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Russie, Syrie, USA… et France, Vers le grand cataclysme ?

par Jacques COTTA, le 11 avril 2018

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Depuis fin février, début mars, nous assis­tons au défer­le­ment d’une cam­pa­gne de presse qui malgré les appa­ren­ces a toute sa cohé­rence. Tout ce qui de prés ou de loin était opposé à une esca­lade mili­taire en Syrie se trou­vait cloué au pilori. Rappelons nous. Les propos poli­ti­ques appe­lant à la pru­dence étaient syno­ny­mes de « com­pli­cité avec le bour­reau Assad ». Jean Luc Mélenchon se trou­vait rangé du côté obscur de la force. La presse qui appe­lait à la pru­dence était immé­dia­te­ment accu­sée de com­pli­cité avec la pro­pa­gande dic­ta­to­riale. Ainsi « le Media » était placé malgré lui au centre de toutes les cri­ti­ques. Bref, tout ce qui s’oppo­sait à la guerre et pré­co­ni­sait une solu­tion poli­ti­que contre la solu­tion mili­taire était traité comme fai­sant partie d’une asso­cia­tion de mal­fai­teurs. Pourquoi ? Dans quel but ? Le pré­si­dent Emmanuel Macron, à la suite de Donald Trump, vient de donner la signi­fi­ca­tion exacte de ce défer­le­ment et le but de la pro­pa­gande tota­li­taire que nous connais­sons dans ce domaine comme par­fois dans d’autres. Il s’agi­rait, à la suite des « atta­ques chi­mi­ques » dans la Ghouta, d’orga­ni­ser « des frap­pes aérien­nes » sur la Syrie, cela dans le but « de détruire les stocks chi­mi­ques » que pos­sé­de­rait le régime. Une nou­velle aven­ture mili­taire dont tout le monde sait bien com­ment elle peut com­men­cer, mais dont nul n’est capa­ble d’en pré­voir l’issue.
Trump, Poutine, et quel­ques ques­tions

C’est avec promp­ti­tude qu’on assiste ces der­niers jours à un embal­le­ment pour le moins préoc­cu­pant.
Donald Trump, qui à l’inverse de Hillary Clinton, sem­blait réti­cent à plon­ger dans un tel bour­bier, fait monter la pres­sion jusqu’à annon­cer « de façon immi­nente » l’envoi de ses mis­si­les sur la Syrie.
La Russie de son côté, alliée d’Assad, aver­tit. Des mis­si­les qui vise­raient tout autre site que « ceux occu­pés par les rebel­les » seraient consi­dé­rés comme une agres­sion directe.
Chacun montre ses mus­cles. Chacun pense peut-être se trou­ver engagé dans une partie de poker men­teur. Mais pour­tant, jamais la situa­tion n’a été aussi inquié­tante.

De la part de Trump d’abord, qui sait per­ti­nem­ment que s’enga­ger dans une opé­ra­tion mili­taire en Syrie ren­drait iné­vi­ta­ble une confron­ta­tion avec la Russie notam­ment, et par­ti­ci­pe­rait à une dés­ta­bi­li­sa­tion de cette partie du monde avec des ris­ques d’exten­sion dif­fi­ci­le­ment mai­tri­sa­bles.
De la part de Poutine aussi. Si les russes connais­sent vrai­sem­bla­ble­ment la teneur des armes uti­li­sées par l’armée régu­lière syrienne, comme d’ailleurs par les rebel­les eux-mêmes, s’ils étaient en mesure -au cas où- de condam­ner le régime d’Assad qu’ils sou­tien­nent, ils demeu­rent offi­ciel­le­ment dans l’expec­ta­tive, dans l’incer­ti­tude. Leur iner­tie aurait pu être com­prise comme un appel à Trump pour pren­dre la relève. Mais en même temps leur pré­sence sur les lieux rend pra­ti­que­ment impos­si­ble toute absence de réac­tion en cas de mise à exé­cu­tion des mena­ces amé­ri­cai­nes.

S’il semble évident depuis l’élection de Trump que plu­sieurs cen­tres de déci­sions sem­blent s’oppo­ser au sein même de l’admi­nis­tra­tion amé­ri­caine, que la parole de Trump sur bien des aspects n’est pas déci­sive, il semble que la menace soit l’annonce de pré­pa­ra­tifs d’ores et déjà enga­gés pour aller sur le ter­rain mili­taire. La volonté de trou­ver un débou­ché à l’économie d’arme­ment amé­ri­caine est comme tou­jours un des éléments à pren­dre en compte. Mais pas seu­le­ment. Il y a dans la posi­tion amé­ri­caine la volonté d’une partie du capi­tal de régler la crise économique et poli­ti­que par une large vague de des­truc­tions, por­teuse de pro­mes­ses pour les mul­ti­na­tio­nale, déjà sur les rangs pour la recons­truc­tion qui s’ensui­vrait.
Macron plus trans­pa­rent

Emmanuel Macron a le mérite de la trans­pa­rence. Contrairement aux chefs amé­ri­cains ou russes, ses moti­va­tions sem­blent d’abord déter­mi­nées par une situa­tion inté­rieure exé­cra­ble.
En but à la grève des che­mi­nots, qui en période de vacan­ces sco­lai­res ne sus­cite pas les réac­tions d’hos­ti­lité espé­rées par le pou­voir, en but à une situa­tion de méconten­te­ment dans les uni­ver­si­tés contre « Parcoursup » qui mène à des grèves, blo­ca­ges, occu­pa­tions qui débor­dent le seul cadre étudiant pour attein­dre aussi et sur­tout le milieu ensei­gnant du supè­rieur, en but à un divorce consommé avec les retrai­tés atteints par la CSG, Emmanuel Macron a montré sa volonté de tout saisir pour tenter de détour­ner l’atten­tion géné­rale. Il a d’abord usé des évêques, relé­guant Nicolas Sarkozy dans ses décla­ra­tions anti laï­ques loin der­rière lui. Il a ensuite usé de Notre Dame des Landes et de l’évacuation de la ZAD comme point de fixa­tion média­ti­que. Il a enfin convo­qué la presse, TF1 d’abord, et l’homme de la proxi­mité avec la france pro­fonde qui pré­sente chaque jour à 13h les clo­chers de france, Jean-Pierre Pernaut, pour tenter un « exer­cice de péda­go­gie ». Puis il a prévu Bourdin, le va-t-en guerre déclaré face à Adrien Quatennens le 11 août, dans une ITV ou comp­taient plus les mimi­ques de répro­ba­tions que les répon­ses appor­tées, et Edwy Pleynel, le confrère à l’image contes­ta­taire lorsqu’il conteste -peut-être sans s’en rendre compte- la répu­bli­que en légi­ti­mant sans recul les Ramadan et autres frères musul­mans. Emmanuel Macron donne de sa per­sonne, au risque d’ailleurs de s’expo­ser. Mais cela suf­fi­sait-il ? Apparemment pas.
Quelques jours avant sa décla­ra­tion de sou­tien à Trump et à l’OTAN, il rece­vait le prince héri­tier d’Arabie saou­dite, Mohammed ben Salmane par ailleurs visé par une plainte pour com­pli­cité d’actes de tor­ture au Yemen. Lorsqu’on connait l’axe entre l’Arabie Saoudite et Israel dans cette région du monde, les mena­ces répé­tées contre l’Iran, on ne peut que s’inter­ro­ger sur la teneur des dis­cus­sions entre Jupiter et le prince. Puis l’Elysée annon­çait avec fracas les échanges entre Trump.
Ainsi, la France qui devrait user de son influence pour calmer le jeu, pour pro­mou­voir toute solu­tion pos­si­ble autre que la guerre, qui devrait en faire une affaire de prin­cipe, se retrouve à la remor­que des USA dans une aven­ture, répé­tons le une fois encore, dont tout le monde peut aisé­ment envi­sa­ger le départ, mais dont nul n’est capa­ble de pré­voir l’issue. La France enga­gée par ses plus hautes auto­ri­tés non pour des consi­dé­ra­tions mora­les mais pour de sim­ples rai­sons oppor­tu­nis­tes de poli­ti­que inté­rieure. Car si la consi­dé­ra­tion morale devait pré­si­der, si le "droit d’ingé­rence" avait pour jus­ti­fi­ca­tion le bien-être de popu­la­tions éloignées, il fau­drait s’inter­ro­ger sur des ami­tiés à géo­mé­trie varia­bles. Macron accueille Erdogan, le dic­ta­teur Turc qui se voit à la tête de l’empire Ottoman. Macron réaf­firme aussi ses ami­tiés avec les gran­des « démo­cra­ties » que sont les régi­mes du golfe, le Qatar, l’Arabie saou­dite et autres émirats qui finan­cent et orga­ni­sent frères musul­mans et autres grou­pes dont on parle régu­liè­re­ment au cha­pi­tre ter­ro­risme…
Retour sur la pro­pa­gande…

Et si tout cela venait de loin. Rappelons-nous. Il y a eu l’affaire de l’espion russe, le renvoi des repré­sen­ta­tions diplo­ma­ti­ques, le début d’une orga­ni­sa­tion des ten­sions pour arri­ver au point ultime… Sous fond d’affaire d’espion­nage digne des meilleurs James Bond, voila que la Russie a été dési­gnée par Theresa May ennemi n°1 des démo­cra­ties. Le Russe qu’on retrouve sur le banc des accu­sés pour la réé­lec­tion de Poutine à la pré­si­dence avec un score sans contes­ta­tion pos­si­ble et pour sa pré­sence aux côtés de Bachar El Assad dans la Ghouta orien­tale… Et nous voila retrou­vés au point de départ…

C’est alors que Le Media -çà man­quait au tableau- a été remis dans la tour­mente média­ti­que.
Après l’exploi­ta­tion des dif­fi­cultés ren­contrées depuis son lan­ce­ment -le départ d’Aude Rossigneux suivi de l’épisode Mamère et des décla­ra­tions des dif­fé­rents sou­tiens de Benoit Hamon- tout cela com­men­çait sérieu­se­ment à tour­ner de façon ridi­cule en boucle, il fal­lait régé­né­rer les argu­ments. La Syrie et El Khal -jour­na­liste du média qui expli­quait la néces­sité d’avoir des sour­ces fia­bles avant de dif­fu­ser des infor­ma­tions et images témoins d’atta­ques chi­mi­ques- per­met­taient de repren­dre la fronde dans un double objec­tif.

D’abord affai­blir « le Media » dont les pré­ten­tions de trai­te­ment de l’infor­ma­tion autre­ment sont jugées insup­por­ta­bles par l’oli­gar­chie qui pos­sède jour­naux, télé­vi­sions, radios, édition. L’exem­ple de la grève SNCF est illus­tra­tif. Les grands patrons qui pré­fè­rent enten­dre râler les « clients » pour casser la grève trou­vent insup­por­ta­ble une chaîne qui donne la parole aux che­mi­nots et se fait l’écho de mar­ques de soli­da­rité d’usa­gers qui bien que « dans la galère » com­pren­nent et sou­tien­nent.
Ensuite et sur­tout pous­ser l’opi­nion dans le sens pré­paré, voulu, appelé par les grands grou­pes finan­ciers. La guerre, voila le but camou­flé der­rière l’huma­ni­taire, pour ouvrir de nou­veaux mar­chés, créer les condi­tions d’une nou­velle accu­mu­la­tion, régler de la sorte quel­ques « dif­fé­rends » sociaux sans avoir à dis­cu­ter, à négo­cier.

« Ce n’est pas si grave, ce sont des frap­pes aérien­nes, pas des trou­pes au sol qui seront enga­gées », vou­lait ras­su­rer un chro­ni­queur sur LCI. Absurdité, bêtise, volonté déli­bé­rée d’en décou­dre, ou tout cela à la fois. La guerre demeure tou­jours la guerre avec ses cor­tè­ges de misè­res, de mal­heurs, d’atro­ci­tés… Cela pour­rait passer par pertes et pro­fits si encore en décou­lait une solu­tion viable. La situa­tion n’appelle pas la guerre et sa géné­ra­li­sa­tion car elle exige des solu­tions poli­ti­ques, notam­ment autour des dis­cus­sions dif­fi­ci­les mais incontour­na­bles qui se mènent à l’ONU, et dont les Etats-Unis et ses alliés annon­cent déjà qu’ils sont prêts à s’affran­chir. Les mêmes, poli­ti­ques, jour­na­lis­tes, chro­ni­queurs, qui hier condam­naient Villepin dans sa résis­tance aux USA sur l’Irak, expri­mée dans son dis­cours à l’ONU, refu­sant les frap­pes et la guerre, qui ensuite ont fait auto­cri­ti­que, approu­vent aujourd’hui Macron. On connait la suite…