Accueil > Actualité > La violence dont on ne parle pas…

La violence dont on ne parle pas…

… Quand les médias exhibent en boucle les vitres brisées ou voitures en flammes et oublient les propos liquidateurs du pouvoir politique.

par Jacques COTTA, le 7 mai 2018

Enregistrer au format PDF

Dans un style qu’il a imposé dans la vie poli­ti­que fran­çaise, Emmanuel Macron, en voyage en Australie, a indi­qué de Sidney qu’il vou­lait mettre fin à l’« exit tax ». Mis en place par Nicolas Sarkozy en 2011, ce dis­po­si­tif avait pour objec­tif de lutter contre l’exil fiscal de chefs d’entre­pri­ses qui ont notam­ment passé la fron­tière afin de vendre leur société sans avoir à payer d’impôts sur la plus-value. Les contri­bua­bles déte­nant plus de 800 000 euros d’actions et d’obli­ga­tions, ou la moitié du capi­tal d’une entre­prise, étaient visés par cet impôt. Les voilà aujourd’hui sou­la­gés.

Dans un style qu’il a imposé dans la vie poli­ti­que fran­çaise, Emmanuel Macron, en voyage en Australie, a indi­qué de Sidney qu’il vou­lait mettre fin à l’« exit tax ». Mis en place par Nicolas Sarkozy en 2011, ce dis­po­si­tif avait pour objec­tif de lutter contre l’exil fiscal de chefs d’entre­pri­ses qui ont notam­ment passé la fron­tière afin de vendre leur société sans avoir à payer d’impôts sur la plus-value. Les contri­bua­bles déte­nant plus de 800 000 euros d’actions et d’obli­ga­tions, ou la moitié du capi­tal d’une entre­prise, étaient visés par cet impôt. Les voilà aujourd’hui sou­la­gés.

Evidemment les rai­sons invo­quées font appel au prag­ma­tisme, à la « raison libé­rale » élémentaire. Les argu­ments ont déjà été rodés à plu­sieurs repri­ses et sont res­ser­vis sans ver­go­gne. L’impôt en ques­tion nui­rait à « l’attrac­ti­vité de la france ». Il ne ser­vi­rait qu’à décou­ra­ger les pre­miers de cordée de pour­sui­vre leur ascen­sion dans le cadre des fron­tiè­res natio­na­les. En fait, théo­rie du ruis­sel­le­ment aidant, la sup­pres­sion de l’ « exit tax » serait béné­fi­que aux plus fai­bles, aux plus défa­vo­ri­sés, bien plus qu’à ceux qui sont censés en béné­fi­cier direc­te­ment, les plus for­tu­nés, les pri­vi­lé­giés. Pardi !

Les dépu­tés LREM, les minis­tres dont le pre­mier d’entre eux, ont tenté le ser­vice après vente.« L’“exit tax” cons­ti­tue pour les entre­pre­neurs un de ces nom­breux petits grains de sable qui énervent », argu­mente Roland Lescure, député LREM des fran­çais de l’étranger et pré­si­dent de la com­mis­sion des affai­res économiques à l’Assemblée natio­nale. Sur une chaine d’info en conti­nue, le pre­mier minis­tre monte au cré­neau et évoque son « inef­fi­ca­cité », entrant pour argu­men­ter sur le champ de bataille des chif­fres. Il évoque une recette de 63 mil­lions entre 2012 et 2017, soit à peine 10 mil­lions par an, lors­que le conseil des pré­lè­ve­ments obli­ga­toi­res les évalue théo­ri­que­ment à 803 mil­lions pour la seule année 2016. Mais qu’importe !

En réa­lité, plus qu’économique, la portée de la déci­sion d’Emmanuel Macron d’en finir avec la taxe établie par le dan­ge­reux bol­ché­vi­que Sarkozy sur la fin de son mandat est d’abord et avant tout poli­ti­que. C’est en plein 1er mai marqué par la énième jour­née de grève des che­mi­nots, par l’exas­pé­ra­tion des per­son­nels des hôpi­taux, par le raz-le-bol des étudiants, par l’inquié­tude des retrai­tés, par un méconten­te­ment social géné­ral, qu’il choi­sit son annonce qui prend iné­vi­ta­ble­ment l’air d’une simple pro­vo­ca­tion. C’est ensuite de l’étranger qu’il glisse la nou­velle entre deux mots, à l’occa­sion d’un entre­tien au maga­zine amé­ri­cain Forbes qui à l’occa­sion le sacre à sa « une » « leader of free mar­kets » ou encore « chef de file des mar­chés ». La totale !

La sym­bo­li­que prend toute son impor­tance. Alors que l’image du « pré­si­dent des riches » lui colle à la peau, alors que ses conseillers lui recom­man­dent de faire un effort pour sortir de cette case dans laquelle sa poli­ti­que depuis la loi tra­vail, la sup­pres­sion de l’ISF, l’établissement de la « flat tax » et « les pre­miers de cordée » l’a fait plon­ger, Emmanuel Macron en remet une couche. Ses propos, son atti­tude, ses mesu­res sont d’une extrême vio­lence, pas celle dont on parle en boucle devant un mac do ou des véhi­cule en flam­mes, mais d’une vio­lence établie, insi­dieuse, arro­gante. Comme Thatcher ou Reagan il y a plus de 30 en Grande Bretagne ou aux Etats-Unis, il a décidé non seu­le­ment de vain­cre, mais d’anéan­tir toute oppo­si­tion sociale à sa poli­ti­que. Mais pour par­ve­nir à leur fin, il fallut à ses pré­dé­ces­seurs une épreuve de force déci­sive. L’écrasement des mineurs chez l’une, des aiguilleurs du ciel chez l’autre, ont cons­ti­tué cette épreuve de force scel­lant la vic­toire d’un néo­li­bé­ra­lisme aux effets dévas­ta­teurs. C’est cela qu’il faut aujourd’hui à Emmanuel Macron.

L’épreuve de vérité appro­che. La mani­fes­ta­tion à l’appel de François Ruffin et Frederic Lordon le 5 mai a posé les jalons et dégagé une voie. L’opé­ra­tion média­ti­que sur les vio­len­ces du 1er mai n’a pas fonc­tionné. 40 000 pour les uns, 160 000 pour les autres, sans doute comme tou­jours entre les deux, bref, beau­coup de monde est des­cendu dans la rue faire « la fête à Macron ». La démons­tra­tion est faite que dans l’unité des orga­ni­sa­tions syn­di­ca­les, asso­cia­ti­ves, poli­ti­ques, sans exclu­sive, ce sont bien des cen­tai­nes de mil­liers qui pour­raient mettre un coup d’arrêt aux mesu­res et à la vio­lence poli­ti­que de l’exé­cu­tif. Des cen­tai­nes de mil­liers dont le risque de défer­le­ment sus­cite l’espoir d’un côté, pro­vo­que l’inquié­tude de l’autre.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.