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Le Média dans le collimateur…

par Jacques COTTA, le 5 mars 2018

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Depuis plu­sieurs semai­nes « Le Média » est l’objet d’atta­ques répé­tées. Cela n’a rien d’étonnant pour cette web-télé qui dés son arri­vée dans le monde média­ti­que a affi­ché la cou­leur sans détour. Un « média » d’infor­ma­tion qui se fixe l’objec­tif de trai­ter ce qui ailleurs est absent des radars ne peut lais­ser indif­fè­rent. Un jeune média qui fait preuve d’imper­fec­tions et de tâton­ne­ments pro­pres à l’exer­cice nais­sant, ne pou­vait passer ina­perçu. Et le trai­te­ment d’infor­ma­tions sur un ton qui est étranger aux chai­nes tra­di­tion­nel­les -la ques­tion de la SNCF et des che­mi­nots est emblé­ma­ti­que, comme celle de l’ensei­gne­ment, des jeunes et des ensei­gnants, de la répar­ti­tion des riches­ses, de la fis­ca­lité, ou encore des plus âgés et des retrai­tés- attise cris­pa­tions et énervement des chai­nes et jour­naux qui tirent avan­ta­ges et moyens de rela­tions cor­dia­les avec un pou­voir économique, finan­cier et poli­ti­que en place. A cela donc, vrai­ment rien d’étonnant.

Des sujets pro­fes­sion­nels pou­vaient sus­ci­ter la dis­cus­sion. Le nou­veau confère n’était-il pas apparu agres­sif dans un lan­ce­ment volon­ta­riste, affir­mant contre vents et marées des prin­ci­pes et des valeurs qui pou­vaient cris­per les concur­rents ? Un « jour­nal » tâton­nant, tout compte fait assez confor­miste, n’était-il pas trop un copié collé des jour­naux des gran­des chaî­nes, les moyens en moins ? Ne cachait-il pas la forêt des émissions qui peu à peu se créaient ?

Tout cela pou­vait bien se dis­cu­ter. Mais non. C’est donc sur un tout autre ter­rain que l’atta­que a été portée.

Partant d’une « affaire » qui soit dit en pas­sant n’a mal­heu­reu­se­ment pas grand chose d’ori­gi­nal dans le monde des médias -un dif­fé­rend entre un jour­na­liste et sa direc­tion- les évènements se sont embal­lés au grand ren­fort de quo­ti­diens en vue, « Le Monde » en tête, venu faire un procès sans défense à un jeune confrère qui aurait pu confra­ter­nel­le­ment atten­dre mieux. Dans son édition du week-end, le quo­ti­dien a publié une prose que le com­men­taire de Gérard Miller sur son blog (qu’on trou­vera à l’adresse sui­vante : https://www.gerard­mil­ler.fr/index.php/accueil/edito-voter-a-gauche/ ) rend risi­ble, tel­le­ment il en fait appa­rai­tre la per­fi­die, le parti-pris et le désé­qui­li­bre qui seraient à coup sûr sanc­tion­nés dans toute école de jour­na­lisme.

Puisque l’on ne m’a rien demandé, je vais com­men­cer par tout dire me concer­nant. Après plus de 30 ans passés dans le ser­vice public, d’abord à réa­li­ser des maga­zi­nes, ensuite des docu­men­tai­res, dont cer­tains ont été reconnus par la pro­fes­sion et le public, j’ai été contacté par « le Média », pré­ci­sé­ment par Sophia Chikirou, qui me pro­po­sait de monter, d’orga­ni­ser et de pré­sen­ter un maga­zine repo­sant sur la liberté de parole, donnée notam­ment à la « droite » avouée ou cachée, pour déga­ger la réa­lité des posi­tions sur les grands sujets qui nous concer­nent. J’ai accepté à la condi­tion de demeu­rer maitre du tra­vail qui est le mien, de sa trans­crip­tion sur le net, sans aucune ingé­rence de qui­conque sur le contenu éditorial ou jour­na­lis­ti­que. Condition accep­tée comme une évidence. Condition res­pec­tée. C’est ainsi qu’est né « Dans la gueule du loup ». Un pre­mier numéro « répar­ti­tion des riches­ses et fis­ca­lité » a été tourné avec la par­ti­ci­pa­tion d’un ancien can­di­dat à la pri­maire de droite et d’une élue socia­liste (visi­ble à l’adresse sui­vante : https://www.you­tube.com/watch?v=3e9K­fOT4MgY). Un second va l’être pro­chai­ne­ment sur l’éducation avec notam­ment un membre d’AGIR, ex UMP, député, vice pré­si­dent de la com­mis­sion culture et éducation à l’assem­blée natio­nale, et un autre député, socia­liste celui-là, membre de la même com­mis­sion.

Les dis­cus­sions qui se mènent au « Média » concer­nant ce maga­zine sont pure­ment pro­fes­sion­nel­les et per­met­tent les accords et désac­cords, les cri­ti­ques et encou­ra­ge­ments, le per­fec­tion­ne­ment et l’amé­lio­ra­tion de l’exer­cice. Et cela est à la fois normal, demandé, et logi­que. Mais aucune ingé­rence, confor­mé­ment aux enga­ge­ments de départ pour le moment tota­le­ment res­pec­tés.

Alors ?

Le Journal « Le Monde » a décidé de « faire monter la mayon­naise », pro­gres­si­ve­ment, pas trop vite pour ne pas la faire retom­ber, pas trop len­te­ment pour lui per­met­tre de mous­ser. Mon témoi­gnage aurait dénoté. C’est donc d’abord le dif­fé­rend avec Aude Rossigneux qui a été ins­tru­men­ta­lisé, dif­fé­rend dont je ne dirai rien, car contrai­re­ment à mes confrè­res du jour­nal du soir, je ne parle pas de ce que je ne connais pas. Puis ce fut ensuite Noel Mamère qui au nom de l’amitié avec la pre­mière, mais aussi au nom du trai­te­ment de la Syrie, déci­dait de jeter l’éponge. Sur la Syrie pour­tant le débat eut été salu­taire. Nul évidemment ne choi­sis­sait un camp contre un autre. Nul ne pro­po­sait ni ne sou­te­nait la guerre. Nul ne trou­vait défen­da­bles les atro­ci­tés d’Assad, et pas plus celle des « rebel­les ». Il aurait été utile de s’inter­ro­ger col­lec­ti­ve­ment sur l’atti­tude des amé­ri­cains don­nant les pleins pou­voir aux russes, alliés d’Assad, pour pour­sui­vre l’offen­sive dans la Ghouta ? Mais sur cela point de débat. Et voici Aurélie Filipetti, puis une série de sou­tiens pseudo-média­ti­ques, qui déci­dent de taper sur le même clou. Ce dénoue­ment ques­tionne. Les prin­ci­pes énoncés par « Le Média » étaient-ils com­pa­ti­bles avec une pseudo-gauche morale, people des beaux quar­tiers, qui aujourd’hui se dit désa­bu­sée ?

Il y a dans la pro­fes­sion-et cela est bien légi­time- ceux qui inquiets pour la suite de leur car­rière, déci­dent d’aller voir ailleurs. Fort bien. Mais les autres, ceux dont la car­rière n’est pas plus à faire que la mienne ? Noel, Aurélie, et les cinq ou six sou­tiens mis en exer­gue par « Le Monde ? N’y aurait-il pas dans leur posi­tion le pro­lon­ge­ment d’une bataille enga­gée sur le plan poli­ti­que, mélan­geant le Média et la FI, leur inter­ven­tion média­ti­que et les déboi­res poli­ti­ques de leur mentor, Benoit Hamon, pour ne pas le nommer, inquiet de voir appro­cher les pro­chai­nes échéances, isolé, réduit au défen­seur d’une pseudo Europe sociale lors­que l’union euro­péenne a fait ses preu­ves en Grèce et dans les autres pays de l’union ? N’est-ce pas en effet le pro­lon­ge­ment du combat que Hamon veut enga­ger « pour l’union de la gauche » auquel fort jus­te­ment à mon sens la FI répond par un refus de toutes les tam­bouilles d’appa­reil qui se trouve lamen­ta­ble­ment pro­longé sur le ter­rain du Média ?

Mais « le Monde » ne s’arrête pas là. Voilà, c’est entre autre au nom de cette bataille poli­ti­que qui veut enchai­ner toute résis­tance à l’accep­ta­tion de l’union euro­péenne à la mode des socia­lis­tes d’hier -et pour ce qu’il en reste d’aujourd’hui- que « le monde » se fait l’accu­sa­teur N°1 de res­pon­sa­bles du Média. Là encore, contrai­re­ment à eux, je me conten­te­rai de me taire, ne sachant pas. Mais si les rela­tions entre le poli­ti­que, la finance et le monde des affai­res inté­resse réel­le­ment le quo­ti­dien, il existe des pistes, des noms, des per­son­na­ges autre­ment en vue qui pour­raient rete­nir son atten­tion. De ceux qui par exem­ple ont côtoyé la banque de très près, ont atteint les plus hauts som­mets de l’état, et qui met­tent en oeuvre un pro­gramme qui au compte d’inté­rêts d’un tout petit nombre liquide les biens col­lec­tifs les plus pré­cieux de la col­lec­ti­vité…