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Six mois après, et maintenant !

par Jean-Louis ERNIS, le 26 janvier 2018

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Un peu plus de six mois après la mise en place de l’actuelle majorité parlementaire, j’ai voulu faire le point sur la période des primaires à ce jour.

Il m’est apparu intéressant de regarder dans quelle situation se trouve la politique française et plus particulièrement où en est La France Insoumise ?

Il est fort probable que dans quelques décennies, les historiens, sociologues et autres politologues qualifieront la période, que traverse actuellement la France, d’étonnante, de trouble, d’incompréhensible et de schizophrène.

Sommaire  :

L’incohérence démocratique

Les fran­çai­ses et les fran­çais n’ont-ils pas fait preuve d’inco­hé­rence en élisant aux plus hautes res­pon­sa­bi­li­tés de l’État, un homme qui pen­dant près de cinq ans fut, tour à tour, l’un des plus pro­ches conseillers du Président, de mai 2012 à juin 2014, puis Ministre de l’Economie d’août 2014 à mai 2016 d’un Président de la République honni par le peuple, au point de ne pou­voir sol­li­ci­ter un deuxième mandat !

Le choix fait par Hollande de pri­vi­lé­gier la poli­ti­que de l’offre (ver­se­ments de fonds publics, sous diver­ses formes, à l’économie privée) en oppo­si­tion à la poli­ti­que de la demande (relance du pou­voir d’achat) fut une idée libé­rale de Macron et de quel­ques autres.

On lui doit les lois contes­ta­bles et très contes­tées, siglées Macron I et Macron II, au final deve­nue El Khomri, qui pro­vo­qua les évènements sociaux que l’on connaît.

Le résul­tat de cette poli­ti­que pra­ti­quée pen­dant près de cinq ans fut loin d’être un succès puisqu’elle généra une forte aug­men­ta­tion du chô­mage.

Autre inco­hé­rence du peuple fran­çais, celle d’avoir élu un Président de la République très pro-Union Européenne alors que géné­ra­le­ment les électeurs fran­çais bou­dent les urnes lors des consul­ta­tions pour l’élection du Parlement euro­péen.

Soixante pour cent d’entre eux se sont abs­te­nus en 2009 et cin­quante huit pour cent en 2014 !

Cependant, on peut peut-être excu­ser le peuple fran­çais qui doit faire face à un authen­ti­que jeu de bon­ne­teau poli­ti­que.

Économie libérale : la bride sur le cou

Depuis la chute du mur de Berlin et l’implo­sion de l’URSS, ouvrant un bou­le­vard à la glo­ba­li­sa­tion finan­cière, au néo­ca­pi­ta­lisme, au néo­li­bé­ra­lisme – les termes ne man­quent pas, la classe domi­nante s’orga­nise pour assu­rer la péren­nité de ses inté­rêts.

Elle sait que cer­tai­nes échéances électorales pro­pres aux États sont capi­ta­les pour son avenir. Alors en cou­lisse, elle tire les ficel­les.

Elle n’a pas oublié l’aver­tis­se­ment de son mentor Ronald Reagan qui déclara au cours des années 80 « L’État n’est pas la solu­tion, mais le pro­blème »

Alors, faute de ne pou­voir détruire les struc­tu­res étatiques, le néo­ca­pi­ta­lisme s’orga­nise pour en contrô­ler les poli­ti­ques économiques et donc les diri­geants.

C’est très exac­te­ment la dénon­cia­tion faite par le can­di­dat Hollande au Bourget en 2012 quand il déclara « ...je vais vous dire qui est mon adver­saire, mon véri­ta­ble adver­saire. Il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne pré­sen­tera jamais sa can­di­da­ture, il ne sera donc pas élu, et pour­tant il gou­verne. Cet adver­saire c’est le monde de la finance »

Hélas, ce mes­sage criant de vérité est resté à l’état d’incan­ta­tion.

Une période abjecte

Jamais depuis l’avè­ne­ment de la 5ième République la période pré-électorale – pré­si­den­tielle et légis­la­ti­ves – n’aura sus­cité autant de las­si­tude, de rejet et d’écœurement, condui­sant fina­le­ment les citoyens fran­çais à se réfu­gier mas­si­ve­ment dans l’abs­ten­tion.

A la pré­si­den­tielle, au pre­mier tour, l’abs­ten­tion fut de 22,2 % et le vote blanc et nul 2,56 %. Au 2ième tour l’abs­ten­tion fut de 25,8 % et 11,5 % de blancs et nuls.

Pour les légis­la­ti­ves, au pre­mier tour 51 % des ins­crits ne se sont pas rendus aux urnes et 57 % au deuxième tour. Pour ce deuxième tour, 9,87 % des votants ont glissé un bul­le­tin blanc soit 1.397.496 électeurs et 593.159 ont été qua­li­fiés de nuls.

Mais pour­quoi cette las­si­tude, ce rejet, et fina­le­ment cet écœurement ?

Entre la période des pri­mai­res de la droite et le 1er tour de la pré­si­den­tielle, sept mois de bour­rage de crâne et de men­son­ges furent impo­sés au peuple.

Etait-il néces­saire de vivre ces comé­dies poli­ti­cien­nes, outra­geu­se­ment média­ti­sées, pour être per­sua­dés de l’héré­sie du sys­tème ?

Rappelons que l’inven­tion des « pri­mai­res ouver­tes » fut l’œuvre d’Arnaud Montebourg. Après le cala­mi­teux congrès du parti socia­liste tenu à Reims en 2008, théâ­tre d’une vraie bataille de chif­fon­niers, il com­prit que les mili­tants du PS n’étaient plus en mesure de tenir congrès serei­ne­ment.

D’où l’idée « d’offrir au peuple » le choix du can­di­dat pour la pré­si­den­tielle de 2011.

Cette pri­maire socia­liste ayant conduit le vain­queur à conqué­rir l’Élysée, la droite, elle aussi, empê­trée dans ses que­rel­les d’ego, pour­tant peu friande de ce genre d’exer­cice finit par s’y confor­mer.

La primaire de la droite

La pri­maire dite de la droite et du centre fut orga­ni­sée à grands coups de trom­pette.

Les son­da­ges placés dans la serin­gue média­ti­que nous envoyaient, à un rythme sou­tenu, des giclées de résul­tats si cré­di­bles que le peuple cré­dule ne pou­vait qu’être per­suadé.

Sarkozy était en mau­vaise pos­ture, Fillon se traî­nait en queue de pelo­ton, Juppé, qua­li­fié hon­teu­se­ment de par­ti­san d’une droite modé­rée, était le gran­dis­sime favori.

Et puis, pata­tras. Au soir du 1er tour de la pri­maire, Sarkozy subis­sait la honte de l’élimination, (20,71%) Juppé cirait le banc (28,6%) et Fillon s’empa­rait de la place de leader (44%)

Pour le deuxième tour, Fillon filait à l’anglaise avec 66,5 %, Juppé ne recueillait que 33,5 % !

La ques­tion posée fut celle de savoir com­ment celui qui, pen­dant cinq ans, passa pour le larbin de Sarkozy pu sortir vain­queur de cette pri­maire.

Très rapi­de­ment, l’admi­ra­teur de Margaret Thatcher dévoila au grand public son conser­va­tisme socié­tal s’alliant ainsi les tra­di­tio­na­lis­tes catho­li­ques requin­qués avec le mariage pour tous, dont « Sens commun »

Au soir du deuxième tour de la pri­maire (27 novem­bre 2016) cet exer­cice, faus­se­ment appelé démo­cra­ti­que, aura, une fois de plus, montré ses limi­tes.

En effet, il sera révélé qu’au pre­mier tour, des électeurs plutôt habi­tués à voter socia­liste se sont pré­ci­pi­tés aux urnes de la droite pour éliminer Sarkozy !!!

Comme si il y avait une dif­fé­rence nota­ble entre Sarkozy et Fillon !

Quoi qu’il en soit, selon les pré­di­ca­teurs média­ti­ques, promis juré, le futur Président de la République s’appel­le­rait François Fillon.

C’était sans comp­ter avec les révé­la­tions d’emplois fic­tifs d’atta­chés par­le­men­tai­res, de sa femme, de ses enfants, de cos­tu­mes offerts à 13.000 € etc.

On connaît la suite.

Le prin­cipe des pri­mai­res ne s’en sor­tait pas grandi.

Aujourd’hui, l’aristo de la Sarthe a quitté la poli­ti­que.

La primaire des écolos

Pendant ce temps, les pri­mai­res écolos se dérou­laient tant bien que mal, plus mal que bien d’ailleurs, tel­le­ment le quin­quen­nat Hollande avait dyna­mité EELV. Entre les anciens minis­tres sortis avec l’arri­vée de Valls à Matignon et ceux qui vou­laient à tout prix voir figu­rer à leurs états de ser­vi­ces, ancien minis­tre, la lutte fai­sait rage.

Néanmoins, le 7 novem­bre 2016, Yannick Jadot sor­tait vain­queur avec 54,25 % des voix contre 40,75 % à Michèle Rivasi.

Mais curieu­se­ment, Jadot n’ira pas au bout, il ne sera pas can­di­dat à la Présidence de la République. Le 23 février 2017, il se désis­tait en faveur de Benoît Hamon.

Tout çà pour çà, encore un succès des pri­mai­res !

La « triste » alliance populaire

Puis vint le feuille­ton clow­nes­que du Parti Socialiste et de Hollande.

L’hôte de l’Élysée ayant tout au long des cinq ans expli­qué que si le chô­mage ne dimi­nuait pas signi­fi­ca­ti­ve­ment, il n’aurait aucune raison de sol­li­ci­ter un deuxième mandat, la chose parais­sait enten­due. Le quin­quen­nat de Hollande a en effet enre­gis­tré une aug­men­ta­tion du chô­mage d’envi­ron 200.000 per­son­nes.

Par ailleurs, sa vie privée étalée au grand jour et le livre publié en octo­bre 2016 « Un Président ne devrait pas dire çà ... » ont aggravé sa cote d’impo­pu­la­rité, déjà bien en-des­sous de la ligne de flot­tai­son.

En consé­quence, le 1er décem­bre 2016, le Président annon­çait son renon­ce­ment à sol­li­ci­ter un deuxième mandat.

Ouf, les can­di­dats poten­tiels du PS se trou­vaient libé­rés et prêts à affron­ter une pri­maire.

Valls quit­tait Matignon le 5 décem­bre pour se consa­crer à la pri­maire, pom­peu­se­ment appe­lée par Cambadélis « La belle alliance popu­laire »

Le pre­mier tour (22 jan­vier 2017) voyait Hamon se qua­li­fier avec 36,63 % des voix contre 31,90 % pour Valls.

Au deuxième tour (29 jan­vier 2017) Hamon réa­li­sait 58,88 % et Valls 41,12 %

Puis, la désu­nion des socia­lis­tes cons­ta­tée pra­ti­que­ment tout au long du quin­quen­nat, se concré­tisa au len­de­main du deuxième tour de la pri­maire, Valls refu­sant de se ranger der­rière le vain­queur Benoît Hamon.

Autre curio­sité de cette pri­maire de « La belle alliance popu­laire » l’atti­tude du « Vert » François de Rugy qui après ses 3,81 % du pre­mier tour et sa tra­hi­son à l’égard du PS pour appor­ter son sou­tien à Macron, le condui­sait à se faire élire Président de l’Assemblée Nationale.

Comme quoi, réus­sir des scores mina­bles et trahir son camp peu­vent conduire aux plus hauts hon­neurs de la République !

Ultime curio­sité de cette pri­maire, le cas de la repré­sen­tante des Radicaux de Gauche qui quel­ques mois après avoir concouru à cette pri­maire orga­ni­sait la fusion avec les Valoisiens.

Les socia­lis­tes auront à leur tour apporté la preuve de l’absur­dité de ces pri­mai­res.

Exit les primaires

Abordons main­te­nant le vécu des autres can­di­dats, non issus d’une pri­maire.

Évacuons dès main­te­nant le Front National et sa can­di­date Marine Le Pen, non pour négli­ger le danger de ce parti, mais parce que celui-ci n’existe qu’à cause de la vacuité du PS et par l’intran­si­geance libé­rale de la droite.

Si cette année électorale doit mar­quer notre Histoire, l’arri­vée de Macron en fera incontes­ta­ble­ment le point d’orgue, de par sa can­di­da­ture sur­prise.

Pour com­pren­dre cette can­di­da­ture, il faut se resi­tuer au cœur des années 2015/2016.

Le monde des affai­res est face à un brouillard poli­ti­que très épais.

Mais la France ne fait pas excep­tion, l’Italie, l’Espagne, le Portugal et main­te­nant l’Allemagne (sous une forme par­ti­cu­lière) sont confron­tés à ce fog poli­ti­que.

Le Président Hollande cumule les bour­des et traîne une cote de popu­la­rité néga­tive. Le PS est écartelé entre les béni-oui-oui de l’exé­cu­tif et les fron­deurs.

Les socia­lis­tes, même ripo­li­nés en sociaux démo­cra­tes ou en socio libé­raux n’ins­pi­rent plus confiance.

A droite, la situa­tion n’est pas plus sereine.

Les cinq années de Sarkozy à l’Elysée n’ont pas ras­suré le monde des affai­res et depuis 2012, la guerre fra­tri­cide entre les clans Fillon et Copé a créé un climat délé­tère au sein de l’UMP, peu ras­su­rant.

Pour le monde des affai­res, il y avait donc urgence à deve­nir inven­tif d’autant que la menace Le Pen, avec son anti Union Européenne et anti euro, se fai­sait mena­çante.

Alors, il lui fal­lait déni­cher une « marion­nette » consen­tante aux qua­li­tés requi­ses :

- pré­ser­ver l’inté­rêt supé­rieur de la finance,

- mili­ter pour le fédé­ra­lisme euro­péen,

- se mon­trer flexi­ble aux exi­gen­ces de la com­mis­sion euro­péenne,

- ne pas entra­ver la domi­nance alle­mande au sein de l’Union.

Le can­di­dat répon­dant à ces cri­tè­res devant être doté d’un tem­pé­ra­ment fort, impé­tueux, qui ne sour­cille pas face à la misère humaine née et entre­te­nue par le néo­li­bé­ra­lisme et sa for­mule euro­péiste de l’économie libre et non faus­sée.

Par ailleurs, il ne faut pas perdre de vue que nous sommes dans une période où la com. est aux avant-postes de l’acti­vité humaine, y com­pris en poli­ti­que.

L’année 2016 a intro­duit le jeu­nisme en poli­ti­que, Justin Trudeau au Canada et Matteo Renzi en Italie, même si celui-ci a dû rega­gner ses péna­tes, battu par un réfé­ren­dum du 4 décem­bre 2016.

Incontestablement, Emmanuel Macron a béné­fi­cié de cette mode qui pas­sera, comme pas­sera celle des pri­mai­res.

Mais en atten­dant, celle-ci a une influence, à tel point que les grou­pies du Président n’hési­tent pas à décla­rer qu’elles incar­nent le « nou­veau monde », lais­sant à penser qu’il y aurait un « ancien monde » à bannir, mais peut-être pas au point de faire leur la for­mule d’Eugène Pottier « Du passé fai­sons table rase » !!!

Couper les cordons ombilicaux !

Pour ne pas déro­ger aux vieilles ficel­les poli­ti­cien­nes du « Plus c’est gros, mieux çà passe » les macro­nis­tes enton­nent un refrain « Ni de droite, ni de gauche »

Derrière cet apho­risme se cache en vérité une volonté de couper plu­sieurs cor­dons ombi­li­caux.

En pre­mier lieu celui qui a relié Macron à Hollande pen­dant les cinq der­niè­res années.

Les macro­nis­tes ne veu­lent pas que la rumeur publi­que entre­tienne l’idée que Macron c’est la suite de Hollande. Et pour­tant !

En second lieu, les liens avec la droite, com­ment y échapper puis­que les postes prin­ci­paux sont assu­rés par des hommes de droite ?

Le Premier minis­tre fut l’un des hauts cadres des LR puisqu’il contri­bua acti­ve­ment à la créa­tion de l’UMP aux côtés de Juppé en 2002.

Le Ministre de l’Économie et des Finances fut, à plu­sieurs repri­ses, Ministre des gou­ver­ne­ments Fillon sous le quin­quen­nat Sarkozy. Il se pré­senta aux pri­mai­res de la droite en novem­bre 2016 et réa­lisa un score mina­ble de 2,4 %, ce qui ne l’empê­che pas d’occu­per un poste stra­té­gi­que dans le gou­ver­ne­ment Philippe.

Le Ministre de l’Action et des Comptes Publics fut le porte-parole de Sarkozy, lors de la cam­pa­gne pour la pré­si­dence de l’UMP, en 2014.

En 2007, il fut le direc­teur de cam­pa­gne du sul­fu­reux Christian Vanneste classé très, très à droite, peut-être plus à droite encore que Wauquiez !!!

Enfin, le Secrétaire d’État à la Transition Ecologique et Solidaire fut direc­teur adjoint de la cam­pa­gne de François Fillon jusqu’à la date où celui-ci fut mis en examen pour emplois fic­tifs.

Remarquons que ces hommes de droite avaient, dès décem­bre 2016, adoubé le pro­gramme de Fillon, encore plus réac­tion­naire que celui de Macron.

En clair, les poli­ti­ques appli­quées depuis plu­sieurs années par Sarkozy, Hollande et Macron sont toutes d’essence libé­rale, la seule dif­fé­rence est une ques­tion de degrés.

Supprimer l’impôt sur les gran­des for­tu­nes, modi­fier pro­fon­dé­ment le code du tra­vail en affai­blis­sant la pro­tec­tion des sala­riés, entre autres, sont des mesu­res à l’avan­tage exclu­sif du capi­tal.

Le modèle allemand

Il va sans dire que la pra­ti­que poli­ti­que d’outre-Rhin asso­ciant dans un même gou­ver­ne­ment les partis SPD/CDU/CSU a donné des idées aux affai­ris­tes de l’hexa­gone.

Notre Constitution n’étant pas la sœur jumelle de la Constitution alle­mande (dénom­mée loi fon­da­men­tale), il a fallu se limi­ter à contour­ner l’obs­ta­cle en asso­ciant des hommes et des femmes, et non des partis, autour d’idées com­mu­nes cons­ti­tuant le néo­li­bé­ra­lisme.

Hollande ayant fait tomber ce qui res­tait de la digue socia­liste, il suf­fi­sait de quel­ques astu­ces du genre « Ni de gauche, ni de droite » pour repro­duire quasi à l’iden­ti­que le sys­tème alle­mand.

Gueule de bois politique

Au len­de­main de cette chiante période électorale, la France se réveille avec une vio­lente gueule de bois poli­ti­que.

Pas un parti ne sort indemne de cette chien­lit.

- Le parti Socialiste est déca­pité.

Plusieurs de ses mem­bres ont opté pour LREM, d’autres ont « innové » avec Nouvelle Gauche d’autres encore ont créé Génération.s.

Que reste-t-il de la rue de Solférino, pas même l’immeu­ble qui est vendu ?

- La droite bona­par­tiste n’est pas dans un meilleur état.

Une partie s’est réfu­giée oppor­tu­né­ment dans le macro­nisme, pré­tex­tant un pro­fond désac­cord avec les par­ti­sans d’une droite forte, d’une droite « buis­so­niste » fei­gnant d’igno­rer que l’un des leurs, devenu minis­tre, a fri­coté avec les milieux homo­pho­bes et catho- tra­di­tio­na­lis­tes !

L’autre partie, bien que s’en défen­dant, opte pour une droite dont les contours peu­vent se confon­dre avec l’extrême droite.

- La droite orléa­niste en lam­beaux

Pudiquement appe­lée « cen­triste » cette droite subit également la bour­ras­que poli­ti­que.

L’UDI s’est désin­té­grée.

L’une de ses com­po­san­tes, le Nouveau Centre, a repris sa liberté, à sup­po­ser qu’elle l’ait un jour perdue.

- Quant aux partis crou­pions, les radi­caux de gauche et les valoi­siens, ils ont allié leurs des­tins par une réu­ni­fi­ca­tion. Mais un petit, plus un autre petit n’ont jamais fait un gros.

Notons que malgré cette chien­lit, un point commun ras­sem­ble ce beau monde, la sou­mis­sion du monde du tra­vail au pou­voir capi­ta­liste !

Les cocus, toujours les mêmes !

Dans ce caphar­naüm poli­ti­que, tout le monde n’est pas vic­time.

En France, en 2016, le nombre de mil­lion­nai­res a aug­menté de 6 %.

La lutte des clas­ses se porte admi­ra­ble­ment bien, mais ce sont les déten­teurs de capi­taux qui la pilo­tent. Ils n’ont qu’une com­mande, celle de l’accé­lé­ra­teur.

Pour les défen­seurs de l’Etat-Nation, de la République laïque et sociale, de la répar­ti­tion des riches­ses pro­dui­tes, un mince espoir sub­siste avec « La France Insoumise », mais sa des­crip­tion est com­plexe.

Le cou­loir est étroit, il est bordé d’un côté par la volonté de ne pas tuer ce qui reste d’espoir de gauche, et de l’autre par celui de s’inter­dire une quel­conque com­plai­sance à l’égard de ce qui est dif­fi­cile à iden­ti­fier, puis­que La France Insoumise s’oppose à l’appel­la­tion de « parti »

Un Front de Gauche bringuebalant !

La France Insoumise a suc­cédé au Front de Gauche, le tout sur une période de 9 ans.

L’occa­sion de faire un bilan suc­cinct.

Disons-le sans com­plai­sance, neuf ans pour voir 17 élus (es) à l’Assemblée Nationale, à ce rythme, le capi­tal a encore de beaux jours devant lui.

Fin 2008, Jean-Luc Mélenchon quitte le Parti Socialiste avec son cama­rade Marc Dolez et crée le Parti de Gauche. Très rapi­de­ment, en asso­cia­tion avec le PC, le Front de Gauche voit le jour.

Cette asso­cia­tion est, dès le départ, quel­que peu ban­cale, le nucléaire civil est un pro­fond point de dis­corde, sur­tout quand le pro­gramme poli­ti­que du PG asso­cie socia­lisme et écologie.

De vieux conten­tieux remon­tent à la sur­face, notam­ment en 2009 lors de la cons­ti­tu­tion de listes pour les euro­péen­nes. Dans la cir­cons­crip­tion Nord-Ouest, le PC s’oppose à la can­di­da­ture d’un membre éminent du PG, ex-PS.

Le duo PC/PG tourne au duel.

En interne, JLM mini­mise la situa­tion, mais tente un curieux rap­pro­che­ment avec le NPA.

C’est un pre­mier trou­ble dans la ligne poli­ti­que du PG, non pas que le NPA serait infré­quen­ta­ble mais parce qu’il n’est pas por­teur des valeurs de l’Etat-Nation et de la République sociale et laïque.

Le NPA prône la révo­lu­tion au sens plein du terme et l’alter­mon­dia­lisme qui ne peut se confon­dre avec l’inter­na­tio­na­lisme ouvrier. Aux can­to­na­les de 2011, il tenta de pré­sen­ter une jeune femme voilée, qui au final reti­rera sa can­di­da­ture.

JLM, ne rece­vant qu’une polie fin de non-rece­voir du vieux parti trots­kiste, il tente sa chance du côté d’EELV.

Deuxième trou­ble, les Verts sont des par­ti­sans déter­mi­nés du fédé­ra­lisme euro­péen, n’éprouvant aucun inté­rêt pour la sou­ve­rai­neté natio­nale. Ils n’orga­ni­sent pas de congrès natio­naux, mais des congrès inter­ré­gio­naux !

La ten­ta­tive de JLM tourne en eau de boudin. Des propos acer­bes sont échangés avec Cécile Duflot.

Le chemin tracé par JLM se fait de plus en plus tor­tueux et trou­ble des mili­tants.

A la pré­si­den­tielle de 2012, il est cré­dité de 11,1%, ce qui est hono­ra­ble, mais reste un succès rela­tif.

Il obtient les voix du PC, siphonne une partie des voix de l’extrême gauche et gri­gnote quel­que peu sur l’électorat du PS, mais sans plus.

Au pre­mier tour des légis­la­ti­ves, le Front de Gauche obtient 7 % et fina­le­ment 10 élus dont 9 du PC. De la man­da­ture pré­cé­dente, le PC avait 16 sor­tants.

La décep­tion tient au fait qu’entre la pré­si­den­tielle et les légis­la­ti­ves, 4 points ont été perdus et les dix élus ne suf­fi­ront pas à cons­ti­tuer un groupe FdG. Il faudra une alliance avec des ultra-marins pour être repré­sen­tés à l’Assemblée Nationale.

Par la suite, les nuages s’amon­cel­lent dans le ciel du Front de Gauche au point qu’en 2014, lors des élections muni­ci­pa­les, les listes Front de Gauche sont dif­fi­ci­les à cons­ti­tuer.

Le fait mar­quant se déroule à Paris, puis­que des can­di­da­tu­res com­mu­nis­tes et de la Gauche Unitaire pré­fè­rent figu­rer sur la liste d’Anne Hidalgo (PS), reje­tant celle de Danielle Simonnet (PG)

On peut dire que là, le divorce entre le PC et le PG est consommé.

S’en suit une bataille de chif­fon­nier autour du sigle Front de Gauche que le PC usurpe allè­gre­ment.

Un Front de Gauche bringuebalant !

C’est alors que Jean-Luc Mélenchon crée en février 2016 « La France Insoumise » avec un mode de fonc­tion­ne­ment par­ti­cu­lier, basé essen­tiel­le­ment sur le prin­cipe des réseaux sociaux.

Le but est de pré­pa­rer les échéances électorales de 2017.

Si le score réa­lisé à la pré­si­den­tielle est hono­ra­ble, aux légis­la­ti­ves il est très déce­vant.

Faut-il s’en étonner ?

Jean-Luc Mélenchon a conduit la cam­pa­gne pré­si­den­tielle de main de maître, tant sur la forme que sur le fond. Le pro­gramme « L’Avenir en commun » est un vrai pro­gramme répu­bli­cain, social, laïc et écologique.

Mais pour­quoi la cam­pa­gne des légis­la­ti­ves a t’elle été à ce point négli­gée ?

A un jour­na­liste qui fai­sait la remar­que quel­ques semai­nes avant le pre­mier tour de la pré­si­den­tielle, l’un des pro­ches de JLM répon­dait « les légis­la­ti­ves béné­fi­cie­ront de la dyna­mi­que de la pré­si­den­tielle »

Le résul­tat, 8 points de perdus entre le score du pre­mier tour de JLM, 19,3 %, et le résul­tat de la FI au 1er tour des légis­la­ti­ves, 11,2 %

Qu’il soit permis de s’inter­ro­ger si cette négli­gence pour les légis­la­ti­ves était volon­taire ou résul­tant d’un manque de mili­tants ?

Finalement, le groupe par­le­men­taire de la FI est hété­ro­gène.

Sur cer­tains sujets comme la laï­cité et le com­mu­nau­ta­risme, il montre des diver­gen­ces. Sur la ques­tion du com­mu­nau­ta­risme, un voile (sans jeu de mots) entre­tient un doute. Il n’y a pas que la dépu­tée Obono qui se mar­gi­na­lise. Dans la 1ière cir­cons­crip­tion de l’Essonne, pour le 2ième tour, la can­di­date de La France Insoumise n’a pas refusé l’appel, du sul­fu­reux « humo­riste » Dieudonné, à voter pour elle !!! Sur un tel sujet, la for­mule « La fin jus­ti­fie les moyens » n’a pas sa place.

Cependant, glo­ba­le­ment, ses dépu­tés sont actifs, très actifs même, mais en trop petit nombre pour avoir de l’influence.

Exhiber des boîtes de conser­ves dans l’hémi­cy­cle pour imager la réduc­tion de cinq euros sur l’allo­ca­tion loge­ment et porter un maillot de foot d’un club local pour stig­ma­ti­ser la gabe­gie finan­cière des clubs pro, relève plus d’un com­por­te­ment de mili­tants asso­cia­tifs ou syn­di­caux que de par­le­men­tai­res.

Hélas, il faut crain­dre que l’ensem­ble du quin­quen­nat soit de cette veine.

S’il en est ainsi, le bilan sera pauvre. Entre la créa­tion du PG (2008) et la fin de ce quin­quen­nat (2022) 14 années se seront écoulées sans que rien de concret à gauche ne soit enre­gis­tré.

Ce n’est vrai­ment pas sérieux et c’est la plus faible cri­ti­que que l’on puisse émettre.

Des polémiques stériles

Après les débats par­le­men­tai­res en lien avec les ordon­nan­ces, dites de la loi tra­vail, qu’il fal­lait mener mais sans convic­tion compte-tenu de la com­po­si­tion de l’Assemblée Nationale, la période qui s’en est suivie fut pathé­ti­que.

Même si le ras­sem­ble­ment du 23 sep­tem­bre orga­nisé à Paris par La France Insoumise fut un succès, la polé­mi­que avec les orga­ni­sa­tions syn­di­ca­les a été ridi­cule.

Annoncer une manif d’un mil­lion de per­son­nes sur les Champs Élysées était, pour le moins, sca­breux.

Mélenchon s’est pris les pieds dans le tapis.

Visiblement, il n’a pas com­pris, ou il ne veut pas com­pren­dre, l’état dans lequel se trou­vent les appa­reils syn­di­caux et plus lar­ge­ment le monde du tra­vail.

Depuis la fin des années 90, avec une accé­lé­ra­tion au milieu des années 2000, il n’y a plus de confé­dé­ra­tions syn­di­ca­les atta­chées à la lutte des clas­ses.

Toutes sont adhé­ren­tes à la Confédération Européenne des Syndicats, un court temps appe­lée Confédération Européenne des Syndicats Libres !

Or, cette orga­ni­sa­tion est deve­nue (peut-être depuis tou­jours) un outil inté­gré à l’appa­reil euro­péiste. D’ailleurs, aucune confé­dé­ra­tion syn­di­cale fran­çaise ne s’offus­que d’être qua­li­fiée de « par­te­nai­res sociaux » et de pra­ti­quer le sté­rile « dia­lo­gue social »

Ces termes sont inté­grés au lan­gage syn­di­cal cou­rant !!!

Quant aux sala­riés – ceux qui ont un tra­vail per­ma­nent à temps plein – hélas, pour la majo­rité d’entre eux, le combat ouvrier n’est plus la préoc­cu­pa­tion pre­mière.

Il fut une époque où faire grève était un hon­neur de classe, perdre du salaire pour sauver sa dignité était une fierté. Et tant pis, si la perte de pou­voir d’achat condui­sait à « manger des pata­tes et des nouilles » plus qu’habi­tuel­le­ment.

Aujourd’hui, la prio­rité des dépen­ses est d’une autre nature.

Pas ques­tion de se priver de son smart­phone et des appli­ca­tions qui vont avec. Facebooker, Twitter, entre autres nou­veaux moyens de com­mu­ni­quer, sont deve­nus les rai­sons d’exis­ter.

Pas ques­tion de se priver des chaî­nes payan­tes au tra­vers des­quel­les on s’exta­sie devant des mil­lion­nai­res en short, adep­tes des para­dis fis­caux, tapant dans un ballon.

En à peine trente ans, le capi­tal a réa­lisé ce tour de force, indi­vi­dua­li­ser les sala­riés en les qua­li­fiant, de sur­croît, de « col­la­bo­ra­teurs »

Il est curieux que Mélenchon ignore cette situa­tion.

Pour reve­nir aux confé­dé­ra­tions syn­di­ca­les, un autre élément semble être oublié par JLM.

La loi du 20 août 2008 orga­nise la repré­sen­ta­ti­vité des orga­ni­sa­tions syn­di­ca­les par com­pi­la­tion des résul­tats aux élections de repré­sen­ta­ti­vité des orga­nis­mes de concer­ta­tion des entre­pri­ses.

Pour la période des quatre pro­chai­nes années, les résul­tats et le clas­se­ment ont été rendus publics en mai der­nier.

Un véri­ta­ble coup de ton­nerre a claqué dans le monde syn­di­cal.

Pour la pre­mière fois depuis l’exis­tence du mou­ve­ment ouvrier fran­çais, la CGT n’est plus la pre­mière orga­ni­sa­tion. La CFDT s’est hissée sur la pre­mière marche du podium.

Quant à FO, si elle se main­tient au 3ième rang, elle recule dans 11 régions sur 13 et, pire encore, elle passe au 4ième rang en Ile de France, dépas­sée par la CFE/CGC !

On peut penser que cet échec, sinon ce revers, a fait réflé­chir les cadres de FO et les par­ti­sans du syn­di­ca­lisme d’accom­pa­gne­ment ont pris le pas sur les adep­tes d’un syn­di­ca­lisme de rap­port de force. En clair, l’impli­ca­tion de FO au côté de la CGT, pour s’oppo­ser à la loi El Khomri, après l’oppo­si­tion à la réforme des retrai­tes, n’a pas été récom­pen­sée. D’ailleurs, au cours de l’été, Mailly avait annoncé la cou­leur en osant com­pa­rer les ordon­nan­ces de la loi tra­vail de Macron avec les ordon­nan­ces créant, en 1945, la Sécurité Sociale.

Clairement, dans cette affaire de loi tra­vail, FO a voulu sauver son appa­reil.

Quant à la « Charte d’Amiens » faut-il rap­pe­ler que depuis la fin de la seconde guerre mon­diale, ce texte voté en 1906 par la CGT ori­gi­nelle (avant le congrès de Lille de 1921) n’a été la réfé­rence que pour la CGTFO ?

Jamais la CGT et la CFDT n’en ont fait leur ligne de conduite.

Le coup de grâce à ce texte fon­da­teur de l’indé­pen­dance syn­di­cale corol­laire de la lutte des clas­ses fut donné par Mailly lors d’une hon­teuse com­mé­mo­ra­tion du cen­te­naire, aux côtés de Thibault et Chérèque en 2006 !!!

On ne peut clore l’ana­lyse de cette période sans évoquer « l’Emission Politique » du 30 novem­bre.

Ou Mélenchon est cré­dule, ou il pré­sume de ses pos­si­bi­li­tés (même s’il en a de fortes)

Bien évidemment, les jour­na­lis­tes et autres ani­ma­teurs de cette émission ont été igno­bles à son encontre, mais on ne peut, à lon­gueur de colon­nes, parler de média­cra­tes, de valets de la finance et atten­dre de la com­plai­sance de celles et de ceux qui font la ligne éditoriale de l’émission.

JLM s’est lui-même piégé le jour où, choisi pour être le contra­dic­teur du Premier minis­tre, il a émis l’idée d’être le pro­chain invité prin­ci­pal de l’émission.

Il y a quel­que chose de curieux et de dif­fi­cile à cerner dans la stra­té­gie de JLM.

Il crie à cor et à cri qu’il n’est pas le leader de La France Insoumise, mais il court der­rière les micros et les camé­ras !

La France Insoumise, absente sur le terrain !

Pendant ce temps, sur le ter­rain, on cher­che les mili­tants.

Dans l’Eure, dépar­te­ment où je réside, on attend déses­pé­ré­ment l’expres­sion publi­que de la FI sur les grands sujets qui préoc­cu­pent le monde du tra­vail.

Depuis le 1er tour des légis­la­ti­ves, aucun mes­sage n’a été dif­fusé, aucune réu­nion poli­ti­que orga­ni­sée ! Une seule info a été donnée. La presse régio­nale (Paris-Normandie du 13 novem­bre) a fait le point sur les­di­tes forces de gauche pour les élections muni­ci­pa­les de 2020 dans la ville-Préfecture.

A cette occa­sion, on a pu cons­ta­ter l’exis­tence d’un porte-parole de la FI, quasi inconnu du grand public, pour expli­quer « Notre préoc­cu­pa­tion actuelle tient à la pré­pa­ra­tion fin novem­bre de notre conven­tion natio­nale » Depuis, rien !!! En fait, la FI tourne sur elle-même.

Agir concrè­te­ment ou faire de la figu­ra­tion

La France Insoumise fera bien ce qu’elle voudra mais si elle veut être utile à la mise en place d’une République sociale et laïque, elle doit chan­ger de stra­té­gie pour faire par­ta­ger au plus grand nombre « L’Avenir en commun »

C’est l’une des condi­tions d’accès au pou­voir et de s’y main­te­nir démo­cra­ti­que­ment avec le sou­tien du peuple.

Est-ce néces­saire de rap­pe­ler qu’il y a urgence ?

S’oppo­ser à la struc­tu­ra­tion du « mou­ve­ment » en « parti » est une erreur que le suf­frage uni­ver­sel finira par sanc­tion­ner.

Les moyens moder­nes de com­mu­ni­ca­tion ne rem­pla­ce­ront jamais les indis­pen­sa­bles débats en salle, les confron­ta­tions d’idées par­fois vives, condui­sant à accep­ter le vote majo­ri­taire s’agis­sant de l’élection des res­pon­sa­bles, du pro­gramme poli­ti­que, des can­di­dats aux élections etc...

L’indis­pen­sa­ble émancipation qui manque cruel­le­ment au peuple se gagne par ce type d’exer­cice. Dans une démo­cra­tie res­pon­sa­ble, le mandat reste le meilleur des sys­tè­mes, à défaut pour cer­tains d’être le moins mau­vais !

La ques­tion majeure est celle du res­pect et du contrôle du mandat.

Les argu­ments avan­cés par la FI pour s’oppo­ser à la forme « parti » ne sont pas cré­di­bles.

Au cours des trente der­niè­res années, pour ce qui est de la gauche en géné­ral et du Parti Socialiste en par­ti­cu­lier, ce sont les jeux d’appa­reils et le car­rié­risme des hommes et des femmes qui ont dis­cré­dité les partis et leurs idéo­lo­gies.

Clouer au pilori la forme « parti » est une faute

En 1983, est-ce la forme juri­di­que du « parti » socia­liste qui fut res­pon­sa­ble du chan­ge­ment radi­cal de poli­ti­que, tour­nant le dos au pro­gramme qui avait fait élire une majo­rité d’Union de la Gauche, ou la veu­le­rie d’élus pré­fé­rant suivre aveu­glé­ment François Mitterrand ?

En 1992, est-ce la forme juri­di­que de « parti » qui fut la cause de la perte de sou­ve­rai­neté moné­taire de la France, ou l’ambi­tion tein­tée de mys­ti­cisme de Mitterrand vou­lant lais­ser une trace dans l’Histoire, suivi par d’incons­cients car­rié­ris­tes ?

Plusieurs minis­tres de l’époque ont expli­qué, après coup, que le volu­mi­neux Traité de Maastricht posé déli­ca­te­ment sur la table du Conseil des Ministres avait été approuvé, sans que le bou­quin n’ait été ouvert !

On pour­rait citer bien d’autres cas de ce genre, comme le gou­ver­ne­ment Jospin qua­li­fié de « gauche plu­rielle » qui a le plus pri­va­tisé de sec­teur public, pour­tant cité en réfé­rence par Mélenchon !

Mélenchon a également par­ti­cipé au dis­cré­dit poli­ti­que en mar­chan­dant, selon ses dires, avec Hollande le poids que repré­sen­tait son cou­rant au sein du PS !

Est-ce la forme juri­di­que de « parti » qui est res­pon­sa­ble de la tra­hi­son des élus (es) et mili­tants socia­lis­tes, Fabius en tête, s’asseyant sur le vote des citoyens qui lors du réfé­ren­dum du 29 mai 2005 avait rejeté le TCE ?

Hélas, la forme « mou­ve­ment » ne garan­tit nul­le­ment la pro­tec­tion contre les déri­ves poli­ti­car­des.

Récemment, JLM n’a t’il pas féli­cité les auto­no­mis­tes corses pour leur succès au pre­mier tour, se ven­geant ainsi des com­mu­nis­tes de l’île de beauté avec qui les rela­tions sont plus que ten­dues ?

Or, ces auto­no­mis­tes corses ne cachent pas, qu’à terme, leur objec­tif est l’indé­pen­dance.

Mélenchon ne pousse t’il pas le bou­chon un peu loin quand il expli­que que l’auto­no­mie des ter­ri­toi­res est com­pa­ti­ble avec la République une et indi­vi­si­ble ?

A propos de République sociale, laïque, une et indi­vi­si­ble, JLM déclare qu’il n’y a pas trop de com­mu­nes mais, au contraire, pas assez.

Or, que fait sur le ter­rain, La France Insoumise face à la loi NOTRe qui mine les fon­de­ments de la République, c’est à dire son maillage com­mu­nal ?

Nombre de maires de peti­tes com­mu­nes rura­les sont pris dans l’étau de la rigueur bud­gé­taire et, faute de sou­tiens poli­ti­ques, se voient contraints d’accep­ter des fusions de com­mu­nes. Dans mon sec­teur, un canton rural de 5.000 habi­tants, d’une super­fi­cie de 165 km², (com­pa­ra­ti­ve­ment la super­fi­cie de Paris est de 105 km²) a été trans­formé en com­mune. Le seul vec­teur économique est l’agri­culture inten­sive qui, en fina­lité, détient la maî­trise du ter­ri­toire.

Et que fait la FI ?

Ses mili­tants sont réunis en conven­tion, ils rem­plis­sent des livrets….. Ah, Ah, Ah !!!

Il n’y a pas de temps à perdre

A cette allure, dans vingt ans, nous n’aurons pas évolué d’un pouce. Non seu­le­ment, la situa­tion ne se sera pas amé­lio­rée mais, au contraire, elle se sera aggra­vée.

Entre temps, Mélenchon aura dégoté un cha­peau à plume et l’Europe fédé­rale sera deve­nue une réa­lité.

L’extrême droite, ès qua­li­tés, aura pris le pou­voir, seule ou en coa­li­tion avec des partis qua­li­fiés de répu­bli­cains, décla­rant hypo­cri­te­ment maî­tri­ser la situa­tion et sauver l’essen­tiel de nos « valeurs » !

Pour conte­nir la délin­quance et la vio­lence en pro­gres­sion consé­cu­ti­ve­ment à la pau­pé­ri­sa­tion du peuple, les droits fon­da­men­taux dis­pa­raî­tront au nom de l’indis­pen­sa­ble redres­se­ment de la France. Des partis ayant œuvré sous la 5ième République n’hési­te­ront pas à appli­quer des poli­ti­ques répres­si­ves voire liber­ti­ci­des.

L’his­toire témoi­gne de cette conver­sion. Le vote des pleins pou­voirs à Pétain en juin 1940 l’atteste.

Pour éviter cette catas­tro­phe, un tra­vail de fond et de ter­rain doit s’orga­ni­ser pour que le peuple en souf­france retrouve confiance en lui, reprenne cons­cience de sa condi­tion de classe et recons­ti­tue sa force.

Le cons­tat est évident, au fil du temps, le néo­ca­pi­ta­lisme a réduit, pour ne pas dire fermé, l’espace de liberté poli­ti­que sur le lieu du tra­vail.

Dans un contexte de rareté et de pré­ca­rité de l’emploi, et de salaire contraint, quel sala­rié aujourd’hui peut braver son employeur par la reven­di­ca­tion ?

Encore moins par la grève !

Même les agents de la Fonction Publique sont pris dans cet étau.

Le seul espace de liberté poli­ti­que res­tant est la ges­tion de la cité.

Un tra­vail énorme existe pour les citoyens qui refu­sent la situa­tion actuelle.

Les orga­nes déli­bé­rants, conseils muni­ci­paux – conseils com­mu­nau­tai­res – conseils dépar­te­men­taux – conseils régio­naux – ont des obli­ga­tions de publi­ca­tion et de trans­pa­rence à l’égard des citoyens.

Faute d’effec­tifs en suf­fi­sance, les contrô­les de léga­lité ne sont plus faits de manière sys­té­ma­ti­que par les ser­vi­ces de l’État.

Les mar­chés publics sont très sou­vent orga­ni­sés dans l’opa­cité, y com­pris les délé­ga­tions de ser­vice public, comme la dis­tri­bu­tion et le trai­te­ment de l’eau.

Le moin­dre dos­sier engagé se tra­duit par le recours à un cabi­net conseil dont les négo­cia­tions pres­ta­tions/émoluments relè­vent de la nébu­leuse.

Ce tra­vail de sur­veillance et de contrôle est un excel­lent lieu de for­ma­tion et donc d’émancipation pour affron­ter les com­bats de plus grande ampleur.

Peu de ces orga­nes déli­bé­rants res­pec­tent leurs devoirs et hélas peu de citoyens se préoc­cu­pent de ces déri­ves.

Le droit est une chose, le faire res­pec­ter en est une autre. Et pour­tant, les moyens exis­tent.

Les séan­ces déli­bé­ra­ti­ves sont publi­ques. Les invi­ta­tions doi­vent être publiées.

Les comp­tes-rendus doi­vent être affi­chés sous hui­taine.

En cas de non res­pect par la col­lec­ti­vité, tout citoyen peut saisir

le repré­sen­tant du Défenseur des Droits.

L’accès aux docu­ments admi­nis­tra­tifs liés à la col­lec­ti­vité est libre à tout citoyen.

En cas de non res­pect de la col­lec­ti­vité, le recours à la Commission

d’Accès aux Documents Administratifs est offerte à tout citoyen.

Enfin, le recours au Tribunal Administratif est, lui aussi, offert à tout citoyen.

Pour struc­tu­rer l’action décou­lant de ces droits, la loi du 1er juillet 1901 permet la créa­tion d’asso­cia­tions et donc la mise en place de grou­pes de pres­sion.

Peut-être que les solu­tions pré­co­ni­sées seront consi­dé­rées très en deçà de l’enjeu, certes ?

Mais consi­dère-t-on que l’assise popu­laire est suf­fi­sam­ment armée intel­lec­tuel­le­ment pour affron­ter les défis, tel le retour à la sou­ve­rai­neté des Etats, et donc des peu­ples, en par­ti­cu­lier la sou­ve­rai­neté moné­taire ?

L’exem­ple bri­tan­ni­que devrait nous aler­ter.

Depuis le choix des bri­tan­ni­ques de sortir de l’Union Européenne, les euro­péis­tes de tout poil, avec pour tête de pont la majeure partie des médias fran­çais, ne ratent pas une occa­sion de cri­ti­quer ce choix quand le gou­ver­ne­ment du Royaume-Uni ren­contre des dif­fi­cultés dans la négo­cia­tion.

L’idée de refaire un réfé­ren­dum, dans le but d’obte­nir un « oui » à l’UE, est à chaque fois réi­téré.

D’où une pres­sion énorme sur le peuple.

Même s’il faut raison garder en matière de com­pa­rai­son, aux heures les plus som­bres de notre his­toire, la mobi­li­sa­tion du peuple sur le ter­rain n’a t’elle pas jouer un rôle majeur ?

Quand les poli­ti­cards auront perçu que le peuple a décidé de s’orga­ni­ser à partir du ter­rain, leur arro­gance fai­blira.

L’heure n’est plus aux études, aux rap­ports et autres cons­tats alar­mants, mais à l’action concrète.