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Débat à propos du RIC

par LA SOCIALE, le 20 décembre 2018

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Notre ami Laurent Henninger nous pose cette question : Les amis, pour le cas où vous ne seriez pas au courant, voici la position des gens de la "bande à Seldjouk". Votre avis m’intéresse.

Texte du POID

Référendum « popu­laire » d’ini­tia­tive citoyenne, la menace se pré­cise et prend forme. Que faut-il penser de la pro­po­si­tion de loi cons­ti­tu­tion­nelle sur le réfé­ren­dum d’ini­tia­tive citoyenne (RIC) ? Tout d’abord la forme de la consul­ta­tion, cette invi­ta­tion lancée sur le site de la FI de « par­ti­ci­per à l’écriture de la pro­po­si­tion de loi cons­ti­tu­tion­nelle », consul­ta­tion pure­ment for­melle, puis­que c’est en der­nière ins­tance le chef suprême qui après consul­ta­tion de lui-même et de ses pro­ches sera amené à rédi­ger la ver­sion finale, puis­que le chef suprême n’est tenu à aucun mandat véri­fia­ble par la moin­dre ins­tance élue démo­cra­ti­que­ment dans le cadre d’un congrès où les délé­gués dis­cu­tent et votent sur une orien­ta­tion. La démo­cra­tie du « clic » se sub­sti­tue aux formes ordi­nai­res de fonc­tion­ne­ment d’une orga­ni­sa­tion poli­ti­que et le gazeux for­mant un épais brouillard mas­quant la réa­lité de l’exer­cice soli­taire du pou­voir. Le titre même du projet de loi donne une indi­ca­tion pré­cise sur son contenu, « projet de loi cons­ti­tu­tion­nelle », ce qui signi­fie qu’il se situe dans le cadre du res­pect absolu de la Constitution de la Ve République. Constitution dont il faut rap­pe­ler qu’elle des­sai­sit le Parlement de tout pou­voir, même celui de faire la Loi ou de fixer son ordre du jour Constitution dans laquelle a été ins­crite l’obli­ga­tion de strict res­pect des Traités euro­péens. Toutes choses limi­tant sin­gu­liè­re­ment la portée de tout amen­de­ment. Le projet de loi pro­posé le dit expli­ci­te­ment « La Ve répu­bli­que ne le permet pas. Il est urgent d’intro­duire dans la cons­ti­tu­tion les méca­nis­mes d’ini­tia­tive citoyenne. » Curieusement, dans l’ensem­ble du texte il n’est fait aucune men­tion de l’exis­tence de partis poli­ti­ques et d’orga­ni­sa­tions syn­di­ca­les comme formes de repré­sen­ta­tions légi­ti­mes. La défi­ni­tion du « peuple » qui est donnée peut nour­rir quel­ques inquié­tu­des, « C’est par là qu’une foule ras­sem­blée, sans cohé­rence sinon la loca­li­sa­tion géo­gra­phi­que par­ti­cu­lière, devient un peuple poli­ti­que, qui se donne la cohé­rence de lois com­mu­nes, appli­ca­bles à tou•­te•s. » . Voilà une image qui convien­drait à la des­crip­tion de la plèbe romaine, mais cer­tai­ne­ment pas à celle d’un « peuple » divisé en clas­ses socia­les anta­go­nis­tes, d’un peuple où la classe ouvrière existe à tra­vers ses orga­ni­sa­tions, partis et syn­di­cats et aussi un « peuple » qui existe regroupé autour de la défense des conquê­tes socia­les et démo­cra­ti­ques qu’il a pu arra­cher. Des choses aussi ano­di­nes que la Sécurité sociale fondée sur le salaire dif­féré, l’exis­ten­ces de régi­mes de retrai­tes, d’une école publi­que où nos enfants peu­vent rece­voir une ins­truc­tion, une qua­li­fi­ca­tion et des diplô­mes natio­naux et aussi acces­soi­re­ment un Code du tra­vail et quel­ques autres babio­les dont il n’est fait malen­contreu­se­ment aucune men­tion. Curieusement, l’ « Assemblée cons­ti­tuante » qui nous est pro­po­sée ne serait qu’un appen­dice venant se gref­fer aux ins­ti­tu­tions exis­tan­tes et elle est privé de son prin­ci­pal attri­but, le seul qui lui donne son carac­tère d’Assemblée cons­ti­tuante, celui de la sou­ve­rai­neté. Une véri­ta­ble Assemblée cons­ti­tuante sou­ve­raine aurait voca­tion à se sub­sti­tuer aux ins­ti­tu­tions de la Ve République qu’elle devra balayer . Une véri­ta­ble Assemblée cons­ti­tuante, élue au suf­frage uni­ver­sel direct, devrait se doter de tous les pou­voirs et en pre­mier lieu celui de révo­quer l’ensem­ble des Traités euro­péens, celui d’abro­ger l’ensem­ble des contre-Réformes adop­tées par les gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs, de réta­blir l’ensem­ble des droits ouvriers et démo­cra­ti­ques, de rena­tio­na­li­ser EDF GDF AREVA TOTAL et l’ensem­ble des ser­vi­ces publics qui devraient être réta­blis dans leur mono­pole, de confis­quer les mil­liards des ban­quiers et spé­cu­la­teurs pour les attri­buer à la dépense publi­que, de mettre fin à toutes les inter­ven­tions mili­tai­res et pro­cé­der au rappel immé­diat de nos trou­pes enga­gées sur tous les conti­nents Un autre aspect de ce projet qui pose pro­blème est sa réfé­rence cons­tante aux « citoyens » et à l’inté­rêt géné­ral. Il se trouve qu’il existe des orga­ni­sa­tions que l’on appelle syn­di­cats dans l’ancien monde’ et que ces orga­ni­sa­tions ont voca­tion à défen­dre les inté­rêts par­ti­cu­liers des sala­riés. Ces inté­rêts par­ti­cu­liers coïn­ci­dent avec l’inté­rêt géné­ral avec comme seule limi­ta­tion que cet ’inté­rêt géné­ral’ ne coïn­cide pas exac­te­ment avec celui des capi­ta­lis­tes et qu’il lui est même anta­go­ni­que. Si l’on exa­mine l’ensem­ble des lois votées par tous les gou­ver­ne­ments de tout le conti­nent et l’ensem­ble des direc­ti­ves de la Commission euro­péenne, elles ont toutes un c carac­tère de classe et sont TOUTES exclu­si­ve­ment diri­gées contre le monde du tra­vail, sans aucune consi­dé­ra­tion pour le moin­dre inté­rêt géné­ral dont tous ces gens se moquent éperdument. Ce projet n’est pas dirigé contre « l’ancien monde », il est sa forme bar­bare et tota­li­taire la plus ache­vée, il balaie toutes les formes de repré­sen­ta­tion et d’orga­ni­sa­tion sur les­quel­les repose la démo­cra­tie poli­ti­que Chaque « citoyen » est ren­voyé devant son ordi­na­teur et sur les réseaux sociaux où cir­cu­le­ront toutes formes de péti­tion qu’il sera invité à signer ou par­ta­ger, ou à se regrou­per en une masse informe sur des ronds-points et livrés à des chefs ou des porte-parole auto­pro­cla­més surgis d’on ne sait où, où patrons et sala­riés, chô­meurs et chefs d’entre­prise seront ras­sem­blés sous un même dra­peau, le seul auto­risé. N’importe quel gou­ver­ne­ment ou chef d’entre­prise pourra demain reje­ter les orga­ni­sa­tions syn­di­ca­les de toute négo­cia­tion au profit d’un « vote citoyen » ou d’un réfé­ren­dum d’entre­prise Les élus ou les direc­teurs d’école pour­ront être soumis à des grou­pes de pres­sion ou des lobbys puis­sants for­mu­lant leurs exi­gen­ces sous la menace d’un « vote citoyen ». M Philippe a fait connaî­tre son inté­rêt pour la pro­po­si­tion d’un RIC ; Mme Le Pen n’y est pas hos­tile et ce projet figure même dans son pro­gramme, tous ces gens vont se consul­ter et débat­tre et nous devrons atten­dre pour savoir quel est le mons­tre qui nous est pro­posé, dans cette attente la vie conti­nue et Macron peut pour­sui­vre en toute quié­tude son œuvre de mort et de des­truc­tion l’exis­tence de partis poli­ti­ques et d’orga­ni­sa­tions syn­di­ca­les comme formes de repré­sen­ta­tions légi­ti­mes.

Réponse de Jacques Cotta

Cher Laurent, rapi­de­ment. Il y a des choses que je trouve assez justes dans cette ana­lyse. Commençons par ça, c’est ce sur quoi je serai le plus bref. Ce qui concerne le carac­tère gazeux de la FI, la démar­che qui conci­lie la 5ème répu­bli­que et l’écriture d’une nou­velle loi cons­ti­tu­tion­nelle telle que pré­sen­tée dans ce texte, la conci­lia­tion avec l’UE, autant de cri­ti­ques que je par­tage. Mais l’essen­tiel n’est pas abordé. L’his­toire du RIC est en réa­lité une bouée de secours pour Macron et les patrons. Cela permet de ne pas parler du pou­voir d’achat, de la répar­ti­tion des riches­ses, du CICE et de ses 45 mil­liards, de l’ISF tant du point de vue finan­cier que sym­bo­li­que. Je vois der­rière tout cela une com­bine qui s’ins­crit dans la démar­che des orga­ni­sa­tions syn­di­ca­les et des partis qui à la veille des annon­ces de Macron lui ren­dent visite pour légi­ti­mer sa prise de parole face au peuple qui s’est dressé. Mais le POID est inca­pa­ble d’abor­der sérieu­se­ment ce qui se passe dans le pays et les répon­ses à appor­ter, notam­ment en termes de sou­ve­rai­neté. Pour eux nous sommes en 34. Ils nient le mou­ve­ment réel dont le contenu est donné par les reven­di­ca­tions socia­les qui sont au centre du débat. Pas le RIC mais le pou­voir d’achat, les ser­vi­ces publics, l’emploi, le salaire, etc... Du coup ils pla­quent de vieilles recet­tes en fai­sant fi de l’eau passé sous les ponts. Se récla­mer des partis "comme formes de repré­sen­ta­tion légi­time", cela est pour le moins cocasse. Le rejet et la des­truc­tion en cours du PCF et du PS sont-ils à déplo­rer ? La ques­tion syn­di­cale ne peut être posée sans tirer un bilan précis des orien­ta­tions déve­lop­pées depuis des années, jour­nées d’action après jour­nées d’action... Enfin, tou­jours pour aller vite, ils cri­ti­quent les "chefs auto pro­cla­més issus des par­kings ou ronds-points". On com­prend pour­quoi lorsqu’on a été habi­tué à déte­nir le pri­vi­lège de l’auto pro­cla­ma­tion. En réa­lité, ils ne sai­sis­sent pas ou ne veu­lent pas saisir le carac­tère révo­lu­tion­naire de la situa­tion et l’émergence pos­si­ble d’une situa­tion de double pou­voir dés lors que pré­ci­sé­ment sur les par­kings et ronds-points com­men­cent à germer des cahiers de doléance et com­mence à être posée la ques­tion de les repré­sen­ter. En fin de texte la cri­ti­que du RIC rejoint en partie ce que je dis plus haut... Bref, tout cela pour aller vite...

Laurent : Merci beau­coup pour ton éclairage. Auquel je sous­cris plei­ne­ment.