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La dictature de la minorité

par André BELLON, le 8 mai 2018

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A l’occa­sion du pre­mier anni­ver­saire de l’élection d’Emmanuel Macron (ah, ce goût pour les com­mé­mo­ra­tions stu­pi­des !), on entend se déve­lop­per en boucle un refrain selon lequel le Président res­pecte le pro­gramme pour lequel il a été élu.

Il n’est pas inu­tile de rap­pe­ler que, si l’actuel titu­laire de l’Elysée a bien été cons­ti­tu­tion­nel­le­ment élu, ce n’est pas son pro­gramme que les citoyens ont ava­lisé. Au pre­mier tour, qui carac­té­rise jus­te­ment le sou­tien à un pro­gramme, Emmanuel Macron a obtenu à peine plus de 18% des ins­crits. Le deuxième tour expri­mait sur­tout le refus du Front natio­nal, non un appui à un projet et, même dans ce contexte, l’heu­reux élu n’a pas atteint 44% des ins­crits. Prétendre qu’un tel résul­tat enga­geait un pro­gramme n’est qu’une triste plai­san­te­rie.

Il revient à l’esprit, à l’occa­sion de ces décla­ra­tions, une thèse très à la mode dans les milieux phi­lo­so­phico poli­ti­ques depuis des décen­nies. Tocqueville aidant, on nous met en garde quant à une pré­su­mée « dic­ta­ture de la majo­rité ». Certes, la néces­sité de contre­pou­voirs ne fait aucun doute, et notre Constitution en manque cruel­le­ment, mais l’idée d’une « dic­ta­ture de la majo­rité » est plus que dou­teuse. Imagine-t-on qu’une dic­ta­ture de la mino­rité soit pré­fé­ra­ble ? Et n’est-ce pas le danger qui nous guette ? Car il n’est pas accep­ta­ble qu’un pou­voir aussi absolu que celui du Président de la République pro­cède d’une légi­ti­mité électorale aussi faible.

La ques­tion des ins­ti­tu­tions est depuis long­temps au cœur de la crise poli­ti­que et sociale. Elle devient encore plus dra­ma­ti­que lorsqu’un pou­voir aussi faible veut impo­ser des mesu­res fort mino­ri­tai­res, ren­for­cer le pou­voir pré­si­den­tiel, aussi bien sur le ter­ri­toire natio­nal en écrasant les col­lec­ti­vi­tés loca­les que dans une vision euro­péenne bien éloignée de la volonté du peuple.

Cette situa­tion engen­dre des ten­ta­ti­ves tout aussi mino­ri­tai­res, cer­tai­nes prô­nant la vio­lence, d’autres contes­tant les prin­ci­pes mêmes de la sou­ve­rai­neté popu­laire, du citoyen et de son droit au vote, atta­quant l’essence même du suf­frage uni­ver­sel. Rien de mal­heu­reu­se­ment plus logi­que, ces ten­ta­ti­ves condam­na­bles trou­vant nais­sance dans la forme de dic­ta­ture engen­drée par le sys­tème.

Une telle situa­tion nous mène à des affron­te­ments graves et des phé­no­mè­nes de vio­lence de plus en plus mani­fes­tes. La solu­tion se trouve dans le retour aux prin­ci­pes fon­da­men­taux de la démo­cra­tie, à partir des citoyens, dans les com­mu­nes comme dans les quar­tiers. Ce tra­vail per­met­tra la redé­fi­ni­tion d’un contrat social, fon­de­ment néces­saire à l’équilibre natio­nal comme à la réaf­fir­ma­tion de saines rela­tions inter­na­tio­na­les. Tel est le sens du pro­ces­sus menant à l’élection d’une Constituante en France qui, loin des solu­tions clefs en mains de tous les pou­voirs auto­pro­cla­més, est la seule solu­tion paci­fi­que, démo­cra­ti­que et ras­sem­bleuse aux défis du moment que nous tra­ver­sons.