Accueil > Actualité > Que se cache-t-il derrière le projet de loi sur les « Fake News » sinon la (...)

Que se cache-t-il derrière le projet de loi sur les « Fake News » sinon la limitation de la liberté d’expression…

par Jacques COTTA, le 13 janvier 2018

Enregistrer au format PDF

Une fois passés les tra­di­tion­nels vœux de fin d’années sou­vent longs et ennuyeux, les décla­ra­tions poli­ti­ques de "ren­trée" indi­quent, qui plus est lorsqu’il s’agit de la parole pré­si­den­tielle ou de celle des prin­ci­paux minis­tres du gou­ver­ne­ment, la tra­jec­toire que le pou­voir compte emprun­ter et la cohé­rence poli­ti­que sur laquelle il va s’appuyer.

Emmanuel Macron a décidé de pré­sen­ter une loi visant à répri­mer les « Fake News », qui dans la bouche du pré­si­dent fran­çais, s’il res­pec­tait un mini­mum la langue de Molière, devrait être bap­ti­sée « loi pour répri­mer les faus­ses nou­vel­les ». Le pré­si­dent de la République doit sans doute nous mépri­ser tout autant que la langue fran­çaise, puisqu’il nous consi­dère inca­pa­bles de faire la part du vrai et du faux gros­sier qui par­fois cir­cule sur inter­net ou les « réseaux sociaux ». C’est de plus durant les pério­des électorales qu’il compte auto­ri­ser les fou­dres de la loi, indi­quant par là-même que ce qui compte pour lui, c’est exclu­si­ve­ment sa propre pro­tec­tion et celle de ses sem­bla­bles. La défense de la caste au pou­voir, tel est l’objec­tif, les faus­ses nou­vel­les étant répri­mées lorsqu’elles met­tent en cause les ser­vi­teurs du sys­tème.

Mais que dire lors­que les mêmes se ren­dent cou­pa­bles du délit dont ils devraient être pro­té­gés ? Les exem­ples ne man­quent pas de men­son­ges à répé­ti­tion dont le seul objec­tif est de trom­per le peuple pour mieux le mani­pu­ler, l’étouffer.

« Fake news » N°1 : La loi tra­vail passée par ordon­nan­ces « doit per­met­tre de sim­pli­fier les méca­nis­mes et d’amé­lio­rer l’emploi » disaient-ils.

Peugeot avec les licen­cie­ments par « rup­ture conven­tion­nelle col­lec­tive » vient donner un éclairage par­ti­cu­lier à « l’emploi amé­lioré ». Plus de 1000 licen­cie­ments prévus qui seraient com­pen­sés selon la direc­tion par l’embau­che d’inté­ri­mai­res en CDI. Donc à en croire patrons et minis­tres, les comp­tes seraient bons. Fausse nou­velle ! Depuis la loi tra­vail de Macron passée dans le sillage de Hollande, les CDI n’ont plus de valeur puisqu’une direc­tion peut s’en défaire sans dif­fi­culté. Fausse nou­velle de la part de Peugeot, de la part des minis­tres, de la part du gou­ver­ne­ment qui a mis le dis­po­si­tif en place. Les tra­vailleurs dont le statut et l’ancien­neté don­nent quel­ques droits vont être virés, rem­pla­cés par des jeunes sans ancien­neté qui malgré un soi-disant CDI seront également vira­bles à moin­dre coût du jour au len­de­main.

« Fake News » N°2 : Avec la baisse et la sup­pres­sion de la TH, les impôts des fran­çais vont bais­ser.

Il ne s’agit pas là d’entrer dans le détail de la poli­ti­que fis­cale. Mais juste de sou­li­gner la fausse nou­velle gou­ver­ne­men­tale ! Alors que le gou­ver­ne­ment se risque à annon­cer une baisse de 5,5 mil­liards d’euros, l’INSEE table sur une hausse en 2018 de 4,5 mil­liards. De plus une minis­tre se voit contrainte d’admet­tre que dans les car­tons se trouve le projet d’un nouvel impôt venant contre­ba­lan­cer la baisse ou la sup­pres­sion de la taxe d’habi­ta­tion. Double « fausse nou­velle » donc. Triple même si on se penche par exem­ple sur le sort réservé aux retrai­tés avec la hausse de la CSG…

« Fake News » N°3 : La sécu­rité sociale et l’assu­rance mala­die seront « trai­tées » pour pré­ser­ver l’accès aux soins des fran­çais.

A nou­veau men­songe, lorsqu’on se penche sur les pro­jets qui au nom de l’équilibre pré­voient par exem­ple de réduire tou­jours plus les per­son­nels hos­pi­ta­liers, qui annon­cent une suc­ces­sion de non-rem­bour­se­ments, une aug­men­ta­tion des restes à charge, une aggra­va­tion sans com­mune mesure des capa­ci­tés pour la plu­part des fran­çais de pou­voir se soi­gner…

« Fake News » N°4 : La ques­tion migra­toire placée en tête des « préoc­cu­pa­tions » gou­ver­ne­men­ta­les, sans doute pour sub­sti­tuer l’huma­ni­taire au poli­ti­que et donc pour divi­ser et semer confu­sion dans tous les camps.

Après le pré­si­dent de la République qui de l’étranger décide de vili­pen­der Jean-Marie Gustave Le Clézio, prix nobel de lit­té­ra­ture, pour son appel à porter secours aux migrants, le minis­tre Christophe Castaner, délé­gué géné­ral de LREM, ex porte-parole du gou­ver­ne­ment Macron Philippe, se permet sur France Info d’expli­quer que « les juges fran­çais n’ont jamais condamné les per­son­nes qui ont aidé les migrants par huma­nité ». Mensonge à nou­veau, les condam­na­tions étant mon­naie cou­rante dans le sud de la France dès lors que de sim­ples citoyens déci­dent de secou­rir des migrants en per­di­tion, sou­vent des mineurs isolés aux­quels pour­tant l’état devrait porter assis­tance. Il ne s’agit pas là de reve­nir sur la poli­ti­que migra­toire. Tout en étant opposé à l’ouver­ture des fron­tiè­res et à la néga­tion de notre sou­ve­rai­neté pour déter­mi­ner l’accueil sur le ter­ri­toire natio­nal, force est de cons­ta­ter que les « Fake News » qui émanent des minis­tres d’Emmanuel Macron n’ont d’autre objet que de se défaus­ser de leurs res­pon­sa­bi­li­tés pour bafouer la loi et les valeurs de la répu­bli­que.

Les exem­ples de « Fake News » qui pro­vien­nent du plus haut sommet de l’état ne man­quent pas. Ils pour­raient paraî­tre folk­lo­ri­ques, expres­sion d’un double dis­cours clas­si­que dans les sphè­res de poli­ti­ques pro­fes­sion­nels au ser­vice du néo-libé­ra­lisme et de l’Union Européenne. Mais à regar­der de plus près, l’affaire pour­rait se révé­ler plus inquié­tante.

En même temps donc que le pré­si­dent de la répu­bli­que évoque un projet de loi pour réduire la liberté d’expres­sion dès lors qu’elle permet de cri­ti­quer les res­pon­sa­bles de l’état, lui au pre­mier titre, une étude parue dans un heb­do­ma­daire en vue nous annonce que « les fran­çais sont com­plo­tis­tes ». Quel sens a donc la jux­ta­po­si­tion des efforts gou­ver­ne­men­taux pour limi­ter l’expres­sion et cette accu­sa­tion, sinon que d’enté­ri­ner le fait que toute cri­ti­que de l’action gou­ver­ne­men­tale, toute mise en garde seraient dis­qua­li­fiées d’office au nom de la fameuse théo­rie du com­plot. Plus aucune cri­ti­que auto­ri­sée, plus aucune mise en cause légi­time, plus aucune oppo­si­tion cré­di­ble puis­que rele­vant d’une théo­rie absurde, comme l’est l’idée que la terre n’est pas ronde mais plate, évidemment. Et pour bou­cler la boucle, le gou­ver­ne­ment se pro­pose de faire passer un autre projet de loi qui arran­ge­rait les affai­res de LREM au détri­ment notam­ment de la FI pour la répar­ti­tion du temps de parole dans la pro­chaine cam­pa­gne des élections euro­péen­nes.

Tout cela pour­rait rele­ver du simple hasard. Mais l’un dans l’autre, les liber­tés ne sont-elles pas concer­nées ? Avec le pas­sage il y a quel­ques mois de « l’état d’urgence » dans la loi, avec l’atteinte à la liberté d’expres­sion pour tous sauf pour les tenants du pou­voir au nom des « Fake News », avec la théo­rie du com­plot, avec la limi­ta­tion du temps de parole pour l’oppo­si­tion, n’y a-t ‘il pas une cohé­rence que Georges Orwell appe­lait « la police de la pensée » avant d’évoquer « la dic­ta­ture de Big Brother » ?