com­plexité inat­ten­due. Les forces poli­ti­ques qui ont promu l’impeach­ment et le Coup d’État de 2016 et qui conti­nuent à agir en vue d’exclure le « projet luliste » de la course à la pré­si­dence de la répu­bli­que, n’ont pas réussi à cons­truire une figure poli­ti­que à la hau­teur de Lula. Au même temps, les adver­sai­res de son « projet poli­ti­que » l’ont envoyé en prison et l’y main­tien­nent, tout en sachant qu’il est du point de vue du contrôle poli­ti­que de l’ordre ins­ti­tué, la meilleure solu­tion pour régler la crise poli­tico-sociale du Brésil actuelle. Alors, qu’on le veuille ou non, il s’agit du pre­mier pri­son­nier poli­ti­que de la jeune démo­cra­tie bré­si­lienne. Malgré cela il conti­nue d’être à la pre­mière place des inten­tions de vote pour la pro­chaine élection pré­si­den­tielle avec plus de 40% selon cer­tains son­da­ges offi­ciels. La crise conti­nue de s’aggra­ver sans que les élites domi­nan­tes du pays puis­sent trou­ver une alter­na­tive aux pro­chai­nes élections pré­si­den­tiel­les. Lula et Dilma ne pré­co­ni­saient pas une poli­ti­que dif­fé­rente, mais ont cher­ché le sou­tien du peuple grâce à des poli­ti­ques publi­ques (Ma maison, ma vie, les quotas dans les uni­ver­si­tés, les allo­ca­tions fami­lia­les, Plus méde­cins, etc.), tout en évitant d’affron­ter le capi­tal (petit, moyen ou grand), encore moins le capi­tal trans­na­tio­nal. Tout au contraire, ils ont cher­ché à mettre en œuvre une crois­sance du Brésil avec moins de crise et une cer­taine redis­tri­bu­tion des reve­nus. Le lulisme est ainsi la repro­duc­tion d’une troi­sième voie, sem­bla­ble à ce que Vargas avait ima­giné : un capi­ta­lisme avec profit, qui favo­rise les forces économiques et socia­les du pays et qui soit capa­ble d’aug­men­ter le niveau de vie de la popu­la­tion.

Cependant, peut être l’élément le plus dif­fi­cile à sur­mon­ter pour le « lulisme » est son ambi­tion natu­relle à jouer un rôle majeur dans ce scé­na­rio inter­na­tio­nal. Il vou­lait uti­li­ser le pétrole du pré-salé (parmi d’autres atouts de l’économie bré­si­lienne) pour la cons­truc­tion d’une nou­velle géo­po­li­ti­que, pour un autre équilibre mon­dial. Si la pre­mière fonc­tion la plus impor­tante de tous les gou­ver­ne­ments du monde est d’assu­rer le profit comme la « règle d’or » du fonc­tion­ne­ment du capi­ta­lisme mon­dial, louan­ges chan­tées comme un mantra pour la crois­sance, égale à évolution, à pro­grès, à déve­lop­pe­ment, etc…, la deuxième fonc­tion la plus impor­tante est de réduire l’impact de la crise sur les frac­tions du capi­tal et sur la popu­la­tion en géné­ral. Néanmoins, les contra­dic­tions entre les inté­rêts oli­gar­chi­ques finan­ciers et la ges­tion d’un état natio­nal sou­cieux des besoins de sa popu­la­tion sont évidents quand nous pen­sons à quel­ques exem­ples, comme ceux des gou­ver­ne­ments Lula/Dilma. L’his­toire montre tou­jours que l’argent du capi­tal (de moins en moins capi­tal et tou­jours plus d’argent sans valeur réelle), pro­duit des contra­dic­tions insur­mon­ta­bles au sein des élites puis­san­tes dif­fi­ci­les à nommer per­son­nel­le­ment. C’est bien pour cela que ces forces poli­ti­ques et économiques contra­dic­toi­res ont pesé dans la déci­sion des sec­teurs impor­tants des élites bré­si­lien­nes et celles des socié­tés trans­na­tio­na­les qui ont ren­versé Dilma. Au cours de l’his­toire mon­diale, jusqu’à aujourd’hui, l’inté­rêt des clas­ses domi­nan­tes passe tou­jours devant l’inté­rêt géné­ral y com­pris celui de la sou­ve­rai­neté natio­nale. Une chose aussi est bien vraie : si jusqu’à aujourd’hui aucune société n’a réussi à orga­ni­ser un sys­tème poli­ti­que supé­rieur dans la pra­ti­que a ce de la « démo­cra­tie » dite repré­sen­ta­tive qui est en crise par­tout dans le monde. Il semble a un bon nombre poli­ti­ciens de car­rière bien inten­tion­nés être pos­si­ble de cons­truire un équilibre économique basé sur la pro­duc­tion (et dont le but reste le profit) et au même temps de har­mo­ni­ser cela a une poli­ti­que démo­cra­ti­que. La solu­tion que l’his­toire trou­vera pour régler ce dilemme dépen­dra du degré de cons­cience que l’ensem­ble de la popu­la­tion pla­né­taire sera capa­ble d’attein­dre dans son propre inté­rêt.