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Immigration et réfugiés, humanité et souveraineté…

par Jacques COTTA, le 30 avril 2018

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Sommaire :

Depuis plus de trente ans l’immi­gra­tion se trouve au centre de la vie poli­ti­que fran­çaise. Le Front natio­nal en a fait son cheval de bataille. Sur fond de crise sociale et économique, de mon­dia­li­sa­tion des­truc­trice d’emplois, syno­nyme de désin­dus­tria­li­sa­tion de régions entiè­res, de déclas­se­ment et de pré­ca­rité, le parti d’extrême droite a pros­péré, s’est déve­loppé, s’est implanté, notam­ment dans les quar­tiers popu­lai­res direc­te­ment confron­tés aux fléaux économiques et aux vagues migra­toi­res suc­ces­si­ves ren­dues res­pon­sa­bles de la situa­tion. Entre étrangers, immi­grés, et aujourd’hui, migrants, pro­pul­sés par les images de canots en per­di­tion sur la Méditerranée, tout est évoqué pèle-mêle sans dis­tinc­tion, sans per­met­tre au fond de savoir exac­te­ment de quoi on parle et donc quel­les mesu­res pour­raient être prises, à la fois dans le sens du res­pect des per­son­nes et du res­pect du modèle social et démo­cra­ti­que auquel nous sommes atta­chés.

Le poids des mots, le choc des images

Alors que le gou­ver­ne­ment a fait passer sa loi « Asile Immigration » à l’assem­blée natio­nale, le débat serait cadré par un sur­pre­nant affron­te­ment média­ti­que qui se déroule en alti­tude. La bataille des cols serait enga­gée. Tout se résu­me­rait avec d’un côté les fachos anti immi­grés de « Génération Identitaire » -ce qui est loin d’être faux- de l’autre les laxis­tes no-border par­ti­sans d’une entrée mas­sive et incontrô­lée des « citoyens du monde » sur le ter­ri­toire natio­nal, ce qui également est assez proche la vérité. Le tout dans les alpa­ges, entre le col de l’Echelle et celui de Montgenèvre, décor qui se prête à mer­veille au contraste des cou­leurs, les ban­de­ro­les et parkas bleues ciel des pre­miers, coif­fés et cos­tu­més jusque dans le détail, le noir des visa­ges de l’autre avec accom­pa­gna­teurs aux tenues bario­lées.

Derrière le carac­tère appa­rem­ment mar­gi­nal et folk­lo­ri­que de l’affron­te­ment à dis­tance face à une loi qui sur le fond est jugée trop laxiste d’un côté, atten­ta­toire aux liber­tés de l’autre, der­rière la sym­bo­li­que et la pra­ti­que qui voient les pre­miers tels une milice privée déployer des bar­riè­res en mon­ta­gne lors­que les seconds « enfon­cent » un cordon de gen­dar­mes non loin de la com­mune de la Clavière pour fran­chir la fron­tière et passer en France, der­rière la légi­ti­ma­tion de la milice de la part du minis­tre de l’inté­rieur qui pou­vant s’appuyer sur l’action des no Borders répond à l’appel des mili­tants d’extrême droite en annon­çant le ren­for­ce­ment des effec­tifs de police aux fron­tiè­res, ce sont des pro­blè­mes de fond qui sont posés. Des pro­blè­mes qui font appel aux notions fon­da­men­ta­les qui nous ras­sem­blent ou nous divi­sent, la nation, la répu­bli­que, la loi, mais aussi l’huma­nité, les pou­voirs publics, la res­pon­sa­bi­lité col­lec­tive et indi­vi­duelle, la sou­ve­rai­neté natio­nale et popu­laire.

J’entends mugir non les féro­ces sol­dats, mais les tac­ti­ciens poli­ti­ques en tout genre qui chacun de son côté, en fonc­tion du but recher­ché, se per­dent en conseils symé­tri­que­ment oppo­sés. La « droite », son extrême, mais aussi la macro­nie, l’ancien socia­liste Gérard Collomb à la manoeu­vre, font l’apo­lo­gie de la fer­meté après avoir entre­tenu un laxisme à toute épreuve. La « gauche » et la « gauche de la gauche », toutes ten­dan­ces confon­dues, se veut le chan­tre de l’huma­ni­taire, prô­nant au nom de « la souf­france humaine », une per­mis­si­vité pra­ti­que­ment totale basée sur la néga­tion des fron­tiè­res. Au sein de la France Insoumise, les dif­fé­rents points de vue se regar­dent en chien de faïence quand à l’assem­blée natio­nale dans le débat sur la loi, c’est sur­tout la posi­tion tra­di­tion­nelle de la « gauche » que les dépu­tés Danièle Obono ou Eric Coquerel expri­ment. Et quel­ques pru­dents, entre les deux, cons­cients des rava­ges que font de telles images au sein d’un électorat popu­laire qui, souf­frant au quo­ti­dien, voit sou­vent le migrant comme un concur­rent déloyal et encom­brant, pré­fè­rent parler d’autre chose, évacuer le sujet qui loin d’être por­teur serait des­truc­teur.

Comment donc y voir clair ? Comment affron­ter un débat incontour­na­ble, iné­vi­ta­ble, dont les conclu­sions seront lour­des de consé­quence pour les dif­fé­ren­tes for­ma­tions qui bien­tôt deman­de­ront -pour les euro­péen­nes ou les muni­ci­pa­les pro­chai­ne­ment- leur suf­frage aux électeurs ?

Et si on par­tait déjà de la réa­lité, des faits, des chif­fres et non d’un ima­gi­naire fan­tasmé.

De quoi parlons-nous ?

En 2017, 262 000 titres de séjours ont été déli­vrés, tous motifs confon­dus, économique, fami­lial, étudiants, huma­ni­taire, contre 230 353 en 2016. L’aug­men­ta­tion d’une année sur l’autre de 31 247 migrants, soit 13,7%, n’est donc pas négli­gea­ble. Mais 31 247 migrants sup­plé­men­tai­res en un an, cela nous place loin du défer­le­ment ou de l’enva­his­se­ment que dénon­cent régu­liè­re­ment ceux pour qui l’immi­gra­tion est le pro­blème pre­mier des fran­çais. Les pays d’ori­gine, par ordre d’impor­tance, don­nent le clas­se­ment sui­vant : Algérie, Maroc, Chine, Tunisie, et Etats-unis d’Amérique. L’Afrique noire dont on voit le visage sur les écrans de télé­vi­sion, à la fron­tière ita­lienne notam­ment, n’est pas dans le clas­se­ment.

Concernant les causes des migra­tions, il est cou­tu­mier d’évoquer le regrou­pe­ment fami­lial et d’en sou­li­gner le carac­tère abusif. Mais les chif­fres sont trom­peurs. Si en 2016 il existe 89 124 titres de séjour déli­vrés pour ce motif, cela concerne 49 559 famil­les de fran­çais. Soit plus de la moitié. Nous sommes donc très loin de l’image col­por­tée qui exhibe des famil­les étrangères venues sur notre sol natio­nal pour se recons­ti­tuer et -même si cela est par­tiel­le­ment vrai- béné­fi­cier au pas­sage de nos acquis sociaux. Par ailleurs, il y a 73 644 titres déli­vrés pour les étudiants, 29 862 pour des rai­sons huma­ni­tai­res, dont 17 349 au titre de réfu­giés et apa­tride, ce qui contre­dit l’idée là encore pro­pa­gée selon laquelle nous serions enva­his de réfu­giés , 22 982 pour des rai­sons économiques et 14 741 sous la rubri­que « divers » qui com­prend « d’anciens pen­sion­nés, des visi­teurs, des anciens com­bat­tants ».

En 2017 tou­jours, on dénom­bre 100 412 deman­des d’asile. Les pays d’ori­gine des deman­deurs étant dans l’ordre l’Albanie, l’Afghanistan, Haïti, le Soudan et la Guinée. Jacques Toubon, défen­seur des droits, met en garde. « Dans un pays comme la france de 67 mil­lions d’habi­tants, le fait que nous ayons comme l’année der­nière 100 000 deman­deurs d’asile -nous sommes au même taux d’immi­gra­tion qu’il y a 40 ans- signi­fie qu’il n’y a pas du tout d’enva­his­se­ment ».

Voila pour la pho­to­gra­phie qui permet de cerner le sujet et qui va à l’encontre d’idées assez répan­dues. L’immi­gra­tion ne serait donc pas un pro­blème ?

La migration, un mirage ?

En réa­lité, les chif­fres ne don­nent qu’une indi­ca­tion par­tielle. Pour com­plé­ter le tableau, pour com­pren­dre les ques­tions posées dans la société, la façon de les appré­hen­der, envi­sa­ger les répon­ses à y appor­ter, il faut en venir aux réa­li­tés poli­ti­ques, socia­les et socio­lo­gi­ques.

Si l’immi­gra­tion en géné­ral est un pro­blème très rela­tif dans cer­tai­nes villes ou quar­tiers -notam­ment les quar­tiers chics des gran­des villes dont évidemment Paris où on parle beau­coup des migrants sans en avoir jamais côtoyé un et où la bonne société s’insurge lorsqu’est évoquée la pos­si­bi­lité d’ouvrir un centre d’accueil non loin de chez elle- il en va tout autre­ment de ban­lieues, de cein­tu­res péri­phé­ri­ques, d’espa­ces où les nou­veaux arri­vants vien­nent se sura­jou­ter en des lieux où ont été diri­gés les dif­fé­ren­tes vagues suc­ces­si­ves. « Nous ne sommes plus en France » expli­que le FN en exploi­tant une série de ques­tions sen­si­bles à la popu­la­tion. Il existe des res­pon­sa­bi­li­tés poli­ti­ques à la situa­tion, mais les images télé­vi­sées ne met­tent en scène ni les lois, ni leur non-res­pect par les pou­voirs publics, ni les choix déli­bé­rés qui ont conduit au profit du capi­tal et de ses déten­teurs , sous cou­vert de direc­ti­ves de l’union euro­péenne, à l’aban­don des ser­vi­ces publics, à une carence cumu­lée des trans­ports, de l’école, de la sécu­rité, de l’emploi, ni les causes d’un déla­bre­ment qui depuis des années est la consé­quence d’une poli­ti­que du loge­ment défaillante. Les rai­sons poli­ti­ques évacuées pour l’essen­tiel, demeu­rent alors les immi­grés, les inci­vi­li­tés, et le raz-le-bol d’habi­tants qui voient dans l’extrême droite un refuge pour clamer une colère dont les causes réel­les leurs sont évidemment cachées.

Un raz-le-bol d’autant plus pro­noncé qu’il s’appuie sur un sen­ti­ment de perte d’iden­tité. La ques­tion sco­laire est un bon révé­la­teur, dans des quar­tiers où une mul­ti­tude de natio­na­lité lais­sées à elles-mêmes rend dif­fi­cile l’éducation. La remise en cause de notre sys­tème social n’est évidemment pas le fait des migrants. L’idée que notre sys­tème de santé par exem­ple serait menacé par l’afflux d’étrangers est une absur­dité. Le point de départ de la menace, comme de l’ensem­ble de notre modèle social, est plus ins­crit dans la logi­que du capi­ta­lisme, dans une logi­que finan­cière de ren­ta­bi­lité qui a taillé le sys­tème jusqu’à l’os, que dans un afflux plus ima­gi­naire que réel de migrants venus occu­per là aussi nos cou­loirs d’hôpi­taux. La menace qui pèse sur la sécu­rité sociale est également plus le fait des exo­né­ra­tions mas­si­ves de coti­sa­tions des gran­des entre­pri­ses confor­mé­ment à la volonté du Medef qu’aux abus, par­fois réels certes, de la part de migrants comme de natio­naux. Il n’empê­che, pour une série de plus en plus impor­tante qui se sent aban­don­née par la Nation, la répu­bli­que et ses ser­vi­ces, il est facile de trou­ver dans plus pauvre que soi le res­pon­sa­ble de la situa­tion que d’aller cher­cher des expli­ca­tions aux­quel­les nul ne semble sus­cep­ti­ble d’appor­ter de réponse.

Mais vient s’ajou­ter un fac­teur poli­ti­que direct qu’il serait cou­pa­ble de négli­ger. Dans nombre de quar­tiers popu­lai­res, l’afflux massif s’est accom­pa­gné du poids poli­ti­que et idéo­lo­gi­que d’un isla­misme radi­cal vécu comme une véri­ta­ble agres­sion. Ses mani­fes­ta­tions sont diver­ses. La mixité de lieux publics -les pis­ci­nes par exem­ple- est remise en ques­tion. La gan­grène gagne même des orga­ni­sa­tions syn­di­ca­les. La ques­tion de la mixité est dépas­sée. En Seine-Saint-Denis par exem­ple, des réu­nions réser­vées exclu­si­ve­ment aux noirs sont orga­ni­sées, sub­sti­tuant les regrou­pe­ment com­mu­nau­tai­res aux orga­ni­sa­tions de classe qui ras­sem­blent des sala­riés sur une base sociale com­mune et non sur la cou­leur de peau. Dans des clas­ses, des ensei­gnants sont confron­tés à des ten­sions d’autant plus impor­tan­tes que leurs cours sont consi­dé­rés contrai­res aux pré­cep­tes du Coran. La phi­lo­so­phie, les scien­ces, les « lumiè­res » sont sus­pec­tes et par­fois objets d’une oppo­si­tion vio­lente. Hors des clas­ses, la morale « reli­gieuse » s’impose par­fois au détri­ment des droits élémentaires tels que nous les conce­vons en répu­bli­que. Le voile n’est pas anec­do­ti­que, et au risque d’être trai­tées de « putes », cer­tai­nes filles n’ont pas le choix de la tenue ves­ti­men­taire. Là est la réa­lité, qui ne sau­rait être impu­ta­ble à l’immi­gra­tion en géné­rale, d’autant que les migrants en sont aussi une des pre­miè­res vic­ti­mes.

Mode de vie, idéo­lo­gie isla­miste radi­cale, obs­cu­ran­tisme fas­ci­sant vien­nent embour­ber un débat pour­tant néces­saire sur les migra­tions et notre capa­cité à digé­rer des vagues, et à quel­les condi­tions. Mais existe-il une autre solu­tion pour tenter de trou­ver une voie que de partir de ces réa­li­tés, aussi anti­pa­thi­ques soient-elles ?

Un cas d’école : La Pologne

La Pologne avec la montée dans les der­niè­res années du PIS est en Europe une des poin­tes avan­cée des rela­tions entre exploi­ta­tion de l’immi­gra­tion et montée de l’extrême droite. L’obser­va­tion du cas polo­nais permet d’éclairer les men­son­ges répan­dus sur le sujet, et aussi d’appro­cher des éléments de réponse au niveau euro­péen, et par voie de consé­quence au niveau natio­nal, qui rompe à la fois avec l’ouver­ture sans limite et le rejet absolu.

Comme toutes les ancien­nes répu­bli­ques sovié­ti­ques dans les­quel­les l’extrême droite anti-étrangers est en vogue, la Pologne est d’abord mar­quée par un net recul démo­gra­phi­que. Dés 1989 le taux de fécondité tombe sous le chif­fre de 2,10 enfants par femme néces­saire pour assu­rer le rem­pla­ce­ment des géné­ra­tions. Peu à peu le polo­nais a le sen­ti­ment d’être une espèce en voie de dis­pa­ri­tion. La peur, l’angoisse se pro­pa­gent. Dans les années sui­van­tes, la baisse du taux de fécondité s’appro­fon­dit rapi­de­ment pour attein­dre dès 1995 un niveau autour de 1,6, niveau qui a depuis encore baissé. Ainsi, le chif­fre des nais­san­ces a subi une forte baisse qui se pour­suit actuel­le­ment. La Pologne n’a fait que suivre rigou­reu­se­ment le même chemin que les autres pays ancien­ne­ment com­mu­nis­tes d’Europe de l’Est. Le pays rejoint ainsi le groupe des pays euro­péens à très basse fécondité, com­pre­nant, outre l’Allemagne voi­sine, l’Espagne et l’Italie.

Ce sont des causes socia­les et poli­ti­ques qui sont à l’ori­gine de ce déclin. Au cours des années 1990 et au début des années 2000, l’insé­cu­rité de l’emploi s’est for­te­ment accrue (20 % de la popu­la­tion active était au chô­mage au pre­mier tri­mes­tre 2004) et les salai­res demeu­rent infé­rieurs à la moyenne euro­péenne. Les aides de l’État pour la famille sont mini­mes et la crise du loge­ment fait que beau­coup de jeunes cou­ples doi­vent loger chez leurs parents. En outre, le nombre de crè­ches est faible. Enfin, bien des femmes ayant un emploi crai­gnent de ne plus pou­voir réin­té­grer l’entre­prise après un congé de mater­nité.

C’est sur ce ter­reau que le parti conser­va­teur « Droit et Justice », le PIS, a su impo­ser en 2015 la crise des migrants comme thème poli­ti­que majeur des cam­pa­gnes électorales, après la déci­sion par le gou­ver­ne­ment en place d’accueillir 10 000 réfu­giés. La ques­tion de l’immi­gra­tion était pour­tant inexis­tante dans le débat poli­ti­que des vingt der­niè­res années. Dans une enquête minu­tieuse pour « Libération », « En Pologne, la peur des immi­grés ima­gi­nai­res », Hélène Despic-Popovic rend compte en octo­bre 2015 de la situa­tion, des argu­ments mis en avant. Les plus absur­des ont eu prise sur un électorat apeu­rés par sa perte d’iden­tité. « Menace sani­taire due aux réfu­giés », « cho­léra en Grèce », « Dysenterie à Vienne », « para­si­tes pro­to­zoai­res sans danger dans leur orga­nisme, mais dan­ge­reux ici » et autres men­son­ges et bêti­ses ont occupé l’espace média­ti­que. L’ex-Premier minis­tre, Jaroslaw Kaczynski, pré­si­dent du PIS, a saisi l’impor­tance de la ques­tion natio­nale, exploi­ta­ble à son compte en dési­gnant le réfu­gié comme res­pon­sa­ble. « La ques­tion n’est pas celle du nombre d’étrangers ou du type d’étrangers que nous lais­sons entrer, avait-il lancé devant le Parlement le 16 sep­tem­bre 2015. Cela peut ini­tier un pro­ces­sus. […] Au début, le nombre de migrants aug­mente rapi­de­ment et ils arrê­tent d’obéir aux lois. Puis ils impo­sent leurs exi­gen­ces sur la scène publi­que. » Avant de pour­sui­vre : « Regardons ce qui se passe en Europe, ou tout du moins en Suède. Il y a 54 zones où la char­ria s’appli­que sans contrôle de l’Etat. Les gens ont peur d’accro­cher des dra­peaux sur les bâti­ments sco­lai­res - c’est leur cou­tume - juste parce qu’il y a une croix dessus. En Suède, les écolières n’ont plus le droit de porter des tenues cour­tes, car ce n’est pas appré­cié par les autres. Et que se passe-t-il en Italie ? Les églises sont occu­pées, quel­que­fois uti­li­sées comme des toi­let­tes. Et en France ? Les émeutes qui n’en finis­sent plus, la char­ria qui s’est impo­sée et les patrouilles qui sur­veillent son appli­ca­tion. Les mêmes phé­no­mè­nes se pro­dui­sent à Londres et dans la rési­liente Allemagne. Est-ce ce que vous voulez pour la Pologne ? Voulez-vous cesser d’être les pro­prié­tai­res de votre propre pays ? Non, ce n’est pas ce que veut le peuple polo­nais. »

L’oppo­si­tion à ce type de dis­cours, aussi déli­rant soit-il, ne trouve alors qu’un écho limité.

Les migrants à la fron­tière de la Serbie avec la Hongrie sont perçus par une partie de l’opi­nion polo­naise comme le retour des inva­sions par les trou­pes musul­ma­nes. Le dis­cours de Haine est ins­tallé. La jux­ta­po­si­tion des images mon­trant des migrants ten­tant de forcer les bar­be­lés hon­grois fon­dues à grande vitesse avec un pick-up de l’état isla­mi­que fon­çant, dra­peau noir au vent, dans le désert syrien, est d’une grande effi­ca­cité. L’amal­game « migrants - ter­ro­ris­tes » est lar­ge­ment ali­menté.

La ques­tion sociale en toile de fond de cette situa­tion reprend ouver­te­ment le dessus dans un pays catho­li­que où la cha­rité est censée s’oppo­ser à l’égoïsme. Aider les pau­vres, les vic­ti­mes de la guerre, oui, mais « pas au détri­ment des polo­nais qui aussi sont vic­ti­mes et sont délais­sés ». « Nous avons nos Polonais qui vivent en Ukraine, dont cer­tains dans l’Est, à Mariupol par exem­ple. Ils ont autant besoin de notre aide, et n’en ont pas assez reçu. » Défendue par le pré­si­dent conser­va­teur Andrzej Duda, cette thèse a l’ouïe de son électorat. « Nous devons penser à notre jeu­nesse également… ».

Peur de la pré­ca­ri­sa­tion, du ter­ro­risme, et de se retrou­ver noyé dans une popu­la­tion allo­gène, de perdre son iden­tité, de voir se diluer la nation dans une mon­dia­li­sa­tion des­truc­trice des modes de vie, du tra­vail, de la sécu­rité, des tra­di­tions, des spé­ci­fi­ci­tés cultu­rel­les, for­ment le ter­reau du PIS.

La situa­tion polo­naise dépasse la Pologne. Dans toute une série de pays d’Europe les germes sont iden­ti­ques, plus ou moins déve­lop­pés, mais de même nature. L’exem­ple polo­nais, ce qu’il révèle, pose clai­re­ment l’alter­na­tive. Faudrait-il, au nom de la pru­dence, reje­ter le migrant pour éviter les ques­tions poli­ti­ques, ou au contraire trai­ter les ques­tions poli­ti­ques pour accom­pa­gner une poli­ti­que migra­toire claire, affir­mée, conforme aux impé­ra­tifs huma­ni­tai­res tout en étant res­pec­tueuse de la ques­tion natio­nale.

Quelle réponse ?

  • Stopper les guerres

L’UE a connu en 2015 et 2016 un afflux excep­tion­nel de cen­tai­nes de mil­liers de migrants arri­vant par la Méditerranée, fuyant pour la plu­part la guerre et l’insé­cu­rité dans leurs pays. Les chif­fres là aussi démen­tent l’idée d’une immi­gra­tion « de confort », « volon­taire », « dési­rée ». Les migrants ne migrent en très grande majo­rité que parce qu’ils y sont obli­gés. Selon l’Organisation inter­na­tio­nale pour les migra­tions (OIM), plus d’un mil­lion de per­son­nes sont arri­vées en 2015, dont plus de 850.000 via les côtes grec­ques, venant en large majo­rité de Syrie (56%), d’Afghanistan (24%) et d’Irak (10%). La situa­tion inter­na­tio­nale, les der­niers bom­bar­de­ment des USA, de la Grande Bretagne et de la France sur la Syrie, par­ti­ci­pent d’une inci­ta­tion à quit­ter les lieux pour trou­ver si pos­si­ble un endroit plus calme, en Europe notam­ment. La poli­ti­que bel­li­queuse que sui­vent aujourd’hui les gou­ver­ne­ments occi­den­taux dont le gou­ver­ne­ment d’Emmanuel Macron et Edouard Philippe, comme hier ceux de Nicolas Sarkozy ou de François Hollande, est une des causes prin­ci­pa­les des migra­tions qui frap­pent à notre porte. A moins d’adop­ter par la force des choses une « poli­ti­que polo­naise » qui fait la for­tune des fabri­cants de bar­be­lés, il faut exiger l’arrêt des guer­res, condam­ner et sanc­tion­ner via l’ONU tout écart, toute vel­léité bel­li­queuse qui jet­tent chaque fois un peu plus des cen­tai­nes de mil­liers sur les routes ou les mers.

  • Stopper la fuite en avant

Dans ce contexte, les répon­ses de nos gou­ver­ne­ments et de l’Union Européenne sont vouées à l’échec. Les mena­ces par exem­ple sur la Grèce de ne plus rece­voir d’aide, après l’appli­ca­tion des mesu­res impo­sées par la Troïka, si le pays qui est déjà exsan­gue n’aug­mente pas encore consi­dé­ra­ble­ment son taux d’accueil de réfu­giés, sont à la fois ino­pé­ran­tes et tout à fait scan­da­leu­ses. Il s’agit tout sim­ple­ment de la part de l’UE d’un chan­tage à la vie pour assu­rer un peu de tran­quillité aux pays clés de l’UE dont la France fait partie. De même, le ver­se­ment de sommes finan­ciè­res consi­dé­ra­bles à Erdogan pour qu’il retienne dans ses camps les réfu­giés syriens est une réponse à court terme, réponse à un chan­tage sans fin qu’opère celui qui pour recons­ti­tuer l’empire otto­man et assu­rer son pou­voir fort en Turquie est en train de frap­per les kurdes dans un silence inter­na­tio­nal assour­dis­sant.

  • Réaffirmer la souveraineté des nations

L’UE est inca­pa­ble sur la ques­tion migra­toire comme sur les autres ques­tions essen­tiel­les d’appor­ter la moin­dre réponse qui devrait passer par une diplo­ma­tie active, notam­ment envers les nations en déclin démo­gra­phi­que, pour répar­tir de façon à la fois huma­ni­taire et viable les vagues migra­toi­res qui frap­pent à la porte. La popu­la­tion qui vit en Europe est com­po­sée actuel­le­ment de moins de 7% d’étrangers, soit 34,1 mil­lions pour 507 mil­lions d’habi­tants. Selon les chif­fres d’Eurostat, 14,3 mil­lions sont des res­sor­tis­sants d’un autre état membre de l’Union et 19,8 mil­lions vien­nent d’un pays hors-UE, soit moins de 4% de la popu­la­tion totale. C’est dans les faits assez peu. Une véri­ta­ble concer­ta­tion pour­rait se mener entre états sou­ve­rains pour appré­cier les pos­si­bi­li­tés rai­son­na­bles qui pour­raient être offer­tes à l’ins­tal­la­tion d’une immi­gra­tion qui sera sur­tout pro­vi­soire. Les migrants en effet ne cher­chent géné­ra­le­ment pas à s’ins­tal­ler défi­ni­ti­ve­ment sans un pays d’accueil. Ils veu­lent d’abord passer, se poser, se res­sour­cer, et repar­tir dés que pos­si­ble dans leur nation d’ori­gine, détruite par la guerre, la recons­truire dans la paix.

Une confé­rence inter­na­tio­nale qui débat­trait rai­son­na­ble­ment de la répar­ti­tion des flux migra­toi­res non dans le cadre tech­no­cra­ti­que de l’UE, mais regrou­pant les nations libres, sou­ve­rai­nes, déci­dant de coo­pé­rer libre­ment entre elles, devrait per­met­tre de défi­nir une répar­ti­tion rai­son­na­ble des migrants en fonc­tion des capa­ci­tés et des besoins de chacun.

  • La préservation de notre modèle social

La sou­ve­rai­neté natio­nale sup­pose que chaque nation ait le droit de déci­der elle-même qui elle accueille sur son ter­ri­toire et qui elle refuse. Cela sur des cri­tè­res expo­sés, débat­tus, déci­dés et res­pec­tés. La réponse appor­tée doit par exem­ple lier impé­ra­tifs huma­ni­tai­res et exi­gence sociale qui passe par la pré­ser­va­tion du modèle qui est le nôtre et que le capi­tal tente de remet­tre en cause, à une vitesse record, notam­ment depuis l’élection d’Emmanuel Macron. Après le code du tra­vail, après les ser­vi­ces publics dont la SNCF doit cons­ti­tuer pour le pou­voir un exem­ple géné­ra­li­sa­ble, la sécu­rité sociale et l’assu­rance mala­die sont en ligne de mire. L’afflux non mai­trisé de migrants dans ce cadre repré­sen­te­rait donc un danger réel qui pous­se­rait à des affron­te­ments entre tra­vailleurs, sub­sti­tuant à la lutte des clas­ses la lutte des com­mu­nau­tés, au profit du capi­tal qui ne pourra jamais mieux régner que dans la divi­sion ins­tau­rée au sein du sala­riat et des exploi­tés. La mai­trise des mou­ve­ments migra­toi­res et des entrées sur le ter­ri­toire natio­nal s’impose également pour les migrants eux-mêmes et pour leurs pays d’ori­gine. Après avoir pillé leurs res­sour­ces natu­rel­les, il serait dra­ma­ti­que de voir ces nations pillées de leurs res­sour­ces humai­nes et intel­lec­tuel­les. Aider les migrants à repren­dre pied ne peut donc s’opérer rai­son­na­ble­ment que dans la pers­pec­tive d’un retour dans le cadre d’une recons­truc­tion natio­nale. C’est d’ailleurs glo­ba­le­ment la volonté de la plu­part qui ne cher­che pas à s’ins­tal­ler défi­ni­ti­ve­ment dans les pays euro­péens dont la France. L’aide au retour impli­que donc une poli­ti­que d’aide et un contrôle réel des aides qui évite la cor­rup­tion et « l’évaporation » dont béné­fi­cient les pou­voirs locaux, et par­fois les partis qui domi­nent les « états dona­teurs ».

  • Quelques règles élémentaires

L’aide aux migrants qui arri­vent, dans l’attente de leurs deman­des en bonne et due forme, exige le res­pect de règles de l’hos­pi­ta­lité qui consis­tent à trai­ter tout homme qui se pré­sente à la fron­tière comme un humain et non comme un ennemi.

L’huma­nité devrait impo­ser comme pre­mière mesure la dénon­cia­tion des accords de Dublin qui inter­di­sent à tout migrant de deman­der l’asile dans un pays autre que le pre­mier dont il a foulé le sol. C’est ainsi que la Grèce ou l’Italie ser­vent, sous le diktat des accords signés sous l’égide de l’Union Européenne, de lieux de déten­tion pour réfu­giés et immi­grés.

Ainsi exis­tent dix prin­ci­pes qui allient huma­nité et fer­meté, accueil et mai­trise, qui devraient être res­pec­tés et qui aujourd’hui sont bafoués :

1/ Le droit de deman­der asile par­tout, dans le pays de son choix, et dans l’attente de l’ins­truc­tion des dos­siers qui per­met­tra à l’état de déci­der sou­ve­rai­ne­ment, assu­rer des condi­tions d’accueil contrô­lées et décen­tes.

2/ Ceux qui peu­vent pré­ten­dre au statut de réfu­giés poli­ti­ques doi­vent en béné­fi­cier.

3/ Mais la juris­pru­dence fran­çaise permet également d’auto­ri­ser à deve­nir rési­dents fran­çais des étrangers qui, sans être per­son­nel­le­ment per­sé­cu­tés pour leur acti­vité poli­ti­que, peu­vent crain­dre pour leur vie s’ils retour­nent dans leur pays. Tous les minis­tres de l’inté­rieur jusqu’aux années 2000 – Charles Pasqua inclus alors qu’il ne pas­sait pas pour un des plus per­mis­sifs – avaient donné des direc­ti­ves dans ce sens à l’admi­nis­tra­tion.

4/ Quant à ceux qui ne peu­vent satis­faire à ces cri­tè­res, il est du devoir de la répu­bli­que de garan­tir leur vie en met­tant sur pied des cen­tres d’accueil, avec des loge­ments « en dur », des sani­tai­res, l’inter­ven­tion de méde­cins et la prise en charge des enfants, cela pour le temps néces­saire à l’étude de leur dos­sier. Les spec­ta­cles déso­lants qui se jouent porte de la Chapelle à Paris ou en bor­dure du parc de la Villette, des cam­pe­ments impro­vi­sés, insa­lu­bres, dignes d’un pays du tiers-monde, qui ne peu­vent qu’oppo­ser les popu­la­tions les unes aux autres, ne sont pas le pro­duit d’une fata­lité, mais d’une inca­pa­cité poli­ti­que à pré­voir et agir.

5/ Les mineurs isolés doi­vent être mis sous la pro­tec­tion de l’état confor­mé­ment au droit fran­çais.

6/ Le regrou­pe­ment fami­lial doit certes être contrôlé et lorsqu’il est avéré le droit au regrou­pe­ment fami­lial doit être exigé.

C’est dans ces direc­tions que des répon­ses pour­raient être appor­tées. Irions-nous alors vers une explo­sion de l’immi­gra­tion ? Comme l’indi­que Jacques Toubon le défen­seur des droits, « Arrêtons de penser que la mise à l’abri de ces per­son­nes à la rue crée un effet d’appel d’air. Cette théo­rie est fausse. Les migrants ne quit­tent pas leurs pays par choix mais par néces­sité vitale. Leur droit fon­da­men­tal, c’est d’être accueilli digne­ment. »

7/ Mais force doit rester à la loi en reconnais­sant le droit et en reconnais­sant le pou­voir légi­time de l’état de dire qui il accueille et qui il refuse sur des cri­tè­res établis et res­pec­tés. Dans toutes les migra­tions depuis que le monde humain existe, il existe aussi toutes sortes de per­son­na­ges peu recom­man­da­bles. Les migrants ne sont pas le nou­veau pro­lé­ta­riat chargé de sauver le monde. La misère qui les frappe ne leur confère pas un brevet de pureté. On y trouve aussi des délin­quants, des tra­fi­quants, et autres…. Ceux-ci doi­vent évidemment être trai­tés comme tels. Sans fai­blesse.

8/ La force de l’état doit s’impo­ser. C’est à l’état et à nul autre de les faire res­pec­ter ! Lui seul d’ailleurs en a la capa­cité. Cela nous ramène à la « bataille des cols » ini­tiée par les mili­tants d’extrême droite de « Génération iden­ti­taire ». Leur action est un défi à l’Etat de droit. En se sub­sti­tuant à l’état sous pré­texte de sur­veiller les fron­tiè­res, ils agis­sent comme une milice qui nie l’état, qui nie son auto­rité, qui aspire à s’y sub­sti­tuer. Symétriquement, les no-border qui enfon­cent un bar­rage de gen­dar­mes pour faire passer d’office des migrants d’Italie en France nient les pré­ro­ga­ti­ves de l’état dans les déci­sions qui sont à pren­dre, nient la sou­ve­rai­neté natio­nale, nient le droit et le pou­voir de la Nation à dire seule qui elle accepte et qui elle refuse sur son ter­ri­toire, nient la subor­di­na­tion de toute entrée et ins­tal­la­tion à l’accep­ta­tion ou au refus des auto­ri­tés natio­na­les. A leur décharge, le res­pect des fron­tiè­res demande que soit clai­re­ment affir­mée la poli­ti­que natio­nale mise en œuvre, et que les moyens soient donnés pour qu’elle soit res­pec­tée.

9/ La contes­ta­tion des fron­tiè­res au nom de la liberté de pas­sage sans contrôle, sans regard de l’état, est une vision ultra libé­rale qui ren­contre l’assen­ti­ment des pou­voirs finan­ciers friands de fraude fis­cale, et du patro­nat qui y voit une main d’oeuvre à bon marché. Une telle orien­ta­tion ne pour­rait mener qu’à la catas­tro­phe, d’abord pour notre modèle social, ensuite pour les migrants qui ne pour­raient trou­ver aucune place sur le ter­ri­toire natio­nal, enfin pour la société tout entière confron­tée à une montée alors iné­vi­ta­ble de l’extrême droite, capa­ble d’uti­li­ser les peurs, les ran­coeurs, les misè­res.

10/ La ques­tion migra­toire ne sau­rait être prise par le petit bout électoraliste qui cher­che quelle réponse pour obte­nir le plus grand nombre de voix pos­si­ble aux pro­chai­nes élections. La ques­tion migra­toire ne sau­rait sup­por­ter l’atten­tisme. Elle exige une orien­ta­tion, une déter­mi­na­tion à la hau­teur de l’enjeu, d’autant qu’elle concen­tre une cer­taine vision des rela­tions humai­nes, une vision du monde.

Politique, elle devrait per­met­tre de poser toutes les ques­tions qui concer­nent la société toute entière et les 65 mil­lions qui peu­plent l’hexa­gone. Ainsi, la réponse à la ques­tion migra­toire devrait passer par une oppo­si­tion réso­lue au CETA et au TAFTA qui fait du com­merce le but ultime de toute exis­tence humaine. La réponse devrait poser comme exi­gence des ser­vi­ces publics et des fonc­tion­nai­res réta­blis dans leur mis­sion, leur main­tien, leur reconquête et leur déve­lop­pe­ment, contrai­re­ment à la « concur­rence libre et non faus­sée » et au combat achar­née de l’union euro­péenne pour leur réduc­tion et leur pri­va­ti­sa­tion. La réponse devrait placer au centre des préoc­cu­pa­tions un véri­ta­ble plan pour le loge­ment…

La ques­tion des migrants et la façon de l’abor­der qui tour­ne­rait le dos aux deux posi­tons symé­tri­que­ment oppo­sées -fer­me­ture totale ou ouver­ture inté­grale- pour­rait être une oppor­tu­nité en posant toutes ces urgen­ces, pour les migrants que nous déci­de­rions d’accueillir, mais plus géné­ra­le­ment pour les mil­lions et mil­lions de nos com­pa­trio­tes qui n’en peu­vent plus, l’exi­gence d’un ensei­gne­ment réha­bi­lité, d’une école faite pour ins­truire, de la laï­cité por­teuse de paix et de liberté. La reconquête de notre sou­ve­rai­neté, c’est à dire du droit de déci­der nous-mêmes, à tra­vers nos pro­pres ins­ti­tu­tions, de nos pro­pres affai­res, est la condi­tion poli­ti­que et démo­cra­ti­que de ces exi­gen­ces socia­les. Aider à résou­dre la ques­tion des migrants passe par ces ques­tions poli­ti­ques. Les igno­rer revien­drait à accep­ter une situa­tion migra­toire qu’on peut déplo­rer, qu’on peut vou­loir com­bat­tre sur le ter­rain, mais qui s’impo­se­rait de fait comme une fata­lité.

En guise de conclusion

Comme les chif­fres l’indi­quent, les fau­teurs de guerre sont res­pon­sa­bles des flux migra­toi­res dont il est pério­di­que­ment ques­tion, notam­ment à la fron­tière ita­lienne, lorsqu’arrive une catas­tro­phe en Méditerranée. Les migrants devien­nent objet d’un busi­ness odieux. Le crime orga­nisé s’était spé­cia­lisé dans le trafic de dro­gues, le trafic de « putes ». Le voilà investi dans le trafic de migrants. L’hypo­cri­sie est géné­rale. Celle de nos gou­ver­ne­ments, celle de l’union euro­péenne qui se dit préoc­cu­pée d’une part, et qui menace l’Italie pour non res­pect des défi­cits et pour dépense exces­sive pour les migrants dont elle a la charge, qui menace de ne pas verser les aides pro­mi­ses à la Grèce si elle n’aug­mente pas l’accueil qu’elle assure aux migrants, qui « arrose » Erdogan pour ser­vi­ces rendus. L’Hypocrisie de tous ceux qui au nom de la « cha­rité » prô­nent un accueil géné­ra­lisé tout en sachant que la voie est sans issue. L’Hypocrisie aussi de ceux qui au nom du danger FN pré­co­ni­sent une fer­me­ture totale, voie également sans issue, indé­pen­dam­ment de toute consi­dé­ra­tion humaine.

Les inté­rêts des tra­vailleurs fran­çais et des migrants de pas­sage sont iden­ti­ques : l’emploi, le loge­ment, le salaire, les ser­vi­ces publics, l’éducation, la culture. Et la reconquête de notre sou­ve­rai­neté acca­pa­rée par Bruxelles et la com­mis­sion euro­péenne est une des condi­tions pour répon­dre aux inté­rêts du peuple. Le sujet impose une poli­ti­que radi­cale qui affronte le capi­tal. A défaut, les répon­ses immé­dia­tes symé­tri­que­ment oppo­sées se veu­lent ras­su­ran­tes, les unes met­tant en exer­gue la fer­meté et la fer­me­ture, les autres la per­mis­si­vité et l’ouver­ture, mais sur le fond, aussi ino­pé­ran­tes les unes que les autres, elles ne peu­vent rien régler face au défi migra­toire qui est à nos portes.