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Macron et sa « société du 10 décembre »…

par Jacques COTTA, le 7 avril 2018

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Dans le Le 18 bru­maire de L. Bonaparte, Marx indi­que, avec un sens de la for­mule qui a permis de tra­ver­ser les siè­cles : « Hegel fait quel­que part cette remar­que que tous les grands événements et per­son­na­ges his­to­ri­ques se répè­tent pour ainsi dire deux fois. Il a oublié d’ajou­ter : la pre­mière fois comme tra­gé­die, la seconde fois comme farce. Caussidière pour Danton, Louis Blanc pour Robespierre, la Montagne de 1848 à 1851 pour la Montagne de 1793 à 1795, le neveu pour l’oncle » .
Tout en nous gar­dant, à l’image de cer­tains épigones de Marx, de cher­cher de façon dog­ma­ti­que une vérité abso­lue dans des for­mu­les qui son­nent bien, nous pou­vons cons­ta­ter que « la pre­mière fois comme tra­gé­die, la seconde fois comme farce » trouve un vaste champ d’appli­ca­tion sous nos yeux.

Ne pour­rait-on en effet, par bien des aspects, évoquer par exem­ple Macron pour Louis Napoléon Bonaparte, le neveu par lequel Marx ter­mine sa liste ? N’est-ce pas dans cette lignée que le pou­voir actuel avance inlas­sa­ble­ment, repro­dui­sant sous la forme d’une farce -farce elle-même tra­gi­que par bien des aspects- des mesu­res poli­ti­ques et un mode de domi­na­tion qui rap­pel­lent le bona­par­tisme ?

Emmanuel Macron, son gou­ver­ne­ment, sa majo­rité rejouent sans sans fard ni rete­nue l’auto­ri­ta­risme, le mépris, la vio­lence qu’ont tou­jours fait peser sur la col­lec­ti­vité les pou­voirs ins­tal­lés à la tête de la 5ème répu­bli­que, pou­voirs bona­par­tis­tes cher­chant per­pé­tuel­le­ment les mêmes recet­tes à tra­vers les temps.

Le régime actuel, sous cou­vert de moder­nisme ali­menté comme un mantra sata­ni­que par la presse main stream una­nime, ne fait en réa­lité que répé­ter à sa manière les tares du passé.

La farce ?

« La réforme ins­ti­tu­tion­nelle de 2018 pour la cons­ti­tu­tion de 1958 », pour­rait-on ajou­ter à la liste dres­sée par Marx.

Les mesu­res annon­cées ne cham­bou­le­ront rien de la 5ème répu­bli­que. La réduc­tion du nombre de dépu­tés et séna­teurs, mesure popu­laire à la mesure du rejet que sus­cite le monde poli­ti­que et qui est per­cep­ti­ble dans le taux d’abs­ten­tion qui marque chaque élection, ne chan­gera stric­te­ment rien au pou­voir, sinon en concen­trant un peu plus celui dont béné­fi­cie le petit Bonaparte Macron à la tête de l’état. La dose de 15% d’élus dési­gnés à la pro­por­tion­nelle pourra sans doute satis­faire les pré­ten­dants au stra­pon­tin électoral, mais ne modi­fiera stric­te­ment rien non plus à la logi­que du scru­tin majo­ri­taire. Comme la limite du cumul des man­dats dans le temps à trois, là encore mesure popu­laire dans l’opi­nion, ne chan­gera rien à l’exer­cice du pou­voir.

Le pou­voir risque de devoir poli­ti­que­ment passer par voie réfé­ren­daire pour tenter de trou­ver une légi­ti­ma­tion de toute sa poli­ti­que qui ne cesse aujourd’hui de créer remous sur remous. C’est donc dans ce but que le leurre ins­ti­tu­tion­nel est mis en avant, pour tenter d’ama­douer une opi­nion publi­que qui sur le fond rejette une poli­ti­que de casse géné­ra­li­sée, de l’emploi, des SP, des salai­res, etc…

La farce ?

C’est sans doute dans l’exer­cice du pou­voir même que l’ana­lo­gie est la plus criante. Macron pour Louis Napoléon Bonaparte, son entou­rage pour la société du 10 décem­bre. Car sur quoi repose donc la majo­rité actuelle. L’exer­cice du pou­voir le démon­tre chaque jour, et l’appa­ri­tion des jeunes macro­nis­tes dans les médias à l’occa­sion de la grève des che­mi­nots a quel­que chose de pathé­ti­que.

Le pou­voir repose d’abord sur une poi­gnée de déci­deurs, la garde rap­pro­chée du pré­si­dent qui fixe la feuille de route en rela­tion avec l’union euro­péenne. Ce sont eux qui ont nourri la « jeune pousse » pour lui per­met­tre d’accé­der au pou­voir. Les Jouyet, les Attali, les amis de la banque, les rela­tions entre­te­nues dans les cabi­nets minis­té­riels comme dans les bureaux d’affaire, de Hollande à Rothschild…

Le pou­voir repose ensuite sur cette caté­go­rie de « trai­tres » issus des deux bords qui offrent leur expé­rience à un régime qui assure leur survie. Un régime qui peut donc tout atten­dre d’eux, sans état d’âme. La liste est longue et en dres­ser un inven­taire exhaus­tif serait peine perdue. Il y a les Collomb, les Le Drian, les Ferrand, les Castaner, les Caresche, les Delanoë, ou encore les Valls et les autres, tous ces anciens caci­ques du PS qui ont fait Macron tout en détrui­sant le parti socia­liste. Il y a aussi les Hue, les De Rugy, les Pompili, ou encore les Cohn-Bendit… Et en écho les res­ca­pés de la débâ­cle Fillon qui hier n’avaient de mots assez durs pour leur patron d’aujourd’hui, les Edouard Philippe, les Darmanin, ou autres Le Maire… Autant de trai­tres ser­vi­les par nature, par défi­ni­tion…

Le pou­voir repose enfin sur cette bande d’arri­vis­tes issue du monde des affai­res, jeunes chefs d’entre­prise, jeunes DRH, jeunes aux dents lon­gues dont la qua­lité pre­mière réside dans la capa­cité à applau­dir à tout rompre la parole de leurs men­tors. Ils don­nent le spec­ta­cle exact de ce qu’ils repré­sen­tent dans les tra­vées de l’assem­blée natio­nale, ne com­pre­nant d’ailleurs rien aux écarts invo­lon­tai­res de tel ou tel minis­tre qu’ils accla­ment tou­jours sans état d’âme, sans réflexion, sans recul. Ainsi lors­que Christophe Castaner indi­que que « cer­tains sans abris » sont à la rue car « ils refu­sent d’être logés », bref parce qu’ils le veu­lent bien. Ou lorsqu’un autre évoque « 50 SDF en ile-de-France », ni plus ni moins… Spectacle étonnant de voir comme un seul auto­mate la troupe macro­nienne nour­rir de salves d’applau­dis­se­ment l’igno­rance qui confine à la stu­pi­dité…

La mobi­li­sa­tion sociale est cruelle. Lorsque les nou­veaux venus de la Macronie ten­tent de jus­ti­fier la poli­ti­que gou­ver­ne­men­tale, ils se suc­cè­dent sur les pla­teaux de télé­vi­sion com­plai­sants, pour livrer des éléments de lan­gage iden­ti­ques, opé­rant par déné­ga­tion de façon plus gro­tes­que les uns que les autres. Leurs propos « Nous ne vou­lons pas pri­va­ti­ser », « nous ne fer­me­rons pas de lignes », « nous ne pen­sons qu’aux usa­gers », « nous vou­lons la qua­lité », etc… son­nent comme des aveux de culpa­bi­lité.

En fait, le pou­voir de Macron repose sur un entou­rage qui rap­pelle bien la société du 10 décem­bre de Louis Napoléon Bonaparte, que le pein­tre cari­ca­tu­riste Honoré Daumier avait immor­ta­lisé avec son per­son­nage « Ratapoil », mili­taire nos­tal­gi­que de Napoléon 1er et mili­tant for­cené pour l’avè­ne­ment de son neveu Louis-Napoléon Bonaparte à la dignité impé­riale. Un des Dessins les plus célè­bres repré­sente la « Prestation de ser­ment d’un nou­veau membre de la société phi­lan­thro­pi­que du dix décem­bre. »

Ratapoil, au centre du trio, poin­tant son gour­din vers le bas, tandis qu’à gauche, un mili­tant à cas­quette hurle au nou­veau membre la for­mule de son ser­ment : « Je jure d’assom­mer tous les Parisiens qui ne crie­ront pas avec moi : vive l’empe­reur ! ». Les trois vont ensuite lever leur verre en répé­tant la for­mule.

« La pre­mière fois comme tra­gé­die, la seconde fois comme farce » ! Nous y sommes.
Car dans la rue, ce n’est pas vive l’empe­reur qu’on entend à la criée, pas « vive Macron » que scan­dent les mil­liers de che­mi­nots, d’étudiants, de fonc­tion­nai­res, d’employés de Carrefour, et autres tra­vailleurs, sala­riés, ouvriers, jeunes ou retrai­tés…